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Full text of "Proceedings"

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e^u/i 



j^M^^^^^MMiMii'i'-'M-iM^M^zMlMM. 




Of<GRES 



Eucharistique 



i^MMs'^I'M'MMM^^^^^^^^W^W^W^-W^' 






CONGRfiS 

EUCHARISTIOIE 



1894 



CONGRES 

EUCHARISTIQUE 

DE 1894 

Tenu a Reims du 25 au 29 Juillet 




REIMS 
IMPRIMERIE DE L'ARCHEVECHt (N MONCE. Di«.) 



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CIIRISTO JKSIJ DOMINO 

Ql'KM ORIHN lAF. i:s SIMri, KT O C C ID EN TA T. li S 

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IN FA DEM CIIARITATI- 

si:h UNO CA nil': 



^^.YMJiJU. /T^^^iV^T 



DOCUMENTS PRELIMINAIRES 



F»'- '*«f^ f 



I 

DEMANDE D'INDULGENCES 

adress^e par S. t. le Cardinal LANGCNIEUX, Archevgque de Reims 

A SA SAIISTETl?. LEON XIII 

en faveur du Congrds Kucharistique 



Tres Saint Pere, 

Humbloment prosterne a Vos piods, le cardinal Bonoii-Marie 
l^nf^t*ni<?ux, Archevftquo de Reims, expose 4 Voire Sainlele que 
rt£uvre des Congres eucharisliqu(»s liendra li Reims, du 25 au 
29 juill<?t prochain, son IX" Congres international, non seulement 
pour Iravailler a Textension du culle du Tr^s Saint Sacrement, 
mais aussi avec Pinlenlion de preparer, par T^tude el la prierc, la 
realisation des vcbux emis. Tan passe, par I'Assemblee eucharis- 
tique de Jerusalem, et de recommander k la sollicitude fraler- 
nelle des catholiques d'Occident les chretienles orientates. 

Aussi, pour que les lumieres et les graces divines f^condent 
les Iravaux et les acles de cetle Assemblee, il supplie Voire Sain- 
lele de daigner accorder aux Memhres du Congres el 4 lous les 
fide les qui y prendront part les indulgences suivantes, appli- 
cables aux dmes du Purgatoire, que le Saint-Si6ge a bien voulu 
coi^reder aux Congres pr6c^denls : 

1° Une indulgence de sept ans et sept quaranlaines, «;baque 
fois que, le coeur contrit, ils feront devolement une denii-heure 
d'adoralion devant le Tres Saint Sacremenl, dans Fun ou I'autre 
des deux sancluaires qui seronl particulierenieni designes k cet 
efTet. 

2" Une indulgence de cent jours, une fois chaqui; jour, pen- 
dant la duree du Congres, pour tout autn? acle de religion ac- 
compli dans des sentiments de penitence. 

3** L'ne indulgence pleniere le dernier jour du (Congres, pourvu 
que, selant confesses et ayani comniunie, ils i»rient aux inten- 
tions du Souverain Pontife. 

4** Entin, une indulgence pleniere, dans les «.ondilions ordi- 



DOGUMRNTS PRELIMINAIRES 



naires, k tous ceux qui prendronl part au pelerinago solennel 
que les Congressisles feroni lo dimanche 29 juillel, comme cere- 
monic de cloture, au Prieur^ de Binson (Gh4lillon-sur-Marne), 
pour y vdnerer le berceau du Bienheureux Urbain II. 
Et Dieu, etc... 

Concession dlndulgences 

S. Congtio Indulgeniiis Sacrisquo Reliquiis pra3posila, utendo 
facullatibus a SSmo D. N. Leone P. XIII sibi specialiter Iribulh*, 
benignc annuit pro gratia in omnibus juxta preces. Prwsonti boc 
anno lanlum valituro absque ulla Brevis expeditiono. Conlrariis 
quibuscuni(|ue non obstanlibus. Datum Rom.'e ex Secret aria 
ejusdem S. Congnis, die 25 junii 1894. 

Fr. Ignatius Card. Pkr^ico, Prajf"". 

f Arcbiep. Nicopolilan. Sec. 

Traduction : 

La Sacree Congregation des Indulgences el des Saintes Reli- 
ques, faisanl usage des pouvoirs qui lui ont 6i^. spt^cialemenl 
concM^s par S. S. L6on XIII, a accord^ avec bienveillance les 
grAces qui lui sont demand^es dans cette supplique. Les pr6sen- 
tes vaudront pour cette ann^e seulement, sans expedition de Bref, 
nonobstant toute disposition contraire. Donne a Borne, de la 
Secr^tairerie de la dite Congi-(5gation, le 2.'» juin 1894. 

Fr. Ignace, Card. Pkrsico, Prt^fel. 

-J* Arcbev. de .Nicop, Secretaire. 



II 

LETTRE 

de S. E. le Cardinal LANGENIEUX, ArchevSque de Reims 

*U CLIROt CT AUX noCtU OC (ON OlOCttC 

ET MANDEMENT 

A Voceasion du IX* Congres eucharistique international 
qui se tiendra a Reims, du 25 aa 29 Juillet i89k. 



Nos Tres Chers Fr^res, 

Unc annee vicnt de s'ecouler depuis que, avec la grftce dc 
Dieu, les solennit^s eucharisliques de Jerusalem ont procure au 
Trte Saint Sacrement, Id m^me oCl il ful institue, un trioaiphe 
incomparable, et apport^ aux chr^tient^s orientales, dans leur 
d^tresse, )a consolation et Tcsperance. 

Le Comite permanent dcs Gongr^s eucharistiques a pens4 qu-il 
serait utile de reprendre maintenant k Reims une oeuvre si bien 
commenc^e, et d'en assurer pratiquemont les resullals. 

Nous avons done accueilLi de grand C(Bur les propositions qui 
nous ont ete faites a ce sujet par Sa Grandeur W^ Doutrcloux, 
Ev^qtie de Liege, President du Gomil^ permanent, et le IX« 
Congres eucharistique international se tiendra k Reims, du 
25 au 29 juillet prochain. 

Nous serous heureux, Nos Trt'S Chers Fr6res, de voir tout le 
clerge du diocese, et ceux d'entre vous qui pourront le faire, 
s'associer u ces f^tes, s'unir u notre priere et prendre une part 
active aux travaux de ce Congres, et Nous comptons que T^glise 
de Reims r^pondra avec empressement k notre appel, pour 
rendre a Noire Seigneur J^sus-Christ, dans le Sacrement de son 
amour, les hommages solennels que les Eglises de Gambrai, do 
Lille en 1881, d'Avignon en 1882, de Toulouse en 1886, de 
Paris en 1888, pour ne parler que de la France, ont su lui 
rendre en pareilles circonstances. 

L apostolat est laborieux de nos jours, difficile comme jamais. 



() DOCUMENTS PRKMMlNAlRKS 



Les moyens humains nous font defaut de plus en plus, tandis 
que rimpiete, pour faire opposition au ministere pastoral, 6louf- 
fer sa parole el steriliser son action aupres du peuple, dispose 
de toutes les influences et de toutes les ressources sociales. C'est 
dire a quel point nous est necessaire le secours d'en haul, pour 
nous-m(^ines d'abord, afin que noire courage ue d^faille point 
dans la lutte et que le scandale ne jelle pas le trouble dans 
nos dmes, puis aussi pour nos cBUvres sacerdotales, afin que la 
verite que nous prt^chons ne se heurte plus a des intelligences 
fermees, ni la grilce de nos sacremenls a des coeurs endurcis. 

Or, Nos Tres Chers Freres, les grands actes de foi, la priere 
en commun, les manifestations publiques de la piete chr^tienne, 
surtout quand c'est TEucharislie (}ui en est Tobjet, sont les 
moyens par excellence d'altirer les benedictions divines. Aussi, 
avons-Nous la conlianre (jue le Gongres eucliaristique de Reims, 
si nous savons nous y preparer dans cet esprit surnaturel de 
priere et de sacrifice, sera autn; cliose qu'une belle el pieuse 
cert^monie, auire chose (pfune assemblee pleine (rinter^t et 
d'edificalion, mais cpfil aura une aclion i)lus profonde et plus 
durable el i\u\\ produira des fruils de salut dans Noire Diocese. 



A CKS CAUSES : 

Le saint Nom de Dieu invoque. 

Apres en avoir confere avec Nos Venerablos Freres les Digiii- 
taires, Chanoines et Chapitre de Notre £glise nietropolitaiuc. 
Nous avons ordonne et ordonnons ce qui suit : 

AUTICLK I'llKMIER. 

Le dimanche 22 juillet, dans toutes les ^glises et chapelles du 
Diocese, on chanlera, le matin avant la Messe ou le soir au Salut, 
le Veni Creator y pour atlirer les lumieres de I'Esprit Saint sur 
les travaux du Congres. 

Article II. 

Le mercredi 23 juillet, a hiiit heures du soir, Nous pr^siderons, 
dans Notre figlise m^tropolilainejact^renionie solennelle d'ouver- 
ture du 1X« Congres eucharisticjue international, dont les seances 
se tiendronl a Reims, duraut les trois jours qui suivront, 26, 27 
ot28juillel. 



LETTRE DE 8. EH. LE CARDINAL LANGENIEUX 



Aatiglb III. 

La cloture du Congr^s est (ixee au Dimanche 29 juillet, f^te 
(lu B. Urbain II. 

Le matin, k laCath^rale, Messe pontincale d'actions de grdces, 
a huit heures et demie. 

Dans 1 aprds-midi, p^lerinage des Gongressisies au Prieur^ de 
Binson et au berceau du B. Urbain II ; procession solennelle du 
Tres Saint Sacrement. 

Abticle IV. 

Le m^me jour, dimanche 29 juillet, en union avec TAssemblee 
eucharistique de Reims, dans les paroisses et dans les commu- 
nautes religieuses, on donnera la benediction du Tr^s Saint 
Sacrement, avec toute la solennite possible, aprds la Messe ou a 
Tissue des Vdpres. 

Dans les paroisses ou MM. les Cur^s le jugeront opportun. Nous 
les autorisons a donner egalement un Salut du Tr^s Saint Sacre- 
ment les trois jours precedents. 

Article V. 

Nous rt^commandons aux Religieux de Notre Diocese, aux 
Keligieuses, aux Eleves de Nos S^minaires, des Colleges et des 
Ecoles, a tous les pieux Fiddles, de multiplier leurs communions, 
leurs bonnes oeuvres et leurs priferes, pour obtenir de Dieu que 
le Congr^s eucharistique de Reims op^re dans les dmes tout le 
bien que Nous en attendons. 

Et sera notre presente Lettre; avec le Mandement, lue au Pr6ne 
(le la Messe, dans toutes les eglises et chapel les du Diocese, le 
Dimanche qui en suivra la reception. 

Donne k Reims, le 15 avril 1894, en la f^te du Patronage de 
Saint-Joseph. 

t Benoit-Marie, Card. LANGENIEUX, 

Archeo^que de Reimt. 

Par Mandement : 
BcssENOT, Chan., Sec. g^» 



8 DOCUHENTS PREMUINAIRES 



NOTA 

Le Comity local public les avis suivauls : 

Le Congris eucharistique n*est pas une QEuvre diocesainc, 
mais conserve son caracl^re d'OEuvre g^n^rale, ayani a Paris 
son Comity permanent, et tenant des reunions periodiques dans 
une ville d6terminee : Reims est la cil6 choisie pour la reunion 
du IX® Gongres ; mais lout ce qui louche a Torganisation de ces 
Assemblees reste dans les attributions du Gomite permanent. 

Selon les traditions des precedents Gongres, nul ne peut 
assister aux seances, soit parliculieres, soil generates du Gongres, 
sans la Carte nominative et personnelle, Seules, les assemblees 
religieuses qui se tiennent dans les eglises sont publiques et 
^chappent k cette formality. 

En raison du grand nombre des Congressisles que la ville de 
Reims devra hospitaliser, en leur nienageant Tavantage de la vie 
commune, le Grand SMninaire^ pendant la dur^e du Gongres, ne 
pourra recevoir sous son toit et k sa table que ceux qui se seront 
fait inscrire et paioront 6 francs par jour pour tous frais, loge- 
ment et repas. 

Si toutefois il restait au refectoire des places disponibles, on 
pourrail y prendre les repas au prix de 2 francs pour chaque 
repas principal. 

On peut, des ce moment, demander des Gartes du Gongres et 
prendre inscription au Seminaire. 

MM. les Membres du Glerge, ou pieux laiques qui voudraient 
bien prendre une part active au Gongres de Reims et pr<^parer 
un Rapport sur quelque question, soit du Programme general, 
soit de celui des Reunions sacerdotales, sont pri6s de le faire 
connaitre et de se mettre en rapport avec le Gomite local de 
Reims, plus sp^cialement charge de recueillir et classer les tra- 
vaux. 

MM. les Ecclesiastiques qui voudront assister a quelques-unes 
des ceremonies religieuses sont pri6s de se munir de leurs habits 
de choBur. 



HI 



COMMUNIGAHON DU COMITE PERMANENT 



Lf'dge (Belgique)f le 7 mars 1894, 
EimilBTiaUES 

— *• L0U6 et ador^ soil a jamai* Notre 

Seign«mr J^sus-Christ aa Tr^s baint Sacre- 
ment de Tautel ! 



FETE DB SAINT THOMAS D AQUIN, CHANTRE DE L KUCHARISTIE. 

M. 

Le 2 octobre 1892, sous les auspices de Not re-Dame du Tr^s 
Saint Rosaire, el avec Tapprobalion si encourageanle du Sainl- 
Siege, nous avions Thonneur de vous demander de prater au 
Congr^s eucharistique de Jerusalem Tappui de vos pri^res, de 
vos acles et de vos aumdnes. Vous avez pri^, vous avez agi et 
Tous avez dorine. Aussi, raalgre les apprehensions de la premiere 
heure et de nombreuses difficultes plus lard, les Solenniles 
eucharistiques de Jerusalem ont pleinement rc^ussi. 

Nos intrepides auxiliaires et amis, les Peres de TAssomplion, 
viennent, avec raison, d'en chanter Fhymne de Tad ion de grdces 
a Bethleem ; a nous de le chanter a notre tour en Occident, et 
puisque Sa Saintete a daigne repondre a S. Em. le Cardinal 
Langenieux que « rejouie el grandement consolee par sa rela- 
i< lion consciencieuse et precise des actes du Congres eucharis- 
« Uque de Jerusalem, Elle gardait la ferme confiance que son 
« d^vouement, dont EUe a eu la preuve, ne se ralentirait pas, et 
- qu'il travaillerait a procurer le bien des 6glises d'Orient, tel 
« qu'il le comprend, pour que leur prosperity s'accroisse de 
« jour en jour, et que les liens qui les unissent au Saint-Siege 
« deviennent plus 6troits, » k nous aussi, groupes autour de 
I'Eminentissime Cardinal-Legal, de travailler avec la m(^me foi, 
le m^me zele et la m^me generosile, a assurer le resultal des 
Solenniles eucharistiques de Jerusalem, en realisanl leurs voeux 
et priant Dieu d'en benir les suites, comme il en a si visiblement 
beni la preparation et la tenue. 



JO DOCUMOTS PRKLIMINAIIIKS 



C'cst dans ce but que, ile concert avec S. Era. le Cardinal 
Langenieux, nous avons Thonneur de vous inviter au ix® Gongrds 
eucharistique international, qui se liendra du 25 au 29 juillct 
proohain, dans Thospitaliere cit6 de Keims. A Jerusalem, TOrient 
a parle; a Reims, rOccident repondra. 

Le Congres eucharistique de Reims, preside par S . £m. le 
Cardinal Langenieux, L6gat du Saint-Sif^ge a Jerusalem, sera 
ainsi le compltMnent et le couronneraent des Solennil6s eucha- 
risliques de Jerusalem; mais il sera aussi, pour TOccidenl, one 
nouvelle ef precieuse occasion de manifester sa foi envers Tado- 
rable Sacrenienl de nos autels, d'imprimer una irresistible 
impulsion au mouvement qui le porte vers les oBuvres eucha- 
risliques, et pour la France, qui n'a pas eu de Congres eucba- 
rislique depuis le Congres de Paris en 1888, la meilleure des 
prei>aralions a IV^Ier, en 1896, le glorieux et quatorzieme cen- 
tenaire de sun hai)tenie dans le baptislere de Reims, le 25 
d^cembre 400. 

A Ions l(;s cbretiens (jui out au ccBur I'amour du Tres Saint 
Sacrement el de btui-s freres d'OritMil, de le temoigner en conlri- 
buant a la celebration de ce i)rochain Congres par leurs prieres 
et leurs aumones, et, s'ils le peuvent, par leur presence et leurs 
Iravaux. 

Nous sommes heureux de joindre k cette lettre le Bref si 
important de Sa Saintete Leon XUI, aucjuel nous venons de faire 
allusion, et la reproduction des vuiux 6nus par le Congres eucha- 
ristique de Jerusalem. 

Veuillez agreer, M , riiommage de notre religieux 

devouement en Notre Seigneur Jesus-Chrisl. 

Au Hum du Comite permanent : 

f Victor-Joseph, 

Eoeque de Liege, President. 
DE PelERIN, 

Secretaire general. 



IV 



RAPPOKT 

PRESEJNTE A SA SAINTETE LEO.N XIII 

par S. i. le Cardinal LANG^RIEUX, Archev^ue de Reims 

l£qat du saint -si£ge 



Ties Saint Pere, 

Parmi les gages de palcriielle soIliciUide (luc le Saint-SiT'ge a 
donues a I'Orieiil, il n'eii est point qui aieiit frapjM* les esprits et 
louche Fes coeui*s autant que ce Coiipres eucharistique de Jeru- 
salem, dont Voire Saintete a voulu, en la person ne de sou L6gat, 
prendre la direction et la pr^sidence. 

faction de la Providence se r^v^le manifesteinent dans I'his- 
toire inlime de cette opuvre complexe et delicale qui s'est accom- 
plle malgre lout et nialgre tous, pour la gloire de Dieu et le bien 
de I'Eglise d'Orient. 

La y>olitique s'elait alarniett, l<*s (;oininunau(es orllicMloxes 
etaienl anxieuses, les passions s'agitaient dans lous les caini)s, t^t 
les previsions humaines, qui iw nianquaient point de fondeineni, 
>'accordaient a juger une pareille «»ntreprise pour le nioins tenie- 
raire. 

Mais ces contradictions et crs diflicuilrs ne servirent ([u'a 
rendre plus eclatanles les benedictions que Dieu reservait au 
'Ingres. Elles attirerent Tattention publique el lirent de ces 
reunions eucharistiques, avani ini'^me (ju'elles eusseiil commence, 
un ev^nemenl. 

I. 

Dh le premier jour, toutes les prtHentions tomberent ; el, 

•tonune autrefois la voix de la multitude etoufPait souvent les 

passions et les intrigues qui s'agitaient autour de \olre-Seigneui-, 

♦:e peuple de Jerusalem, au sein duquel lant de races se melent, 

avec leurs susceptibilites nationales et religieuses, ce peuple si 



12 DOGUMtlNTS PRKLIMINAIRES 



mobile et si vile mont^, dont on pouvait lout craindre, fit an 
L^gat du Pape une reception si enthousiasie «t si grandiose que 
d6sormais tout 6tait sauve. 

Ce fut pour I'lilglise catholique et pour Voire Saintet^ ua 
triomphe incomparable dont Timpression n'est pas pres de 
s'effacer. 

D6ja, k JafTa, la population, d*un ^lan tout spontan^, nous avail 
enlour6 d'honueurs el de provenances; mais k Jerusalem, c'esl 
tout un peuple qui se l^ve el se porte a noire rencontre. 

A la gare, Fenvoy^ de L6on XllI est saluO par le corps consu- 
laire tout enlier arant a sa tt^te le Consul general de France, par 
les autorit6s locales, par les delegations de tons les ^tablissoments 
religieux, par une ddputation des communautes dissidenles au 
nom de leurs Patriarches, etc. 

Puis au milieu d'une multitude innombrable, press«^e sur )a 
roule, sur les rochers,j usque sur les arbres, le L^gat, k cheval, 
precede de la croix et suivi du cortege ofllciel, gagne la porte de 
la ville, ou le Palriarche, avec tout son clerge, entoure des 
Ev^ques, le recoil selon les prescriptions canoniques. 

La procession se fraye a grand'peine un passage a travers la 
foule jusqu'au Sainl-SOpulcre. Los loits, les fen<^tres, les balcons, 
les lerrasses m^me do la basilique soul envahis ; et partout les 
marques les plus touchanlos do n^spect el de sympathie : les 
niusulmans se decouvrent, los juifs en font autanl. La foule est 
immense, el le silence est profond conuno dans une eglise. Ce 
qu'on lit sur ces physionomies, ce n'est ])as de la < uriosil(5, c est 
plus que du respect, c'est de la veneration inspiroe par le senti- 
ment religieux pour la pei*sonno du Vicaire do Josus-Cbrisl ; et 
chaque fois (juo je fus en contact avoc le peuple, jusqu'au der- 
nier jour, j'ai relrouve cos dispositions et cotte altitude. 

Au Saint-Sopulcre, le chant solennol du Vcni Creator, la publi- 
cation des Lottres pontiticalos et la benediction papale couron- 
nerent ce premier acto des fetes eucharistiques, inaugurees sous 
les meilleurs auspices. 

\ai presse a pu rapporler de difTerentes facons cotte entree 
vraiment triomphale, et d'un triomphe plus populaire encore 
qu'ofticieljde Voire Legal a Jorusalom, ello n*a pas pu en exprimer 
loute la grandeur, ni en exagerer la porteo. 

l)(ys le lendemain, pour se conlinuer durant huit jours entiers, 
commenceront les Iravaux du Congres. Los rites orienlaux elaienl 
represenles par dix>huit Patriarches el E!v(*ques, dont plusieurs 
venus des contrives les plus lointaines, et Tfiglise latiue, par quinze 
Prt^lats de Belgique, de France, d'ltalie, d'Anglelerre, de Suisse 
el d'Amerique. Plusieurs des fifim. Cardinaux et plus de quarante 




RAPPORT PRKSENTK A S. S. LEON XlII 13 



£vfques avaient eii outre envoys ties delegu6s ou leur adhesion. 

Sans entrer dans le delail'Je nos lahorieuses r«5unions, oQ des 
eludes (la plus haul inlerOI, sous la sage direction de M" TEvt^que 
lie Liege, se deroulaioiit en des Rapporls Perils qui seront lous 
publics, i'indiquerai seulement a Voire Saintele le programme 
de nos journees. 

Le inalin, une messe pontificale, celebr^e successivement en 
chacuu des rites grec, maronile, armenien, syrien, bulgare, etc., 
rassemblait tous les Congressistes tlans I'un des principaux sanc- 
luaires de la Ville sainte. 

U jouruee lout entiere etait consacr^c; aux Iravaux du Con- 
gr^s; el, le soir, un salul, avec procession solennelle du Tr6s 
SainlSacremenI, nous reunissait de nouveau au pied d'un aulel 
de rile lalin ou d(; rite oriental. 

Les prelres linrenl en outre plusieurs Assemblees speciabjs, pour 
trailer plus particulierement les questions eucharistiques au point 
de vue du minislere pastoral. 

Elachacune de ces reunions, Tres Saint Pere, voire pensee 
'tolpresente et voire benediclion ranimait la ferveur et soute- 
nail les courages. 

Duranl loule la semaine, le Saint Sacrement fut expose dans 
r^glise du Patriarcat latin ; «'t pelerins et lideles accepterent 
avec joie rheure d'adoration. La nuil, elle se continuail a VEcce 
Horn, au Gclfisemani , etc., et des pelerins, prelres el laiques, 
sacriliaient volonliers, pour cetl(^ adoration nocturne, un repos 
pourlanl bien necessaire. 

La est le secret des benedictions si sensibles (|ui j)reserverenl 
noire (I'uvre de tout ecueil et lui assurerenl un succes inespen^. 
Li pritVe a ele fervente, non seulenn'ut a Jt^rusalem, niais dans 
lemonde catholique et principalement dans les cloitnjs. Des acles 
lieroiques de vertu et de i»^nitence ont et6 fails, des vies se soni 
offerles a Dieu pour que les desseins apostoliques du Pape sur 
rOrient fussent realises, el nous savons que plusieurs de ces 
viclinies volontaires ont ete agreees. 

Tels sonI, Tres Saint Pere, avec (juelijues ceremonies jiarlicu- 
liferes : Cheniin de la Croix i)ublic sur la Voie douloureuse, messes 
en plain air, au mont des Oliviers le jour de I'Ascension, pres du 
Cenacle a la Pentec6te, visile du Legal aux lepreux, etc., ce que 
Ion pourrait appeb^r les dehore du Congres eucliarisli(|ue de 
J^msalem. 




14 nOCUMENTS PRGLIMINAineS 



II. 



Quels on fureni, a cc mt^me point de vue oxldrieur, les r^sultats 
pratiques? 

Tout d'abord, sous les regards du monde ontier, une impo- 
sanle manifest al ion de foi cathoiique en Orient, qui consola gran- 
demenl les Chretiens et conquit le respect de ceux qui ne parta- 
gent pas nos croyances ; puis, comme une prise de possession 
pacifique et solennelle des Lieux Saints par la Papaut^, dent le 
souvenir sera pour longtemps une force morale pr^cieuse pour la 
sauvegarde des droits du Saint-Si<5ge sur les grands sanctuaires. 

A Toccasion du Congr^s, un courant puissant de sympathies, 
deja hien pr^par^ par la longue s6rie des pelerinages de peni- 
tence, s'esl d^clar^ non seulemeni entre I'Occident et TOrienl 
catholiques, mais m^me enlre les unis et les dissidents de tous 
riles. 

L'espril de oliarile el de hienveillance qui n'a cess^ d'animer 
le Congr<'*s, les declarations pacifigues qu'on y a faites, les entre- 
vues que des pretres et plusieurs Ev^ques se sont m^nagees avec 
les Palriarches et les prelats dissidents, et la paternelle bonte de 
Votre Saintet6, donl je me suis personnellement efTorc^ en loule 
occasion de traduire les sentiments, tout cela a jet^ dans Tdme 
de nos freres separes un trouble salutaire, une Amotion profonde 
qu'ils n'ont pas dissi mules. 

Dans ces entretiens, la question de Tunion a6te abordee volon- 
liers, des prejug^s out el6 dissip^s, et, plus d\me fois, des vceux 
forniels ont H^ exprim«*s pour le retour a runit6. 

Mais c'est TEglise Unie d'Orient qui s'est sentie renaitre on ces 
jours do benedictions. Elh^ s'est revolee, en la personne de ses 
l!]vo(jues qui ont produit dans nos Assemblees des travaux remar- 
(juables, bien superieure a la reputation qu'elle avail en nos pays 
d'Occident. Donues de ressources, avec un clerge trop peu noin- 
broux, dont la formation sacerdotiile est insuffisante, en face d'unc 
tAche enormo et d'adversaires j)uissants, ces Ev^quos s'epuisaient 
en uno lutle sterile etdecourageanle : ils ont vu dans ce Congres, 
dans ces avances paternelles du Saint-Siege, dans cette visite du 
Papo, les signes d'une ere nouvelle pour leurs pauvres chretieu- 
t»'s. Ceux qui sont venus ne savaient comment temoigner leur 
joie et leur reconnaissance, et le> autres, ceux qiii n'ont pas pu 
so rondro a Jerusalem ou qui n'ont pas cru devoir lo faire, iie 
dissimulent pas aujourdliui lours regrets. 



RAPPORT PRlLsENTE A S. S. LlU>N XIII IS 



Ce ful, pcndaut cette semuine, une fraternelle Emulation 
d'amour envers TEucharistie, une Edification reciproque entre les 
deux Eglises, a tel point qu on ne saurait dire laquelle demeure 
rederable a Taulre. 

D'autre part, il est certain que Tatlenlion du monde catholique 
sVst portee plus que jamais, a Toccasion des Evenements qui 
vit'nnent de se passer a Jerusalem, sur I'Orient chr^tien, beau- 
• oup Irop oubliE. Les pays d'Occident, les ceuvres d apostolat et 
decbarite feront une part plus large dans leurs sollicitudcs ot dans 
leors aum^nes a ces chr^tienles si int^ressantes, que I'histoire ne 
pcrmet pas de rendre responsables du schisme dont elles sonl la 
victime. 

Enfin, les c^r^nionies religieuses qui out mis successiveraent en 
relief et honore, en la presence du Legat du Pape, les liturgies 
oneiitales, ont 6t^ un grand enseignement. C'etait le commentaire 
vivant des constitutions pontiticales sur le maintien des rites 
orientaux, Taffirmation par le fait du respect que le Saint-Siege 
f'ntend leor conserver, et la plus Eloquente demonstration do 
Tunite et de Tuniversalite de la foi de TCglise romaino, sous la 
variety des formes liturgiques consacrees par la tradition. 

On peut done dire, Tr6s Saint Pere, que le Congrfes eucliaris- 
tique de Jerusalem marque une date dans Thistoire des £glises 
d'Orient. 

La question de TUnion est desormais posee devant Topinion 
pnblique ; elle entre, apres plusieurs siecles de statu quo, dans 
une pbase nouvelle qui aboutira a Tbcure de Dieu, si des actos 
el des institutions que Votre Saintete jugeraopportuns repondent 
aux d^sirs et aux besoins manifestes par les Eglises d'Oriont, k 
des r^sultats serieux et peut-6trc definitifs. 

II n enlrait pas dans le r61e du Congres, Tres Saint Pere, d*a- 
border cette question delicate aulrement qu'en passani, ot par ses 
sn'onds cotes ; les vceux qu'il a Emis ne sont done que {'expression 
incomplete et discrete des besoins des Orientaux. Je veux nean- 
moius les soumetlre a Voire Sainlel6pour qu'Elle y Irouvc I'echo 
des preoccupations dont j'ai recueilli, dans des entrelions plus 
intiraes, Fexpression plus complete et plus precise. 

Le Congres a done emis les vqbux suivants : 

I* Que les prieres si belles des liturgies eucbaristiques orien- 
tales soiont inserees dans les manuels dc piete a Tusage dos 
tideles de rOccidenl ; 

2* Que de cc Congres sorle la Sowm" encharisti fue de VOrient, 
au triple prunt de vuo de la Ihenlogie, do la liturgie et de This- 
toirc; 



16 DOCUMENTS PR^LIMINAIRES 



3° Que, dans le but de faire honorer davantage J^sus-Uosiie, 
des secours plus abondants soient procures aux ^glises pauvres 
de I'Orient. Le Congres est hcureux de rendre en m^me temps 
un juste hommage au zele et au d^vouement des CEuvres qui les 
onl aidees jusqu'4 ce jour ; 

4<^ Que les ecoles catholiques de I'Orieut, destinees k sauve- 
garder la foi des enfants si aim^s de J^sus, soient d^velopp^es \k 
ou elles existent, creees la ou elles n'existent pas encore, et que, 
pour atteindre ce resullat capital, VCEuvre des 6coUs (TOrientf 
tant de fois benie par Pie IX et Leon XIII, soit propagee et plus 
abondamment secourue ; 

5<* Que des S^minaires, ou sera forme uu clerge oriental de 
liturgie, de coutumes et d'usages, soient etabiis pour chacun des 
rites, sur place autant que possible ; et que les etablissements de 
cette nature deja existanls soient encourages et soutenus, afin 
que, nouveaux c^nacles, its donnent k TOrient les apdtres qui lui 
fcront retrouver son antique splendeur ; 

6° Que les Revues tbeologiques et scientitiques s'occupent ega- 
lement des questions religieuses orientales, en vue de Tunion des 
Eglises ; 

7° Que les associations de piete pour I'union des Eglises se 
developpent et se multiplienl ; 

S° Que les relations si cordiales el si intimes amenees par le 
Congres eucharistique entre les fideles d'Orient et ceux d'Occi- 
dent, et entre leurs Pasteurs respectifs, se continuent et se res- 
serrent de plus en plus ; 

9** Que, pour perpetuer la memoire de ces solennelles Assises 
eucharistiiiues tenues pour la premiere fois dans la Ville sainte, 
un tabernacle soit plac6 aux frais du Congres a Tautel du Saint- 
Sacrement, dans Teglise de Sainl-Sauveur, qui a et^ substitute 
au Sainl-C^nacle pour les privileges et les indulgences des trois 
autels qu'il reufermait ; 

10° Que rOfftce de sainte Julienne de Cornillon, promotrice de 
I'institution de la F6te-Dieu, concede par le Souverain Pontife 
aux ev^ques qui en ont fait la demandc, soit introduit, sur une 
demarche analogue, dans les dioceses qui nejouissent pas encore 
de cette favour ; 

li» Que le pelerinage populaire de penitence et ses vaillants 
organisateurs, dont le concours a rendu possibles les solennit<^s 
et rdunions eucharistiqucs de Jerusalem, trouvon! en elles Tele- 
ment d'un accroissement progressif ; 

12° Enlin Ic Congrfes ne saurait se s6parer sans exprimer en 
outre le dt'sir qu'avec Tautorisation bienveillante desEv^ques, les 
rc^sultats du Congres, et sp^cialement les voeux qui precedent 



RAPPORT PRESENTE A S. S. LEON XIII 17 



>oient port^s k la connaissance des fiddles par les Revues et 
Semaines religteuses, et que, s'il est possible, le Gompte Rendu 
uen^ral du Gongrds soit, au moins en abr^g^, public dans les 
(lifTi^reiites langues representees si heureusement k ces Reu- 
nions. 

Les plus importants de ces voeux, Trds Saint Pdre, ont fait 
I'objet d*un memoire confidentiel qui est aux mains de Votre 
Saintete ; j'insisterai seulement sur le sixieme, qui a trait a TApos- 
tolat par la presse. 

Des hommes particulierement vou^s aux oeuvres d'Orient 
rt*grettent de n'avoir pas k leur port^e les documents sufOsants 
pour poursuivre avec autorite sur le terrain scientifique, dans les 
Keynes savantes ou dans des ou>Tages speciaux, I'eiude des 
tjuestions orientales, et exercer ainsi dans le monde intelligent, 
au profit de cette cause, une influence aussi discrete que profonde. 

lis souhaitent vivement qu'un centre d'etudes soit cree, k Rome, 
{Kir exemple, avec une bibliotbdque od seraient rassembles tons 
ie> documents historiques, liturgiques et theologiques, n^cessaires 
a ceux qui voudraient se consacrer par Tenseignement ou la pro- 
|Vi|;ande k eel apostolat. 

II me reste, Trds Saint Pfere, puisqu'elle a aux yeux des Orien- 
(aux une signification particulierement importante, il me reste a 
inentionner ici la distinction dont Sa Majeste le Sultan Abdul 
Hamid a voulu bonorer Votre L^gat en ma personne. Les disposi- 
tions de la Cour otlomane h Tegard du Congrds sont demeur^es 
ju^qu^au dernier moment, pour le public, un probleme. On disait 
que le caractere officiel du Legal n'etail pas reconnu par la Porte, 
<iue des complications etaient a redouter du c6te de Constanti- 
nople, que des £veques avaient dd renoncer au voyage de jeru- 
>alem pour ne pas deplaire au Gouvernement, etc. ; et parmi les 
Ev^ues presents, plusieurs n'etaient pas sans apprehensions sur 
I'accueil qui les attendait dans leurs dioceses. En presence de ces 
incertitudes, les personnages offlciels ne savaient quelle attitude 
carder el n'osaient point prendre d'initiative ; les Patriarches 
dis^iidents pretextaient, pour excuser leur abstention et leur 
reserve, la preoccupation qu'ils avaient de n*eire pas bldmes en 
haut lieu, et ils cherchaient des voies detournees pour avoir avec 
le Legal, sans se compromeltre, une'enlrevue desiree. Et ce 
iiuage a plane jusqu'a la fin sur le Gongrds. 

Aussi, quand on sut k Jerusalem que le Sultan venait de donner 
un temoignage officiel de sa satisfaction au representant du Pape, 
non seulement cette nouvelle releva encore aux yeux de la popu- 
lation le caractere des44i«&-«ucba»stiques deja si imposantes, 



18 DOCUMENTS PRELIMIN AIRES 



mais elle apporta h, tous ceux qui dependent du Gotiverncmeul 
un veritable soulagement. 

Au relour, Tr6s Saint P6re, en Vous quittant, je suis revenu a 
Lourdes, d*oCl j'^tais parti deux mois auparavant, demandant a 
la Vierge Immacul^e de b^nir et de proteger ma mission. J'ap- 
portais a Marie le t^moignage public de ma reconnaissance, et jt* 
confiais k sa puissante inlercession Toeuvre de regeneration dont 
Votre Saiutete venait de jeter les bases en Orient. 

Gnlin, Tr^s Saint Pere, F^glise de Reims, justement Here dv^ 
rhonneur que le Pape avail daign^ lui faire en choisissant son 
Archev^que pour le repr^senter au Congr^s de Jerusalem, avail 
lenu k lui preparer une reception solennelle, et j'ai eu la conso- 
lation, en rentranl dans mon diocese, de chanter, dans la cathe- 
drale paree comme aux plus grands jours, au milieu d'un ini- 
men?e concoui's de people, avec lout mon clerg^, un Te Deum 
daclions de graces. 

Avec le recit de ces ev^nements, Tres Saint Pere, voici que 
s*ach6ve la mission dont Voire conftance a daign^ m'honorer : 
j'en conseive en mon coeur le plus doux et le plus precieux sou- 
venir, tout pr^t a servir encore la sainte figlise, si mon devoue- 
ment pouvait ^tre utile au Saint-Siege et procurer quelque bien 
aux peuples d'Orient. 

C'est dans ces sentiments, Tres Saint Pere, que, proslerne a 
Vos pieds, en imploranl la benediction aposlolique, j'aime a nit^ 
redire, 

de Votre Saintete, 
le tr^s reconnaissani, 
tres humble et tr^s ob^issanl fils et creature. 

t B.-M. Card. LANGEMEUX, 

Arch^v^gne de Reims, 
LtOAT OU SAINT- SitQE. 



Reims, ^SjuUlet 4893, 
en la fete du B. Urbain II. 



BREF m SA SAINTETE LEON XIII 

A Soft £iiUQeDce le Cardinal LANG£NIEUX, Archevgque de Reims 



A NoTBB Thes Cher Fils Benoit- Marie Langenieux, Cardinal oe 

LA SaINTE ficLISB ROMAINE, DU TITRE DE SaINT-JeaN-PoRTE-LaTINE, 

Arcbev^.que de Reims. 

L£ON XIH PAPE 

Cher Fils, Salut et Benediction Apostoliquc, 

La Relation consciencieuse et pr<5cise des actes du Con2r6s 
eucharistique de Jerusalem^ que vuus avez preside, Nous a rejoui 
et grandement console. 

Assurement, Nous donnons les plus grands ^loges au zele de 
lous ceux qui ont pris part k cetle Assemblee ; mais cest la sa- 
gessc et la piet^ avec lesquelles vous avez rempli la mission qui 
▼ous ^tait confiee que Nous avons surtout appreciees. 

Aussiy gardons-Nous la ferme conflance que voire devouenient, 
dont Nous avons eu la preuve, ne se ralenlira pas, el que vous 
IraTaillerez k procurer le bien des figlises d'Orient, lei que vous 
le comprenez, pour que leur prosperile s'accroisse de jour en 
joar, el que les liens qui les unissent au Saint-Siege deviennent 
plus 4lroits. 

Cette coiifiance se confond, dans Notre coeur, avec Tespoir qui 
Nous r^jouH, de voir sorlir des actes du Congr^s des fruits de 
saiut en abondance. 

Nous sommes done bien resolu a enlourer de Notre constante 
sollicitude cette portion ill ustre du troupeau de J6sus-Christ, et a 
lui prodiguer Nos soins comme Nous Pavons fait jusquici, dans 
la conviction oii Nous sommes que Nos efforts perseveranls pour 
lui venir en aide et relever ses gloires, ne seront ni vains, ni ste- 
riles. 

En attendant, comme gage des faveurs divines, Nous vous 



20 DOGt'MKNTS PRELIMINAIRES 



accordons avec amour dans ]e Seigneur la Benediction ape 
lique, a Yous, Cher Fils, aux hommes d'^lite qui se sont empl* 
au succ^s du Gongres, et aussi au Clerge et aux FidMes conli 
voire vigilance. 

Donne k Rome, ])r6s Saint-Pierre, le 10 d^cembre 1893, la 
zi^me ann^e de Notre Pontillcat. 



I.EON Xm, PAPE. 



VI 



PROGRAMME DU CONGRES 



Le Congr^s comprend trois ordres de reunion : 

I. — Les fUimions d' etude, auxquelles peuvent prendre part 
lous les Membres du Congr^'S, pr^tres el laiques. On y traite des 
mati^res contenues dans le Programme general. 

II. — Les Reunions sacerdotaleSy ouvertes aux seuls eccl^sias- 
tiqnes, ou 1 on traite les questions indiqu^es au Programme 
special. 

III. — Les Seances generates, ouvertes i tous les Gongresststes 
et m^me aux Dames qui se sont munies d'une carte d'entr^e 
personnelle. On reserve- pour ces stances les ceuvres les plus 
remarquables pr6sent^es au Gongr^s, et une large place y sera 
donn^e, chaque jour, k la question particuli^rement interessante : 
f OnenI et VEucharistie. 

PROGRAMME G^NtRAL 
I** Section. — Foi et Enseignement eucbarisUque. 

Histoire sommaire des Gongr^s eucharistiques. — La devotion 
eucharistique chez les hommes, — Ses manifestations publiques. 

Lk dogme eucharistique, centre de tout, dans l'enseignehent et 
DANS LA VIE CHRiTiENNB. — Gat^chismes, predication, cBuvres et 
associations en g^n^ral. — Le devoir pascal. — Gommunion fre> 
quente. — Gommunion de^ malades. 

LTlUCHARISTlE, CENTRE DU CULTE ET DE LA LITURGIE. — Le pr^tre. 

— L*£glise, temple de TEucharistie. — L'autel, trdne de TEucha- 
rislie. — Liturgie du Tr6s Saint Sacrement. — Droits de J6sus- 
Hostie aux manifestations ext^rieures et publiques de la foi 
eucharistique : processions du Tres Saint Sacrement, le Saint 
Yiatique port^ aux malades, etc. 

L'EUCHARISTIE, PRINCIPE ET CENTRE DE LA PI^tI DES PIDJSLES. — La 

Hesse en semaine, visite au Tr^s Saint Sacrement, la genuflexion. 

— Goncours des Addles dans les fetes et les ceremonies eucha- 
ristiques. — Confreries du Tr^s Saint Sacrement et autres oeuvres 



22 DOCUMENTS PRELIMINAIRES 



eucharistiques. — Soin des aulels, CEuvre des tabernacles, divers 
moyens de venir eii aide aux oglises pauvres. 

Action de l'Eucharistie dans les (euvres sociales. — Importance 
de i'aclion eiicharislique dans les oeuvres ouvrieres, dans I'usine, 
dans le Cercle cathoUque, dans le Cercle chr6lien d^Hudes sociales 
ei dans I'organisation generate du monde du travail. — Adoration 
r^paratrice par categories sociales. 

II<> Section. — Histoire et Statistique. 

A. Eglise universelle. — Diverses nations et dioceses catho- 
liv]ues (sauf I'Orient). 

B. Province de Champagne et Province ECCLisiASTiQUE de Reims. 
1** Histoire et Traditions. — Faits m^morables. — Monuments. 

— Insliliilions. — Personnages qui se sont fait remarquer par 
leur devolion el lours ecrils. — Bibliographie. — Arts. — Archi- 
tecture. — Sculpture. — PiMnlure. — Gravure. — Musique, etc. 

2® Etat actuel du Culte eucharistique. — Adoration perp^tuelle. 

— Adoration nocturne. — OEiivre de I'Adoration R6paratrice. — 
Confreries du Tres Sainl Sacromenl. — Association de pri^re et 
d'adoration avec Teglise du Sacre-Ca?ur de Montmartre. 

3® OEuvres a pROMOuvoiR. — filudes des voies et moyens. — 
Industries du zele sacordolal et laique. 

Ill* Section. — UOrient ei VEucharistie, 

Suites a donnbr au Congres de Jerusalem : 

l** Expose historique du Congivs eucharistique de Jerusalem. 

2® Les figlii^es orieutales uiiies el non unies. — Traditions et 
Liturgies eucharistiques. 

S** Situation acluelle des Eglises unies d'Orient en face du 
Schisme et du Protestant isnie. 

4° £tude des moyens de venir en aide aux calholiques d'Orient. 
—- Vceux ^mis par le Congres eucharistique de Jerusalem. — 
Ecoles, Seniinaires, publications et revues, pelerinages, creation 
de paroisses, etc. 



PROGRAMME PARTICULIER DES REUNIONS SACERDOTALES 

I. De l'etude de la Tres Sainte Eucharistie. — N6cessit6 4e 
cetle 6tude pour le pr^tre, au point de vue dogmatique, moral, 
Jiturgique el apolog(5tique. — Livres et niethodes. — Questions 



PROGEAMME DU GOtNQKES 23 



praliques : application de cette 4tude au catechisme, k la predi- 
cation, k la direction spirituelle. 

II. De la sa?ictification do Pb^tqe par l^Eucharistir. — Mddi- 
tatioa et adoration. — La Sainte Messe : preparation et action de 
inr^ces ; vie d'union a Notre-Seigneur dans la Sainte Eucharistie. 

— Association des Prfitres adorateurs. 

III. Eglisbs. — Materiel Hturgique : Sanctuaire, autel, sacristie 
et aanexes. — Tabernacle, lampe du sanctuaire. — Ornements 
et vases sacres. — Livres liturgiques. 

Personnel des iglises : Formation et surveillance des employes : 
ohantres, enfants de choBur. — C6r6monies. — Chants. — Musique. 

— Tenne des (id^les. 

IV. Messe et Communions. — Messe des ecoies. — Messes de con- 
freries et reunions d'associations. — Premiere Communion : pre- 
paration, c^r^monies, conservation des bons resultats. — Com- 
munions mensuelles et plus fr^quenles. — La communion des 
malades. — Le Saint Viatique. 

V. CoLTE DU Tres Saimt Sacrement. — Visile au Tr6s Saint 
Sacrement en parliculier, en comraun. — Divers modes d'ado- 
ration : diume, nocturne, par categories sociales. — De la B^ne- 
liiction et de TExposition du Tres Saint Sacrement : opportunite, 
a vantages. — Processions du Tr^s Saint Sacrement. — PMerinages 
♦•ucharistiques. 

VI. CoNFRKRiEs ET AssociATiOiNS. — La placc que doit y tenir la 
Sainte Eucharistie : communions, indulgences qui y sont atta- 
chees. — Influence des associations dans la paroisse. — Voies et 
inoyens de promouvoir leur fondation, d'assurer leur fonclionne- 
ment, leur dur^e et leur d^veloppement. 

Au nom du Comity permanent des Congris eucharisliques, 
DE Pelerin, f Victor-Joseph, 

Seeritaire g^niral, £v^que de LUge, President. 



OBSERVATIONS 



La carle du Congres, nominative et personnelle, sera delivree 
luoyennant une cotisation de 10 francs. Elle donnera droit : 1<* k 
la participation k toutes les stances de deliberation du Congres ; 
2* a une place reserv^e pour les ceremonies religieuses; et 
3* au Compte Rendu d^taille (beau volume in-octavo) de tons les 
travaux du Congres. Des cartes pour les Dames seront ^galement 



S4 DOCUMENTS PREUMINAIRES 



d^livr^es, au prix de 5 francs; eiles donneront droit a Tentree 
aux Stances g^n^rales et au Compte Rendu. 

Le prix de la carte est r^duii k 5 francs, pour ceux qui renon- 
cent h, recevoir le Compte Rendu. 

Toutes les demandes d'inscription, les rapports et les commu- 
nications relatives au Gongr^s doivent ^tre adresses fi M, de 
Pterin, secretaire general du Comite permanent des Congris eucha- 
ristiques, 5, rue Bayard^ ^ Paris; ou 43, boulevard Gambettti, d 
Nimes (Gard) ; ou, pour le diocese de Reims, d M. le ckanoine 
Bussenot, secretaire general de I'Archev^chey A Reims. 

Les cartes du Ck)ngr^s seront envoy^es d'avance, contre verse- 
ment de la colisation, ou distribuees le premier jour du Congris. 

Les assemblies g^n^rales et les differentes reunions du Congris 
auront lieu h FArchev^che, dans la magniOque salle des Rois el 
ses dependances. 



VII . 



HORAIRE DU GONGRES 



i 25 Juillet. — Ouverture du Gongr^s k la 

Cath^drale, k huit heures du soir; chant du Vent Creator; Allo- 
cution par If rCv^que de Liege ; Salut solennel et Benediction 
du Tres Saint Sacrement. 



TOUS LES JOURS DU CONGRES 



A sept heures du matin, Messe dite du CongHs, par Tun de NN. 
SS. les Evdques, avec Allocution : 
Le Jendi, dans r^glise paroissiale de Saint-Maurice ; 
Le Yendredi, dans I'^glise paroissiale de Saint-Andre ; 
L( Samedi, dans la basilique de Saint-Remi. 

De sept heures du matin a six heures du soir : 

EXPOSITION DU TRES SAINT SACREHENT 

Pour les Membres du Congres, dans la ChapeUe de TArcAe- 
v^chi, centre du Congres; 

Pour les fiddles, dans Vdglise paroissiale de Saint- Jacques, ou 
chaque matin, k sept heures, la Messe sera dite, avec Allocution, 
par un de NN. SS. les £vdques presents au Congres. Pendant lu 
joumee, des exhortations seront adressees aux adorateurs. 

TRAVAUX DU CONGRES 

Nota : Les Stances de Section se tiendront dans la grande salk de 
VArehevieM, Les Bunions sacerdotales se tiendront dans la Salle 
capitiUaire (Saeristie de la Cath^drale), 

Jeudi 26 Juillet.'^ A neuf heures. Reunion de la Section d'E.v- 

SEIGNEMBNT G^NBRAL. 

A onze heures, Reunion sacerdotale. 

A deux heures. Reunion de la deuxi^me Section : Histoire et 
Statistique. 
Veadredi 27 Juillet. — A neuf heures, Reunion de la Section 

d'EiNSBIGNEMENT GtlsiRAL. 



i() DOCUMENTS PRELIMINAIRES 



A onze heures, U^uiiion sacerdotale. 

A deux heures, Reunign de la Section : l'Orient et l*Eucha- 

RISTIE. 

Samedi 28 JuiUet. — A neuf heures, Reunion de la Section : 

HlSTOlhE ET StaTISTIQUE. 

A onze heuros, Reunion sacerdotale. 

(U n'y aura pas de Reunion a deux heures, a cause des Confes- 
sions.) 

ASSEMBLKE GI^NERALE 

Chaque jour, a quatre heures et demie, dans la grojuda salle de 
I'Arch'iv^ch^, 

EXERCICE DU s6lR 

A huil heures du soir, Procession et Salut du Tr6s Saint Sa- 
cromenl, precedes d'une Allocution par Tun de NN. SS. les 
'Ev^(|ues : 

I.e Jeudi, a Saint-Andre, 

\a} VendrQdi (Jowmee de Reparation), a Saint-Remi; TAdora- 
lion nocUnne suivra cet exercice. 

Lo Samedi, k la Cathedrale, Hommages publics et Iriomphe He la 
Saijite Eucharistie. 

CLOTURE 

Dimanche 29 Juillet, — F^te du B. Urbain II. 

A la Gath^drale, a six heures du matin, Messe basse pour la 
Communion generale. 

A neuf heures, Messe pontificale. 

L apres-midi, P^lerinage au Prieur^ de Binson. Outre les 
trains ordinaircs, train special pour Binson, depart k midi vingt 
minutes. 

Au Prieure, a trois heures, V^pres, Procession solennelle du 
Tr^s Saint Sacrement, Allocution, Amende honorable, Benedic- 
tion. 

Retour a Reims par train special, a six heures et demie. 



L 



VIII 

COMITE LOCAL 

iQstitQ^ par Son Eminence le Cardinal Archev^que de Reims 

POUR U0RQANI8ATI0N OU COHORTS 



President : M** Cauly, protonotaire aposlolique, vicaire g6n6ral. 
Vice- President : M. Fabbfi Compant, vicaire g6n6ral. 

Seer Hair €$ : 

M'' JuiLLET, protonotaire apostolique, doyen du Chapitre, secr6taire 

general ; 
M. l'abb<5 Godix, chanoine honoraire, aumdnier de TAdoration 

Reparatrice. 

l"* SECTION 
Programme. — Travaux. 

pfHvieni : M** Pechenard, protonotaire apostolique, vicaire g^n6- 

ral. 
S^cr^toire : M. Tabbe A. Han.nesse, chanoine honoraire, secretaire 

de I'Archev^che. 

Membres : 

MM. BocET, sup6rieur du grand Serainaire ; 
GiRARDy chanoine ; 
Lamorlette, chanoine ; 
Rabutet, chanoine, aumdnier du Carmel ; 
Blaize, chanoine ; 

Brincourt, sup^rieur du petit S^minaire ; 
R. P. SiMKON, S. J., sup6rieur de la Residence de Reims; 
Petit, professeur au grand S6minaire ; 
Berrue, professeur au grand Seminaire ; 
Beller, aumdnier de Nazareth. 



28 DOCUMENTS PRELIMINA1RE8 



2« SECTION 
Finances. ~ Materiel. 

President : M. Bussenot, chanoine, vicaire g^n^ral. 
Secretaire : M. A. Mareschal, membre de la Soci^t^ de Saint- 
Vincent de Paul. 

Membres eccUsiastiques : 

MM. Decheverry, chanoine; 

CoLLiGNON, cur^-archipr^tre de Notre-Dame ; 

Baye, cur6-doyen de Saint-Remi ; 

BuTOT, cure-doyen de Saint- Jacques ; 

Martincourt, cur6 de Saint-Maurice ; 

Chahpsaur, cur6 de Saint-Andr^ ; 

L^onardy, cur^ de Saint-Thomas ; 

Froment, cur^ de Saint-Jean-Baptiste ; 

MiHiL, cur6 de Sainte-Genevi^ve ; 

PiNEL, professeur au grand S^minaire ; 

SuRY, aumdnier du Noviciat des Fr^res ; 

BoNNAiRE, cur^ de Witry-l^s-Reims ; 

Fr6re Victor, direcleur du Pensionnat des Fr^res ; 

Lecomte, vicaire k Saint-Thomas ; 

Camu, vicaire b, Nolre-Dame. 

Membres laiques : 

MM. Benoist Albert, industriel ; 
Demoulin, n^gociant ; 
Duval A., avocal; 

GivELET H., president des Conferences de S*- Vincent dePaul ; 
Harmel L^on, filateur au Val-des-Bois ; 
Heidsieck Henri, negociant; 
HouLON aln^, ancien negocianl; 
HouLON Georges, negociant ; 

Keller (le gdn^ral), commandeur de la Legion d^honneur 
Lallement C, negociant ; 
Mareschal Maurice^ negociant ; 
Mennesson Henry, negociant ; 
Mennesson Louis, avocat ; 
Person, avocal ; 
Poullot, manufacturier ; 
Prudhommeaux, negociant ; 
Riviere, 
Rogelet E., industriel. 




GOMITE LOCAL 



39 



3* SECTION 
Ceremonies. 

PrHident : M . Covpant, vicaire g^n^ral. 

Secretaire : M . Ditoib, prStre-sacristaia de Notre-Dame. 

Mrmbres: 

MM. Pibii?f, cbanoine; 
Ckrp, chanoine ; 

Bernard, directeur au Graad Seminaire ; 
Goblet, cur^-doyen de Gh&lillon-sur-Marne ; 
Legras, sup^rieur du Prieure de Binson ; 
DsLOZANNE, aumdnier des OEuvres ouvri^res ; 
Ch. Hannessb^ directeur du Bulletin religieux; 
Manteau, prdtre-sacristain de Saint-Remi ; 
Leglerc, vicaire a Saint-Jacques de Reims ; 
Gallet, Ticaire k Saint-Andr^ de Reims. 



Commissaires. 



Membres eccUsiastiques : 

MM. Tabb^ Bonnaire, 
l*abbe Sury, 
I'abb^ Benoit F., 
Tabb^ Benoit M., 
Tabb^ Cr^hieux, 
I'abb^ CuiLLER, 
rabb6 FissiBR, 



Membres laiques: 



MM. I'abbe Forzy, 

Tabb^ GuiLLAUME, 
rabb6 Lehaire, 
Tabb^ Menier, 
Tabb^ MiDOc, 
Tabb^ Peifer. 



A LA CATHEDRALE 



MM. Dbmolxin, commissaire 
en chef, 
Pa?(is Ills, 



MM. Thohas fils, 

Prudhomheaux Gls, 

SOGNY. 



A LA BASILIQUE SAINT-REMI 



MM. BciRONfComm'* en chef, 
Thohas, 

Bri^doux, 

Thiebault, 

Humbert, 



MM. Lalouette, 
Provost, 
Renault, 
RabellE) 
Robert. 



30 



DOCUMENTS PRi^LIMlNAIReS 



A L EGLI9E SAINT<^ANDR]£ 



MM. Raguet^ 
Macquart, 

(iRANDREHY, 

Clerc, 
Fagart, 



MM^ Pagnier, 

HiSCART P., 

H^art L., 

GERARD. 




ADHieSIONS 



I 



LEHRES ADRESSfES A S. t LE CARDINAL LANG^NIEUX 

Archev^que de Reims 



^xtliMc^i Toulouse, le 23 airil 1894, 

M 

TOULOUSE^' 



ExiNSNTtssiiiB Seigneur, 

Avec empressement et avec un vrai bonheur je me serais 
rendu a Faimable invitation que vous voulez bien me faire. Je 
>iens de commencer ma quatre-vingt-huitieme ann^e, el a 
c('t a|sc on Yoit poindre des inflrmit^s qull est sage de ne pas 
(levelopper. C'est pour ce motif que je nassislerai pas aux mai^nii- 
tiqnet; f^tes qui se pr^parent k Cambrai pour le couronnement 
(le Notre-Dame de GrAce, et ou ma place etait toule marquee. Je 
rai$ chercher k yous envoyer un d^Iegue. Je serai present a vus 
ivanions d*esprtt et de cceur. 

Daignez, Eminence Hev^rendissime, agreer, avec mes sincen's 
excuses, Tassurance de mon respectueux d^vouement. 

f FI. Card. Depprez, Archev6que de Toulouse. 



3^ . DOCUMENTS PREUMINAIRES 



II 



^xclgtbicl^t Paris, le 24 avril 4894. 

DC 

PARIS 



Ehinentissime et ve.nere Seigneur, 

Je serai tr^s heureux, a moins d'impossibilite, de r6pondre k 
rinvitation de voire ch^re Eminence pour le Congr^s eucharis- 
lique de Reims. Je pr6vois pour la fin de Juillet des erabarras de 
(livers genres, entre aulres le Chapitre des Heligieuses du Sacr6- 
CoBur pour Telection de la Sup^rieure g6n6rale. J'esp^re que la 
bonne Providence menagera les choses de mani^re k me laisser au 
moins un jour de liberty, pour aller recueillir ma petite part des 
giAces de la sainle Assemblee. 

Veuillez, Tres Vener^ et Eminentissime Seigneur, agreer Thom- 
mage de mon affeclueux respect et de mon fraternel devouement 
on N.-S. 

f Fr., Card. Richard, Archev. de Paris, 



111 



(^btclgi En visile pastorale ci Clermont, 

" 2i avril 4894. 

CHALONS 



Eminence, 

La trop modeste part de concours qui est en notre pouvoir est 
olTerle avec empressement au Congres eucharistique, dont la 
direction est confiee k vos habiles et puissantes mains. Apr^s 
avoir constitu^ le comit6 local ou diocesain, avec les pr6tres les 
plus experimentes en ce genre de travaux, je serai heureux 
(I'aller ni'edilier k Reims, d'aller y prendre quelques lumi^res. 
S'il est encore possible a un novice de mon Age d'apprendre et 
de comprondre quelque chose en ce qui louche les besoins des 
temps nouveauX; je choisirai les circonstances et le jour qui me 



^ 



ADHlUlONS 33 



seront signal^s par les Congressistes de Ghllons. Aujourd'hui, 
i'ai le devoir de remercier Voire Eminence de la bont^ qu'elle 
met a m'v inviter. 

Je Yous prie d'agr^er, Monseigneur, mes sentiments de pro- 
fonde et aflectueuse r^v^rence. 



f G. Marie, £v, de ChdUms. 



IV 

fbU^i he 25 mai 48H. 



CHARTRES 



Eminencs, 

J'ai le plus grand d^sir, — si ma sante, meilleure qu'elle n'a 
ele, mais loin encore d'etre remise, me le permet, — d'assister 
au Congn^s eucharistfque qui doit se tenir k Reims. Ge Gongr^s 
roe seradoux enlui-m^me; il me seradoux aussi d'etre quelques 
jours pr^s de Votre l^inence ; et cela pour plus d'une raison. 

Vous aurez la grande bonte de me faire donner en temps utile 
les indications pratiques n^cessaires. 

Veuillez agr^er, Eminence, le (Id^le hommage de mes bien 
d^Toa^ respects. 

t Fr., &7. de Ckarlres, 



iiiclii A Son Eminence le Cardinal liANG&NiRux, 

Archev^que de Reims. 



NAMUR 



Eminbnce, 

G'est demain qu'aura lieu a Reims Touverture du Gongr^s 
eacharistique. 

II m'edt ete extrSmement agreable d*y prendre part, k Texemple 
de men v^ner^ collogue de Liege. 



34 DOGUMRNTS PR^LIMINAIRES 



J'ai dd me refuser cette graade consolation, a raison des 
devoirs personnels nombreux qui me retie^nenl dans mon 
dioc6se. Absent de corps, j'assisterai d'esprit et de coeur k vos 
importants travaux, et je demanderai au Seigneur qu*!! daigne 
les faire servir a sa plus grande gloire, a Thonneur de son 
Eglise et au plus grand bien ^s dmes. 

Elev^ sur le si^ge de Saint-Aubain depuis pr^s de deux ans, je 
n*ai pu encore aller dire aVotre Eminence lout le respect qu'elle 
m'inspire, et m*animer au souffle de son z^le si ^claire et si 
ardent. 

Veuillez avoir la bonte d'apprdcier mon cas avec Tindulgence 
qui vous caraclerise, et croyez que je complerai au nombre de 
mes jours les plus fortunes celui oQ il me sera donn^ d'aller 
vous rend re mes devoirs. 

Daignez agreer, Eminence, Tbommage de ma parfaite v6n6- 
ration. 



t J.-B^% £v. de Namur. 




i 



II 

LEHRES ADRESSfES A M'" L'£v£QUE DE LI^E 

Prfeident du Comite permanent du Congrts Eucharistique 



I 

^vdlMclii * Capoue, le 7 juin 1894. 

CAPOUE 

A Sa Grantleur W^ I'iv^que d<? Liegej 

MO.NSBIGNKUR, 

Je r^ponds un peu tard k voire let Ire du 7 mars dernier, mais 
je tenais auparavant h me decider sur le cboix de la personne 
qui pourrait me repr^senter au prochain Gongr^s de Reims. 

Je ne saurais vous dire, Monseigaeur, avec quel intt^r^t j'ai 
suivi tout ce qui regardait le Congr^s eucharistique de Jerusalem, 
dont j'ai parl^ dans un discours que je devais lire au Congres 
calhoUque de Naples. 

Ne pouvant pas accepter, k mon Ires grand regret, la gracieuse 
invitation d assister au prochain Congres eucharistique de Reims, 
i cause de ma sante^ je me permets de prier Votre Grandeur de 
my repr6senter. 

Soyez convaincu, Monseigneur, que je forme d^s k present des 
Toeux sinc^res pour le succ^s moral du nouveau Goagr^s, et que 
je demande au Tout-Puissant de voutoir en b^nir les travaux, 
afin que le moude catholique ^prouve de plus en plus les bien- 
faits de TOEuvre, dans sa lutte avec les ennemis de la foi, qu'elle 
Teut ramener dans le giron de la sainte Eglise Apostolique et 
Romaine. 

Agr^ez, Monseigneur, mes remerciements et les assurances de 
ma haute consideration. 

Voire d^vou^ serviteur, 

f Alpho.nse, Gardinal Capecelatro, 

Archev^que de Capoiie c' Bib. S. A. E, 



36 DOCUMENTS PRELIMINAIRES 



11 

iatrfatjCRt ^mitAtn Constantinople, le 26 avril, v. s., 4894. 



A Sa Grandeur Mf' Doutrrloux, Mque de liege. 
President du Comitd permanent des OEuvre$ 
eucharistiqueSy b, LUge, 

MONSEftGNEUR, 

M. de P^lerin m'a fait Thonneur do me transmeltre la copie 
imprim^e de la lettre de Voire Grandeur, en dale du 7 mars, 
ainsi quo celle du Programme du prochatn Congr^s eucharisUque. 

Je suis heureux de vous informer, Monseigneur, que je m*asso- 
cie h Vous du fond du coBur, pour oblenir du Ciel le succ^s de ces 
nouvelles assises des OEuvres eucharisliques, et je r^it^re ardem- 
ment a celle occasion les voeux que je Vous avais adress6s lorsque 
Vous me faisiez part tie la decision prise par le Comile permanent 
des dites OEuvres de tenira Jerusalem mSme Fun de ses Gongr^s. 

Je ne manquerai pas d'ordonner des pri^res sp6ciales k noire 
Clerge el a nos Communaut^s religieuses, surtout pour les quatre 
jours afTect^s aux stances du Congr^s. Vous dites fort bien que 
rOrient a parl^ a Jerusalem, el qu'4 Reims rOccident r^pondra. 

11 est temps en efTet que Ton voie les preuves d'une r^ponse 
efficace, que les applaudissemonls enlhousiastes qui oni salu6 
dans la Ville sainte la grande question de TUnion des Eglises 
produisent des fruits prQpres i en faciliter Theureuse solution. 
11 est temps que la question entre, avec le procliain Gongr^s inter- 
national, dans une phase nouvelle, et de plus en plus pratique. 

Les Vceux formulas par le Congrds eucharistique de Jerusalem 
renferment brievement, mais clairemenl, tout ce qu'exige la 
situation presenle. OH en osl-on par rapport h la realisation de 
ces Voeux? Quel est le chemin parcouru? — Voili la question qui 
sera naturellemont pos6e au IX" Congrfes; et j'espfere que le 
Seigneur en benira les saintes deliberations. 

Tel est le vceu que je forme, Monseigneur, en terminant ces 
lignes, et en priant Voire Grandeur d'agr^er la nouvelle assurance 
de mon afTectueuse veneration. 

Voire devou6 en Notre-Seigneur, 

f ]£tIENI^E-PiERRE X. AZARIAN, 

Patriarche des Arm^ienn catholiques. 



ADH^ONS 37 



III 

t 

^Tti^tbicit ^gvxoxdit Nicosie, le 18 mai i894. 



CHYPRE 



A Sa Grandeinr W I'Mvique de Li^ge, President du Congris, 

Excellence, 

C'est avec joie que j'ai recu k Tile de Chypre voire lettre du 
7 mars 1894. 

Le Congr^s eucharistique de Jerusalem, Monseigneur, a 6t6 
|M>ur raoi une consolation si vive, un secours si puissant dans la 
direction de ma mission, que je tressailte d'ail^gresse k la nou- 
Telle du IX* Congr^s eucharistique international, qui doit se tenir 
a Reims, du 25 au 29 juillet prochaiu. 

Voire z^le apostolique, Monseigneur, m'as^ure d'avance que 
▼ous recueillerez de ce Congr^s les m^mes fruits que vous avez 
recueillis en Orient : aussi, Monseigneur, c'est avec toute TefTu- 
sion de mon dme que j*ai recu votre bienveillante invitation 
d^unir mes prieres et celles de mes troupeaux aux ferventes 
prieres de nos freres de TOccident ; les religieux et les fiddles 
de men Eglise, Monseigneur, se feront un bonheur de s'associer 
par leurs prieres a TGEuvrc glorieuse que vous dtes en train 
dVnlreprendre. 

Mes enfants de Chypre, que j'ai le bonheur de visiter en ce 
moment, se feront, eux aussi, une gloire de prior pour le progr^s 
de la foi et du catholicisme. 

L'enthousiasme excite au Mont-Liban par la sagesse et le 
devouement apostolique de T^minentissime Cardinal -L^gat, 
M^ le Cardinal Lang^nieux, cet enthousiasme est Torgane actif 
de la realisation des Voeux du Congr^s eucharistique de Jeru- 
salem ; les Libanais sont (iers de voir le digne champion de 
realise travailler energiquement pour la propagation de la foi 
de leurs aoc^tres, et, dans leur reconnaissance iiliale, ils regret- 
tent de ne pouvoir offrir que leurs humbles prieres, ils regrettent 
de ne pouvoir prendre une part plus active au bien qui se pro- 
duit en Occident. 

Je dois done vous exprimer mes plus chaleureux remerciements 
poor Toccasioa que vous me preseutez de raviver Tenthou- 



38 DOCUME!frS PRELIMINAIRES 

siasme de mes enfanls ; je n'epargnerai rien, Monseigneur, pour 
meltre en pralique toules les oBUvres de devotion, afiii de vous 
r6compenser de Tint^nU et de l*a(Teclion que vous montrez pour 
I'Orient. 

Votre Ires bumble et tr^s devoue serviteur, 

f N^MATULLAH SeLOUA.N, 

Archevdque maronite de Chypre. 



IV 

^XC^tbicili Tarenle (llalie), en la Ft^le-Dieu 1894. 

DC 

TARENTE 

A Sa Grandeur Ilh^ et R"'^ M^'' tt,v^que de Liege. 

MONSKIGNKUR, 

l.a charit(^ de J<^siis-Christ nous presse, et elle nous oblige 
d'employer lous nos soins pour sauver ce si^cle qui s'approche 
du toinbeau. Lumiere, saintete et bien-6tre, voili le triple besoin 
du triple ordre intellectuel, moral et materiel : le sifecle voulut 
ces biens de la science, de la civilisation et du progr^s sans 
Dieu, et il eut des t<^n6bres, de la corruption el des malbeurs 
innombrables, qui oppriment sans cesse et sans exception. Ob ! 
avant de finir, qu*il se prosterne huniblcment devant la Trfes 
Sainte Eucharistie, et 11 aura la lumit're, la saintet^ et le bien-^lre, 
comme de sa veritable et elllcace source. 

Je salue done le IX.^' Congres eucbaristique international, qui 
aura lieu h Reims au mois de juillel procbain, comma unbienfait 
signals de la Providence pour not re siecle, et je suis sAr qu*en 
continuant Toeuvre diligente des Congr^s precedents, il arrivera 
k persuader notre si^cle que son salut est la sainte Eucbaristie. 

Avec ces soubaits et avec cetle con (lance, j'adh^re au Gongr^ 
et je prie le Bon Dieu d'accorder tous ses dons celestes a tons 
ceux qui y prendront part, et particulierement a Son Eminence 
le President, dont je baise les mains. 

Je suis votre bumble serviteur et confrere en Jesus-Cbrist, 

PlETRO Tovio, 

Arcivesc. di Tetrent*!. 



ADHESIONS 39 



V 

^rxft^tt^t Agra, le 7 juin 1894. 

D'AGRA 



A Sa Grandeur Mv Viv^que de LUge, 



MONSeiGNEUR, 



Ce fut avec regret que nous vimes passer, Tannee derni^re, les 
flutes de r Ascension el de la Penlecote sans qu'il me fAl possible 
de m'unir, autrement que d'esprit el par la pri^re, aux Menibres 
du Congr^s eucbaristique reunis alors d Jerusalem. Aujourd'hui 
la poste m'apporle la bonne nouvelle qu'un autre Congr^s doit se 
r^unir cetle annee a Reims, pour conlinuer ToBUvre, si chftre a 
(oat ccBur Chretien, de faire aimer el honorer de plus en 
pluf« Notre Seigneur J6sus- Christ dans la sainte Kucha ristie. 

Mou'^eigneur, je m'eslimerais heureux s'il m'61ail donn^ de 
pouToir assisler i vos augusles Assemblees, et d*y entendre la 
voix de ces illustres prelats, de ces nobles chreliens qui ont 
doja tant fait pour rehausser lo culte de la sainte Eucharistie 
dans le monde entier; mais la grande distance el les affaires de 
raon diocese m'empdchent de me procurer celte consolation. 
Toutefois, k Reims comme h Jerusalem, je serai present, avec 
mes prt^lres et mes ouailles, en esprit et par la pri^re, car nous 
demanderons au Seigneur qu'Il daigne b6nir vos efforts, r4- 
pandre sur Tauguste Assembl6e ses plus pr^cieuses benedictions, 
et vous consoler par des resultats aussi beaux et aussi utiles que 
ceux qui furent obtenus dans les Congr^s precedents. 

Daignez' agreer, Monseigneur, avec les vcbux les plus sinc^res 
que je forme pour le succes du IX ° Congr^s eucbaristique, 
rhommage des sentiments les plus respectueux et les plus de- 
Toues avec lesquels j'ai Thonneur d'etre 

de Voire Grandeur, 
I'humble et devou6 serviteur en Jesus-Ghrist. 

f F. Emmanuel, o. c, 
ArchevSque 6^ Agra (Indes orientales). 



40 DOiUMENTS PRELIMINAIRES 



VI 



^TdsMclgi Scutari d'Albanie, 7 juin 1894. 

OK 

SCUTARI 

A Stt Grandeur M^" Doutreloux, SvSque de LUge, 

MONSEIGNEUR, 

J'ai appris par la lettre de Voire Grandeur, du 7 mars 1894, que 
le IX* Congr^s eucharislique se tiendra celte aiin^e k Reims, du 
25 au 29 juillet i894, sous la pr^sidence de Son Eminence le 
cardinal Lang^nieux, Archev^que de Reims. 

Je regrette qu'a cause de la distance et des occupations de 
mon office je ue puisse r^pondre a Tiuvitation et intervenir 
au Gongr^s. Cependant, que votre Grandeur soil bien sare que, 
si je ne puis pas assister de presence, j'y assisterai en esprit, 
et je prierai le bou Oieu qu'il daigne b^nir les efforts de cette 
(Buvre et couronner d'un heureux rdsultat tout ce qu*on fera 
dans le Congr^s selon le Programme. 

Je prie Votre Grandeur de vouloir bien assurer la venerable 
Assemblee que, mSme dans cet Archidioc^se, le culte eucharis- 
lique augmente de plus en plus par la frequenlalion quotidienne 
de la sainte messe, par les communions frequentes, paries Visiles 
au Saint Sacrement, les processions, les saluls, etc. 

Veuillez, Monseigneur, b^nigncmeut m'excuser si je n'ai pu, 
jusqu'ii present, repondre k Votre lettre, et agr^ez les sentiments 
de ma profonde estime et de ma v^n^ration. 

Votre trfes humble et obeissant serviteur, 

f Pascal Gubrlni, Archev^que de Scut<tri, 



ADHESIONS 41 



VII 



CiM^I ^nniintii Angora, le 31 mai 1394. 

CBl|0liqiu 



A Sa Grandeur M^'" l'£v^que de Uege^ President du Congris. 



MONSEIGXKUB, 

Jc Yieos de recevoir voire bien eslim^e leltre, imprim^e du 
7 mars, sur le IX" Gongr^s eucbaristique international qui doit se 
tenir a Reims du 25 au 27 juillet procbain. 

Je b^nis le Seigneur de voir qu*ll continue a susciter dans son 
E^Use des bommes vraiment d^vou^s et z^les qui entreprennent 
et ex^cutenl tant de travaox utiles et n^cessaires pour la plus 
grande gloire de Jesus-Hostie et le vrai bien des dmes. Gcs 
esprits eleves, ces coBurs nobles, qui mettent lout leur talent et 
toute leur ardeur au service de Dieu et du procbain, doivent 
forcer la synipalbie, Tinl^r^l et la reconnaissance de lout cbr6- 
lien ; dans tons les cas^ on ne peut douter que leurs noms ne 
i<oienl inscrits en lettres d'or dans le Livre de Vie. 

Deja, Fan dernier, apr^s avoir salu6 avec une grande joie 
Fid^e d un Congr^s k Jerusalem, je m'etais uni de coeur et de 
prieres k son Comity et k ses Membres, en attendant Tbonneur 
dj assister; mais, h^las ! emp£cb6 par les besoins pressants de 
mon dioc^e, ce bonbeur ne fut point le mien. Mais avec quelle 
ardeur j*ai prie pour son succes, avec quel intdr^t j'en ai suivi de 
loin les seances, et surtont avec quelle joie j*en ai lu les voeux et 
les r^sultals imm^dials, il serait difficile de Texprimer. Ce que 
je puis dire ici, c'est que mon coeur d*ev^que fut comble d'une 
consolation d^aulant plus grande que les esp^rances que nous 
promil eel important Congres ^taient les plus tlatteuses et les 
plus precieuses pour nous. Qui, un Ev^que d'Orient ne pouvait 
ne pas ^tre 6ma en constatant tons ces hauls fails que nos fr^res 
d*Occident executenl dans le principal et unique but de procurer, 
de faciliter le pro^s et Facial de la foi calbolique dans ces 



42 DOCUMENTS PRELIMINAIRES 



conlr^es autrefois cel^bres, niais aiijounrimi si dignes de compas- 
sion. 

Que la divine Eucharislie, reconnue par Tauforite da Chef de 
TEglise comme devant ^tre h* moyen le plus propro de rapproche- 
ment et do reconciliation de nos freres separ6s, achfeve cetle 
grande oeuvre d'Union qu'Elle a si solennollement inaugur^e, il y 
a un an, et qu'Elle inspire, pour le present, los congressistes de 
Reims! Et lorsque vous voulez bien nous dire, Monseigneur, 
« A Jerusalem, TOrient a parle ; k Reims, TOocident repondra », 
nous pouvons et nous devons croire que le IX® Congr^s eucharis- 
tique sera le complement et le couronnemenl de celui qui Ta 
precede, et qui nous a permis les plus belles esp6rances. Nous 
ne pouvons pas douter que cette reponso sera favorable a tout 
egard. Qui la fera, cette reponse? C'est la ville qui fut le berceau 
de cette feconde nation qui devait un jour s'appeler la Fille ainee 
de rfeglise, et dont la plus grande gloire serait k sa foi g^n^reuse, 
.'i sa foi propagatrice et executrice des desseins de Dieu k Iravers 
les temps et les lieux ; elle sera genc^reuse et belle cette reponse, 
car c'est le Sacrement du plus g^n^reux et du plus bel amour 
qui I'inspirera. 

Dans cetle atlente et ce desir, je me ferai un devoir bien cher 
de prier et de faire prier mon clerg^ et mes fiddles pour le succ^s 
du Congr^s de Reims, pour Son Eminence lo Cardinal-L^gat, pour 
le Comite permanent et en particulier pour Vous, Monseigneur, 
qui y prenez une pait si aclive et si laborieuse. 

Veuillez agreer, Monseigneur, Texpression de la haute conside- 
ration et du profond respect avec lesquels j'ai Thonneur d'etre, en 
Notre Seigneur Jesus-Christ, 

De Votre Grandeur, 
le plus humble serviteur, 



f Jean Ohan.nessian, Av^que cC Angora. 




ADHESIONS 43 



VIII 

€bic^i Adana, 4 juin 1894. 

D ADANA 

A Sa Grandeur M^'' f£v4que de Liege, President du Congrts 
eucharistiquej a Liege, 

MONSKIGNEUR, 

Je prends la liberie de vous ^crire d Fapproche du Congres de 
Reims. 

Monseigneur, le ccpur de Voire Grandeur, plein de la charil^ de 
JesU'^-Chrisl, ne peut pas oublier ses frferes en Episcopal : c'est 
pourquoi, rooi, le dernier des Elv^ques calholiques, je vous 
prie de ne pas m oublier, pendant les jours b^nis du Congres, 
dans Tos sainles et fervenles pri^res, qui sont Ir^s aoceptables 
deranl Jesus-Hoslie. Ah ! puiss^-je devenir, moi aussi, un saint 
ev^que, pour faire du bien dans ce Diocfese, palrie de saint 
Paul ! Certcs, si j'^tais un digne pasteur, mon Diocese ne serait 
pas dans ce malheureux etal. Mais j'esp^re, par les b«^nediclions 
du Oongr^s de Reims ef par les pridres qui se feront li, que 
J^^sus me donnera ses grdces et me sanclifiera. Et comme le 
Congres de Jerusalem a rempli de benedictions mon Diocese, 
aassi celui de Reims achftvera TcBUvre comraenc6e. Je ne puis 
pas oublier la douceur et la consolation que j'6prouvai k Jeru- 
salem en causant avec vous; vos conseils, vos exhortations, ne 
sont pas oublies. Ah ! si je pouvais vous entendre encore celle 
fois ! 

Agreez, Monseigneur, avec Texpression de ma sincere grati- 
tude, les sentiments respectueux avec lesquels j'ai Thonneur de 
me dire pour loujours, 

De Voire Grandeur, 
le Irfes oblige et d^voue serviteur en N.-S., 

f Paul Tkrzian, ^^que d* Adana et Tarse. 

P. S. — J'ai envoye k M. de P^lerin un Rapport sur le bien 
op^re en un an, dans mon diocese d'Adana, depuis le Congres 
de Jerusalem. 



44 DOCUMENTS PRELIMINAIRES 



IX 

§i0fm Fi^sole (prfes de Florence), le 29 mai 1894. 

FI6SOLE 

A Sa Grandeur Mf'' Victor-Joseph Doutreloux, £v^que de LUge. 

MONSEIGNEUR, 

J'ai rhonneur ei le plaisir de r^pondre k la circulaire que vons 
avez eu la bont^ de m^adresser k propos du futur Gongvfes eucha- 
ristique dans Tillustre cit6 de Reims, et, bien qu'il ne me soit 
pas permis d'y prendre part personnellement, comme vous pou- 
vez ais^ment le concevoir, je suis heureux de vous exprimer ma 
plus vive approbation pour une ceuvre de si haute importance 
au point de vue reiigieux et social; et je ne manquerai pas 
d*implorer le secours des pri^res de mes prdtres et des Gd^es 
confles k mes soins, pour attirer les benedictions du Bon Dlea 
sur ceux qui s'y sont devours avec tant de z^le et de gen6rosit6. 

Plaise k Dieu que le culte du Tr^s Saint Sacrement de Tautel 
rail u me le feu sacre de la Gharit6 dans le coBur de nos fr^res, de 
sorte qu'ils soient r^unis au centre de la foi et du salut, la sainte 
Eglise catbolique ! 

Tout en vous priant, Monseigneur, d* accepter la declaration de 
nia plus hauto estime et reverence, je me signe 

Votre tr^s humble serviteur, 

f David, 
ivique de Fiisok, 




Ill 



LEHRES ADRESSEES A M. DE P^LERIN 

Secretaire g^n^ral des Congr^s Eucharistiques 



I 
SdriirnKt ^n&a Jerusalem, le 29 avril 1894. 

JERUSALEM 

A Monsieur le Secretaire giniral du Cangris. 

Qazh Monsieur le Secretaire, 

ie m'empresse de vous remercier des consolanles communica- 
tions que vous avez bien voulu me faire par voire lettre du 7 
courant, et je me r^jouis des heureux resultats obtenus par le 
Congres de Jerusalem, et constates par le Bref que le Saint-Pere 
a adress6 au si digne Cardinal Lang^nieux. Ges resultats, que 
personne ne peut mettre en doute, et qui sonl mainlenant du 
domaine de Thistoire, nous permeltent d'en esperer de semblables, 
et de plus grands encore, du Gongr^s eucharistique qui se reunira 
prochainement a Reims, sous la pr^sidence de Son Eminence 
Ms' ie Cardinal. Devant commencer au mois de mai la visile du 
diocese, je ne pourrai assister au Gongr^s en personne, mais j^ 
serai en esprit; j'en suivrai les Iravaux, el je prendrai le plus vif 
inter^t aux bonnes nouvelles qui nous parviendront a ce sujet. 

Veuillez agr^er, cher Monsieur, la nouvelle assurance de ma 
haute consideration el de mon parfail d^vouemenl. 

f Ludovic PiAvi, 
Pairiarcke de Jerusalem. 



46 DOCUMENTS PRELIMINAIRES 



II 



istriatot Hm Le Caire, le 2 raai 18^. 

D'ANTIOCHE, D'ALEXANDRIE 
ET DE JERUSALEM 

A Monsieur le Secretaire general du Congris, 

Monsieur le Secretaire, 

J ai recu avec plaisir voire aimable letlre du 8 avril, ainsi que 
celle de M^'' de Li^ge, et le Programme du Congr^s eucharistique 
qui aura lieu celle annee k Reims; je prie le bon Dieu de b^nir 
voire enlreprise el de f6conder vos g^iit^reux eflbrts. 

Un gi*and mouvemenl de relour k Tunil^ s*accenlue de plus 
en plus dans la Haule Syrie, k Homs el Hamah, et du c6i6 de 
TAnalolie : des villages enliers deraandent k reiilrer dans le giron 
de r£glise catholique. 

Le nombrc des nouveaux converlis dans la Haute Syrie esl 
devenu si grand qu'il serail bon de cr^er Ik un nouvel ev^che; 
mais cVst le manque absolu de ressources qui m'emp^che de le 
faire ! Kn un inol, le mouvemenl de conversion esl actuellement 
tr^s grand en Orient, et il a besoin d'etre soulenu el secouru. 

Je prie le Seigneur de r^pandre ses abondanles benedictions 
sur le Congrds eucharislique de Reims, et j'ai la ferme confiance 
qu'on y prendra les moyens n^cessaires pour venir en aide k 
rOrienl le plus 161 possible, car la moisson esl mdre et le temps 
presse. 

Recevez, Monsieur le Secretaire, Tassurance de ma considera- 
tion distinguee. 

Gr^goire I iussBF, 
Patriarchs d'Antioche, d*Alexandrie et de Jerusalem, 



ADHESIONS 47 



III 

^tt\Aicii SxtaniU Beyrouth, le 4 juillet 1894. 

BEYROUTH 

A Monsieur le Secretaire gHi&ral du Congrds, 

Mo^isiBUR LE Secretaire, 

Cest avec un grand plaisir que j'ai recu voire aimable leltre, 
par laquelle vous m'annoncez que le Gongr^s eucharislique sera 
cette ann^e reuni k Reims sous la pr^sidence de Son Eminence 
le Cardinal I^ngenieux. Pour ob^ir au doux appel que vous 
roe failes d'^crire quelqae chose sur le resullal du precedent 
Congres k Jerusalem, je vous envoie maintenant, par Tenlremise 
de Son Eminence, mon humble Rapport, que vous trouverez ci- 
inclus. 

Yeuillez agr^er, Monsieur le Secretaire et excellent ami, les 
hommages de voire tout d^voue serviteur en Nolre-Seigneur. 

f Joseph Debs, 
Arehevique maronite de Beyrouth. 



IV 



^nlftbiclii 6m-Cst(0lxqn< Salda, le 28 avril 1894. 

DE SA'iDA 

A Monsieur le Secretaire general du Congris, 

Monsieur le Secretaire, 

J*ai recu avec grand plaisir voire ch^re lettre du 6 avril, oil 
vous m'apprenez llieureuse et bien agr^able nouvelle de la 
reunion du prochain Congres eucharislique de Reims, sous la 



48 DOCUMENTS PR^IMINAIRES 



pr^sidence de Son Eminence, rillustre et grand Cardinal Lan- 
g^nieux, dont TOrient n*oubliera jamais les grands et g^nereux 
bienfaits. 

Tax lu, avec la plus grande satisfaction, le Bref de Sa Saintet^, 
oii L^on XIII charge Son Eminence de poursuivre roBOTre si 
heureusement entreprise k Jerusalem et si propre h procurer 
Tunion des chores Eglises d*Orient k J^sus -Christ, I'unique et 
vrai Pasteur, vivant r^ellement dans la personne de son Vicaire, 
en leur faisant aimer et honorer davantage J^sus, le Pain des 
Ames, r^ellement present dans la sainte Eucharistie. 

II serai t convenable sans doute, que T^glise d'Orient rendit sa 
visite (l sa soBur d*Occident, en r^pondant au gracieux appel que 
cellc-ci veut bien lui faire cette ann^e ; aussi, est-ce du fond du 
coBur que je d^sirerais me trouver k vos saintes et pacifiques 
reunions ; mais je n'ai pas besoin de vous dire les nombreux 
empSchements qui nous retiennent, et, k noire plus grand regret, 
nous privent de ce bonheur. Ne pouvant done rae trouver de 
corps parmi vous, j*y serai du moins d'esprit et de coBur, for- 
mant les voeux les plus sinceres pour Theureux succ^s de cette 
sainte entreprise. 

Aussi, ai-je command^ a cette intention des pri^res sp6ciales 
dans tout mon diocese, aQn que le Congr^s de Reims assure et 
augmente les heureux r^sultats d^j& obtenus par celui de Jeru- 
salem. 

Veuillez agr6er. Monsieur le Secretaire, Texpression de la 
haule consideration et du parfait devouement avec lesquels j'ai 
rhonneur d'etre, 

Votre d^voul servitenr, 

t Basilios Aggiar, 
Archev6que de Saida et Deir El Kamcar^ etc., 



Officier de V Instruction pubHque en France. 



▲DHitelONS 48 



V 

tbh^i Burlington, le 10 mai 1894. 

M 

BURLINGTON 

A Monsieur db Peleri.n, Paris. 



Hon chbr Monsieur, 

Je conserve un sentiment de joie et de reconnaissance pour ce 
(|tii a M fait a Jerusalem, et je suis convaincu que des jours de 
sloire vont arriver dans T^glise^ parce que le culte de TEucha- 
rislie va toujours croissant. 



Parmi les exercices du Congr^s de Jerusalem, je fus beaucoup 
trapp^ de la reunion sacerdotale k laquelle jo pus assister. Les 
pr^lres sonl les ouvriers ; mais comme elle doit ftlre ^loquente dans 
la chaire, la langue de ceux qui s'enlendent pour propager la de- 
votion au Saint Sacrement ! 

Toe benediction sp^ciale est assuree a tous les adorateurs de 
ITucbarislie; une des grandes joies de T^glise aujourd'hui est de 
Toir le culte eucharistique se propager. Plus il graudira et plus 
!e> conversions seront nombreuses parmi les hommes et les 
nations, plus il y aura de retours. J'espere que les congressistes 
lie Jerusalem, ceux de Tassemblee de Rheims qui se pr6pare, et 
tous les fervents Chretiens, tourneront quelquefois leurs regards 
vers rOccident sans oublier le Levant. Qu'elle est grande, la 
moisson a recueillir dans notre Araerique! Qu'il serait immense 
le resullat de la devotion au Saint Sacrement parmi nous ! Cetle 
devotion existe, elle tend k se d^velopper, et nous avons lieu de 
croire que les catholiques des Etats-Unis vont avoir bientdt de 
grandes demonstrations de leur foi et devotion envers le Saint 
Sacrement. 

J'ai Thonneur d'etre votre bien d^voue. 

f L. DE GOESBRIAND, 

£vdqu€ de Burlington (Vermont, £tats-Unis). 



60 DOCUMENTS PR^LIMINAIRES 



VI 



Sfmnt gfrfnralr'a St Meinrad, Spencer Co., Ind,, 28 mai 4894. 

(Kentucky, AiiiArique du Nord.) 



^litt 



MoN CHER Monsieur le Secretaire, 

11 me fail grand plaisir de vous donner mes impressions sur 
les resultals du Congres eucharistiqiie de Jerusalem. Ces impres- 
sions sont une source de perp^luelles consolations pour moi. Le 
souvenir des manifestations d'enthousiasme que j'ai vues a Jeru- 
salem dans les assemblies generates, les magnifiques proces- 
sions eucharistiques, les solennelles grand'messes pontificates dans 
les difTt'Tenls riles orienlaux, la piete et la d(?votion manifest«^es 
par les pelerins, c'eLiit un spectacle ravissant pour les anges et 
pour les liommes. C'^tait la premiere fois dans ma vie que j'^tais 
temoin d'un Congn»s euctiaristique. Je ne doute point, que les 
prieres offertes au bon Dieu d cette occasion contribueront beau- 
coup a la reunion des s<'>hismaiiques orientaux avec TCglise 
catbolique. Je remercie le bon Dieu d'avoir eu le bonheur d*assis- 
ler h ce Gongres. Je suis aussi lieureux de vous communi(iuer 
([u'un des resullats de ce Congr^s est que nous aurons bienfcM 
un Congres eucbarislique en Amerique.Comme vous le verrez par 
la lettre-circulaire de M*'' de Covington, nous aurons une confe- 
rence pr('iliminaire le 8 aoiit, qui sera frequentee d'un grand 
uombre de prfitres et plusieurs archev^ques et 6v6ques. Le 
nombre des pr^tres adorateurs croit de jour en jour. Veuillez prier 
pour le succ6s de nos efforts. 

Avec I'expression de raon sincere respect, j'ai Thonneur dVtre 
voire d^voue en N. S. J.-C. 

Fintan Mundwiler 0. S. B., ahbe. 



ADHESIONS Si 



Outre les Cardinaux, Patriarches et iviques dont lea 
lettres viennent d'6tre reproduites, plusieurs iminenta 
Prilata de France et grand nombre d'ArchevSquea et 
tviquea de f stranger ont fait parvenir au Congrds leura 
adhisiona et leura vcbux pour son succia. Noua en 
reproduiaona ici la Hate : 

I. 
Adhesions de Ffpiscopat frangais. 

Cardinaux : 

Son tminence le cardinal Lecot, archevt^qiie de Bordeaux ; 
Son Eminence le cardinal Bourret, 6v6que de Rodez. 

Archev^ues : 

U^ CourLLiE, archev^que de Lyon ; 
M^ BoYER, archevfique de Bourges; 
M^^ SoNNOis, archevfique de Cambrai. 

£v^ques : 

5I»^ B^CEL, ^v^que de Vannes ; 

M*' DE Cabrieres, ^vAque de Montpellier; 

M«' Perrai'd, 6vSque d'Aulun; 

Uf BoNXET, ev^que de Viviers ; 

Wp L\bords, ev^que de Blois ; 

Mi^GoGX, ev^que de Versailles; 

MP Lelo.mg, ^vfique de Nevers ; 

U^f Tregaro^ ^v^ue de S^ez ; 

M*' Pagis, 6v6que de Verdun ; 

M«' Petit, 6v£que de Le Puy ; 

M«' BocviER, 6v*que de Tarentaise; 

M*' FczET, ^v^que de Beauvais ; 

M«' Luc»N, 6v6que de Belley; 

MP Fallieres, ^v^que de Saint-Brieuc ; 

MP Duval, ev^que de Soissons ; 

MP Bexou, ^v^que d'Amiens ; 

MP Belmont, ev^que de Clermont ; 

MP L\TTT, ^v^que nomme de Chdlons; 



52 DOCUMENTS PR^LIMLNAIRES 

M*^ TouLOTTE, dos Peres Blancs, vioaire apostolique du Sahara ; 
M<^ Leciiaptoi.s, des P^res Blancs, vicaire apostolique du Tauga- 
nika. 

II. 

Adhisions de r£piscopat stranger. 

Archev^ques : 

}A^ NicoLAOs Cadi, archevtHiue grec de Bostra et de Hauraii; 
W^ Mkmarbachi, archevt>(jue syrien de Damas, vicaire palriarcal 

de Mardin; 
Mk"" Gahmeri, archev(>que de Syracuse; 
M'f'' Mahmoria-n, archev^que arin^nien de Tr^bizonde; 
M*"" Sto.nor, archev»)que lalin de Trebizonde; 
M^*" Caporali, arclieveijue d'Otraiile. 

tv^ques : 

M"^ Doi'TRELOUX, t^v^que de Li^ge; 

M*"^ lloYKK, eveque maronile d'Arca; 

Mff^ Kandelafte, evt>que syrien de Tripoli ; 

M^ PoTiioN, eveque franciscain de Jericho; 

M^ Castelli, evt^que de Tinos; 

Mk' Camillus Maes, eveque de Covington; 

M^*" Decroliere, eveque de Namur; 

MK*" Haas, <^v(}que de BAle; 

M^*" Theiuet, eveque de Monaco ; 

M«^ DoiMAXi, eveijue grec de Sainl-Jean-d'Acre et de Galilee; 

fA^ I'EvAque de Bobbio ; 

MP" rtv^Hpie de Vollerra ; 

M*"^ I'Kvt^que de Vigevano; 

M**" rEvtVjue de Piligliano-Crossetto; 

M^^*" rfivi^que de Nocera; 

M^ rEv(^(|ue de Nola ; 

U^ TEvAflue <le Peschia ; 

Mk^ rtveque de Cava doi Terreni. 

Abb^s : 

W^ Pellegrini, abbe <lu monastere basilien de Grotta-Ferrata 

(Italie); 
K. P. Conrad, al»be «lu inonaslere benddictin de New-Engelbcrg 

(Concejilion). 



LISTE DES MEMBRES 55 



Bheron (abb^). 

BaiNcouRT, sup^rieur du pelit Seminaire, Reims, 

Hroton.ne, cur6 d'Arcy-Sainte-Uestitue (Aisue). 

Brule, cur^ de Loupeigne. 

Bruneau, directeur au grand Seminaire d'Autua. 

Brlneau, cur6 de Frignicourt (Marne). 

BuiRON, a Reims. 

KciRON, a Reims. 

Blry (Albert de), de Savigny-sur-Ardre (Mame). 

BussLNOT, secretaire g^n^ral de TArchevSche, d Reims. 

Bitot, cure de Saint-Jacques de Reims. 



Cadart, cure de Cernay eurDormois (Marne). 

Caill\rd, cure de Boue (Aisne). 

Camu, vicaire de Nolre-Darae, Reims. 

Camwet (Rene), de Reims. 

Caque, (le Reims. 

QoiOT, cure de Chouilly (Marne). 

Carlier, vicaire de la Cathedrale de Soissons. 

CiRLiEB, cure de Neufchatel (Aisne). 

Carmaux, cure de Corey (Aisne). 

JiAKouGE, cure de Fontaine (Aube). 

C\RTiER, cure de Prunay (Marne). 

Cacly (M«'"), protonotaire aposlolique, vicaire general de Reims. 

Cayla, cure de Cheplainville (Seine-et-Oise). 

Oa2l\u, avocai a Paris. 

Cerf, chanoiue, a Reims. 

Chabassiere, archilecte, a MAcon. 

Champenois, cur6 des Minimes, Rethel (Ardennes). 

Champsaur, cur6 de Saint-Andre, a Reims. 

Cha.ndon de Briailles (vicomte), h, fipernay. 

<A\.\DON (Jean-Remy), a Epernay. 

Cfl.^RBO.\.\EAUX (Charles), a Reims. 

CflARcossKT (P.), aum6nier, Val-<les-I3uis (Marne). 

Chardi.nal, cur^ de Lavannes (Marne). 

CH.\aMETANT (R. P.), dirccteur des Ecoles d'Orient, Paris. 

Chexali, Sdminaire Saint-Sulpice, Paris. 

Cheruy, i Reims. 

Chevalier, cur^ de Villers-devant-le-Thour (Ardennes). 

Choberr (J.), de lUniversile catholique de Paris. 

Cholet, de CourceHes. 

Chretiexiset, cur6 de Marnaval, Saint-Diziei'. 




86 DOGtVeNTS PR^LlMfNAIRES 



Glauzel (R. p.), r^dacleur du Messager du Sacr^-CoBur, Toulouse. 

CocHu:, propri^taij^, k Reims. 

CociiE, n^gociant, k Reims. 

CocHrN (abb^), vicaire a Saint-Remi de Reims. 

Cochin, cur^ de Nouarl (Ardennes). 

GoGNON, professeur au grand S^minaire, MetE. 

GoLAS, cur^-doyen du Chesne (Ardennes). 

CoLLiGNON, archiprdtre de Nolre-Dame de Reims. 

GoLsoN, cur^ de Crancey (Aube). 

GoLSON, de Heims. 

GoMPANT, vicaire g^n^ral, Reims. 

CoNiL, vicaire d Saint-Pothin, Lyon. 

GOiNTK (Lk), vicaire general, Ghdlons-sur-Marne. 

GoNTE (Le), de Paris. 

GoQUELET, cur6 de Saint-Hilaire (Word). 

GoQUERET, vicaire k Saint-Roch, Paris. 

GoRBELLE, a Ghanlilly. 

Gorneiue-Brion, k Reims. 

CoRDiER, cur^ de Moslins (Marne). 

GospiN, cur^-doyen de La Gapelle (Aisne). 

GouET (R. P.), du Saint-Sacrement, Paris. 

Gouty, vicaire de Sainte-Genevifeve de Reims. 

Gremieux, s^minarisle, au grand S^minaire de Reims. 

Grepaux, cur^ d^AubancheuL 

Gresson, professeur k Reims. 

OuBssoNMER, do Ville-en-Bray. 

Groix, cur^ de Montoets (Marne). 



Dabancourt, de Soissons. 

Damas (vicomte de), Paris. 

Danton, cur^ de Juvincourt (Aisne). 

Dardart, de Rumigny (Ardennes). 

Davesne, cur^ de La Hardoye (Ardennes). 

Dazy, iCoff^. 

Deces (docteur), a Reims. 

Decheverry, chanoine, Reims. 

Decker (R. P.), abbaye de Tongerloo, Waterloo (Belgique). 

Degodet, cur6 de Trepail (Marne). 

Dehon, superieur des Pr^tres du Sacr^-Coeur, S'K}ueotin (Aisne) 

Dejardin, cure de Juvigny (Meuse). 

Delaglois, de Lavanne (Marne). 

Dellier, diocese de Ghdlons. 



LISTE DRS MEMHRES 57 



Delorme, cur6 de Romain (Marne] . 

OniAiN; a Heims. 

Dehaiso.n (Charles), Reims. 

Dkvaison (Louis), Reims. 

Dbmaison (Paul), Reims. 

Demoulin (Paul), Reims. 

Demoulin, n^gociant, Reims. 

Depoix, a Paris. 

Hervillk, cure-doyen de Fumay (Ardennes). 

Dbsoize, cur^-archipr^tre de Rocroi (Ardennes). 

Drtrau. cure de Remilly-Aillicourt (Ardennes). 

Detre, a Reims. 

Devfnt, a Reims. 

Deviv, rentier, k Reims. . 

HiDiERJEAN (R. P.), k Reims. 

Dieldonne, cur^ de Sainl-Thierry (Marne). 

DivoiR, pr^lre sacrislain k Notre-Dame de Reims. 

DizY, cure de Jandun (Ardennes). 

Doco, cure de Seraincourl (Ardennes). 

Do.NDELiNGER, cure de Crugny (Marne). 

DoRPB (Van), a Deerlick (Belgique). 

DOLTREI.OUX (M?*-), evAque de Liege, presideni du Congres. 

Doyen, cur^ de Mainbrcssy (Ardennes). 

Dhapier, cur^ de La Neuville-au-Rupt (Meuse). 

Dubois, a Lyon. 

Dubois, de Pierre-Benile (Rh6ne). 

Olbouloz, cure de .\otre-l)anie de Tlsle (Eure). 

OucHASTEL DK Mo.NTROUGE, chanoiue de Soissous (Aisiie). 

DrcHATAL'x, avocat k Reims. 

OucROco» cure de Ffere-en-Tardenois (Marne). 

Dltay, vicaire de Courtoraer (Oise). 

DuLpHY, cure de Brienne (Ardennes). 

Dl'mo.nt, cure de Saint-Merry, Paris. 

OuxESME, cur^ de Challerange (Ardennes). 

DupoNT, cure de Fond-de-Givonne (Ardennes). 

DupuiT, diacre, de Tagnon (Ardennes) . 

Dr;puY, a Reims. 

Dlrand (R. P.), du Tr^s Saint Sacreuient, a Bruxelles. 

DUVAL JM^), t5vdque de Soissons. 



E>ARD, cure de Gondrecourl (Meuso). 
Erhiian (R. P.), Provincial s. j., a Reims 




;>8 DOCUMENTS PBELllLiNl.lRF;S 



Famelart, cure de l.andifay (Aisne). 

Fagkon, cur^ de ChaiUy-en-Bi^re (Seine-el- Mame). 

Farcy de Villers, Autreaux. 

Feouant, cure-doyt*n de Grandpr^ (Ardennes). 

Fkhuin, cure-doyen de Bourgogne (Mame). 

Florio.n, vicaire general de Clidlons-sur-Marne . 

Fortin, n^^ociant k Reims. 

FoucART, d'Avesnes (Nord). 

FouRNAisK, cur6-doyen de Mouzon (Ardennes). 

FouRNiER, vicaire de Nolre-Dame, k Reims. 

FouRRiERK, cure d*Ormessaux (Oise). 

Franchkt, cure de Couvertpuis (Meuse). 

Francois, cur^ de Nubecourl (Meuse). 

Fremy (comle dk), k Courcelies. 

Frere direcleur des Ecoles chretiennes de Sedan. 

Frerson, cure <le la Chauss^e-sur-Mame (Mame). 

Frome.nt, cur6 de Saint-Jean-Baptiste, a Reims. 

Froiiolt, de Reims. 

Gabriel, cure de Brirjuenay (Ardennes), 

Gaillot, sulpicien, directeur au grand Seminaire de Rodez. 

Gandon (H. P.), oblal de Marie. 

Garnier (rabbe), de Paris. 

Garot (M*?'), prelat de la Maison de S. S., de Gharleville (Ardennes). 

Gaultieh de Chaubry, cur^ de Saint-Jean-Saint-Francois, Paris. 

GENNEvorsE (Jean), k Cauleleux (Nordj. 

Geoffroy, de Chilons-sur-Marne. 

Georget, professeur a Bourg (Ain) . 

Gerard (Alexandre), de Renwez (Ardennes). 

Gerard, cur6 de Mobon (Ardennes). 

Gerard, cur6 de Rocquigny (Ardennes). 

Gbrbier, professeur au grand Seminaire de Poitiers. 

GiLLKT, archiprStre de Gharleville (Ardennes). 

Girard, chanoine, Reims. 

GivKLET (Henri), president des Gouf^rences de Saint-Vincent de 

Paul, k Reims. 
GiVELET (H. P.), jesuite, k Reims. 
GivBLET (Charles), k Reims. 
Godfrin, ancien archilecte, k Reims. 
GoDiiN, anni6nier, k Reims. 



IjISTE DCS IfEVMffiS 59 



GoDiN, cure de Merfy (Mame). 

Go.-HO^URT (conite de), ik Thi^blemont (MUrne). 

Go.NXET, iR. P.), k Dijon. 

i^ooiLLY, cur4 de Mardeuil (Mame). 

GooLBT, cure de Maubert-Fonteine <A.rd^ties). 

GooLiN, de Reims. 

GocRJANOB, de Reims. 

GftATiEUX, 6\hYe du grand S^minaire, Cernay-en-Dormois (Marne). 

Gbivel, cure de Fribourg (Suisse). 

GauLET, cure de Guignicourt-sur-^Vence (Ardennes). 

GoEfiGiN, de Grandchamp (Ardennes}. 

GcBRARD, cur^ de Bosny. 

GoEBiN, doyen de Saint-Fulgent (Vendee). 

GuERMO.NPasz, direcleur de rinstitnl catholique, k Lille. 

GuESDiN, direcleur du grand S^minaire de S6ez. 

GuiLLAUHE, cure-doyen de Buzancy (Ardennes). 

GviLLAUME, s^minarisle de Reims. 

GcTOT, de SoissoQS (Aisne) . 

GuTOT, cur6 de Somme-Py (Marne) . 



Hahusseau, cur^-dojen de Montaire (Loir-et-Chet). 

Hannesse (Alexandre), secretaire de rArchfevftch^, Reims. 

Harmel (L^on), au Val-des-Bois (Marne). 

Barret (Louis), arocat k Vanned (Morbihatl). 

Haussaire, cur^ de Pouillon (Mame). 

Hkjdsieck (Charles], li^goclstnt k Reims. 

HeiDsiEOL (Henri), n^gociant k Reims. 

HiNi.N, k Croix (Nord). 

He)i5EQ(jiN, cur^ de Truand-le-Grand (Aube). 

Hi\03i, cure de Rilly-la-Montagne (Marne). , 

Hexri, cure de Sainte-Menehould (Marne). 

Hlnriot, cure de Cormontreuil (Marne) . 

Henry, cure de Esne (Meuse) . 

Herbert (Adrien)^ de Reims. 

Hbrzog, d'Alger. 

HippERT, cure, k Metz. 

Hocbet, cure de Lechelle, par Nouvion (Aisne). 

HoiisT, archimandrite, cttti gj^ec. 

HouBA (C.-J.). doryen de DiitanH {fktf^qpff). 

HouBA (Elisee), cure de Ginen (Belgique). 

RouLo.N aine, k Reims. 

Hoopof, k Reims. 



60 DOCUMENTS PRELIMINAIRES 



HOYEGK (M»'), archev^que d'Arca. 

HuGUET, cure de Moivre (Marne). 

Hubert, a Heims. 

HuBRRT, cut6 de Ilaybes (Ardennes). 

HuGOT, sup^rieur du petit S^minaire de Seez (Orne) 

HussoN, cur6 de Flize (Ardennes). 



Irroy, consul d'Espagne, a Reims, 



Jacquart, de la Flamanderit'. 

Jacqueminkt, cure de Muizon (Marne). 

Jacques, de Heims. 

Jacquet, cure de l.obbes (Belgique). 

Jadart, secretaire de rAcadeinie de Ueims. 

Jamain, cur6 de May (Maine-et-Loire). 

Jamel, suporieur de I'institution S'-E!ieiine de ChAlons-sur-Marne 

Jer6me, cure de Servigny-les-Hoville (Lorraine). 

JoKFROY, cure de Dontrien (Marne). 

Joseff, cure de la basilique de Saint-Martin, a Tours. 

Jourdan, grand Seminaire, a Hennes. 

JouRiN, cun'» de Boureilles (Meuse). 

JuiLLCT (M«'), protouotaire aposlolique, doyen du Cbapitre, Heims. 

JuLiEN, (ie Saint -Queni in (Aisne:. 

Julien (Frere), superieur des Freres, rue de Contrai, Heims. 

Keller, intendant general, a Heims. 

Kercuove (H. p. Dom Hobert de), de I'abliaye de Maredsous (Belg.). 

Kraner, de Reims. 



I.ABARRR, cure-doyen d'Ay (Marne). 

Lachaux, diocese de Clidlons. 

I^ADAGUE, carrossier^ Heims. 

Lagille, cure-doyen de Vendresse (Ardennes). 

Lagrange (H. P.), prieur des Dominiciiins, Jerusalem. 

Lahaye, de Fontenoy. 

Lair, de Tours. 

Lajoie (Prosper), de Reims. 



USTE DES MEMBRES 61 



Lallb, cur^ de Fromelenaes (Ardennes] . 

LALLXMSiTr, vicaire de Saint-Jacques, & Reims. 

Lallehent, negociant, k Reims. 

Lalodbtte, cur^ de Neuvizy (Ardennes) . 

Lamarche, cure de Very (Mease) . 

Uhbert, car^-doyen de Sigiiy-FAbbaye (Ardennes). 

Lahbert (R. p.), prdtre du Saint-Sacrement. 

IjkXBKT, directeur de Texternat du Temple, k Paris. 

LAaoBunrE, chanoine, k Reims. 

Landmamn, car^ de Naive s-de van t-Bar (If euse) . 

Laaorieux, chan. hon., secretaire particulier de S. Em. le cardinal 
Lang^nieux. 

LANGENIEUX (Son Eminence le Cardinal), archev^que de Reims, 
president d*honneur du 0)ngr6s. 

La-nson (Charles), de Reims. 

Upintk (Xavier), de Vitry-le»-Reims (Marne). 

Labtilleux, pharmacien, k Reims. 

Lassaixe, cur^ de Margut (Ardennes) . 

Lasmer, cure de Singly (Ardennes) . 

Lassaux, aumdnier du Lyc^e, k Reims. 

Laumel, cure de Mont-sur-les-Cdtes (Meuse). 

La^RAS (Paul), ancien prefet, k Paris. 

Laorbnt, de Reims. 

LADaB!rrY p^re, k Francheval (Ardennes) • 

Laurenty Ills, k Francheval (Ardennes). 

Lavau (F. db), k Balan (Ardennes). 

U?ER?iBssB DB SaixNt-Maurice, vicaire de Saint- Vincent, Chilon- 
sur-SaAne. 

Lebedel, cure de Saint-Saturnin, k Avranches (Manche). 

LiBLANc, cure de Voyennes (Aisne). 

Lebrun, cure de Blanzy (Ardennes). 

Lbribi, k Liege (Belgique). 

LaRU2f, cure de Menneville (Aisne). 

Lecaux, cure de Wimy (Aisne). 

LECHAPTOIS (Mr), vicaire apostolique du Tanganika. 

Lecohtb, vicaire de Saint-Thomas, k Reims. 

LGCOT (Son Eminence le Cardinal), archevSque de Bordeaux, pre- 
sident d'honneur. 

Leglerx (R. P.) jesuite, k Reims. 

lEaEBC, vicaire a Saint-Jacques de Reims. 

Lecoo (Felix), de Reims. 

Lepebure, cure d*Ambluny (Aisne) . 

IzrevRB-LucAS, de Reims. 

LiFEVRB, libraire, k Reims. 



62 DOCUMENTS PREUMINAIRES 



Legoud (Gustave), a F^re-en-Tardenois (Aisne). 

Leget (S.), cur<5 de Mezy (Aisne). 

Lbgrand, doyen d'£tales (Belgique). 

Legras, superieur du prieure de Binson (Marne). 

Legras, professeur au petit S^minaire de Reims. 

Legros, cur^ de ViHers-sous-ChAlillon (Marne). 

Legros-Guimbert, n^gocLant a Reims. 

Lejay, professeur au petit Semiuaire de Reims. 

Lejeune, cur^ de Pont-k-Gelles, Tournay. 

Lejeunb (Henri), aumdnier des Dames du Saint-Sacrement, Liege. 

Leloup, cur^ de Troissy (Marne). 

Lemaire, cure de Goincy (Aisne). 

Lemaitre (Jules), au M^nil-Theribus (Oise). 

L^HANN, chanoine, a Lyon. 

Leuble, a May-en-Mulcien (Seine-et-Marne). 

Lehius (R. P.), superieur des MissionnairesduVoBU national, Paris. 

Lemoine, cur6 de Perthes (Ardennes) . 

Leo.nardy, cur6 de Saint-Thojnas, a Reims. 

Leroux, cure de Sainte-Genevieve (Oise). 

Leroy, cur^ de Lumes (Ardennes). 

Leroy, de Reims. 

Lesur (M*"^), a Darcy-Mortier. (Aisne). 

Letourbe, a Ambluny. 

Leudeville (de), chanoine, a Versailles. 

Lryn (de), chanoine de Bruges (Belgique). 

Lhuillier, directeur de la Croij:, a Gharleville (Ardennes). 

Liebert, cup6-doyen de Ghdteau-Porcien (Ardennes). 

Livois (baron de), k Paris. 

LoiLiER, cure de Fleville (Ardennes). 

LoRRAiN, cur6 de Longwy-Bas (Meurthe-et-Moselle). 

Louis, cur^ de Praye (Meurthe-el-Moselie). 

LucoT, chan, hon. de Reims, archipr(^tre de Gh&lons-sur-Marue. 

LuDOvic DE Bksse (R. P.), capucin, a Paris. 

LuzuHiEii, cur6 de Puisieux (Aisne). 

Madeline, aumdnier du college de Flers (Orne). 
Magnard, cur6 de Vinzieux (Ard^che). 
Magnieux, cur^-doyen d*Andelot ^ Haute -Marne). 
Mailfait (I'abb^), a Reims. 
Maillard, professeur a Ciney (Belgique). 
Maillard, chez les Fr^res de Ciney (Bolgique). 
Maitre, cure de Sault-Sainte-Croix (Marne; . 



LISTG DBS MEMBRES 63 



Malou, cur^ de Wambey (Meuse). 

Ma.nceaui, cur6 de Saint-Masmes (Marne). 

Mangin, cur^-doyen de Varennes (Meuse). 

M.V.-STEAU (C.)> vicaire a Sainl-Remi de Heim^. 

Manteau, professeur a Saint-Etienne (Ch^loiis-sur-Marne). 

Marchand, cur6 de Louverdeny (Ardeimes). 

M.\RCHAND, de Reims. 

Mareschal, president de la CoaKrence de Saint-Vinceat de Paul 
de Notre-Dame, a Reims. 

Maresichal (Maurice), a Reims. 

Harechaux (l£lienne), a Chaourse. 

Marion, cur6 de Harville (Meuse). 

NARMARIAN (M^^), archevt^que grec de Trebizonde. 

Marti.ncourt, cure de Sainl-Maurice, a Reims. 

Mascrbt, cure de Monl-Notre-Dame, a Soissons (Aisne). 

Mathieu, cur^ de Pargiiy (Marue). 

Matra, ancien nolaire, Reims. 

Mairel, du diocese de Rodez. 

Maumourv, vicaire k Flers (Orne). 

May (de), cure de Waesmunster (Belgique). 

Meesmaecker, de Mollon, pr6s Cambrai. 

Me.n.\esson (Henry), negociaiit a Reims. 

ME.'^iNESsON, cur6 de Saiiit-Martin-Rivieres (Aisne). 

Merger, de Pourru-Sainl-Remy (Ardennes). 

Mehtian (R. p.), jesuile, a Reims. 

•Metaikie, de Flers (Orne). 

MfTTRiER, professeur au grand Seminaire de Langres. 

Melg.mer, vicaire h La Ferte-Gaucber (Seine-el-Marne). 

Melkisse, vicaire a Lamothe-en-Sancere (Somme). 

Meurisse, de Reims. 

Mezieres, capitaine, a Reims. 

Michel iR. P.), des Peres Blancs (Alger). 

Michel (Ernest), avocat a Paris. 

Michel, cure de Hautmougey (Vosges). 

Michel, a Esparon. 

Michel, cure-doyen de Fismes (Marne). 

Michel (Maurice;, Reims. 

Michel, de Reims. 

MiDOc, seminarisle, a Reims. 

MiG.NO.v, cure d'lgnicourt (Aisne). 

Millard, cure-doyen de Verzy (Marne). 

Miller, cure de Nogent-l'Abbesse (Marne) . 

MiMiL, cur6 de Sainte-Genevieve, Reims. 

MiXET, cur^-doyen de Novion-Porcien (Marne). 



64 DOCUMENTS PRKUMINAlBeS 



MissET-LivoiR, deTagnon (Ardennes). 

MoLARD, vicaire g^n^ral, k Ch4lons-sur-Marne. 

MoNCEAUX, cure-doyen d'Avize (Marne). 

MoNNECOVE (Albert de), k Saint-Omer. 

Morel, cut^ de Sogannes (Aveyron). 

MoRLET, cur^ de Sainte-Marie-A Py (Marne). 

MoRLET, cur6 de Sommesous (Marne). 

MoRLuoN, sup^rieur dn grand S^minaire de GhAlons-sur- Marne. 

MouTEAU, capitaine, a Heims. 

MouREAUX, k Bordeaux. 

MuEL, cure de Longwy (Meurthe-et-Moselle). 

MusMAEiLTER, cur^ de Millam (Nord). 

jsr 

Naudet, direcleur de la Justice sociale, k Bordeaux. 

Neumann, cure de Hayange, depute au Reichstag (Lorraine). 

Neveux, cur^ de Champien (Somme). 

Neveux, sup^rieur du petit S^minaire de Cliarleville (Ardennes) 

Neveux, d'Amiens. 

NicoLAi (corate de), a Paris. 

Nicole, cur6 de Gueux (Marne). 

No£l (Edmond), k Reims. 

Noel, officier, k Reims. 

Nole, de Soissons. 

NoNNON, cure-doyen de Ponlfaverger (Marne). 

NoRiiAND, cure de Laversine (Oise). 

NouGARET, cur^ de Saint-Joseph, a Cette (H6rault). 



OuDART, cur6 de Vrignes-aux-Bois (Ardennes), 
OuDiNOT, cur6 d'Herviilers (Meuse). 



Paouis, cur6 d'Auboncourt (Ardennes). 

Paris, aumdnier de TRdpital g^nc^ral, k Reims. 

Pasquet, cure-doyen d'Esternay (Marne). 

Paulot, cure d'Herbeuval (Ardennes). 

Paysant, cur^ de Mesnil-Gondoin (Orne). 

P£chenard(Mk'), protonotaireapostolique, vicaire general, ^ Reims. 

P£cuENART, cur^ de Sillery (Marne). 



USTE DES MEMBRES 65 



rkLERi.x (de), secretaire du comity permanent des Gongr^s eucha* 

risUqnes,' h Nimes. 
P>:fiiN, chanoine, k Reims. 
Pkrin (Henri), a Charieville. 
PsaiNET, de Dormans (Mame). 
PcARET (J.), cur6 des Deux-Pays (Jura). 
Perretout, sup^rieur du grand S^minaire de Bourg (Ain). 
Pfjiskval-Arlot, ancien notaire, a Reims. 
Person, avocat a Reims. 
Prrrr, doyen de Nouvion-sur-Aisne. 
Phiuppart, cure d'Ambonnay (Marne). 
Philippe, cure de Tailly (Ardennes). 
PiERLOT, vicaire k Not re-Dame de Reims. 

PiLLET, professeur de droit canon a I'Institut catholique de Lille. 
PiMEOX (comte db), a Villers-sous-Chdtillon (Marne). 
PisAM (M"*), prof, a I'Institut catholique de Paris, Ville-d'Avray. 
Pl.\ttk, cur^ de Rimaucourt. 
PoiLBLA.Nc, directeur du S6minaire Saint-Bernard, de Fontaine-les* 

Dijon (Cdte-d'Or). 
IMmmibr, cur6 d*Isies-sur-Suippe (Marne). 
PoNsi.NET, chanoine, a Reims. 
PoNTAL (Edouard), secretaire de la SocUU gendrale du ComiU 

rathoUque, k Paris. 
POTRON (M^'), 6v4que de Jericho. 
l*o>TVAL, vicaire de Grazac (Haute-Loire). 
PouLAix, de l^urdes (Hautes-Pyrenees) . 
l^)uu.0T, President de la Ghambre de Gommerce, k Reims. 
PoupLiBR, cur^ de Francheval (Ardennes) . 
PRUDBdunEAUX, u^gociant a Reims. 
PmsEux, aum6nier du Goll6ge, a Gh41ons-sur-Marne . 
Plyol (M^'), vicaire general de Beauvais. 



Q 

<JuiTAT, archiprdtre d'fipernay (Marne). 



Uabutbt, chanoine, k Reims. 

Ka.nce, k Le Grest. 

Il\NCELET, de Savonni^res. 

Redox, vicaire g^n^ral d' Avignon. 

Regxault (R. p.). directeur de VAposiolai de la Pri^-e, Toulouse. 

Remy, cure de Poarni-aux-Bois (Ardennes). 



66 DOCUMENTS PR ^LIMIN AIRES 



Rbnabd, cur^ de Saint-Brice (Marne). 

Renaudin, d'fipernay (Marne). 

Renaudin, cur^ de Saint-Memmie (Marne). 

Renaut, de la Morlay (Oise). 

Renaut, aum<5nier de Sainte-Chr6tienne, Torcy-Sedan (Ai 

Re.ne (R. p.), jei^uite, h Reims. 

Rener, professeur k Stavelot (Belgique). 

RENOU (M*-), ^vfique d'Amiens. 

RiBON, ciir^ de Marre (Meuse). 

RiCARD (Marc), Reims. 

RiCARD (Gabriel), Reims. 

Richard, cur6 de Bussv-Lellr^e . 

Richard (Camille), cure d'Erise-SainUDizier (Meuse). 

RiCHET, de Sermiers (Marne). 

RiEDMULLKR, de Soissons (Aisne). 

RiGOLET, cure de Saint-Maclou, A Bar-sur«^ube (Aube). 

Rivi^, cure de Sainl-Franoois-Xavier, a Paris. 

Riviere (Charles), d'Igny, pres Fismes (Marne). 

Robert, de Pontfaverger (Marne). 

Robert, archiprOlre de Rethel (Ardennes). 

Roland, cur^ de Macon (Belgique). 

Rochet, cure de Sainl-fitienne-sur-Suippe (Marne). 

Roure (R. P.), a Paris. 

RoussEAUX, cure de Mareuil-le-Port (Marne). 

RoussEAUX, cure de Longueval (Aisne). 

RoussELiN (U. P.), superieur de TEcole Saint-Joseph, a I 

RouY (Henri), president de la Conference de Saint- Vince 

de Sedfin (Ardennes). 
RouY (L.), de Sedan (Ardennes). 
RouY, vicaire k Sainte-Menehould (Marne). 
UoYER, cure de Dainmaiiin-sur-Y^vre (Marne). 
RoYER (Henri), a Fismes (Marne). 
Ruby, cure de Ribeuville (Vosges). 



Sautel, a Reims. 

Sarrazin, i\ Reims. 

ScALZUNis, de Venise. 

ScHULTz (Ferdinand), a Reims. 

Senart, president de Chambre, h Courrelles (Mam 

Serrieres, st*min<iris(e, <i Herpont (Marnf*). 

Servin, cure dr Cheveuges (Ardennes). 

Simeon [W. P.), superieur de la residence de Reini 



LISTE DES MEMBRES 67 



Simon, cure de Montreal (Yonne). 

SoHiER, (le Reims. 

SoRET, curt de Saint-Pierre-Aigle (Aisne). 

S^xai, (le Consegre. 

SoL'LLife (Alexandre), h Reims. 

SoLLLiE (Prosper), ancien professeur, i Reims. 

SouLLiE, c\ Reims. 

STONOR (Mk'), archeveque latin de Trtbizonde. 

Strech, curt de Saint-Louis, k Fives-Lille. 

SuRY, aum6nier du Noviciat des Fr^res, a Reims. 

SiYROT, t\ rOrphelinat de Melay (Vendee). 

SwDNEN (Gaspard-Joseph), curt de Millen (Limbourg). 



Tapie, directeur du S^minaire de Notre-Dame-des-Champs, Paris. 

Tarpix, n^gociant k Reims. 

Tarpix fits, a Reims. 

Tassig.ny (Adolphe de), proprietaire, a Reims. 

Tassigjjy (de), Soissons. 

Temmerimann, de Louvain. 

Te*{>iere (R- p.), sup^rieur general des Prttres du Saint-Sacre- 

ment, a Paris. 
Tessier, curt de Magny-en-Vexin (Seine-et-Oiso). 
Teysson, de Lyon. 

Thebian, prttre habitue, ii Charnies fVosges). 
THEURLT (Mj?^i, ev^Vjue de Moiiaro. 

Thiballt, professeur, Institution Saint -El icnno, CliAlons-sur-Mnrne. 
Thibo.xnet, proi'<»sseur an petit StMiiinaire, Lani^Tos (Hauto-Maim*). 
Thirion, prttro lazariste de Saint-NValfroy (Ardennes). 
TuvDiM DE QuARENGHi (R. P.), bamabilc, a Paris. 
Toi LOTTE (M*^"^), vicaire aposlolique du Sahara. 
ToL'RNEUX, curt de Boursault (Marne). 
ToLssAiNT, vicaire de Sainte-Genevieve, a Reims. 
Triblt, de Reims. 
Trcchart, curt d'Olizy (Ardennes). 
Trixhov, d'Epernay (.Marne). 
Ti'RBAi'x, cure de .\ouzon (Ardennes). 
TcBY (de), a Paris. 

Vallee, cure de Saint-Remi-en-Bouzcmont (Marne), 

Van Caloen (Dom Gerard), de rahbayo de Maredsous (Belgique). 

Vassecr, ancien nolaire, k Margut (Ardennes). 



68 DOCUMGNTS PRGUMINAIRES 



Vbrzaux, cur^-doyen de Raucourt (Ardennes). 

ViCARDiKRE (vicomte DE la), de la Rochelle. 

Victor (Fr^re), visit eur de la province, directeur du Pensionuat 

des Fr6res, rue de Venise, Reims. 
ViDAL, de Troyes. 

ViDON, vicaire k RoifOeux (Ardeche). 
ViELET, cure de Tagnon (Ardennes) . 
ViEviLLE, cur^-doyen de Villers-Cotter^ls (Aisne). 
ViGNEs. cur^ de Vertus(Marne). 
ViLLENEUVE, de Paris. 

ViLLiNGER, vicaire h Saint-Louis de Strasbourg (Alsace). 
ViMONT, propri^laire, au Mesnil-sur-Oger (Marue). 
ViocHE, doyen de Chaoulre. 
VioT, vicaire du Chapitre, a Reims. 
ViRET, cur6 de Champfleury (Marne). 
Vrau (Ph.), negociant k Lille. 

Wagnart, cur6 de War^n^riville (Marne). 
Wender, k Rodonmach (Lorraine). 



Zelle (R. P.), niaison de La Colombirre, a Paray-le-Monial. 



MERCREDI, 25 JUILLET 



/ 

2 « 



LA VEILLE DU CONGRES 



Sint unum! Qu*ils soient un ! demandait le Cbrist k son 
Pere, dans la dernifere priere qu'il lui adressa pour nous au 
sortir de la table cucharistiquc. Depuis, le plus touchant de 
nos raystcTes est reste le signe do notre union, le symbole de 
lafraternite entre Ics enCants de Tftglise. Gette fagon de con- 
cevoir le sacrement du corps et du saug du Christ est d'un 
altrait suriiaturel qui ne vioillit point, parce que, en delini- 
tive, lorscfue nous sommes alles dans tous les chemins, sepa- 
respar Tinteret, divises par la politique, on linit toujours par 
se dire que le parti Ic plus agreable, comine le plus avanta- 
geiix, est de s'asseoir a la inetne table pour s'y nourrir de la 
meme chair du Christ. 

Le coeur de Notre Seigneur Jesus-Christ est bien bon d'avoir 
eucette intuition d'uno force et d'une tendresse inlhiie, pour 
nous reposer des ennuis et des fatigues que nous cause la 
paiivrele de notre esprit ! 

Siut itnuin ! L'Eglise a surtout cetle preoccupation, quand 
elle s'occupe dans les Congns du plus grand do nos mysteres. 
L'an dernier, a JiTusalem, elle faisait des avances a ces pau- 
vres, inais toujours cheres Eglises d'Orient, en vue de les 
ramener a Tunite, et son effort, au Cougres tenu sous la presi- 
dencc de notre Cardinal, consislail dans un trioniphant hoin- 
mage au sacrement de Tunion. 

Ce qui a ete commence a Jerusalem va done se continuer k 
Aeims, dans le IX' Congres eucharistique, qui s'y tiendra du 
25 au 29 de ce mois. 






Tout fait pr^voir que notre Congres eucharisticiue sera une 
manifestation vraiment glorieuse pour Notre Seigneur Jesus- 
Christy et d'un grand profit pour TEglise en general et specia- 
lement pour notre diocese. 



72 MERCREl)!, 2o JUILLET 

On rivalise de zele pour en faire une veritable apoth^ose de 
TEucharistie. 

A rheure ou j'ecris, on voit venir a Reims des religieux, 
des pretres, de l)ons Chretiens, escort^s de pr^lats qui donoe- 
ront a cette solennite eucharistique Tappoint de Icur pi^te et 
de leur science des clioses de Dieu. 

Ce Congres eucharistique sera, en fait, qu'on en convienne 
ou non, un gros ^v^nement, plein de consequences pour la 
vie de TflgHse et d'une port^e incalculable pour la France. 
Pour qui a la foi, ii est clair que TEucharistie est le coeur ou 
palpite la vie de la nation, et que c'est d'abord au tabernacle 
que s'61abore Thistoire de la patrie. 

Le tabernacle est pour nous Tarche sainte qui abrite nos 
grandeurs et nous precede dans notre marche vers les glo- 
rieuses destinees que nous a marquees la Providence; et, a ce 
point de vue, il nc fait de doute pour personne que celte 
Eucharistie ne trouvera jamais parmi nous assez de cceurs 
pour Taimer, et ce tabernacle, assez d'amcs genereuses pour 
lui faire cortege. 

Lk est tout Tint^ret du Congres eucharistique. 

11 faut plaindre et demander a Dieu d*6clairer les pauvres 
gens myopes ou aveugles, les esprits ignorants ou ent^n^br^, 
les entelfe memes et les blasphemateurs qui n'apergoivent 
point toutes ces consequences. 

Qu'importe, apres tout! Dieu a son heure, et Tessentiel, en 
attendant, c*est que la France et Tfiglisc retirent gloire et pro- 
lit de cette manifestation. 






Ne verrons-nous pas un acte de Providence dans le choix 
de celte cite de Reims pour les solennelles assises qui se pr^- 
parent?... Nous aurions quelque orgueil, peut-etre, k le 
dire. Mais il nous est permis de transcrire ces lignes qui nous 
arrivent de loin : 

(( Reims, la villc du baptcme de Clovis et du sacre des 
rois; Reims, la ville natale de la France chr^tienne faite da 
sang des martyrs et du froment de rEucbaristie; Reims, qui 



LA VEILLB DU CONGRKS 73 



va ceiebrer en 1896 le centenaire de cette date memorable ; 
Reims, a%'ec ses basiliques incomparables de Notre-Dame et de 
Saiat-Remy, Reims etait une cit^ pr^destin^e pour ces grands 
spectacles. C'est, en outre, la cit6 ouvrii^re dans laquelle ont 
pris natssance tant d'oeuvres dont rEucharistie est T^me. 
Reims entin et surtout est le siege archi^piscopal du cardinal 
Langenieux, le L^at a latere du Saint-Siege au Congr^s eu- 
charistique de Jerusalem. Aussi, ce Congres de Reims a-t-il 
pour principale gloire d'etre la continuation et le couronne- 
inent de ce meme Congres de Jerusalem. L*un et Tautre Con- 
givs auront et^ des osuvres admirables, dignes du g^nie de 
Leon XIII et de I'ardeur chevaleresque de la France, dont la 
nkx^mpense sera un jour, s'il plait k Dieu, et si nous savons 
Tobtenir dans nos prieres, le retour des Eglises separtos a 
ToDit^ romaine. » 

Et puis, quel glorieuK abri pour les Congressistes que Tan- 
tique palais des Archeveques, ou se tiendront les assembles; 
el quel lieu pourrait mieux les inspirer, que cette vieiile basi- 
lique de Notre-Dame de Reims, dont Fombre et la protection 
semblent les couvrir? Qui u'a entendu parler de cet Mifice ad- 
mirable, une des gloires de Tarchitecture fran^aise ? On a dit, 
DOD sans raison, pour signaler des chefs-d'oeuvre : portail de 
Reims, nef d'Amiens, clocher de Chartres, choeur de Beau- 
vais. 

« La eatbedrale de Reims, dit TioUet-le-Duc, est la reine 
€ des cathMrales gothiques. C*est vraiment un admirable coup 
t d'oeil, que ce vestibule tout convert de statues, de niches, 
« de dais, de pinacles, de dentelles, de feuillages, d'aiguilles 
» et de clochetons. C'est une creation entiere, pleine de vie et 
« d'animation (1). » 

« Nous ne pouvons pas entrer dans une description de de- 
tails. Ou nous m^nerait-elie ? Qu'il nous suffise de dire que 
plus dd 2,300 statues, anges, hommes et figures d*animaux, 
decorent le splendide 6ditice. — 11 faudrait parler de la Gale- 
rie des Rois avec ses sculptures d'un fini merveiileux; du Bap- 
teme de Clovis, qui domine tout Tensemble du fronton, et 

(1) BouRASSE. Les Cathidrales de France. 



74 MeBGREDI, 25 JGILLET 

surtout de ses admirables tours d^coup^s k jour, k travers 
lesquelles on aper^oit, en une merveilleuse perspective, les con- 
treforts et les arcs-boutants qui encadrent sur les flancs de 
r^glise les splendides verriores. II faudrait s'arr^ter au lieu ou 
fut d^capit^ le martyr saint Nlcaise, consid^rer les antiques 
tapisseries dites du « fort roy Clovis », ^tudier la vie de la 
Sainte Yierge dans ces pages admirables ou la soie a pris 
toutes les teintes. . . 

« Comment no pas parler ici de ces verri<^rcsetincelantes et 
de rinimitable rosace? On eprouve un vif sentiment d*adroi- 
ration quand, aux dernicrs rayons du soleil couchant, place 
au fond de Tabsidc, on examine rettet de la lumiere dans les 
vitraux, sous les voutes, a travers les galeries, les nefs et les 
colonnes : c'est une des perspectives les plus saisissantes 
qu'on puisse imaginer. . . 

« Pendant que le regard se perd sous les voutes sans fin, le 
long de ces lignos si pures ot si harmonieuso-s. la ponsee se 
reporte aux grands jours des origines de la France, elle re- 
passe les fastes de Thistoire, olle assiste aux trioinphes de qua- 
rante-quatre rois sacres sous cotte voiite, avoc la sainte Am- 
poule apport^e solennelloment dc la basilique de Siiint-Remi; 
elle voit Jeanne d'Arc debout pr^s du gentil Dauphin, devenu 
Charles VII. L^oriflamme est a Thonneur apres avoir ete a la 
peine. » 

Mais tn'*vo aux grands souvenirs. — La solcnnite du moment 
doit oflacer toutes les autrcs : c'est le triomphe du Roi Jesus- 
Ciu'ist, c'cst la gloire de Celui qui veut regner par son cceur. 
Tout se recueille : basilique, palais, cite, cceurs de Frangais et 
ames de Chretiens. 



Le CongnVs eucharisticiue avait a Saint-Jacques ses pre- 
mieres vepres. C'etait dans Taprrs-midi. 

Disposition vrainient touchanlf^ : ces premieres vepres, ce 
sont des centainos de petits enfanLs qui les ontchantees ! Rien 
ne ponvait alior pins droit au coeur de Jesus-Christ, et I'Klsprit 
Saint a ])ien voulu nous dire que cette louange est plus pur- 



LA VeiLLB DU CONGRES 7S 

faite et plus agr6able que toute autre : Ex ore infantium. . • 
perfecisti laudem. 

La Fabrique de Saint-Jacques a fait grandement les choses, 
en decorant d'une fa^n splendide sa belle et pieuse 6glise. 
Et^ dans cette ^lise magnifiquement parde, sur cet autel, ou 
il supplie pour nous la majesty de son P^re, le Christ, que va 
chanter notre Congris eucharistique, a vu venir, comme pre- 
miers adorateurs, des centaines de petits enfants. 

L'eglise de Saint-Jacques leur 6tait r^rv^e. La grande nef, 
les petites nefs, tout 6tait a eux; ils ^taient la comme chez 
eux, et, vraiment, tout ce petit monde avait une tenue qui 
faisait plaisir a voir, je parle des petits gar^ons aussi bien 
<|ue des petites lilies : tous avaient les yeux fixes vers la 
chaire, ^coutant le prMicateur, les oreilles grandes ouvertes et 
le cou tendu. 

Mais aussi, que ce P4re Durand est done bien fait pour 
parler aux enfants ! 

Que les choses de la Foi gagnent donc^ 6tre simplement 
dites! Le Pire Durand, pendant une grande demi-heure, a 
tenu attentif et charm^ son petit auditoire en lui parlant des 
quatre fins du Sacrifice eucharistique, I'adoration, Taction de 
graces, la reparation et la priere. 

Ce n'etait point, vous le devinez, un sermon, ni meme une 

homelie familit^re; ce n'6tait pas tout k fait non plus un cat^- 

chisme; c*etait une evangelique et tres aimable conversation 

sar Notre-Seigneur dans la sainte Eucharistie, aflfectueuse, 

jaillissante, oil chaque phrase fait relever la t^te aux enfants, 

illumine leurs regards, leur metun sourire aux l^vres, etdans 

lears petites mains une d6mangeaison continuelle d'applaudir. 

I.<es enfants n'applaudissent pas, mais, k chaque pause, ils 

se rattrapent en chantant de tout leur coeur, et, le couplet 

fini, le bon Pere reprend, et ces centaines de petits auditeurs 

ecoutent, ^content toujours. . . 

lis Tauraient ^cout^ jusqu'au soir. . . 

Mais il y avait dans le choeur un organiste et un violon qui 

avaient de jolies choses a nous dire, puis des enfants de 

chcBur et des chantres qui avaient pr6par6 un beau Tantum 



70 MBRGRICDI, 25 JUiLLGT 

r 

ergo, puis enfin, le plus press6 de tous, Notro-Seigneur daos 
le Saint Sacrement, qui nous a benis et doit ^trc content de la 
fa^n dont s'annonce ce beau Congres eucharisUque qu'on 
lui prepare. 

Nous aurons occasion de reparler de I'^glise Saint-Jacgues 
et des manifestations touchantes de pi6te et de foi dont elle 
doit 6tre le th^tre. C*est Ik, pendant toute la dur^ du Con- 
gres, que le Saint Sacrement demeurera expose aux adora- 
tions des fiddles, la que viendront tour a tour s*agenouiller 
au pied du trdne de J6sus-Hostie, les enfants des 6coles, les 
associations pieuses, les groupes d'adorateurs, les commu- 
naut^s religieuses, etc. . ., 

De plus, trois messes seront c^l^br^ en rite oriental, dans 
r^lise paroissiale de Saint-Jacques, pendant la dur6e du 
Cofigres : 

Jeudi 26, k huit heures, messe solennelle, en rite arm^nien, 
par M^' Marmarian, eveque de Tr6bizonde. 

Yendredi 27, k huit heures, messe basse, en rite grec, par le 
Reverend Archimandrite Homsy. 

Samedi 28, a huit heures, messe solennelle par M^^ Hoyek, 
archev^que maronite d*Arca, vicaire de Sa Beatitude le Pa- 
triarche du Liban. 






Mais c'est vers la basilique de Notre-Dame, qu'au soir de la 
journ^e se portent, en rangs presses, les Strangers venus do 
toutes regions, mSI^s aux habitants de la cit^. 

line page nouvelle va s*ajouter aux annales dejk si glo- 
rieuses de notre Cath^rale, grkce k Tactivit^ de cet homme, 
puissant en oeuvres et en paroles, qui s'appelle S. Em. le car- 
dinal Langcnieux. L'an dernier il pr^sidait, a Jerusalem, ce 
Congr&s eucharistique qui a d6}k produit et qui produira 
encore, avec la grkce de Dieu, de si considerables r^sultats. A 
ce moment, TEglise occidentale allait saluer sa sueur TEgHse 
d'Orient, au nom de Celui qui les inspire toutes deux, Notre 
Seigneur J6sus-Ghrist. Aujourd'hui, ce sont les 6chos de I'O- 
rient qui retentissent sous les voutes de Reims, pour redire 



LA VEILLE DU CONGRES 77 

\es sentiments de veritable fraternity qui unissent tous les 
cathoUques inclines sous la bt^nedictlon de Leon XIII. 

Pour cette fete, la vieille basilique royale a revetu une 
parure toute nouvelle. Des tentures de pourpre rehaussee 
dor dessinent', sans la defigurer, la courbe harmonieuse de 
$es arceaux: golhiques, tandis qu'un dome gigantesque se 
<lresse, comnie un diad^me vraiment royal, au dessus de Tautel 
du Dieu de rEucharistie. 

Autour du choeur, de riches draperies courent le long des 
ariUes. Siir ces draperies se d6taclient, en broderies d'or, des 
motifs en rapport avec ia sainte Eucharistie : ici une gerbe de 
ble, la un cep de vigne, alternant avec le chiRre grec ou latin 
(ie Notre Seigneur Jesus-Christ. 

Sur ies quatre colonnes, k Tentr^ du sanctuaire, sont 
({uatre ^cussons portant, en or sur fond rouge, les embl&mes 
suivants : Vagneau, couch^ sur le livre aux sept sceaux ; le 
yrpent (fairain, figure de J^sus-Christ; le pelican nourri$sant 
ses petits de son sang, et la sainte commtmion, synil)olis^e 
par deux colombes qui s'abreuvent au bord d'une coupe. 

D autres cartouches embl^matiques sont 6galement suspen- 
dus aux colonnes -de rh^niicvcle. 

Des prie-Dieu, specialetnent destines aux Cardinaux et aux 
£veques, sont places de chaque c6te du sanctuaire. La chaire 
est dirapde, et une estrade richement d^cor6e a ^t^ amdnag^e 
poor XN. SS. les Eveques, dans la nef , en face la chaire. 



/ 



/ 



\ 



SALUT A LA CATH£DRALE 



A huit heures du soir, les cloches de la cath^drale, donii- 
n^s par la voix sonore du gros bourdon, ont convoqu^ pour 
la solennite, non seulement les congressistes venus de loin, 
mais encore les chr^ticns de la cit^ de Saint-Remi . Aussi, les 
vastes nefs sont remplios d'une foule compacte, au moment 
oil le clerge et les pr6lats, presides par Teminent Archeveque 
de Reims, viennent prendre place au cliceur, pendant que la 
maitrise en tonne le Veni Creator. 

Parmi les prelats qui rehaussaient par leur presence Teclat 
de la c^r^monie d*hier, se trouvaient, aux c6t6s de S. £m. 
M^"* Lang^nieux, archeveque de Reims : 

M^' le Cardinal Lecol, archeveque de Bordeaux; 

M«f' Duval, ^v^que de Soissons ; 

Mk' Marmarian, archeveque grec de Trebizonde (Turquie 
d'Asie) ; 

M«' Stonor, archeveque latin de Trebizonde ; 

M»' Hoyek, archeveque maronite d'Arca; 

M^*" Doutreloux, evequede Liege; 

Mk*" Bernard, preiet apostolique de Norwege; 

M-*" Puyol, vicaire general de Beauvais; 

M*^'*^ Pechenard, M^' Cauly, M^'' Juillct, protonotaires aposto- 
liques ; M^^' Garot, pr^lat de la Maison de Sa Saintete. 

Plus de deux cents pretres assistent a la cer«3monie. 

L'immense cath^drale est corable; il y a peut-etre la une 
aflluence do dix mille personncs. 

M'f'' Doutreloux, ^veque de Liege, monte en chaire pour 
prononcer le discours d'ouverture. Sa voix sympathiquc do- 
mine la grande assembl^e, et Tauditoire peut suivre les deve- 
lopperaents de Torateur. Sa Grandeur M^'' TEveque de Liege, 
apres un public hommage rendu au cardinal Lang<^nieux, et 
aux preparateurs du Gongres, celibre les bienfaits sociaux ct 
individuels de I'Eucharistie, dans une eloquente paraphrase 
du cantique de Zacharie : Benedidus Dominm Deus IsraeL., 



ALLOCUTION DE M«^' DOUTRELOUX 79 



ALLOCUTION 

prononc^e par Mar DOUTRELOUX, dv^quc de Li6ge. 

]6minence (1), 

Qu'il me soit permis tout d'abord de vous remercicr 
au nom du Corait6 permanent dcs Congres eucharis- 
tiqiies de lui avoir accords la favour de lenir le Congres 
de celle annee en voire ville archiepiscopale, d avoir 
daign^ pr6sider Vous-meme aiix preparalifs de ces 
pieuses el solennelles assises, et d'en avoir confi6 le soin 
a unComite dont le zele, le devouement et rinlelligence 
se soul monlr6s au-dessus de tout eloge. C'est un nou- 
veau bienfait de Yotre coeur apostolique, accorde a une 
a»uvre favoris6e depuis longtemps de Votre sympathie 
el de Voire proleclion : nous supplions le Coeur Sacr6 de 
noire divin Maitre Jesus de b6nir le Congres eucharis- 
lique de Reims comme il a b6ni ceux qui Tout pr6c6de, 
otsurloulccdui qu'en qualil^ de Legal apostolique, Vous 
av'ez preside Tan dernier avec lant de piele, d'eclal et 
de succes a Jerusalem, au nom et en place du Souverain 
Ponlife. La, Vous avez adress6 aux Eglises unies ou non 
unies d'Orient d*inoubliables et Kcondes paroles de paix 
cl de charit6 ; pr6cieuses semences repandues dans les 
imes, sous les rayons fertilisanls de la sainte Eucha- 
rislie, ces paroles germeronl et produiront, nous ne 
pouvons en douler, les fruits les plus salulaires ; mais 
elK'S ont besoin aussi de la rowsee du cicl, des soins et du 



I'lj Son Em. le cardinal r^ng6nieux,archev6que de Reims, pre- 
sident d'honneur du Congres. 



/ 

80 MERGREDI, 2o iUlLLET 

travail d'habiles et devours ouvriers : leur assurer la 
premiere par une immeDse et pers6v6rante prifere, pre- 
parer renrdlemcnt des seconds, tel est, avec le prog-res 
de la devotion a la sainte Eucharistie parmi nous, le 
dessein parliculier que Votre charity et Voire zele ont 
as^igne au (iongres eucharislique de Reims. Nous 
Tavons compris, il a excit6 Tenlhousiasme de nos dmes, 
il a conquis le devoucment de nos coeurs; sous Yolre 
impulsion et sous Voire conduile, nous nous consacre- 
rons a sa realisation, avec toute Tardcur dont nous 
serons capables. 



J 



Christum Regem adoremvu domi- 
nantem gentibus, qui se manducantibug 
dal tpiritus pinguedinem. 

Adorons le Ghrist-Roi, Seigneur des 
nations, qui donne rabondance de la 
Tiespirituelle k ceuxqui se nourrissent 
de sa ciiair. (Invitatoire de I office 
du T. S. Sacrement.J 



imminences, 
Messeigneurs, 
Mrs Fr^res, 

Cest par ces paroles pleines de pi6t6 et d*onctioQ que, 
chaqae anii^e, Notre Mfere la sainte £glise, aux Matines 
de la fete du Trfes Saint Sacreraenl,- invite ses enfants, 
pritres el fideles, k se souvenir de Tinestimable don de 
la sainte Eucliaristie, k rendre au Dieu R^dempteur qui 
reside au tabernacle leurs devoirs et leurs hommages, k 
venir puiser a cette source divine les biens si abondants 
et si pr^cieux qu'elle contient. 

Elles me paraissent tout a fait*de circonstance en 
cette c6r6monie d'ouverture, et c'est pourquoi j'ose vous 
dire : Princes augustes de I'j^glise, 6 £!v6ques chers 
el v^n6r^s, d pr^tres et Invites, et vous tons, Chretiens et 
chr^tiennes, ou venus de loin, ou appartenant k cette 
antique et si glorieuse £gltse de Reims, venez durant 
ces jours, comme votre pi6t6 et votxe zfele se le sont pro- 
pose, venez a nos solennit^s et k nos f^tes^ vcnez k nos 
reunions et a nos assemblees, venez offrir k Notre Sei- 
gneur J6sus-Christ vos louanges, vos adorations, vos 
reparations; apportez-Lui Thommage de tout ce que 
voire amour envers Lui vous inspirera pour rexalla- 
tion de son Tres Saint Sacremenl, pour la realisation 
plus parfaite des desscins qu'y nourrit Tineffable charity 
de son coeur pour nos ^mes ! Aider k la realisation de 



82 xMKRCREDI, 2S JUILLET 



ces dcsscins en s'y employant d'abord soi-m6me et 
pour soi-m^me, en s'efforQant ensuite d'amener le plus 
grand nombre possible d*autrcs k s'y employer 6gale- 
ment, Icl est le but special dcs Congrfes eucharistiques. 
II importe done grandemcnt a ceux qui prennent part h 
cotte OBuvro d'avoir ces divins desseins presents k Tesprit 
et d'en nourrir leurs coeurs ; c'est pourquoi je voudrais 
ce soir vous los rappeler, au moins en partie et brieve- 
ment, en appliquant k la sainte Eucharistie le magni- 
fiquc canliquedans lequel, sous Tinspiration de TEsprit- 
Saint, Zacharie, a la naissance de saint Jean-Bapliste, 
son glorieux fils, chanla les bienfails de rincarnation 
etde la Redemption. La sainte Eucharistie n'est-elle pas 
la continuation k Iravers toutes les generations et TappU- 
cation aux peuples et k chaque disciple du Christ des 
bienfaits renfermes dans ces deux grands rayst feres? 

sainte Vierge Marie, nul n'a mieux compris, nul 
n'a appr^cie aulant que vous ce riche tr(5sor de notre foi ; 
vous etes la Merc de J6sus, votre plus ardent d6sir n*est-il 
pas que votre divin Fils soit connu, aim6 et servi 
comme il le m6ritc, parlout ou il se trouve, et par conse- 
quent aussi dans la sainte Eucharistie ? Vous etes notre 
bonne et tendre Mfere, vous voulez le bonheur de vos 
enfants; et qu'esl-ce qui pourrait le leur mieux garantir 
sur la terre que leur union par Tesprit et par le ccBur 
aver Jesus dans la sainte Eucharistie? C'est done avec 
la plus enlierc conhance que je vous demaude en ce 
moment de b^nir ma parole, de b6nir I'attention de 
ceux qui m'6coutent. 




ALLOCirriON DE M«' DOUTBELOUX 83 



I. 



« Benedictus Dominus Deus Israel, quia visiiavit et 
fecit redemptionem plebis su^. Beni soil le Seigneur, 
Dieu dlsra^l, chantait Zacharie^ parce qu'il a visits 
son peuple et en a oper6 la Redemption ! » Oh ! que ces 
paroles s'appliquent bien a la sainte Eucharistie ! N'est- 
ce pas vraiment par elle que Dieu ne cesse de visiter son 
peuple, non pas de loin en loin, mais chaque jour, non 
pas en reservant cette faveur a un pays ou a quelque en- 
droit privil6gi6 de chaque contr^e, mais en se rendant 
present partout, en multiplianl cette presence au point 
d'etre k la port^e de chacun de ses disciples^ en r^sidant 
au milieu d'eux jour et nuit sans aucune interruption, 
en daignant m&me alter les visiter jusque dans lours 
demeures lorsque la maladie les emp&che de venir k 
lui? Grand fut le bonheur de Marie et de Joseph de 
vivre k Nazareth avec J^sus, grand fut ^galement celui 
de ses ap6tres de jouir de sa presence et de sa conversa- 
tion durant trois anndes ; le ndtre, gr^ce k la sainte 
Eucharistie, s*il est moins sensible, est-il moins pr^- 
cieux? Sous certains rapports, ne Fest-il point davan- 
tage, puisque Notre Seigneur J^sus-Christ nous y est 
present avec tons les m6rites de sa vie et de sa mort, 
avec tons les privileges de sa gloire, puisqu'il nous y 
est present, non seulement pour vivre et habiter avec 
nous, mais pour supplier a notre insufOsance dans Tac- 
complissement de nos devoirs en vers la divine Majesty, 
pour Fadorer, la remercier, pour implorer sa mis6ri- 
corde, pour obtenir ses gr&ces, pour 6tre Taliment de 
la vie surnaturelle de nos d.mes? Heureux, sans doute, 



84 MERCREDI, 28 JVUAJtt 



^laient ceux qui, durant les ann^es de sa predication, 
recevaienl par ses miracles la d61ivrance de leurs maux 
corporels; le sommes-nous moins de recevoir par la 
sainte Eucharistie la consolation dans nos peines, Ja 
lumiere dans nos doutes et nos obscurit^s, la force dans 
nos faiblesses, la victoire dans nos luttes, le gag'e de la 
vie eternelle au milieu des craintes que nous inspire 
ToBuvre de notre salut ? 

Ah! je le sais, notre manque de reflexion, notre foi 
trop peu vive, les obstacles multiples que nous opposons 
k la grAce, nous empfechent trop souvent de retirer ces 
avantages de la presence sacramentelle de Notre Sei- 
gneur J(5sus-Clirist autant que nous le pourrions ; If 
bienfait n'en est pas moins grand en lui-m^me,et il n'en 
est pas moins vrai qu*en presence de la sainte Hoslie, 
nous devons nous Verier dans un transport d'admiralion» 
d'amour et de reconnaissance : Soyez b6ni. Seigneur 
Jedus, de visiter ainsi votre peuple et de lui procurer 
d'une manifere si douce et si assuree^ Tapplication de 
tons les bienfaits de la Redemption ; soyez-en b6ni pour 
nous, soyez-en b6ni pour tons ceux qui nous sont chers ; 
soyez-en b6ni pour tons les peuples jusqu'i la consom- 
mation des sifecles ! 

Mes Frferes ! peut-il y avoir rien de plus p^nible 
pour quiconque a dans son Ame quelque chose de cetle 
foi qui animait saint Pierre lorsque, tombant aux genoux 
de Notre Seigneur J6sus-Christ, il lui dit : « Tu es Chris- 
tus Filius Dei vix)i ; Vous etes le Christ, Fils du Dfeu 
vivant », ou quelque chose de Tamour qui enflammail 
son cojur lorsque, fondant en larmes, il lui r6p6lait par 
irois fois : « Seigneur, vous savez que je vous aime ; 
Domine tu scis quia amo te », peut-il, dis-je, y avoir rien 
de plus p6nible que le spectacle de rindifference, de la 



ALLOCUTION DE H^' DOUTRELOUX 85 

froideur^ de Toubli, de r^loignement dans lesquels 
vLvent taut de milliers d'^mes chretiennes, vis k vis de 
Notre Seigneur J 6sus-Christ au Trfes Saint Sacrement de 
I'autel ! Nous avons sans doute chacun k nous frapper 
la poilrinc et k g^mir de nos manquements k Tegard de 
la sainte Eucharistie. Mais, durant ces jours du Congr^s 
surlout^ un autre devoir encore nous presse : notre foi 
on Jesus-Christ, notre amour pour lui, doivent nous 
enflammer de zfele pour Taccroissement du culte de la 
sainte Eucharistie, nous faire ressentir jusqu'au plus 
])rofond de nos cceurs une vraie tristesse de voir notre 
divin Sauveur ignore, m^connu, outrag6 mSme dans 
la plus admirable institution de son amour pour les 
hommes, une immense et. profonde compassion pour 
tant de nos frferes qui, k moins d*une gr^ce exception- 
nelle sur laquelle il serai t t6m6raire de compter, passe- 
ront d'une vie de p^ch^s k la damnation ^ternelle, parce 
qu'ils ne se seront pas nourris du pain de vie : « Nisi 
manducaveritis camem Filii hominis et biberitis ejus 
<anguinefn, non habehitis viiam in vobis; si vous ne 
mangez la chair du Fils de Thomme et si vous ne buvez 
son sang, vous n'aurez point la vie en vous. » 

Ne nous lassons done pas de redire au Seigneur, en 
ces jours b6nis : notre Pere qui etes aux cieux, que 
Yotre nom soit sanctifi^ par une connaissance plus r6- 
pandue et plus parfaite de la sainte Eucharistie, que par 
4'lle, votre vkgne s'6tablisse dans les 4mes, que votre 
volont^ sur Tusage que nous devons en faire s'accom- 
plisse partout parmi nous ; oui, que nous soyons fiddles 
a nous nourrir de ce pain quolidien de nos &mes! Par- 
(lounez-nous nos fautes envers elle, ne nous laissez 
jamais succomber k la tenlation de nous en laisser 
meme quelque pen eloigner, el delivrez de leur immense 



86 MERCREDI, 2S iUIIJ.Rr 



malheur les &mes qui se privent de cet indispensable 
gage de la vie 6ternelle ! 



IL 



Entrant davantage dans le detail des bienfaiis de la 
venue du divin Sauveur en ce monde, Zacharie les d6crit 
en ces termes : « Ut sine timore de manu inimicoruni 
nostronun liberati servidmus tilt, in sanctitate et jiistitid, 
coram ipso, omnibus diebus nostris ; le R^dempteur est 
venu au milieu de nous afin que, delivr6s de la puissance 
de nos ennemis, exempts de crainte et soutenus par le 
souvenir de sa presence, nous le servions dans la sain- 
tet6 el la justice lous les jours de notre vie. » 

Celte description est celle aussi des bienfaits de la 
sainle Eucharistie. L'Eucharistie nous d61ivre de la 
puissance de nos ennemis : par la sainte messe d'abord, 
qui est le renouvellement non sanglant du sacrifice 
de la croix, de ce sacrifice par lequel le divin R6demp- 
teur a triomph6 pour nous de I'enfer, du monde, du 
pech6 et de la mort; par la sainte communion ensuile, 
qui munit nos A.mes de Tabondance de tons les secours 
divins et les remplit de g6n6rosite, de force et de vail- 
lance. 

La sainte Eucharistie doit nous 6ter tout esprit de 
crainte et nous pen6trer de Tesprit d'amour : car si par 
elle notre Dieu reside au milieu de nous, comme un Roi 
au milieu de ses sujets pour recevoir leurs hommages, 
il y habile bien plus encore comme un ami toujours pr^t 
k nous accueillir, a nous assister, a nous consoler, a 
nous prodiguer les marques de son amour et de sou 
d6vouoment a tons nosint6rets. II nous y redit : « Venite 



/ 



• ALLOCUTION DE M»' DOUTRELOUX 87 

ad me omnes qui laboratis et onerati estis, et ego 
reficiatn vos; venez k moi, vous tous qui fetes dans I'acca- 
blement et dans la peine, et je vous soulagerai; » — 
« Nolite timere, ego sum, ne craignez pas, c'est moi qui 
suis ici » ; — « Ecce ego vobiscum sum usque ad con-- 
summaiionem sssculz : Je suis avec vous jusqu'i la 
consommation des sifecles. » — « Omnis potestas data est 
mihi in ccelo et in terra : vous le savez, tout pouvoir 
m'a 6le donne au ciel et sur la terre. » Qui done crain- 
drait un Dieu tenant un tcl langage, qui nc Taimerait, 
qui ne placerait toute sa confiance en lui ? 

De cet esprit d'amour naissent comme naturellement 
le desir et la facilite d'une vie sainle et juste, « ut ser- 
viamus illi in sanctitate et justitid ». Une telle vie est un 
des fruits les plus ordinaires de la fervente d^volion 
envers la sainte Eucharislie; elle est raccomplisseraent 
de celte magnifique promesse de son divin Auteur : 
t* Sicut misit me vivens Pater, et ego vivo propter Pa- 
trem, et qui manducatme vivet propter me; comme mon 
Pere qui m'a envoy6 vit de lui-meme et que je vis par 
lui, ainsi celui qui se nourrira de ma chair vivra aussi 
par moi. » 

En confirmation de celte doctrine, j'appcllerai voire 
attention sur un fait qui en est bien digne, surtout en 
ces temps oii les besoins de la soci6l6, de PEglise et des 
Ames rendent plus necessaire la creation d'une foule 
d'a»uvres de z^le. Quels sont non seulement parmi les 
pretres, mais aussi parmi les simples fideles de tout Age, 
de lout scxe, de toute condition, quelles sont les Aines 
donl Dieu se serl pour concevoir et creer ces ceuvres, 
auxquelles il donne le courage de les entreprendre, les 
movens de lessoutcnir, le secret de les rendrc fecondes? 
^'e sont-ce pas les &mcs vou^es particulierement h la 



88 MERCREDI, 25 JUILLET 

devotion en vers la sainle Eucharislie, Ics ^mes qui com- 
munient souveiit parce qu'clles comprenneni que, si ne 
pas cominunier, c'esl renoncer a toute vie suruaturelle, 
communier peu, c'est consentir a ce que celle vie ne soil 
que faible et sujelle a bieu des d^faillanoes; que commu- 
nier sou vent et pieusemenl, c'est recourir au moyen divi- 
nement inslitu^ pour poss6der soi-mfeme cette vie dans 
loule sa vigueur et pour avoir la grkce de la faire 
naitre cl de la developper chez le& autres. C'est, encore 
uno fois, la realisation d'uuc proraesse de notre divin 
Sauveur, qui a dil d'une part : « Cclui qui mange ma chair 
et boit mon sang demeure en moi et moi je demeure en 
lui : Qui inanducal meam carnem et bibit mexiin sangui- 
nem in me manet et e(/<ffn illo; » et d'autre part : « Celui- 
\k produit beaucoup de fruit qui demeure en moi et en 
qui je demeure : Qui manet in me et ego in eo, hie fert 
f rue turn inultum, » 11 est done rigoureusement juste 
d'appliquer k la presence de Notre Seigneur Jc^sus-Christ 
dans la sainle Eucharist ie ce qu'il a dit de sa presence 
au milieu des hommes durant sa vie mortelle : « Ego 
x^eni ut vitam habeant et abundantius habeant; je suis 
venu pour qulls aient la vie el quails Taient avec sura- 
bondance. » 

La raison de ces admirables effets de la sainle Eucha- 
rislie so trouve evidemment en ce que par elle Notre- 
Seigneur J6sus-Christ s'unit r^ellement et substantielle- 
ment auxt\mes qui la regoivenl. Mais ilest d'autres con- 
sequences qu'on pourrait appeler accidenlelles, et j'en 
trouve Tannonce dans Ic cantique de Zacharie, en ces 
jiaroles : « Coram ipso; en sa presence. » Tons les 
auteurs de la vie spirituelle indiquent la pratique 
habituclle du souvenir de la presence de Dieu comme 
un moyen efficace de vivre dans la sainlet6 el la justice. 



ALLOCUTION DE M**" DOUTRELOUX 89 

Eh bien ! si rincarnation du Verbe, en nous le montrant 
dans une forme humaine, nous a rendu plus facile 
rcmploi de ce moyen de perfection indiqu^ par le Sei- 
^eur k son fidfele serviteur Abraham : « Ambula coram 
me et esto perfectiis ; marchez en ma presence et vous 
serez parfait », ne possddons-nous pas cetle facilile k un 
degr6 bien plus grand encore par la sainte Eucharistie? 
Par elle, Notre Seigneur Jesus-Christ habite auprfes de 
chacun de nous, par elle nous pouvons le visiter chaque 
jour, par elle nous pouvons aussi souvent que nous le 
voulons le recevoir, ou sacramontellement h la sainte 
Table, ou spirituellement par la communion spirituelle; 
gr^ce i elle, la vue de nos eglises, le son de leurs cloches 
nous rappcUent qu'il est Ih, k quelqucs pas de nous. Ah ! 
quel tr^sor de graces est celui de la sainte Eucharistie, 
pour qui sail en user, et qu'il est juste de la proclamer 
le gage par excellence de la perseverance finale : « Ut 
serviamus illi in sanciitate et justithi, coram ipso, omni- 
bus diebiis nostris; oui, c*est par elle qu'uni a son Dieu 
le Chretien le servira dans la saintete et la justice tons 
les jours de sa vie ! » 

cher Congr^s de Reims, puisses-tu redirc dignemcnt 
les grandeurs et les bicnfaits de la sainte Eucliaristie ! 
Puisses-tu, et dans celte region ot au loin,partout ou tes 
echos parviendront, etre comme saint Jean-Baplistc un 
predicateur ecoule de J6sus, le predicaleur de Jesus au 
Trfes Saint Sacrement : « Et tu puer propheta Altisssimi 
vocaberis; » puisses-tu preparer uinsi au divin Roi la voie 
par laquelle il doit penelrer dans les c\mes et reprendre 
dans la society sa place de Roi des nations I « Prxibis 
onle faciem Domini parare viasejus;^^ puisses-tu donner 
^un grand nombre la science du salut : ad dandum scien- 



90 MERCREDI, 25 JUILLET 

tiam salutis plebi ejus, et les disposer k implorer le pardon 
de leurs p6ch6s, « in remissionem peccatorum eorum! » 

Mais, 6 Perec6ieste, cette science salutaire, ce pardon 
g6n6reux, d'oii devons-nous les attendre, sinon des en- 
trailles de voire mis^ricorde : « Per viscera misericordi^e 
Dei nostri », c'est k dire de voire Verbe ^lernel qui est 
descendu du ciel pour nous visiter : « In quibus visitavit 
noSj oriens ex alto, pour 6clairer le genre humain assis 
dans les I6nebres, k Tombre de la mort : « lUuminare 
his qui in lenebris et in umbrd mortis sedent?n Prostern6s 
done a vos pieds, 6 J6sus, notre Sauveur, nous vous 
demandons avec humility et confiance de b6nir notre 
Congres. Qu'ii serve a votre gloire, en aidant k la reali- 
sation des desseins de votre divin Cceur dans rinstitution 
de la sainle Eucliaristie ; que, profitable k nos ^mes, il le 
soil k beaucoup d'aulres encore et sp6cialement k celles 
qui vivenl dans Tignorance ou dans Toubli de ce supreme 
bienfait de votre amour ! 

Qu'il assure ainsi nos pas dans la voie de la paix, pour 
le temps et pour reternite : « Ad dirigendos pedes nostras 
in viam pads! » Amen. 



Apres ce discours religieusement 6coute, les CardinauK ont 
donne leiir benediction solennelle, et, sur Tautel 6tincelant de 
luniiere, le Tres Saint Sacrement a 6t6 expos6. 

Pendant le salut, la Maltrise a chants le Dotnine Detis, de 
Vervoite, et le Tantnm ergo, de Gounod, et la benediction du 
Trte Saint Sacrement a 616 donnee solennellement par M^^'Le- 
cot, cardinal arclieveque de Bordeaux. 

Sur le passage des pr^lats, les lideles se pressaient recueillis. 

G'est par ce premier hommage, si magnifique, rendu k Notre 
Seigneur J6sus-Christ dans son sacrement d'amour, que s'est 
termin^e la c6remonie d'ouverture du neuvi^me Congr^ 
eucharistique. 



SALUT A LA CATHEDRALE 91 



Ce salut d'ouverture k Notre-Dame a depass^ en 6clat et en 
majestueuse grandeur ce que nous pouvions esp^rer. 

C'est d*un heureux augure, et dis aujourd'hui, a voir la 
pieuse curiosity et rempressement des fiddles autour des pr6- 
iats qui vont presider ce Congres important, nous pouvons 
affirmer que celte belle manifestation eucharistique de Reims 
obtiendra un plein succ^^s, remuera les ames, et laissera 
parmi nous les traces les plus fecondes. 

Visiblement, le doigt de Dieu est \k. 

Quel sentiment eprouvait done la foule en assistant k ce 
salut d*ouverture ? L*impression qu autour du Gbrist de TEu- 
charistie germe un monde nouveau, plus aimant et plus 
jeune, qui se degage lentement du vieux monde r^volution- 
iiaire et paien, qui s'ecroule en d6pit des illusions qu'il s'ef- 
force d'entretenir, malgr^ tons les efforts qu'il multiplie pour 
uous retenir dans son moule, nous emprisonner dans ses 
raensonges, faux principes, syst^mes subversifs, formules 
oppressives, idoles vermoulues, simples apparences, choses 
vaines. 

La vie n'est pas 1^; tout cela, c'est la mort, c'est le n6ant, 
c'est le r^ne du Mauvais, impuissant a rien ^difier, ni entre- 
tenir, vou£ fatalement aux oeuvres t^nebreuses, et prto'pitant 
dans Tanarcbie tons ceux qu'il d^tache de J6sus-Christ, les 
aSamant d*abord et les d^sesp^i*ant ensuite. 

n faut admirer cette Providence particuliSre de Dieu sur 
son Eglise, suscitant ccs manifestations eucharistiques qui 
reveillent in^vitablement dans T^me du peuple ce sentiment 
de la royaute sociale de J^sus-Christ, la foi en sa divinity, Tes- 
poir que le salut nous viendra de Tautel, ou il nourrit les 
ames de sa chair et de son sang, et s'immole pour nous. 

Get autel est le point central immobile des choses divines 
(*t humaines; k mesure que le peuple s*en rapproche, il se 
detache et s'^loigne de la Revolution, il affirme le besoin qu'il 
eprouve, pour vivre, dc lumiire, de force et d'esp6rance. 

A ce point de vue, ces Congres eucharistiques sont merveil- 



92 MERGREDI, !25 JUILLET 

leux k voir, ct 1e spectacle que nous avons pu contempler i 
Notre-Dame est un des plus consolants auxquels nous puis- 
sions assister. 

Que sommes-nous alles voir, en eifet, dans notre vieillc 
cathWrale? 

La robe rouge de nos cardinaux? Non. La decoration d(' 
Notre-Dame? Pas davantage. 

Qui sommes-nous alles voir? — J6sus-Christ, et nul autre. 

Nous sommes alles voir (et c*est la grande consolation, 
Tadmirable coincidence de ce Congres eucharistique), nous 
sommes alles voir Jesus-Christ, en foule, inquiets et sup- 
pliants, parce que les joui's deviennent de plus en plus 
mauvais, parce que nous avons glisse et descendu les abimes. 
parce que la nuit s'epaissit autour de nous, et que les mines 
dont nous avons semc^ la terre chretienne de la France s'^la- 
boussent deja du sang des Fran^^is. 



JEUDI, 26 JUILLET 



MESSE A SAINT-MAURICE 



La inesse du Congr&s a 6t& dite par M^' Duval, ^veque de 
Soissons, k 7 heures. Comnie aux jours de f^tes solennelles, 
ia nef de r£glise ^tait orn^e d*oriflammes ; la verdure et les 
tleurs s'6ta)aient sur lescdt^sdeTautel et k Tentr^e du choeur, 
decor^ de riches tentures. 

Beaucoup de fiddles remplissaient T^glise, et le chceur pou- 
>aita peine contenir les bommes, pr^tres et laTques venus k 
ia ceremonie. Un grand nonibre de personnes regurent la 
sainte communion de la main de I'^vftque. 

Gr^ce k la maitrise du pensionnat de jeunes filles du Saint 
Enfant'Jesus, dont le merite n'est pas inconnu k la paroisse, 
<ies chants magnifiques furent ex^cutds en Thonneur de Jdsus 
Eucharistie. Nous citerons en particulier le Misericordias 
i)omini et VO Salularis. 

kprts la messe, M''' Duval est mont^ en chaire et a pro- 
nonce une allocution, en presence de M^'' Hoyek, arc]^e- 
veque maronite, qui avait lui-m6me c^l^br^ la messe k Saint- 
Maurice selon le rite de son Eglise. 

Tout d'abord, Sa Grandeur felicite I'Assemblee d*avoir si 
t»eD r^pondu k I'appel de Honseigneur le Cardinal en venant 
temoigner sa foi, sa reconnaissance et son amour au Dieu de 
I'Eucharistie. fl commente en quelques mots ces paroles de 
Notre-Seigneur, qui ne sont pas un mystere pour les adora- 
tears de J^us: Ubi fuerit corpm, illic congregabuntur et 
nfimUf: le Corps dont il s'agit, c'est le Corps de J^sus lui- 
meine; les aigles spirituelles, ce sont les Chretiens fideles qui 
sempressent autour de J4sus. 

c Nous avons tu, dit le v^n^r^ prelat, ces paroles de la 
Sainte £criture recevoir bier k la Cath^drale une touchante 
realisation, et il en sera de meme, nous en avons Tespoir, 
{K)ar chacun des jours du Congr&s. » Monseigneur exborte les 
tiddles, aujourd'hui et les jours suivants, k ofirir k J^us- 
Eucbaristie Thommage de leurs pridres et surtout de leurs 



96 JEUDI, 26 JUILLET 



k 



oeuvres. <( II faut, ditril^ qu'apres le Gongrds, chacun puisse 
dire de nous ces paroles : On voit bien que Jesus est passe 
par Id. 

(( Qu'il vienne aussi en nos coeurs pour les remplir de cette 
^uavit^ goutee jadis par les disciples d'Emmaus ! » 

Apris celte allocution touchante, bien faite pour aller au 
coeur des chr^tiens, on a commence le Salut, et Sa Grandeur 
a donn6 la benediction du Saint Sacrcment. 



MESSE A SAINT-JACQUES 

(Rite armMen) 



La messe a 6te c616bree hier matin k 8 heures par M^"^ Mar- 
marian, archeveque de Tr^bizonde. Depuis la veille, on savait 
que I'officiant appartenait au rite arm^nien ; aussi , la foule se 
"pressait dans Teglise Saint-Jacques, magniSquement om^e. 

A rheure dite, M^*" Marmarian s'avance, pricMe d'un diacre 
assistant rev^tu de T^tole, et de trois s6niinaristes arm^niens. 

L'^v^que benit le peuple avec une petite croix, et il est 
encense jusqu'k son arrivee au pied de Tautel. 

L*of6ce dure environ 40 minutes. Le rite arm^nien a beau- 
coup de rapports avec le rite latin. II est cependant plus^ 
simple et il frappe moins les sens; mais toutes ses ceremonies 
sont graves et portent au recueillement. II y a ceci de particu- 
Her : c'est que durant tout Toffice, les chants sont continueis. 
lis ont 6te executes par les trois clercs arm^niens. On remar- 
que aussi que, fort souvent, pendant Toffice, revdque benit 
I'assistance avec la petite croix placee pr^s de lui sur Tautel. 

Aussit6t apr^s la Messe a eu lieu Texposition du Trds Saint 
Sacrement, qui sera renouvciee chaque jour pendant la dur^e 
du Congres. L'^glise Saint-Jacques pr^te admirablement au 
recueillement et k la pri^re. Elle a &t6 choisie en raison de la 



MESSE DU CONGR^ 97 



piete des paroissiens et de sa situation au centre de la ville 
pour ^Ire le lieu de Texposition continuelle du Saint Sacre- 
ment pendant la }oum6e. On a organist des series d^adorateurs 
pris dans tous les rangs de la soci^t^, qui se reinvent d*heure 
en heure, pour rendre leurs hommages au Dieu de rEucha- 
ristie et associer en quelque sorte la cit^ tout enti^re k 
1 CBuvre du Congres. 

Durant le jour, k des heures ditermin^s, des orateurs se 
succedent dans la cbaire chretienne, et adressent aux divers 
.:nt>upes des allocutions sp^ciales, propres k exciter la foi et la 
jiiele. A six heures du soir, Texposition se terminera par le 
salut du Saint Sacrement. 



SEANCE D'OUVERTURE 



A L' 



Le Palais archiepiscopal est devenu, pour quelques jours, 
le Tabernacle de ralliance. line avenue plants de mats et 
doriflammes guide les etrangers vers Tescalier monumental 
qui donne access k la grande Salle des Rois. 

Dans la seconde cour de rArchevech^ sont ^tablis des 
bureaux, ou se distribuent les cartes d'entr^e, ou se donnent 
les renseignements. M. Tabb^ Bonnaire, le z616 directeur des 
PtMerinages dioc^sains, seconds par une escouade de jeunes 
abbes du grand S^minaire, r^pond k tous avec une bonne 
giice parfaite. Sous le portique du Palais siege le bureau de 
verification des entries. 

A huit heures, et il en sera de meme pendant les trois jours 
du Congres, une messe basse est celebree par M. I'abbe Com- 
paot, Vicaire general, dans la chapelle de rArchevech^. Le 
^plendide ^dicule, construit en beau style du xiii* siecle, a ete 
par^ pour la circoustance. C'est la chapelle d'adoration des 
coDgressistes, qui se succederont sans interruption pendant 
res trois jours au pied de TEucharistie, tandis que dans la 
Salle des Rois se tiendront les st^ances d'6tude et de travail. 

Les raembres du Congres, au nombre de cinq k six cents 
doja, envahlssent la magnifique salle qui unit Tarcheveche 
a la calhMrale. Elle servait autrefois pour les receptions, au 
jour du sacre des rois, et conserve comme souvenir les 
portraits des souverains, de Clovis, de saint Louis, de Phi- 
iippe-Auguste, de tous ces princes Chretiens, venus ici 
demander la grace et la force de regner en v^ritables rois, 
defenseurs de TEglisc et protecteurs du peuple conlie a leur 
sollicitude. 

C'est la c^lt'bre salle du Tan (de la lettre grecquc, dont lo 
le palais du xv« siicle atfectait la forme). Elle a gardd sa grande 



39155nA 



100 JEUDI, 26 JUILLET 



chemin^ surmont^e de la statue de saint Remi, et garnie de 
r^cusson des Briconnet avec leur devise : Ditat servata fides. 
La salle a conserve sa haute voute lambriss^ et ses poutres 
transversales. Sur les murailles, les tableaux en pied des roi& 
sacresa Reims, et de vieilles tapisseries. 

Cost au devant de la chemin6e motiumenlale qu'est 6tablie 
la vaste estrade sur laquelle si^gent les flminentissinies Cardi- 
naux, NN. SS. les Eveques el les principaux dignitaires du 
Congrus. 

A neuf heures, on entre en stance. Le Cardinal Lang^nieux 
preside, ayant a ses cot^s le Cardinal Lecot, NN. SS. Doutre- 
loux, ev^que de Li^ge, Duval, 6veque de Soissons, Potron, 
ev^que de J6richo, Stonor, archeveque de Tr^bizonde, Hoyek, 
archev^que d*Arca, Marmarian, archeveque de Tr^bizonde. 
Nous remarquons aussi M^"" Cartuyvels, recteur deTUniversili 
de Louvain, M^' P6chenard, M^"" Cauly, M»' Juillet, protono- 
taires apostoliques, M^^ Bernai-d, vicaire apostolique, M^*" Puyol, 
vicaire general de Beauvais, le R. P. Tesniere, le R. P. Bailly, 
M. Yrau, de Lille, M. le comte deNicolay^ M. dePeIerin,secnS- 
taire general, et plusieurs membres du Comit^ permanent des 
Congr^s eucharistiques, qui ne peuvent pas ^tre absents d'une 
reunion com me celle-la. 

L'assembl^e est nombreuse : on se reconnait, on se salue de 
pres ou de loin. Les habitues de telles rc^unions se rencontrent 
etse retrouvent avec une joie toujours uouvelle. 

La stance s'ouvre par la priere Iraditionnelle, Veni, San^te 
Spirit fis, suivi de VAre Maria, 

M^" Doutreloux, (5veque de Liege, President du Congres, 
demande ensuite que I'assemblee de Reims se place sous la 
protection sp^ciale de Saintc Julienne de Gornillon, la vierge 
de Liege, la grande promotrice du culte du Saint Sacrement, 
et qu'a chacune des seances une invocation soit adress^e k la 
lidele servante de Je sus-Hostie. 

Et tons, d'un meme coeur, repondent par Tin vocation : 
Sainte Julienne, priez pour nous I 

Sa Grandeur avertit ensuite les congressistes que cette 
seance du matin sera desormais a 8 heures et demie, a cause du 
I)eu de temps disponible el de Tabondance des travaux. 



SEANCE D*OUVERTURE lOi 

Son im. le Cardinal Lang6nieux prend ensuite la 
paix)lc pour remercier M*"* de Liege de tout ce qu'il a fait pour 
leCongres eucharistique ; il ne craint pas de dire que tout 
riionoeur de ces fetes revient a lui ; puis il resume en quel- 
ques mots les travaux eucharistiques entrepris depuis long- 
temps deja par le zele du pieux ev^que de Li^ge. 

Le Cardinal annonce ensuite qu'il vient de recevoir une 
lettre de Leon XIII, envovantarassembleesesmeilieuresb^ne- 
dictions; le Pape attend de ce Congres les plus beaux et les 
plus feconds resultats. 

Son Eminence exprime ses remerciements a tous les pr^lats 
qui composent son entourage, a tous les membres presents et 
a tous ceux qui ont aide a la preparation de ce Congres. 

Nous nous plaQons maintenant sous la houlette de M<^' de 
Liege, continue Ic Cardinal : commandez avec confiance, Mon- 
seigneur, tous, nous vous promettons de vous suivre et de 
vous obeir en tout. 

L'assistance repond a c>es paroles du Cardinal par des applau- 
dissements. 

Le Cardinal Lecot se leve a son tour et adresse quelques 
mots a Tassembi^e pour lui faire part du bonheur qu'il 6prouve 
de pouvoir assister a ces magniiiques reunions. 

M^' Doutreloux declare ouverte la session du IX« Congres 
eucharistique, et fait connaitre la constitution des diff^rents 
bureaux. 



8 



SEi^NCE DU MATIN 



PREMIERE SECTION 
Foi et Enseignement, Culte et Pi6t6 



PROCES-VERBAL 

M" Picbenard, protonotaire apostolique, vicaire gene- 
ral de Reims et president de la premiere section du Congres, 
donne la parole a M. le chanoine Girard, pour lire son 
rapport sur VEuchamtie a Emmaus, 

L'assembl^e ^coute avec une vive attention ce travail 
reraarquahle^ plein de doctrine et de pi^t£. Toutefois, au 
cours de son rapport, M. Tabb^ Girard avait qualifie la Gene 
d'Emmaus de seconde institution de I'Eucharistie. 

Le A. P. Tesnidre, superieur des Pretres du Saint- 
Sacrament, le savant auteur de la Somme eucharistique, croit 
devoir appeler une rectification, a 11 n'est pas absolument 
certain, dit-il, que Notre-Seigneur ait consacr^ a Emmaus. 
Quoique toutes les probabilit^s soient en favour de la cons^ 
cration du pain, ce n*est qu'une opinion qui ne suffirait pas 
pour justitier la denomination de seconde institution de 
1 Eacharistie : celle du G^nacle avait sufB. » 

L*auteur du Rapport admet pleinement la justesse de cette 
observation. 

M. rabb6 Landrieux, secretaire du Gardinal, lit une 6tude 
Ires complete et tres int^ressante sur YAutel eucharistique, 

Le Cardinal Lecot, apres avoir f^licit^ le rapporteur, lui 
demaode de completer son travail en faisant observer qu'une 
partie de la table en bois sur laquelle a celebr6 saint Pierre 
estconservce a Sainte-Pudentienne, eglise de Rome, dont il a 
le litre cardinalice. 



108 JEUDl, 26 JUILLET 



M, FabM Crerbier, chanoine honoraire ot directcur du 
Grand Seminaire de Poitiers, dcmande la parole et presenteau 
Congres les observations qui suivent : 

(( De la lecture des Rapports que nous venons d'entendre 
se degage une v^rite qu'il est juste de mettre dans tout son 
jour. Dans TEucharistie, c'cst Tamour qui explique tout. Cast 
Tamour qui a institue le divin Sacrement : c*est Tamour qui 
se manifeste surtoul dans le don de THostie. De 1^ les rela- 
tions 6troites qui existent entre TEucharistie et le Sacre-Cceur; 
de la des points de contact nombreux entre le culte rendu a 
rEucharistie et la devotion au Sacr^-Coeur. 

« Bicn que ces deux devotions soient distinctcs dans leur 
objet, il est impossible d'honorer le Tres Saint Sacrement 
sans penser au Coeur de Jesus qui nous Ta donn6. En glori- 
fiant le divin Ga3ur, comment ne pas celebrer TEucharistie, 
qui est, suivant ce que nous disait hier soir S. G. M**" TEveque 
de Liege, la plus belle institution qui soit sortie du Sacr6- 
Coeur ? Si nous avons a rendre au Sacr^-Coeur les hommages 
de notre piete, comment ne pas aller Tadorer la oil il est 
reellement a notre porl6e, nous aimant et s*immolant pour 
nous dans Thumanite sainte de Jesus au Tres Saint Sacrement 
de Tautel ? 

« D^ja les Congros de Toulouse, de Fribourg, de Paris et 
d'Anvers avaient emis des vcwux favorables a la diffusion 
d*une devotion qui, en un grand nombre de centimes, et no- 
tamment a Poitiers, a produit de bien consolants effets. Les 
hesitations suscit^es par quehjues Revues au sujet de la Fic^it^ 
de ce culte du Ctt>ur de Jesus dans TEucharistie, rendent utiles 
le rappel et la confirmation de ces vcrux au Congres eucha- 
ristique de Reims. Nous n'aurons pas grand'pcine a deraon- 
trer, en quelques paroles, la verite sur cette question. 
Plusieurs, s'autorisant d'un dteret du Saint-Office du 3 juin 
1891, qui declare ne pas approuverdes embleraes du Coeur 
de J6sus dans TEucharistie, ont conl'ondu mallicureusenient 
la devotion elle-meme avec les eml>lemes, et ont pretendu 
qu'elle est repoussee par le Saint-Siege. Voici la note du 
commissaire general du Saint-Office, 30 decembre 1893, qui 



PRCMIERE SECTION — PROCES-YERBAL i09 

di^ipe toutes les incertitudes et doit mettre fin a toutes les 
objections. Nous en rappelons Ic texte deja public : 

« Rome, Saint-Office, 30 decembrc 1893. 

« A Son Eminence Rev^rendissirae M**'"" I'Archeveque 
« de Paris. 

« Les nouveaux emblemes du T. S. Coeur de J^sus dans 
<r TEucharistie ne sont pas k approuver par le Saint-Si6ge 
(* apostolique. 

(( Rcstent toutefois approuv^s la devotion et le culte au 
¥ SacrM^oeur eucharistique de J^sus, dans les termes indi- 
V ques a Son Eminence par la lettre du 31 mai 1891. Et, par 
* suite, demeurent sans valeur les interpretations indivi- 
« dueiles de la presse. 

« f Fr. Vincent-Leon Sallua, 

c Commissaire g6n4ral, archevique de Chalcidoine. » 

a Voila la verity. La devotion au Coeur eucharistique con- 
serve done toutes ses approbations. L'expression elle-meme 
« C(£ur eucharistique », est reconnue comme exacte et 
approuvee dans la note precitee. Je demande que le Congres 
de Reims maintienne et renouveile les voeux pr^cMemment 
emis. » 

Apres cet expos^, S. tin. le cardinal Lecot, archeveque 
de Bordeaux, prit la parole et confirma avec grande autorite 
les affirmations que nous venions d^entendre : 

« Qui ne comprend, a dit Son Eminence, qu'il n'y a 
pas d'incertitude possible sur la devotion au Cceur eucharis- 
tique? Qui ne comprend qu'elle s'adresse au GoBur de Jesus 
nousaimant dans TEucharistie? Nous nous sommes entretenu 
Dous-m^me avec le Saint-Pere de cette devotion. A notre 
expose, le Souverain Pontife r^pondait lui-meme en nous 
pr^venant, allant au devant de ce que nous allions dire, et 
achevant les phrases que nous commencions. 

tr Q Y a dans uno ville dltalie, k Genazzano, pres de la Madone 



110 JEUDI, 26 JUILLET 



c61ebre, un tableau qui exprime Tidee du Sacri-Cceur nou; 
donnant la sainte Hostie. Ce tableau est la depuis deux cenL 
ans. C*est devant cette image, nous disait un Prince d< 
rEglise, que j'ai niieux compris le mystere de Tamour ±4 
J6sus dans TEucharistie, et que s'est formic ma vocation sa- 
cerdotale. 

(( On a dit parfois, a ajoute Son Eminence, que les confr4- 
ries du Sacre-Coeur se nuiltiplient au detriment de celles du 
Tres Saint Sacreinent. II ne saurait y avoir opposition ou 
rivalile, puisque les uucs et les autres conduisent k Jesus- 
Clirist. Lc moven de concilicr le doul)le attrait on vers le Tres 
Saint Sacroment et envers le Sacre-Cbeur n'est-il pas la 
devotion au Sacre-Coeur dans la tres sainte Eucharistie ? » 

S. G, Monseigneur Vtv6que de Li6ge a ajoute 
quelques justes observations sur I emploi, d'ailleurs legitime, 
de Texprcssion « CtKur eucharistique », terminant par cetle 
conclusion : Golte devotion, bien expliquee aux fideles, est 
susceptible do produire le plus grand bien dans les ames; 
mais il importe de bien preciscr qu'elle n'est autre que la 
devotion au Sacre-Ca3ur present dans TEucharistie. » 

S*associant a ces pens6es et k ces sentiments, le Congres de 
Reims, par ses chaieur<Hix applaudissements, t6moigne qu'il 
maintient et ratifio les v(eux des Congres precedents, et desire 
que Ton propage la devotion au Coeur eucharistique, ainsi 
comprise, et si sou vent recommandeo par les Souverains 
Pontiles Pie IX et Leon XIII (1). 



(1) II nous parait utile de rappeler ici les principales letlrcs ponti- 
llcalos ayant trait au culte du Cwur eucharistique: 

1. Rescril du Souvorain Pontife Pie IX; 29 f6vrier 1858. 

2. Hescrit de Sa Saintet^ L6on XIII; 16 f^vrier 1879. 

3. Bref de Sa Saintel^ L6on XIII approuvant la devotion au Cceur 
eucharistique de Jesus en A,ssoc/a//o/iouCo/i/rer/c; 23 d6cembre 1879. 

4. Href de Sa Sainlete L6on XIII pour lc dioc6se de Toulouse; 
13 fcWrier 1883. 

5. Hescrit de Sa Saintcte T.6on XIII accordant des Indulgences i 
toutes les prieres de la Confrerie (a la deinande de TEvt^que de Calv 
et Toano. sans expi'dition de Bref); 18 juillet 1885. 

6. Rescril de Sa Saintete L6on XIII atlachant une indulgence 1 
unc invocation au Crpur eucharistique do J6sus; 13 Janvier 1886. 



PREMIERE SECTION — PROCES-VERBAL ili 

Jf . VabM Fourridre, cure d'Oresmaux, expose ensuite 
les moyens pratiques pour former les en f ants a la devotion 
eucharistique. 

Le n. P. Durand ajoute quelques explications au rapport 
de M. I'abb^ Fourriere, pour recommaader tout particuli^- 
rement Tapostolat pres des petits en f ants. 

Jf*' Doutreloux, en tenuis tres ^loquents, fait appol au 
zele do clerge en faveur des enfants, surtout dans les grandes 
villes, et signale aux pasteurs la visite annuelle de la paroissc 
comme un des moyens les plus efficaces pour atteindre le 
people qui ne vient plus a T^Iise. 

Le R. P. Lemartial, de Toulouse, est invito k lire son 
rapport sur les Noces d*Or de VApostolat de la pri^e. II montre 
que cette devotion est eucharistique, puisqu'elle a pour prin- 
cipe Tamour et le zele pour les int^r^ts du Coeur de J^sus. 

Suit un rapport sur ToBuvre de la Messe reparatrice, lu par 
leH.^P. Deckers, religieux de Premontre de Tabbaye de 
Tongerloo (Belgique). L'origine et les admirables progres de 
Toeuvre, dont le centre est k Bonlieu, au diocese de Valence, 
y sont nettement exposes, et le Reverend Pere y ajoute 
quelques renseignements instruct! fs sur la diffusion de cette 
\rchiconfr6rie dans les provinces de Belgique. 

7. Rescrit de Sa Saintet^ L^on XIII k Sa Grandeur Monseigneur 
rArchev^quede Paris; 26 mars 1887. 

8. Resent de Sa Saintet6 L6on XIII en faveur de I'Adoration rt'pa- 
ratrice du Coeur eucharistique de J^sus dans le Sancluaire de Mont- 
martre; 29 novembre 1887. 

9. Nouvelle Sanction de la mdme faveur en 1890. 

10. Bref de Sa Saintet^ L6on XIII a Son Eminence le cardinal 
Richardi archevdque de Paris, pour Textension des indulgences de la 
Confr6rie; 27 Janvier 1888. 

11. Rescrit de Sa Saintet6 L6on XIII pour une Erection, avec dis- 
pense de proximity d'une m6me confr6rie; 13 avril 1888. 

11 Indulgence pl6ni6re accord^e par Sa Saintet6 L6on XIII k 
roccasion de la consecration sous le vocable du Sacr6-C(rur eucha- 
ristique de J^sus, de r^glise des Franciscaines, k Lemberg (Galicie 
d'Autriche); 29 septembre 1889. 

13. Bref de Sa Saintet^ L^on XIII ^levant la Gonfr^rie au titre 
d'archiconfr^rie, en Belgique ; 28 novembre 1889. 

14. Rescrit de Sa Saintet^ L^on XIII attachant une Indulgence k 
une invocation au Coeur eucharistique de J6sus; 19 juin 1890. 



ii2 JEUDI, 26 JUILLET 



Enfin le P. Zelle, de Paray-le-Monial, parte do I'oeuvre di 
la Communion reparatrice. Ceiie oeuvre, etablie il y aquaranU 
ans, a provoque depuis lors une moyenne de 80,000 commia 
nions par jour. Puisse-t-elle se developper encore, dit le rap 
portcur, contrebalancer les crimes des impies et appcler su 
la terre la misericorde divine. 

La s^nce se termine par la priere. 

II est dix heures trois quarts. 



L'EUCHARISTIE A EMMAUS 

par M. le Chanoine 6IRARD, de Peims. 



L'Eucharistie avail 616 institute au soir du Jeudi 
Saint. Quand, aprfes Ic repas de la Cfene, J^sus et ses 
disciples se levfercat pour aller au Jardin des Oliviers, 
il ne reslail rien du grand myslere qui vcnait de s'ac- 
complir, car le pain et le vin consacres par les paroles 
du divin Maitre avaient ei6 entierement consommes 
jusqu'a ia dernifere goutte et la demifere parcelle. 
Aucune consecration n'eut lieu le lendemain, qui fut 
le jour de la Passion et de la mort, ni le surlendemain, 
que J^sus passa entierement dans le tombeau. Le 
Iroisifeme jour se leva : ce fut le jour de la Resur- 
rectioD avec sagloire et ses splendeurs. Que ferale divin 
Ressuscitc ? Nous rendra-t-il TEucharistie avec son 
amour? Et s'il nous la rend, dans quel ^tat et sous 
quelle forme la reverrons-nous ? 

La question est aujourd'bui rdsolue , puisque nous 
avons la presence r^elle dans toutes nos ^glises ; mais 
alors elle se posait avec une certaine anxi^t^ dont il est 
bon de nous rendre compte, afm de mieux appr^cier le 
don que le Christ nous a fait par le renouvellement de 
rEucharistic apres sa Resurrection. 

I. — II y a, dit saint Thomas d*Aquin, une loi d'ordre 
providenliel qui regit TEucharistie, et cettc loi vcut que 
le Christ y soit produit dans I'^tat qu'il a actuellement en 
loi-m^me au moment ou les paroles cons^cratoires sont 
proQoncees. L'Eucharistie du C^nacle a produit le 



116 JEUm, 26 JUILLET 



rEucharistie ; « ils Tont reconnu a la fraction du 
pain(l). » 

\oi\k done rEucharistie qui, apres une inlcrruplion 
de trois jours, vient de reparaitre dans Ic monde ; el. 
encore une fois, ce n'est pas un Ap6lre, quoiqu'il en cut 
le droit, c'est le divin Ressuscit6 lui-meme qui prend ici 
I'initiative, ouvrant ainsi a son amour, et malgre sa 
gloire» une nouvelle et immense carriere. 

Rappelons-nous maintenant dans quelles circons- 
tances s'est faile la nouvelle consecration. 

Nous avons dit que TEucharistie doit suivre Petal du 
Christ et le reproduire tel qu'il est an moment ou sent 
proKrees les paroles de la consecration. Or, quelle 
consequence d'abord inesp6ree va decouler de ce prin- 
cipe ! Puisquc TEucharistie change d'etat avec le Christ, 
ne s'cnsuit-il pas que depuis la resurrection, elle doit 
conteliir et nous donner un Christ ressuscite, c'est a dire 
une humanite glorieuse, un corps et un sang radieux 
de splendeur, une ame dblouissante de sainlete, el, avec 
ce corps, ce sang et cette Amo, tout Tedat de la Divinile 
qui en est inseparable? Voila le Christ qu'il s'agissait 
d'introduire dans la nouvelle Eucharistie, et qui, de fait, 
s*y est dejk introduit lui-m6me pendant la cene 
d'Emmatts. 

Voila le Christ que, depuis cette date, T^lise pro- 
duit tons les jours et offre partout k nos adorations, in- 
visible cependant et cache sous le voile du sacremont. 

Mais pourquoi le Christ ressuscite nous cache-t-il ainsi 

(i) S. Luc XXIV, 13-35. La plupart des SS. P^res el des Theolo- 
giens onl vu dans le recit de saint Luc le renouvelleraent de 
I'Eucharistle. (Voir leurs noms dans Cornelius d Lapide, avec les 
preuves qui autorisenl cetle interpretation. Tome XVI, p. 278 et 
279 de r6dition Viv6s.) 



PRRMIERE SECTION — RAPPORTS 117 

jiagloire? Je conQois qu'il se soil derobi a noire vue 
dans i'Eucharistie du C^nacle ; elle^ qui ne conlenait 
4(u*uDe chair passible et mortelle, pouvait se irouver 
mieux sous un voile ^Iranger. Mais si Ton cache des 
iniseres et des infirmil6s, est-ce que Ton cache la gloire? 
Lagloire ne demande-t-elle pas k etre vue, a briller et 
a eclater aux yeux ? £st-ce qu'elle n'est pas, comme le 
<iit un saint Docteur, essentiellement compos^e de res- 
plendissement el de c6l6brit(^, clara cum laiide notitia? 
Pourquoi done nous en d^rober la vue, lorsqu'il serait si 
<loux et, cc semble, non moins profitable de la contem- 
l>ler? H^las ! que parlons-nous de contempler, c'est k 
«lire de regarder fixement et longuement, lorsque nous 
ne pourrions pas meme soutenir la plus rapide appa- 
rilion? Que fera J(§sus? Ne pouvant ^carter sa gloire, 
qui est inh^rente k son etat, il nous la donnera d'abord 
avec son corps et son sang qui en sont lout impr6gn6s ; 
rest le premier mouvement de son ca?ur ; et puis, pour 
nous la faire recevoir sans p6ril, il en cachera tout ce 
qui pourrait nous 6blouir, et le sacrement sera main- 
loDu dans la seconde comme dans la premiere Euclia- 
rislie... 

II. — Mais quel sacrement sera choisi a Emmaiis ? 11 y 
a Irois jours, nous avons vu le pain et le vin sur la table 
<lu C^nacle. Mais ce qui pouvait convenir pour Tdlat 
passible et morlel, sera-l-il adopte pour Tetat glorieux? 
II semble, a parler du moins solon les conjectures hu- 
maines, que les sacremenls doivent etre proporli€^nn6s 
auxelals, et que, pour abriler la gloire d'un ressuscite, 
V pain et le vin ne suffisant plus, il fallait recourir a des 
«*lemenls plus nobles et de nature superieure. Que le 
raonde apporle done k J6sus ce qu'il a de plus beau et 



118 JEUDI, 26 JUILLET 



de plus exquis, les rayons les plus lumineux de ses 
astres, les parfums les plus d61icats de ses fleurs, les 
couleurs les plus riches et les plus varices de ses cam- 
pagnes, les perles et les diamants les plus pr^cieux de 
ses Ir^sors ! En un mot, que le ciel, la terre et les 
oceans soient mis a contribution pour fournir les ele- 
ments qui soient les plus dignes d'entrer dans la compo- 
sition du nouveau sacrement ! , . . 

J6sus 6lait 6videmment le maitre d'exiger ce tribul 
de la creation; et d'ailleurs, n'avait-il pas, plus que 
nous, le sentiment de ce qui convenait a la gloire df» 
son nouvcl etat? II ne nous reste done qu'k approuver 
d'avance ou plut6t k adorer le parti auquel il s'cst ar- 
rSl6, el le choix qu*il a fait dans son amoureuse sagesse. 
Or, voici ce que nous en apprend TEvangile : 
« Pendant que J^sus 6tait k table, dit saint Luc, il 
pril du pain, le benit, le rompit et il le distribua aux 
deux disciples. » Voila done le pain qui reparait ici, 
corame au C6nacle, pour fetre le sacrement de la nou- 
velle Eucharistie, et, sans doute, avec la mfenie destina- 
tion. Or, quelle est la destination du pain, sinon de ser- 
vir d'aliment? Si cette destination, formellement expri- 
m6e au C^nacle, n'est pas rappel6e ici en termes expres, 
est-ce qn'elle n'est pas suffisamment indiquee par le.s 
gestes et les actions mentionn^es dans TEvangile : 
Accept't,,, benedixit,., (regit et porrigebat? Ce pain (ju<' 
J6sus a pris enlre ses mains, il Ta b6ni d'abord, c'esl ;i 
dire il Ta consacr6 et transsubstanti^ en son corps glo- 
rieaix, en repelant sans doule les paroles du Cenaclo : 
« Ceci est mon corps », et puis, il Ta presentc a ses 
convives, en ajoutant vraisemblablement les paroles au 
gesle el en disant ce que Ton dit quand on offre du 
pain : Prenez et mangez. 



PREMIERB SECTION — RAPPORTS 119 

II Skagit done toujours, dans les intentions de J^sus- 
Christ, dune nourriture dent nous devons prendre notre 
part; et ainsi, sa gloire, il nous la donne, non pas 
comme un present qu*il depose dans notre main, noi> 
pas comme une couronne dont il pare notre front, mais 
comme un aliment que nous devons nous assimiler par 
la manducation, et qui, une fois assimil^, ne fera plus 
quun avec nous. Qu'y a-t-il, en effet, de plus uni 
avec nous que la nourriture que nous prenons ! Que 
devient-elle une fois introduite dans notre org'anisme? 
« Elle p^nMre jusqu'au plus intime de notre substance; 
elle devient notre sang, notre chair et nos os ; elle se 
Iransforme en ce cerveau avec lequel nous pensons, en 
ce coBur avec lequel nous aimons ; en un mot, elle 
s identiKe, elle ne fait qu*une seule et memo chose avec 
nous (1). 

Eh bien ! c'est de cette manifere qu'agit en nous la 
gloire de J6sus-Christ. Encore une fois, nous ne Tavons 
pas simplement prfes de nous pour Tadmirer comme uu 
joyau pr^cieux ou comme un beau spectacle ; nous Ta- 
vons en nous, telle qu'elle est sous le voile du sacre- 
ment, vivante, toujours prete k Taction, et, de fait, con- 
linuellement agissante. Or, quelle est cetlc action de la 
gloire, et que peut-elle faire eti nous, une fois que nous 
I'avons regue, sinon, comme le veut sa nature, produire 
dans notre ^me le plus ardent amour, et, pour emprun- 
lerle langage des saints, y allumer « Tincendie de Ta- 
mour! » "" 

Cette gloire du Christ, on effet, qui nous alarmait lout a 
rheure, parce que nous la r^putions semblable a ioutes 
lesaulres gloires ; parce qu'clle nous semblait belle, sans 

(1) P.Tesni^re. 



120 JCUDI, 26 JUILLET 



doute, mais belle comme le marbre qui ne frissonn^ 
d'aucune Amotion ou comme la lumiere qui 6claire san& 
6cliauffer ; parce que nous la croyions sans cceur et sans 
entrailles^ eprise d*elle seule et ne se souciant que de 
son 6clal ; cetle gloire du Christ ressuscit^, quVst-elle 
done au fond? Au fond, cetle gloire, c'est le degv6 le 
plus 6lev6 de Tamour, c'est Tamour port6 a sa plus 
haute puissance et exalte par un divin enthousiasme au 
dela m^me de la plus ardente passion. 

II y a, en effel, une gradation, une sublime gradation 
dans Tamour. 

11 y a Tamour dans Tordre de la nature ; c'est a cet 
ordre qu'appartiennent nos amities et nos affections ; 
et qui ne sait le peu qu'il faut en penser? Et combien 
elles sont ^Iroiles, exclusives, (igoistes, memo jusque 
dans le d^vouement ! 

II y a Tamour dans I'ordre de la grAce ; et quand 
saint Paul en parle, il dit : La charitd de Dieu, charitas 
Dei^ c'est k dire Tamour qui est en Dieu et qui fait 
baltre sou cceur nous a ^16 communique par le Saint- 
Esprit et s'cst r^pandu a largos flols dans nos times, 
diffusa est in cordibus iioslris (1) ; et nos Ames, ainsi 
dilatees et animees par Tesprit de Dieu, se sont ou- 
verles a de nouvelles affections, plus pures, plus elev6es 
et plus ardcntes que cellos de Tordre naturel. 

Est-ce lout? Acelle hauteur on nous sommes arrives, 
touclions-nous au lorme des ascensions de Tamour ? 
Non, il y a encore un degre k franchir ; la grtlce n'est 
que le germe et le premier Element d'un ordre et d'un 
etat superiour qui est la gloire. 

L'amour dans la gloire, Tamour embrasd et en quel- 

{{) Joan, iv, 6. 




PREMIERE SECTION — RAPPORTS 121 



que sorte 6lectris^ par la gloire, voilk ramour id&al, 
lamour parfait et consomai6. Eh bien ! celle gloire, 
cet amour sup^rieur et transcendantal est dans le 
Christ ressuscit^, el du Christ il s'est 6could en nous 
soas le voile du pain et du vin sacramentels. Quand 
nous le voulons, nous en sommes rassasi^s et enivrds ; 
il embrase notre &me, il fait battre notre coeur, il 
gonile notre poitrine d*^motions jusqu'alors inconnues; 
et, sous le coup de ces lumiferes et de ces ardeurs 
surnaturelles et presque divines, i^ous comprenons 
enfin le mystfere qui tout k Theure nous lourmentait. 
Puisque nous^ mis^rables et p6cbeurs que nous som- 
mes, nous ressentons parfois dans nos communions des 
ferveurs et des 6lans dont nous savons n'^tre pas natu- 
rellement capables, de ces ofFets nous concluons a la 
cause et nous disons avec TApdtre : credimiis chari- 
tati. Nous croyons a Tamour de J6sus- Christ, aprfes 
comme avant sa glorification ; nous croyons qu*il a pu 
se d^vouer pour nous, qu'il a pu mourir, qu'il a pu 
inventor et r^aliser ce mystfere qui s'appelle TEucha- 
rislie ; nous croyons qu*il a pu se renouveler, m&me 
apres sa resurrection et s'y introduire pour toujours 
dans son ^tat glorieux ; nous croyons qu'il a pu se 
hvrer et se donner ainsi, non seulement dans sa vie, 
non seulement dans sa mort, mais encore dans sa 
gloire ; el, le croyanl, cette foi nous Iransportc, el nous 
ne pouvons pas nous retenir de Tannoncer au monde. 
Nod ! ce n'est plus seulement la mort du Christ que, 
selon la recommandation de saint Paul, nous annon- 
Qons dans TEucharistie , mortem Domini rmnnnlia- 
bitis \{) ; c*est aussi et c'est surtout sa gloire. 

(i; I CoH., XI, 26. 



122 JEUDI, 26 JUILLET 

£coutez done, 6 bommes de tous les pays et de lous 
les 4ges ! Yous avez entendu, dans la personne des 
bergers de Bethl^em, les anges nous annoncer comme 
une grande joie, la naissance de Jesus. Eb bien ! je 
yous annonce une joie plus grande. Dans r£ucbaristie, 
YOUS trouverez la mort qui vous a sauv^s ; dans TEu- 
cbaristie, vous trouverez la gloire qui vous a aim6s, 
jusqu'a se faire le breuvage et Taliment de vos ^mes I 



tlUDL SUR L'AUTEL 

par M. TAbbd LANDRIEUX, Ghanoine honoraire de Reims, 
Secretaire parliculier de Son Eminence le Cardinal Lang^nieux. 



Eminencics, 

Messeigneurs, 

Messieurs, 

L'^glise est faile pour le culte, Tautel pour le sacri- 
fice. L'aulel est done la partie principale de F^glise ; il 
♦'Q est le centre, il en est T^me. Plac4 bien en vue dans 
le sanctuaire, plus 61ev^ que les nefs, d*ou son nom, 
fillare, antel, alia res, chose 61ev6e, il frappe les regards, 
('tonle salue quand on entre dans la maison de Dieu. 

Laulel est toujours consacr^ tres solennellement par 
I'fiveque, et saint Thomas en donne cette raison : 
' Toulc la partie c6r6moniale du culte a pour but d'ins- 
. pircr aux hommes le respect de la Divinite. 

(' Nous ne r6v6rons pas d'ordinaire les choses de la 
« vie couranle, les objets communs dont nous nous 
" servons tous les jours, voilk pourquoi TEglise a mis 

• a part et marqu^ d'un signe sacr6 les hommes et les 

• choses qui servent directement au Divin Sacrifice, 
Tautel par consequent. » 

Le culte mosa'ique n'avait qu'un temple et qu*uB 
autel a Jerusalem. Dieu Tavait ^tabli ainsi pour graver 
dune faQon plus sensible le dogme du monoth^isaH* 
ilans Tesprit de son peuple et pour le pr^munir contr* 
I'idol^trie. D'ailleurs , les sacrifices de Tancienne j • 
n ayant guere qu'une valeur figurative, il suffisait qnl*- 
fussent offcrls en un seul lieu. Les synagogues, 



124 JRUDI, 26 JUILLET 



pli^es commo Ic sonl aujourd'hui nos ^glises, n'^taient 
destinies qu'a la prifere el h Tenseignement de la 
doctrine ; elles ne comportaient ni autel, ni sacrifices. 
Dans laLoi nouvclle, le sacrifice eucharistique est une 
r6alil6 d'une valenr intrinsfeque infinie ; le r6p6ter et le 
multiplier, c'est ajouter a la louange, k Texpiation, k la 
priere de Tlfiglise, el, par consequent, k la gloire de 
Dieu. Voilk pourquoi, chez nous, il n'y a point de tenapio 
calholique sans Taulel du sacrifice. 

La Table de la sainte Gene fut le premier autel eucha- 
risliquc. Elle est conservee et v6n6r6e dans la basiliquo 
de Saint-Jean de Latran, k Rome. 

Elle etait de bois; elle n'avait rien de special. Notre- 
Seigneur avail emprunte la maison de Joseph d'Arima- 
thie et sa table k manger pour cette premiere messe. 
comme pour la seconde, la maison et la table a manger 
de Cleophas a Emmalis. Les ap6tres n'eurent point sous 
la main d'autres aulels. Celui de saint Pierre, que Ton 
conserve dgalement a Saint-Jean de Latran est une 
simple table de bois (1). 

Jusqu'au vi° siecle, il ne parait point qu*il y eut des 
prescriptions formelles sur la matiere donl devaient 
etre fails les autels. On en voit en bois, en pierre, en 
divers m^taux; il y en cut d'ur et d'argent. 

Mais a parlir du vi' siecle, la pierre est do rigueur. 
En voici la raison. De meme que Toglise materielle, 
Tedifice, represente TEgliso spirituelle, le corps mystique 
de Jesus-Christ, ainsi raulel, dans Teglise, represente le 
Christ. Or, saint Paul, appliquant a Notre-Seigneur le 

(1) Un fragment de cet iiulel est veiiere dans I'egliso de Sainte- 
Pudenlieiiiie, a Rome, litre cardinalice de Son Em. le cai*dinal 
Lecot, arcbev^que de Bordeaux. 




PREMIERE SECTION — RAPPORTS 125 

miracle de Moisc au desert lorsqu*il fil jaillir du rocher 
uae eau vive pour sauver le pouple qui mourait de soif, 
saint Paul dit : « Petra autem erat Christus, Celte pierre 
etait la figure du Christ. )> 

Uno autre raison, c'est encore que le symbolisme chr6- 
lien s'inspire de Fhistoire et de la foi. Le Christ detach6 
de la croi^ ne fut-il pas depos^ dans un s6pulcre de 
pierre? 

Des le d^but on c616bra les saints myslferes sur le 
tombeau des martyrs, ou bien on se procura de leurs 
reliques pour les placer sous Tautel. 

Le marlyre est un acte de charity parfaite, uno 
cBuvre de supreme perfection, et Tfiglise, plantee dans 
le sang du Christ, a grandi dans le sang des martyrs. 
Ceux qui mouraient ainsi pour la foi ^taient en m^me 
temps rhonneur et le soutien de Tfiglise naissante ; ils 
etaient de leur vivant Tobjet de la v6n6ration des 
fideles, et, leur signature, leur intercession, obtenaient 
a\ix p^cheurs la remise canonique de la penitence pu- 
blique. C'est I'origine des indulgences. II faut se re- 
porler en ces temps li^roTques des persecutions pour 
comprendre Tattraction que pouvaient exercer dans une 
chretient6 les restes de ses martyrs, et pour concevoir 
quelles saintes Energies, quelles graces de lumiere 
venaient puiser sur leurs tombeaux ceux qui demain 
allaient les suivre dans Farfene, pour donner comme 
eux, k J^sus-Christ, le t6moignage du sang. D'ailleurs, 
les catacombes etaient h la fois des cimetieres et des 
eglises. La seule presence d^uo corps saint sanctifiait 
le lieu ; et c'est la force m^me des choses, qui fit 
placer, pour la calibration des Mystferes, la table de 
Taulei sur la tombe des martyrs. 



126 JEUDI, 26 JUILLET 



Saint Jean, dans son Apocalypse, n'avait-il pas vu 
les ^mes dc ceux qui ont 6te tues en haine de la foi, 
placeessous Tautel oil le Divin Agneau, comme immol^, 
etait elendu. Vidi suhlus allare animus inter fee tor um 
propter verbum Dei, (Apoc. vi, 9.) 

N'esl-ce pas juste alors, si leurs Ames reposent sous 
Taulel dans TEglise iriomphante , que dans T^g-lise 
mililantc leurs corps dorment aussi sous Tautel ? 

Get usage remonte a Torigine du Christianisme ; 
mais, des le ni' siecle, la loi est formelle — je ne con- 
nais pas d'aulre exception que la dispense accord^e 
par Pie VI aux prelres franqais pendant la Revolution 
— la loi est formelle : pas d'autel calholique sans re- 
liques de martyrs. Et le pretre, quand il monte a 
Taulel, le baise en demandant pardon a Dieu de ses 
propres pech6s par Tinlcrcession des martyrs, « quo- 
rum reliquiw hie sunt, dont les reliquos sont ioi. » Elles 
sont deposees dans une petite cavite qui sappelle le 
tombeau, creusee dans la picrre el scellee du sceau de 
I'Lveque, de sorte que Ton pent dire que Tautel est 
toujours une tombe de martyrs. 

On distingue Tautel fixe et I'autel mobile. 

L'aulel mobile est tout petit, c'est co que nous ap- 
pelons generalement la pierre d'autel, la pierre sacr6e 
que les fideles vont baiser au vendredi saint quand 
les aulels sont d^pouilles, el sur laquelle est offert en 
realile le sacrifice. C'est cetle pierre que le mission- 
naire emporte pour celebrer liors des eglises dans ses 
courses aposloliques. La table qui la supporte et dans 
laquelle die est encastree pent elre alors de n'imporle 
quelle matiere : ce n'est i)as « I'autel », bien que nous 
lui donnions improprement ce nom. 



PREMIERE SECTION — RAPPORTS 127 

L autel mobile se compose doac^ pour parler comme 
tout le moode, do deux parties : la pierre sacr^e pro- 
prement dile, qui s'enleve a volont^, et le corps de 
Taulel, la table, le meuble, qui peut gtre parfaite- 
meat rive au sol ou k la muraille de l*eglise. Le qua- 
lificatif tombe sur la pierre sacree et non pas sur 
ce meuble. La plupart des autels soul des aulels mo- 
biles. 

L^autel fixe, au coolraire, est tout d\ine pifece en 
pierre, necessairement ; il n'y a pas une table d'aulel et 
puis UDC pierre sacr6e, c'est la table m^me tout d'ua 
bloc qui est la pierre sacr6e. II doit reposer sur la terre 
(erme et non pas sur ua sol mouvant ni sur des subs- 
tructions quelconques. L'autel fixe n'est erigd que dans 
les eglises qui doivent 6tre consacrees. 

Les autels fixes sont consacr^s, sur place (Svidemment, 
par r^vfeque, et ordinaircment en meme temps que 
leglise, mais par une c6r6raonie particulierc. 

Quant aux autels mobiles, aux pierres d*autels, Tl^- 
^equc les consacre n'importe ou, en grand nombre, 
t>t lis trouvent leur emploi a mesi^re que le besoin des 
eglises s*en fait sentir. 

Dans certaiues liturgies orientales, chez les Grecs et 
les Arm^niens, outre Tautel principal, il y a un autel 
secondaire appel6 prothese, qui se trouve plac6 du c6t6 
<le r^vangile et sur lequel on dispose, avec les vases 
sacres et leurs accessoires, le pain el le vin pour le sa- 
iTifice. C'est a ce petit autel, dit de la prepai^alion, que 
se font les ceremonies du commencement de la messe. 
Vers le moment de Toffertoire, apres des encensements 
multiplies a Taulel principal, aprfes de iongues et so- 
leunelles priercs que le c616brant chante alternativement 
avecle chccur, les vases sacris, la patene avec Thoslie, 



128 JKUDI, 2{) JUILLET 



le calice avec le vin, sont apporles processlonnellement 
k Tautcl proprement dil. 

Dans la liturgie grecque, notre pierre sacr^e est sou- 
vent remplacep par une sorte de corporal que TEvftque 
a consacre avec Ic Saint-Chreme, et alors les reliques 
des saints sont fixees k Tun des coins par de la cire. 
D'apres certains auteurs, ces antimensia — c'est Ic 
nom que Ton donne a ces tinges sacr^s qui constituent 
parfois tout I'autel, — ces antimensia n*auraient reQii 
leur consecration parfaite qu^apres avoir servi sept fois 
k Toblalion du Saint Sacrifice. 

Jadis, ii n'y avait dans nos eglises latines qu'un seul 
autel. 11 en est encore ainsi en Orient, ou Ton ne c6- 
Ifebre dans la meme eglisc qu'une seule.messe par jour, 
au maitre autel seulement. 

Au vi*' siecle on commenQa a multiplier les autels, et 
on dislingua.parmi tons les autres Yalfare majus, le 
grand autel, le maitre autel, toujours isol6 au milieu du 
sanctuaire. L'espace libre par derrifere, jusqu'k Tabside, 
6tait reserve aux pretres et s'appelait presbyterium. 
C*est de ce cote que le celebrant abordait Tautel ; il se 
Irouvait tout uatureilement entour6 du clerg6 et faisait 
face au peu[)le sans avoir besoin de se retourner pour 
lui adresser le Pax vobis el le Dominus vobiscion. 

L^autel alors elait bien degag^ ; il n'y avait dessus ni 
retable, ni tabernacle, et les fideles pouvaient suivre des 
yeux toutcs les ceremonies. 

C^est encore ainsi que sont disposes les autels majeurs 
dans les basiiiques romaines, a Saint-Pierre, a Saint- 
Jean de Latran, a Saint-Paul hors les Murs, k Saint- 
Laurent, a Sainte-Cecile. lis sont construits sur le tom- 
beau meme du martyr, sur la Confession, comme on dit, 



PREIMIKRi!: SECTION — RAPPORTS 129 

el le baldaquin qui les surmonte, supports par quatre 
colonnes, repr6sente bion rancien ciborium, sorte de 
ddme ou de pavilion d'ou pendait au-dessus de Faulel, 
suspendu k une clialno, le vase sacr6, en forme de 
colombe souvent, qui contenait la sainte Eucliarislie en 
reserve pour les malades. 

Quandj^lus tard le tabernacle remplaqa le ciboriumy 
ilfallut modifier la disposition des choses, car le taber- 
nacle sur Fautel aurait cache le pr^tre a toute Tassis- 
lance. On recula done Tautel jusqu'a I'abside et le 
pmbyterittm; le clerge, le chceur avecle celebrant passa 
eaavant, du mfeme c6t^ que le peuple. Le c61(^brant se 
relrouva bien en vue de rasscrablee, mais il lui tourna 
le dos. 

Dans certaines 6glises, on n'a pas fait cctte modifica- 
tion; on a adopts rctablo ot tabernacle, mais I'autel n'a 
pas ele recul6, le celebrant a pass6 en avant, mais le 
clergc^est rest6 par dorriere, a Tabside, rQl6gu6 dans le 
pmbyteriwn qui n*est plus comme auparavant, puisqu'il 
est masque par le tabernacle, la place d'honneur dans 
lediso.X'est une anomalic que Ton dcvrait bion 6viter, 
aumoins dans les constructions nouvelles. 

Je n'ai point a d^crire longuement le tabernacle 

moderne. C'est un coffre, uno armoire do ])iorro, de bois 

ou de metal, ornee avec (onto la magnilici'nco possible, 

Jont I'interieur, h dofaut dos riches garnitures dor ct 

dargent que la pi6te voudrait prodiguor (Mi I'honneur 

du Roi des Rois, doit ^trc pour le nioins garni de soie 

blanche, en souvenir de la tento, du pavilion qui tint 

heu de sanctuaire aux Hebreux dans le desert. 

II est exclusivement destine a consorvor la sainte 
Eucharistie, soit dans le ciboire pour la communion des 



130 JEUDI, 26 JUILLET 



fidfeles^ soil dans la custode pour rexpositlon du Sain^ 
Sacremenl. 

Je rappellcrai en passant, puisque je parle du taber* 
nacle, qu'il y eut dans la suite des sifecles ehr^tiens, 
Irois fagons dc conserver les saintes Espfeces. Primi- 
livemenl, on plaga la Reserve dans des niches ind6- 
pendantes de I'autel, creus^es dans la muraille ou dans 
les piliers de T^glise, et le vase qui la contenait, aussi 
pr6cieux que possible, avait commun^ment la forme 
d*une tour. 

Lc testament de saint Remy mentionne un Ciboriian 
d'or en forme de tour, qu'ii legue a T^glise de Reims. Oa 
croil que lo Calice dit de Saint-Remy^ qui est una des 
pifeees les plus remarquables de notre tr6sor, a (§t6 fabri* 
qu6 au xn' sibcle avec ce ciborium. 

Plus tard, a la place de ces niches, ce fut le grancS. 
ciborium en baldaquin, au-dossus de Tautel, dont j*a5 
parl6 plus Jiaut, qui portail la reserve suspendue dans 
une Colombo d'or. 

Enfm, nous avons le tabernacle actuel, qui repose h 
meme sur Tautcl. 

Dans les liturgies orientates, on a conserve generale- 
mcnt la riiclio distincte de Tautel et creusde dans le 
mur (le Tabsido. Le Saint Sacrement y est depos6, 
cnformc^ dans im petit coffret, d'or ou d'argent quand 
les ressourrcs lo pormeltont, quelquefois de hois lors- 
qucre^Hise est pauvre. Cependant Tusage du tabernacle 
commence a so repandre, surtout chez les catholiqucs. 

Trois nappes sont de rigueur sur Tautel, dont Tune 
au moiiis lc crjuvrc tr)ut enlior; les deux autres pouveat 
etre liniilros sonlomont a la pierre sacr^e. Celte cou- 
tunie est justifiee d'abord par une raison de convenance 



PREMIERE SECTION — RAPPORTS 131 

qui va de soi, par un motif de prudence, car si le 
pr^cieux sang venait k se repandrc, il serail plus facile 
de le recueillir sur ces linges que sur la pierre ou le 
bois de Tautcl; et enfin, par le symbolisrae lilurgique, 
qui voulait rappeler le Iriple linceul dont la tradition 
fail mention pour la sepulture du Sauveur. 

Pour ce qui est du luminaire de I'autel, je remar- 
querai seulement qu'il est de la plus haute antiquitc^ 
dans TEglise et qu'il a une autre odgine que la question 
d eclairage. On n'a jamais confondu dans TEglise Ics 
flambeaux destines k ^clairer le lieu de Tassemblec 
avec le luminaire lilurgiquo. Le cierge a aussi son 
symbolisme : il figure le Christ qui s'est presente Lui- 
meme comme la lumifere du monde : Ego sum lux nwn" 
di, II figure la foi qui 6claire notre vie chretienne, et 
nous disons bien : le flambeau de la foi. 11 nous parle 
du ciel, que nous appelons la lumifere ^ternelle Enfin, 
rillumination dans r6glise ajoute k la magnificence des 
c6r6monies, k la splendour du culte; elle est un signe 
de la joie spirituelle qui doit dilator le coBur des enfants 
de Dieu. 

Voila, non pas tout ce que Ton peut dire sur un 
pareil sujet, mais les notions 616mentaire8 qu'il importo 
de savoir. 

C'est un premier chapilre lout sec, comme un cata- 
logue, qui ne dit rien k I'Ame chr6tienne ou du moins 
peu de chose, et qui gagnerait a etre suivi d'un second 
oil la pi6le trouverait son aliment. II n'y a point de 
temps pour ce second chapitre. 

Et pourlant, il est bien difficile de penser a tout co 
qua fait I'Eglise, k lout ce qu'elle fait sous nos yeux 
pour disposer, orner, purifier, sanclifier les objels qui 



132 JKUOI, 20 JUILLGT 



louchent a rEucharistie,il est bien difficile de voir com- 
ment elle choisit la matifere, avec quelle minutie res- 
pcctueuse elle veille aux moindrcs details, le soin qu*elle 
apporle k la manipulation des saintes Espfeces, il est bien 
difficile de songer k tout cela sans faire sur soi-m^me 
quelque retour. Non seulement nous sommes les temples 
vivants consacr6s par le baptfeme au culte de Dieu, 
mais r^me chretienne est plus qu'un autel, plus qu'un 
labernacle ; elle a, avec le sang ct avec le corps 
de Jesus-Christ, d'autres rapports qu*un attouchement 
momcntan6 : elle s'en nourrit, c'est k dire qu'entre 
rile et lui il y a union plus inlime qu*enlre le feu et le 
fer embrase, Tunion meme, et mieux encore puisqu*elle 
s'operc sous Taction des Energies divines, Tunion m^me 
du pain que je mange avec ma chair et mon sang; au 
point que la vie de mon kme impr6gnde de la vie du 
(Mirist se confond avec elle ; il n'y a plus dans mon 6tre 
surnaturel deux vies, la sienne, et puis la mienne, 
mais une seule vie, la vie de Dieu en moi. 

Qu'importe alors que Tautel soit une pierre sainte 
rntre toutes les pierres, qu'il soit ciment6 avec la cendre 
des martyrs, qu'importe que les vases sacr6s soient de 
Tor le plus pur et qu'ils aient regu Tonction, si mon Ame 
n'cst pas plus sainte, si elle n'esl pas plus pure encore, 
plus apte a participer aux mysleres intimes d'une coni- 
iimnion cucharistique, si elle rcste commune et vulgaire, 
envahio et souillee par les clioses profanes? 

Sancta Sanctis! les choses sainles sont pour les saints. 
L'Ei;lise veille sur la ddcence de ses autels, le pretre est 
rrsponsable du dep6t qu'il conserve au labernacle. 

Mous seuls avons la clef de nos consciences, nous 
seuls repondons devant Dieu de toutes nos communions. 
i\iissions-nous n'y puiser jamais que ce que Tamour de 



PREMISE SECTION — RAPPORTS 



133 



Jesus-Christ Noire Seigneur y a voulu mellre pour 

nous : d*abord un principe d'^nergie surnaturelle pour 

les devoirs et Ics luttes de celte vie, « quimanducat me 

vivet propter me ! celui qui se nourrit de moi doit vivre 

pour moi ! » puis un gage de vie 6lernelle, « qui maiiducat 

meam camem vivei in seternvm ! celui qui se nourrit do 

ma chair, celui-l& aura la vie pour loute T^lernite ! » 



10 



QUELQUES MOYENS POUR FORMER LES ENFANTS A U Pl^ 

par M. I'abbd FOURRliRE, cur^ d'Oresmaux (Somme). 



L'oeuvre capitale des prctres employes au ministfere i 
des paroisses est Ic soin des enfants : du zfele avec^ 
leqiiel ils s'y appliqucronl ddpcnd en grande parties 
I'avenir de la religion et de la vSoci6le. Or, en quoi con — 
sisle Ic soin quo le pretre doit prendre des enfanls^ 
Consisle-t-il seulement a les inslruire des premier^" 
elements de la doctrine chrelienne, de manifere qu'il 
puissent r^pondre d'une faqon satisfaisante k Texame^a 
qui prec^de la premiere communion? Non, sans doul 
et ce serait une grande erreur de le croire. Non seul 
ment le prfetre doit s'appliquer a donner aux enfants la 
connaissanee de notre sainte religion, mais il doil 
encore, et surtout, s'efForcer, par tous les moyens possi- 
bles, de former Icur coeur k la pidt^. Je vais indiquer 
quelques moyens, tant g6n6raux que particuHers, qui 
pourront servir a obtenir ce r6sultat. 

I. — Moyens g6n6raux. — Pour agir cfficacemenl 
sur le ccDur des enfants, il est tout d'abord n^s- 
saire de s'occuper d'eux des VkgQ le plus tendre. Si le 
pretre attend, pour commencer a les i^struire de la 
religion, qu'ils aient atteint Vkge de huit ou neuf 
ans, il est deja trop tard. Leur coeur, au contact de la 
soci6t6 dans laquelle ils vivent, — soci6t6 domeslique, 
society de leurs camarades plus kg^s^ — a d6j& pris sa ', 
voie, et il est k craindre que tous les efforts du zble 




J 



PREMIERE SECTION — RAPPORTS 133 

sacerdotal n'^choucnt devanl de mauvaiscs habitudes 

deja enracin^es quand ces enfants arrivent an cal6- 

chisme. La necessit6 dent jc parle est d'autant plus 

grandc en France, que rinstruction religieuse des 

enfants, deja fort negligee dans les families, fait com- 

pl^tement d6faut dans les ^coles ofQcielles. 

Le principe de cette n^cessit^ 6tant 6tabli, il faut 
reconnaitrc que son application n'est pas toiijours 
facile. Disons d'abord qu'il y a, sous ce rapport, unc 
difference notable entre le catecbisnie des petils en- 
fants et le cat^cbisme pr6paratoire a la premiere 
communion. Ce dernier a un caractere obligatoire que 
napas le premier, ot les enfants qui le frequentont ne 
jHMirraiont y manquer babituellement sans s'rxposer k 
Hva exclus de la premiere communion. Le petit cate- 
rhisme, qui n'a point parlout cette sanction, resle sou- 
vent facullalif en ce qui concerne les enfants, et le pretre, 
pour les y attirer, ne pent faire appel qu\'i leur bonne 
volonte et a celle de leurs parents. (Vest dire qu'il doit 
recourir k toutes les industries que le zele pent lui ins- 
pirer, et les enfants des ecoles laiques doivent 6tre 
particuliferement Tobjet de son attention et de ses 
efforts. 

En eflfet, pour ce qui est des petits enfants qui fr6- 

quenlent les 6coles libres ou quelqnes 6coles commu- 

nales encore congr6ganistes, il est facile de les faire en- 

Foyer au catecbisnie par leurs mailres et mailresses. Mais 

dans la plupart des paroisses, je parle surtout des pa- 

roisses rurales, les petits enfants ne viendront pas au 

cat^chisme si le cur6 ou le vicaire ne va les cbercber au 

sortir de l'6cole. Or, en presence de cette situation, que 

doit faire le pr6tre pour travailler efficacement au salut 

des ftmes qui lui sont confines ? A-t-il le droit de res* 



136 JRUDI, 26 JUILLET 



ler Iranquillcmcnt chez lui, ot de laisser les tendres 
ngneaux du troupcau de Jesus-Clirist s'egarer et se 
perdrc, lorsqu'il lui serait si facile de les amener au 
bercail du diviu Pasteur, c'est a dire au calcchisme? 
Non, il n'en a pas le droit. C'est k lui que s'adrcssent 
CCS paroles de Notre-Seigneur : Al/ez aux brebis per- 
dues de la niaison d Israel (Malth., x, 6), ct ces autres 
de saint Paul : Malheur a mot, si je ne pr^che pas 
rEvangile ! (I Cor., ix, 16.) 

Qu'il aille done, ce pretre, press6 par la charity de 
Jcsus-CIirist, au-devant de ces chers enfants. S'il lui 
faut attcndre quelques instants a la porle de r6cole, 
qu'il se rappelle qu'il est Ic repr6sentant de Celui qui 
a dit : Me voici a la parte et je frappe, (Apoc, III, 20.) 
En face de cetle ecole laicisee, dont il ne lui est plu& 
permis de franchir le seuil, sa presence sera une pro- 
testation contre une loi criminelle, et sa persev6rance 
k venir occupcr cliaque semaiue ce poste de d^voue- 
ment lui attirera certainement Teslime et raffeclion de 
ses paroissiens. 

EnPin, les enfants sortenl de I'ecole. lis sont tout 
joycux de voir que M. le Cure s*est derange pour eux, 
et la bonl6 paternelle emprcinte sur son visage les 
encourage a venir apprendre a son ecole le chemin de 
la vie 6lcrnelle. 

On arrive a I'^glise. Le catecliiste veille a ce que les 
enfants fasscnt avec recucillcnient le signe de la croix, 
la genuflexion et la priere qui ouvre le cat^ehisme. 
Quand ils sont assis, il leur recommande d'ecouter 
attentivemcnt ce qu'il va leur dire. 

Mais que leur dira-l-il, et dans quelle forme leur 
parlera-t-il pour les instruire, les int6resser et les tou- 
cher ? G'est ici la grande difficult^ que renooQtre le 



PREMIERE SECTION — RAPPORTS 137 

catfechisle des pelits enfants . Au cat6chismc pr6pa- 
raloire a la premifere communion, le catechiste n'a qu'k 
faire rdciter aux enfants la legon qu*ils ont apprise, et 
cetle Icijon lui offre un theme tout naturel pour ses 
eiplications. Mais les pctits enfants, pour la plupart, 
ne savent pas lire ; et, quand ils sauraient lire, le 
catechisme, trop savant pour eux, ne dirait rien k leur 
esprit, encore moins k leur cceur. Que fera done le 
pretre pour donner le lait d'une doctrine simple et trfes 
il^mentaire a ces jeunes enfants, qui ne sauraient pro- 
filer du pain d^une doctrine plus solide, r6serv6e k des 
enfants de dix k douze ans ? 

Pour r^pondre a cette question, qu'il me soit permis 
de faire appel k ma propre experience. Pendant les 
premieres annees de mon ministfere, j'ai cherche par 
la r^Qexion les moyens de presenter la doctrine clir6- 
lienne aux pctits enfants d*une maniere proportionn6e 
k leur faible intelligence ; mais j*ai constat6 que je 
noblenais aucun r^sultat s(^rieux. Je pris lo parti de 
faire venir cliez moi ces enfants pendant la classe 
(alors les ecoles n'elaient pas encore laicis6es), el durant 
six ans, je passai chaque jour un temps assez consi- 
derable a leur expliquer les premiers elements do la 
religion, en ayant soin de noter les questions qui leur 
convenaient le mieux et les reponses qu'ils faisaienl a 
ces questions. Ce temps d'apprentissage 6coule, je don- 
Dai k Teglise plusieurs stances publiques de cat6chisme 
qui (irent grand plaisir aux parents et edifi^rent toule 
/a paroisse. Alors, je crus devoir publier mcs modestes 
explications, qui elaient moins les miennes que celles 
des enfants, et, en 1872, je fis paniitre la Metliode pour 
former les petits enfants a la connaissance et a I' amour 
de Dieti. Get opuscule, qui se vend dix centimes chez 



138 JEUDl, 26 JUILLET 



Redonnet, i Amiens, fiit approuv^ par Tautoril^ dio- 
c6saine et honor6 des suffrages de trente-trois 6v&ques. 

Un moyen Ires utile pour enseigiier la religion aux 
jeunes enfants est cclui que nous offrent les calechtsmes 
en images, Les images, en effet, font une grande im- 
pression sur Tenfant : elles saisissent k la fois ses sens, 
son intelligence et son cccur; elles permettent de faire 
comprendre en pen de temps, aux plus ignorants, les 
verites nccessaires au salut, et leur vue excite dans 
les Ames les sentiments les plus favorables au d6ve- 
loppemenl do la piete. 

Depnis quelques annees , plusieurs eatechisraes en 
images ont (He publics en France; il en est un sur lequel 
j'appclle tout particulieremont I'attention du Congres : 
c'est celui que publient en ce moment les Peres Augus- 
tins de TAssomplion. Cette ccuvre gigantesquc, qui 
comprend quatre-vingt-dix grandes chromolithogra- 
pliies, est la plus complete, la plus theologique et la. 
plus artistique de loutes cellos qui ont paru jusqu'& ce 
jour, et le catocliistc^ assoy. liouroux pour Tavoir possede 
un veritable tresor. 

Mais ici encore, il faut quo le catochiste s'applique, 
par un travail personnel, a liror de ce tr6sor les ri- 
cliesses qu'il renferme, et qu'il interprete les sujets qu'il 
a sous les yeux de maniere k instruire et a ^difier son 
jeunc auditoire. Ce travail, je I'ai entrepris dfes que j*ai 
eu enire les mains le catechisme en images, et lorsque, 
apres bien des tjUonnenionts, jo crus avoir fourni une 
explication, par domandes et par reponses, assez claire 
pour les enfants, je convoquai toute la paroisse a une 
seance de catocliismo oii lo maire et I'adjoint occupaient 
des places (I'lionneur. Vn enfant demandait des explica- 
tions a un autre qui, pour les lui donner, montrail avec 



PREMIERE SECTION — RAPPORTS 139 

uoe baguette les scenes qu'il avait k interpreter. Cetle 

seance, k laquelle prirent part prfes dc vingt enfants, fit 

une profonde et salutaire impression sur la nombreuse 

assistance. Quelque lemps supvhs (c^^lait en 1885), je fis 

donner au Congres des calholiques de Lille une seance 

semblable par les enfants d'une^ ^cole de la ville. 

Mer Hasley, archeveque de Cambrai, qui la pr^sidait, 

aprfes avoir entendu Texplication, faite par les enfants^ 

des dix-sept premiers tableaux du cat^chisme en images, 

daigna en exprimer sa satisfaction, et fit ressortir les 

avant^ges qu'offre ce cat6cliisme pour Tinstruction reli- 

?ieuse de Tenfance. 

Encourage par les bonnes paroles de Sa Grandeur, je 
pris la confiance d'offrir ma redaction aux P^res Augus- 
lins de TAssomplion, qui voulurent bien Taccepter, et 
lis Tont publi^e depuis, avcc Tapprobation de Son l^m. 
le cardinal Lang^nieux^ archevfeque de Reims. 

Je resumerai cette premiere parlie de mon travail en 
disaiit que les moyens g6neraux les plus propres, en ce 
qui concerne le caterhisle, a former les enfants k la 
piele sonl : 1<> De les amencr a frequenter le cat6chisme 
lies Tdge le plus tendre ; 2° De leur exposer la doctrine 
chreticnne dans un langage simple et familier ; 3^ De 
la leur rendre sensible par le catechisim^ en images. 

II. — Moyens particuliers. — Ces moyens sont : 
4* d*inculquer aux enfants les principales v^ril^s de la 
religion par quelques formules courtes et pratiques ; 
2* de les habituer k accomplir chaque jour quelques 
exercices de piete ; 3" de les initier k Tapostolat de la 
priere. 

1" Formules couries et pratiques, — L'intelligence 



140 JBUDI, 26 JUILLET 



des enfanls de cinq k six ans £tant fort born^e, il faut 
se contenter, pour commencer, de leur proposer les 
v6rit6s les plus el6mentaires , et les leur r^pSter k 
chaque cal6chisme, jusqu'k ce qu'ils en soient bien p^n^^ 
tr^s. On doit choisir pour chacune do ces v^rit^s 
quelques formules tr^s claires, qui soient tout k la fois 
une lumi^re pour Tesprit des enfants, un aliment pour 
leur coBur, et une direction pour leur volont^. 

Qu'il me soit permis de citer, k titre d'exemple, quel- 
ques formules extraites de la Methods dont j'ai parld 
plus haut : 

SUR LA FIN DE l'hOIIIIE. 

Qui est'Ce qui nous fait vivre ? 

G'est le bon Dieu. 

Pourquoi le bon Dieu a-t-il cr^^ les petits enfants ? 

Pour les faire aller dans le paradis. 

Que faut-il faire pour aller dans le paradis ? 

II faut bien aimer le bon Dieu. 

SUR DIEU. 

Ou est le bon Dieu ? 

Le bon Dieu est au del, sur la terre et en tons lieux. 
Dieu nest-il pas surtout dans noire coBur ? 
Qui, Dieu est dan« notre coeur quand nous Taimons bien. 
Dieu nous nime-t-il ? 

Qui, Dieu nous aime parce que nous sommes ses enfants. 
Si Dieu nous aime comme ses enfants^ que devons-nous faire a 
notre tour? 
Nous devons I'aimer comme notre p^re. 

SUR LES MYSTERES DE LA SAINTE TRINITE, DE L*IWCARNAT10N 

ET DE LA REDEMPTION. 

y a-t-il plusieurs Dieux ? 
Non, il n'y a qu'un seul Dieu. 



PREMIERE SECTION — RAPPORTS 141 



Combien y a-t-il de personnes en Dieu ? 

II y a Irois personnes en Dieu : le P^re, le Fils et le Sainl- 
Espril. 
lAqtielle de ces trois personnes s'est faite homme? 
C'est Dieu le Fils. 

Comment appelle-i-on le Fils de Dieu fait homme ? 
On Tappelle J6sus-Christ. 
Quels sont ceux que Jesus-Christ aimt le mieux ? 
Ce sont les petils enfanls. 
Sur quoi J^siiS' Christ cst-il mart? 
Jesus-Christ est mort sur la croix. 
Pourquoi Jesus-Christ est-il mort ? 
Jesus-Christ est mort pour nous faire aller dans le paradis. 



SUR l'eugharistie. 



Jestts-Christ n'est-ilpas dam Veglise? 

Qui, dans le saint tabernacle. 

Quand Jesus-Christ vient-il dans Veglise ? 

Pendant la Messe. 

A quel moment de la Messe ? 

Au moment de TEI^vation. 

Quand doil-on aller a la Messe ? 

\jes Dimanches el les Fdtes. 

Quedoit'On faire avant d'entrer dans son banc? 

On doit faire une genuflexion. 

A qui fait-on une genuflexion ? 

A Noire Seigneur J6sus-Christ. 



SUR LA TRES SALNTB VIERGE. 

Xy a-4'U pas quelqu'un qui a Hi priservi du piche origind ? 

Qui, cVst la Sainte Vierge Mario. 

pourquoi la Smnle Vierge a-t-elle etc prdserv^e du p^ch^ origincl ? 

Parcf* qu elle devait ^tre la M6re du Fils de Dieu. 

(Juiadit ii la Sainte Vierge qudle serait la M^re du Fils de Dieu? 

("est range Gabriel . . . 

bi Sainte Vierge nous aime-t-elle bicn ? 

Ouif parce que nous sommes ses enfants. 



142 JEUDI, 26 JUILLGT 



SLR LE PAPE. 

Qui est-co qui cnvoie fa ire le catcchisme aiir petits enfants? 

(i'ost Mons(?i^ii('ur I'Kvdque. 

Qui a envoy e Mon:ieiyneHr I'En^que? 

C'est Node Saint l*ere le Papo. 

Ou demewe le Pape? 

Le Pape derneure a Home, ville d'ltalie. 

Devona-iWKS aimer heanconp le Pape? 

Oui, parce (pi'il est le pere de iios dines. 



2° Pralifjues de pirle. — La pietc est un don de 
Dieu ; inais c\»st aussi une habitude qui, comrac toules 
los aiitres liabiludcs, doit so former par la r6p6tition 
des menies actes, ot ce sont ces acles qu'on appelle 
des pratiques de piete. Or, quelle methode doil suivra 
le cat^cliiste pour faire contracter aux enfants rhabi- 
lude des pratiques de piele? Celle methode ronferrae 
deux Glioses : le clioix des pratiques auxquellcs on 
doit liabituer les enfants, et la manifere de les y 
aoroulunKM*. 

a] Sans parler des pricTos dn matin et du soir, qui 
conipltuit [)arnii les actcs (\ssentiels de la vie clirelienne, 
j'indiquerai en pn^mier lieu la sanctification des princi- 
pales actions de la journee par quelque courte el 
fervente priere. C'est surtoul le riiveil que Tenfanl doit 
sanclifier en donnant son cirur a Dieu. 

Des la premiere fois qu'il assiste au cat^chisme, il 
est bon de lui sugj;(!;rer cette pratique, en lui recomman- 
danl de dire eliaque jour a son reveil : « Mon Dieu, jc 
vous donne mon cieur. » 

Ouire les prieres qui sont attach6es k des actions 
delerminees, il est des oraisons jaculatoires, que Pen- 
fant pourra reciter dans le cours de la journ6e, et qui 



PREMISE SECTION — RAPPORTS 143 

seront trfes proprcs k le sanctiPier, surtout celles qui 

s'adressent a Notre-Seigneur et a la Tres Sainte Vierge. 

Parmi les oraisons jaculatoiros qui s'adressent h Nolre- 

Seigncur, j'en signalerai une qui me parail particulierc- 

menl propre k d6velopper dans le cceur de renfaiit lo 

sentiment de la pi6t6 ; c'est celle-ci : « J6sus, je vous 

aime. » D'aprfes la th^ologie, Tenfant doit faire un acte 

d'amour de Dieu des le premier 6veil de sa raison. 

Or, la formule que j'indiquo offre, par sa simplicity, 
noiinioins que par son excellence, un moyen tres facile 
pour lui faire remplir ce devoir. Du reste, Notre Sei- 
gneur J6sus -Christ lui-raeme a consacre, dans une 
circonstance fort memorable, Timportance de cet acte 
de charity. Lorsqu'il a voulu conf6rer k saint Pierre le 
souverain pontificate il lui a fait repeter jusqu'a trois 
fois : « Seigneur, je vous aime. » 

Au nombre des oraisons jaculatoires qui s'adressent k 

la Tres Sainte Vierge, je me bornerai a signaler, 

comme convenant aux plus jeunes enfants, celle que 

Marie elle-memo nous a indiqueo dans sa celebro appa- 

riiion k une Sieur do charilo, en 1825 : « Marie, roiirue 

. sanspeche, priez pour nous qui avons recours a vous. » 

Celte priere, qui renferme un acte de foi a Tlmmacu- 

Me Conception et une pieuse invocation a Marie, est a 

la port^e de tons et pout ^tre r(5cit6e fr(5quemment par 

les enfants comme oraison jaculatoire. 

Parmi les autres pratiques propros a former les 
enfanis a la pietc, qu'il me suflise d'indiquer Tassistance 
a la sainte messe dans la semaine, la communion spiri- 
tuellc et plus tard la communion sacramciitelle, les 
visiles au Saint Sacrement, le (lliemin do la Croix, la 
devotion au Sacr6-CcBur de J6sus, la recitation du clia- 
pelet, Texamen de conscience. 



144 JEUDI, 26 JUILLET 



On peut ajouter h ces pratiques quelques pelils sacri- 
fices el mortificalions, commc de se priver d'un fruit, 
do baiser la lerre en esprit de penitence, de prier les 
bras en croix. 

b) Or, ces dilTerenles pratiques, quelle est la mSlhode 
a suivre pour en faire contracterrhabitudeaux enfants? 
Voici, sur ce point, quelques rfegles fondles sur la 
nature et sur Inexperience. 

Pour commcncer, il faut se borner k peu de pratiques. 
Une courle prifere au r^veil : « Mon Dieu, je vous donne 
mon coeur ; » Facte d'amour envers Notre-Seigiieur : 
« J6sus, je vous aime; » Tinvocation : « Marie, con- 
Que sans pech6, etc. » Voilk ce qui suffit g6n6ralement, 
comme praliques do pi^t6, pour des enfants de cinq k 
six ans. Mais il faut s'assurer, a chaque cat6chisme, que 
tons les savent et les r^citent ; il faut les engager k dire 
plusieurs fois le jour les pri^res ^ J^sus et k Marie. Pour 
les y exciter, il est bon do leur demander combien de 
fois ils les ont r^citeos chaque jour. De cette manifere, 
il s'etablira parmi oux une sorle d'emulation ; Texemple 
des plus fervents entrainera les plus titedes, et les 
parents qui comprenncnt Timportance de Teducation 
religieuse encourageront volontiers leurs enfants a 
marcher dans cette voie. 

A mesurc que los enfanls grandissent, il faut les en- 
gager a recilcr d'autres pri^res, qu'on a soin de leur 
bien apprendre. La Salutalion Ang6lique et le Chapelet 
(loivent vcnir en premiere ligne. 

Quand los enfants ont atteint I'Age de huit ans, et 
surlout quand ils se disposent a faire la premiere com- 
munion, il est bon de prendre note, ^ chaque cat^chisme, 
si la chose est possible, des pratiques de piet6 accom- 
plics par chacun d'eux. Si Ton peut obtenir qu*ils remet- 



PREMIERE SECTION — RAPPORTS 145 

teDl ua billet sur lequcl ils auront iascrit leurs bonnes 
opuvres, ce sera mieux encore. 

3* Aposfolai. — La vraie piel6 doit produire, comme 
son fruit naturel, le zMe de la gloire de Dieu et du salut 
des ^mes. C'est done un devoir pour le cal6chiste de 
la cultiver dans le occur des enfanls, de manifere h, lui 
faire prodnire ce precieux fruit par la pratique de Tapos- 
tolat, surtout de Tapostolat de la prifere. 

•Gel apostolat des enfanls par la priferc doit avoir pour 
premier objet le salut de leurs parents. Rien de plus 
facile, ce semble, que de leur inspirer le d6sir de revoir 
un jour leurs parents dans le ciel, pour n'cn etre plus 
jamais s^par^s. Ensuite, on leur fera comprendre que, 
quand on aime Jesus, on doit souliaiter qu'il soit ainie 
de lout le monde, qu'il rfegne dans les dcoles, que le 
Papc, son Vicaire sur la terre, oblienne de tous le res- 
pect et la souniission qui lui sont dus, que les p^cheurs 
se convertissent, etc. 

Quand on a ainsi excite le zfele des enfants en favour 
d'un objet particulier, on les engage k ofTrir k Dieu 
leurs priferes et autres bonnes oeuvres k cette intention. 

II est bon aussi de leur indiquer une courte prifere 
relative au m^me objet^ en les engageant a la reciter 
phisieurs fois le jour, pendant un temps d^termin^, par 
exemple pendant un mois. A(in de ne pas laisser refroi- 
dir leur ardeur, on note a chaque cat6chisme le nombrc 
(le fois que chacun d'cux a r6cil6 la prifere indiqu6e. 

M*appuyant sur les consid6ralions qui precedent, je 
soumets k Tapprobation du Congres ma conclusion : 

Le Congres, comiderant quHl est tres important pour 
favenir de la religion et de la sociite que les enfant$ 



146 JRUDI, 26 JUILLET 



soient foitnis de bontie heure a la piete, imet Its vceux 
suivanis : 

/• Que les pretres des paroisses, les parents, les 
mattres et mattresses d^icoles fassent en sorte que les en- 
fants friquentent le catichisnie des I'dge de cinq a six 
an.s; 

^ Que les catichistes se servent du catSchisme en 
images pour faire mieux comprendre aux enfants les 
enseignements de la religion; 

5° Qu'ils leur (absent contracter de bonne heure Vha- 
bitude d'accomplir chaque jour quelques pratiques de 
pi<*t4 convenables a leur f/ge ; 

4^ Qitils leur inspirent le zele du salut des fhnes, el 
les initient a Vapostolat en leur faisant offrir chaque 
jour a Dieu quelque priere ou quelque bonne cpuvre en 
faveur du prochain. 



APOSTOLAT DE LA PRI^RE OU LI6UE DU GEUR DE JfSUS 

A l'oCCASION DE SES NOCES d'oR 
par ie R. P. DEM ARTIAL, J^suite. 



Permcttez-moi d'emprunter ici les paroles que Notre 
Saint Pere le Rape daignait adresser k nos Ddligii^s, au 
iQomcnt oil se terminaient ses Noces d'or et oil com- 
nieDQaient celles de notre CEuvre : 

(( Vous repr^senlez, disait-il, une des Associations 
les plus chferes k Notre cceur, VApostolat de la PrUre, 
plaate nouvelle qui embellit et r^jouit si grandement 
aujourd'hui le parterre du divin Jardinier. Bion que nde 
r^cemment d'un humble germe, cetle plaate s'^lfeve 
d^ja k des proportions gigantesques, et son ombre bien- 
iaisante s'6tend sur tout le monde chr^tien, en groupant 
autour d*elle d'innombrables multitudes de fideles de 
diverses nations, unis tous ensemble dans une seule 
pens^e, dans une commune intention et dans une m&me 
pratique de pieux exercices et de yertus chr^tiennes. » 

Telles 6taient les paroles de Sa Saintet^, k Theure ou 
allait s'ouvrir, pour notre (Euvre, la cinquantifeme 
ann^e de son existence. Durant ces cinquante ann^es, 
« cet humble germe, » comme parle le Pape, s'est 
assimil^ 52,038 centres locaux, autour de chacun des- 
quels sc groupent en moyenne 400 Associ^s, ce qui 
nous donne en ce moment plus de 20 millions 800 mille 
Associ^s, r^pandus dans les cinq parlies du monde 
(20,815,200). 
Les 43 directions sup^rieures autour desquelles se 



148 JEUDI, 26 JUILLET 



r^parlissent ces 52,038 centres locaux se partagenl elles- 
mfemes ainsi : 16 en Europe, 4 en Asie, 4 en Oc^nie, 
2 en Afrique, 6 dans TAm^rique du Nord et 11 dans 
TAmdrique du Sud. 

Mais c^ que j'ai h4te de vous rappeler avant tout, 
Messieurs, c/est que ces 20 millions d'Associ6s vous 
apparliennent ; car celte Ligiie du Sacr^-Cceur, que 
nous nommons VApostolat de la Priere, est essentielle- 
ment une ceuvre eucharistique. 

En effet, TAposlolat se pr^sente k nous comma une 
Ligue g6n6reuse d'Ames que nous pouvons appeier in- 
diff6remment de Tun de ces trois noms : Ldgue du Cceur 
de J^sus, Ligue du zele, Ligue de la priere. Or, k ce 
triple point de vue, il est evident que Texlension de ce 
meme Apostolal doit emportcr le progres, et le progr&s 
proportionnel du cuUe de TEucIiaristie. 

1° UApostolat est la Ligue du Cceur de J^sus, mais la 
devotion au Cceur de J^sus n'attire-t-elle pas fortement 
et n6cessairement Tattention et la pi^t^ des Piddles vers 
la divine Eucharistie ? Le Coeur du bon Maitre n'est-il 
pas un des organes principaux, la parlie mSme la plus 
noble de ce Corps adorable^ qui est Tobjet propre du 
culle eucharistique ? Ne trouvons-nous pas en lui la 
source vivante du sang pr6cieux que notre foi v6nfere 
dans le calice du salut? 

D'ailleurs, qu'est-ce qui constitue dans noire (Euvre 
le l"degr6 de TApostolat, si ce n'est la consecration 
quolidienne de nos auvres, de nos priferes et de nos 
souffrances au CoRur tres aimable do Jtsus priant et s'im- 
molant pour nous dans la sainte Encharislie ? II y a done 
pour cliacun de nos Associ^s obligation morale de 
penser, au moins une fois par jour, a \d^ presence rSeile 
et au sacrifice mystique de J£sus-Chbist sur nos aatels« 



PREMIERE SECTIO.V — RAPPORTS 149 

2* L'Apostolat est la Ligue du zele, Mais le zele n'est 
que la flamme de Tamour. Et alors, pour allumer cette 
flamme au cceur de tous nos Associes, ou devrons-nous 
les conduire, sinon au sacrement de Tamour? 

3"* Enfin, si TApostolat est la Ligue de la priere^ le 
Coeur de itsxjs ne se manifeste-t-il pas k nous, dans le 
mystere de son Eucharistie, comme le type souverain, 
oomme lemodele accompli de ]a prifere selon Dieu ? C'est 
done du Cceur de J^scs, vivant au tabernacle pour inter- 
ceder en notre faveur, que I'Associ^ de TApostolat doit 
appreodre cette prifere vitale, cette prifere de tous les 
instants, laquelle — si Toffrande du matin est faite en 
(le bonnes conditions — change nos ceuvres les plus 
rommunes dans Tor tres pur de la charite. 

Est-ce a dire, Messieurs, que ces vingt millions d'asso- 
cies, enr6les dans TCEuvre toute eucharistique de VApos- 
folat de la Priere, sont tous de fervents catholiques ? 
Nous nous gardons bien de nous en flatter. Sans doute, 
tous les grands ordres religieux, et — sauf deux ou 
trois exceptions — toutes les principales Congregations 
religieuses de la sainte £glise ont accords a notre 
(Euvre, par dipl6mes authentiques, la pleine partici- 
pation a leurs prieres et bonnes ceuvres, et se sont, par 
la m^me, enrdl^s sous notre ^tendard. Mais, outre cette 
*^lite k laquelle il faut joindre des multitudes de 
cbreliens d^vou^s, nous admettons aussi dans nos rangs 
les moins fervents des catholiques, ceux meme qui ne 
font pas encore leurs Pdques, a la condition expresse, 
toutefois, qu'ils consentent a offrir, chaque matin, leur 
journee au Sacre-CoBur avec une tres courte priere. 

Qui, je le r6p^te, VApostolat appelle dans son sein 
uieme les chr^tiens les moins pratiquants, qui n'appar- 
lieonenl plus k T^glise que par leur foi ; une courte. 

11 



IKO JEUDI, 26 JtllLLET 



prifere, vocale ou mentale, voilk la seuJe chose qu'on 
exige : qu'ils s*acquitient bien de cette simple pratique, 
et le Divin Coeur r6compensera leur fid^litS, il leur 
donnera dc nouvelles graces, qui, en afifermissant leur 
courage, Ics amfeneront, par les divers Degrh de VApos- 
tolatj k raccomplissement complet de tous les devoirs 
du chrislianisme. 

Voilk precis6menl Tesprit de noire oeuvre : c'est le 
zele puise dans le cceur de J^sus, prenant le chr^lien au 
plus bas (legre ou il se Irouve et s'efiforQant de le faire 
monler, pen a peu, jusqu'k la communion friquente^ 
et morne quotidienne, olTerle en reparation au Divin 
CcDur. 

C'esl k cela qu'aboulit toute Torganisation de notre 
oeuvre ; or, lorsqu*un catholique, un homme surtout, en 
arrive a la communion frequente, et surtout quotidienne. 
il devienl capable de tous les dovouements, j'ose dire 
de tous les heroismes. 

Lu mot, ici, dc Tefficacili de cette organisation. Je 
Temprunte k un Rapport qui nous vient du Canada : 

« N'osl-il pas vrai — demande notre z^le Direcleur 
au Canada — que notre Ligtie du Sacre-Ca^ur de J^suf^ 
jouit d'une force tres grandc d' organisation, qui la 
maintioni solidemont dans une multitude de ces centres 
si nombreux, ou, sous toutes les latitudes des deux 
continents, il a ele regulierement 6tabli? Chaque centre 
local est sous la conduite d'un pretre directeur, aide 
d'un conseil compose des personnes les plus influentes 
et les plus zclees dc la paroisse. Ces personnes, qui se 
consacrcnt specialomcnt a la propagation de la sainle 
ligue, et, en general, de I'cjsprit chretien dans lalocalite, 
secondenl avec zelo le pretre directeur et centuplent 
ses forces pour le bieu. Aussi, I'esprit de prifere et de 



PREMIERE SECTION — RAPPORTS 161 

devotion p^nfetre-t-il admirablemenl dans toutes les 
families de la paroisse sous rimpulsion de Icur zfele, et 
sVmainlient-il, soutenu qu'il est par la visile mensuelle 
des z^lateurs et des z^latrices h leurs associ^s, et par la 
lecture organisf^e des Messagers dti Sacri-Coeur et des 
autres puMications p6riodiques de i'CEuvre. » 

Ainsi parte noire directeur canadien. Nous ferons 
remarquer que les Messagers dont il parle, ecrits en 
rflur-sf/)/ langues difiF6rentes, se dislribuent chaque mois 
a plus de 400,000 exemplaires, excitant chez leurs lec- 
leurs, dix fois plus nombreux, Tamour de la sainte 
Eucbarislie. 

Et quant a la r6alit6 des fruits obtenus, nolamment 
f n ce qui regarde les communions de plus en plus fri- 
quentes^ les pages des Messagers de toule langue — 
ajoute noire directeur canadien — prouvent abondam- 
raent la r6alit6 de ces fruils par des fails multiples et 
inconlestables. II y a quinze jours St peine, un de nos 
missionnaires nous 6crivait d'une paroisse rurale 
d'Ontario: « Nous venous de terminer un travail des 
4f plus consolants; nous sommes aujourd'hui a meme 
<• de constater les effets merveilleux de VApostolat de la 
« Priere et de la Ligue spfciale du Sacri-Cceur parmi 
<' les hommes. Quel changement dans cetle paroisse 
« depuis Janvier ! Hier, nous avions une communion 
« g6n(5rale de prfes de sept cents personnes, et la ma- 
« jeure partie des communiants 6taient des hommes. Le 
« nombre des communions a double et triple depuis 
« Janvier. » 

Vous parlerai-je maintenant, Messieurs, de nos ffetes 
jubilaires de celte aun6e? Un mot seulement de ce qui 
vient d' avoir lieu k Braga, en Portugal : 

« II est rare de voir de grandes solennit6s religieuses 



152 JEUDI, 26 JUILLRT 



en Portugal, pays qui souffre depuis soisante ans d'un 
malaise social el rcligieux auquel Tinflucnce her6tique, 
et surtout cclie de la franc-maQonneric, ne sent pas 
6traiigeres. 

« Or, DOS fetes jubilaires — 6crit notre direcleur 
sup6rieur — out etc sans contredit une trfes imposante 
manifestation religieuse. 

« 11 y avail cent mille pelerins. lis ont d6pos6 aux 
pieds de la Vierge immacul(^e les hommages que tout le 
Portugal olTrait, par leur iuterm^diaire, au Cceur sacr6 
de Jesus. La messe a etc celebr^e en plein air par M^ le 
Nonce. On voyait la, magnifiquemenl reprdsentiie, la 
premiere noblesse de Braga, Porto et Lisbonne. 

« L'enthousiasme etait indescriptible. On entendait 
retentir de lous cotes ces acclamations : 

« Vive J6sus notre Dieu, nol)*e Pere, notre Roi et notre 
Amour ! 

« Vive IWpostolat de la Priere, organe providentiel de 
r amour dii Verbe incarn'' ! Vive I'Apostolat de la Priere, 
yrand prevurseur da Ref/ne social du Sacre-CoeHr de 
J6sus ! )) 

« En meme temps s'elevaient de toutes parts les 
cris : 

« Vive L4on XIll ! Vive le Pape Roi ! 

« Tout s'est passi5 dans Tordre le plus parfait. C'est 
pour le Sacre-CcTur un magnifique triomplie. » 

PlutcM que ces triomphes exterieurs, — qui cependant 
sont propres a nous consoler — j'aimerais mieux vous 
dire, pour terminer, comment, dans la pauvre R6pu- 
blique d'llaiti, les Messieurs et les Dames du plus haul 
rang, dans un de nos centres, celui de Saint-Louis, 
viennent, au milieu d'une population voisine tout a fait 
d^sherilee du cote de la foi, de construire une cbapelle 



PREMIERE SECTION — RAPPORTS 153 

au Sacr^-CoBur, au prix des plus faligantes corvies, por- 
lanl eux-memes sous un soleil de feu et durant un tra- 
]et souvent renouvel6 de deux grandes heures, des 
planches, des madriers, des caisses, etc. 
El le r^dacteur du Btdletin d'HaUi, d'ajouler : 
« A ces fails, donl le r6cil esl biea p&le k c6l6 de la 
r^lit^, on pourrail en ajouler d'autres bien ^difianls. 
De toul cela que conclure? Ce qu'on a dil d6j&, mais 
qu'il faut loujours r6p6ter : Un cceur chr6lien ne pent 
rien refuser au CoBur de J^sus ; la d6volion au Sacr6- 
(kenr est le levier qui doil soulever le monde ! » 

Voilk pourquoi. Messieurs^ nous nous permellons de 
soumetlre au Congrtes eel humble vobu : 

Toutes les osuvres eucharistiques qui ne sont pas encore 
agrigies a la Ligue du Sacri^-Cobcr ou Apostolat de la 
Pri6re sont invitees a demander cette agrdgation, qui 
ne manquerapas d'attirersur elles les benedictions abonr 
dantes du dtvin Cceur. 



LA MESSE R£:PARATRICE 

Rappbrt envoys au Gongrt'is par le Directeur de TArchiconfr^rie 
caooniquement ^rig^e dans le sanctuaire de Sainte-Anne , 4 
Bonlieu, par Marsaniie vDrc^nle), au diocese de Valence. 



I. — Son origine. — En France, les oeuvres saintes 
et surloul les ceuvres do d^vouement et de redemptioa 
sont presque toutes dues aux prieres, aux sacrifices, 
k rinitiative de la femme. Sans parler de la reine 
Clotilde, de sainte Genevieve, de Jeanne et de Louise 
de France, de Marguerite de Savoie et de noire biea 
chfere Marguerite-Marie de Paray-le-Monial, voyez notre 
douce et magnaninie Jeanne d'Arc, vierge et bergfere, 
guerriere et venerable ^ qui semble se lever encore pour 
le salut de la patrie et i>our le couronnement du Roi, 
dont le nom: Jn^susI brillait sur T^tendard tlottant en 
ses mains virginales ! Comment ici, a Reims, ne pas 
dire ces choses ! 

La France, royaume do Marie, est aussi la terre oil 
la femme binie enfre toiifes les femmes se r^vfele aux 
petits, aux bergercs, aux humbles, et leur donne des 
messages de salul. La Salette, Lourdes, et leurs mil- 
lions de pterins et de miracul^s! Si la femme et Ten- 
fant sont a cause de « leur faiblesse (1) » les instruments 
inlelligents et dociles dont le Tout-Puissant se sert pour 
op^ror de grandes choses, ne soyons pas ^tonn^s de 
voir encore le Seigneur choisir dans notre belle patrie 
une femme, une pauvre et chdtive femme, Soeur RosCy 

(1) Infiima mundi eligit Deus. (1 Cor., I, 27.) 



PREMIERE SECTION — RAPPORTS ISS 

pour ^Ire l*insligatrice d'une oeuvre de salut, de r6- 
demplion et de resurrection. L'cBuvre sera grande ; Dieu 
va preparer celle qu'il a choisie pour Taccomplir, et 
il le fait de deux mauieres, par T humiliation et Tat- 
trait. 

Toute la vie de soeur Rose n'est qu'un enchainement 
lie souifrances, de misferes, d'humiliations. Enfant, 
jeune fille, epouse, mere, veuve et religieuse, elle no 
connut jamais Ics douceurs de la terre. Elle sut profitcr 
de ses epreuves pour acqu6rir Fhumilit^ que ie Seigneur 
chercbe d'abord dans toute ^me a quiii veut so commu- 
niquer. 

Avec riiumilite, il faut Tattrait vers les clioscs de 
Dieu : soeur Rose ne trouvait son bonheur que dans les 
exeroices de piet6 ; mais ou son gout Tentrainait avec 
plus de force et de charme, c'est k Tassistance k la 
sainle Messe. Dieu incline les pens6es de I'homme du 
c6te oil il veut les diriger. ScBur Rose ne trouvait son 
bonheur qu'k entendre la Messe ; aussi, Dieu lui donna 
linlelligence de ce divin sacrifice. Elle comprit, par une 
inspiration toute celeste, ce que la sainte Messe renferme 
(leglorieux pour la divinite et de salutaire pour notre 
ame ; elle vit aussi combien 6tait grand le crime de la 
majority des chr^liens qui d6sertent Teglise, qui aban- 
donnent la table sainte, qui ne sanctifient plus le jour du 
Seigneur, qui, par consequent, d^nient k Dieu la gloire 
qu'ils lui doivent procurer. Dieu a tout fait pour sa 
gloire, et la sainte Messe est ici-bas ce qu'il y a de plus 
glorieux pour lui, car la victime qui s'est immolee sur 
le Golgotha pour la gloire de Dieu et le salut des 
homines continue k s'offrir sur Tautel, pour glorifier 
Dieu et pour sauver les cbr6tiens. Comme le Gloria in 
excelsis Deo de Bethl6em se perpetue dans T^cho du 



1S6 JEUDI, 26 JUILLGT 



tabernacle, ainsi les interpellations k Dieu, du Calvaire 
se continuent sur Taulel. 

Mais le chant glorious que fait entendre rimmol6 de 
Tautel doit 6tre redit par tons les hommes. 

Le premier devoir de rhomme, devoir qui fait sa puis- 
sance et sagloire, se trouve daris ce premier commande- 
ment : 

Un seul Dieu tu adoreras et aimeras parfailement. 

Le grand acte d*adoralion, le seul veritable, c'est le 
saint sacrifice de la Messe : car alors Thomme n'adore 
pas seul. 11 prend entre ses mains, par le ministfere du 
prfelre,la divine Victime, et il Toffre k Dieu : T^glise Ta 
si bien compris qu'elle en a fa?t un moyen de sanctifier 
le jour du Seigneur, le Dimanche. 

Les Dimanches, raesse ouiras et les F^tes pareillement. 

Les hommes n'ont pas voulu comprendre ce devoir, 
et, par une criminelle apostasie, ils ont cesse de s'unir 
au sacrifice de raulol. C'est la la grande plaie de notre 
6poque, c'est la plus grande injure faite a la divinitd. 

Le Seigneur a d^voile a soeur Rose tout ce que son 
cceur souffrait de cette ingratitude des hommes et lui a 
inspire Tceuvrc de la Messe Reparatrice. Le but de cette 
Qiluvre, c'est la gloire de Dieu reparee par le sacrifice le 
'plus dirjne de produire cette reparation. Pour atteindre 
ce but, le moyen c'est d'entcndre une seconde messe les 
dimanches et jours de f4tes a fin de reparer la gloire de 
Dieu outragee par tant de malheureux Chretiens qui, par 
impi6t(^, par respect humain ou par indifference, violent 
cette loi essentielle du Christianisme, Tassistance k la 
messe les dimanches et jours de f^tes. Telle est Toeuvre 



PREMIERE SECTION — RAPPORTS 157 

que Dieu ainspir^e k soeur Rose ; CEUvre sublime^ que 
n aurait pas pu trouver une simple femme d6pourvue 
(l*inslruction, et qui, cependant, parle avee clarte des 
choses les plus ^levees, des plus grandes questions de 
la Iheologie, comme on peut le voir dans la vie de cette 
sainle ^me. Cette OBUvre benie appelle et r6unit chaque 
dimanche ses deux cent mi lie associ^s auiour du saint 
aulcl a une seconde messe , Messe reparatrice de la 
gloire de Dieu ! Cette oBuvre porle jusqu*au ciel le par- 
fum de nos sacrifices unis h celui de la grande victime 
et attire sur la terre I'effusion de la gr&ce et des complai- 
sances divines. 

Cette oBuvre vient de Dieu, son origine nous le 
montre ; ses progres vont encore nous Tapprendre. 



II. — Ses Progrfts. — Nous avons apport6 aujour- 
d'hui, pour la septi^me fois, le souvenir de la Messe 
Biparatrice au Congrfes eucharistique. Nous vous 
Tavons pr^sent^e jadis comme un petit grain de senev6, 
la plus petite de toutes les semences, dit le Sauveur. 
Cetait alors la plus humble des oeuvres en ses debuts, 
el aujourd*hui nous vous la montrons, apr^s sa crois- 
sance, comme un arbre dont les rameaux multiples 
s'eteude^t sur tons les elats, dans presque toutes les 
parties du moode, offrant aux oiseaux, c'est h dire 
aux &mes aptes k la louange divine et k la repara- 
tion, une retraite favorable a leurs d^sirs, un ombrage 
salutaire oii leurs chants frappent mieux Toreille de 
Vhomme et le coBur de Dieu. — Depuis surtout que 
notre petit grain d'autrefois, notre arbre maintenant, a 
aUeint la terre si feconde de Palestine, qu'il a pousse 
une racine vigoureuse au Liban, il semble vraiment 



158 JEUDi, 26 JUILLET 



prendre les proportions du Cedre. — Noire OBUvre 
comptc aujourd'kui, en cclle douzifeme ana^e de la 
mort de soeur Rose, cinq archiconfriries, un grand 
nombre de simples confr^ries, pres de denx cent mille 
associ6s. Plusieurs brochures imprim^es en diverse$ 
langues en vulg-arisent la pratique, et deux bulletins 
mensuels ou bi-mensuels en relatent les graces et les 
progres toujours croissants. 

Depuis le Congres de 1893, le developpement s'est 
accenlu6 particuli^rement dans les Pays-Bas, en Au- 
triche, en Espagne et dans les regions Orienlales. 

Pelerins de la penilonce, membres du Congres 
eucharislique, vous avez acclame I'cpuvrc de la Messe 
R&para trice en Terre-Sainte et proclame en face da 
monde calliolique, quo rceuvre ossentiellcment eucha- 
ristique, que la reparation par excellence, que le sacri- 
fice incomparable, quo la graude relique des Lieux. 
Saints, cVst la sainle Messe I 

Ce progres de notro oiuvre no vous paraitra pas 
extraordinaire quand vous saurez qu'il a ete predil k 
soeur Rose par Noire -Seigneur Lui-meme. « En ce 
jour, felo du Sacrc-Cauir, dil cette sainte A,me, je prolon- 
geais mon action de grAces jusqu'aux Vepres, et ce fut 
alors quo jc rogus quelquos lumiw'os touchant les condi- 
tions materielles do cello pratique. Et sans pouvoir 
comprondro parquels moyons celto oeuvre sorait connue, 
ot Qi\ quel temps Dieu pormettrait qu'elle devint popu- 
laire ot universalle^ je crus voir qu'elle deviendrail un 
jour ODUv re catholique el (ju'on y contribuerait par Tas- 
socialion. » 

Mais ou nous voudrions voir notre oeuvre prendre une 
exlension de plus en plus accentuee, c'est surtout dans 
les paroisses ; car, rexpericnce nous Ta ddji monlr^, 



PREMIERE SECTION — • RAPPORTS 159 

^ I 

dans toutes les paroisses ou la Messe Rdpnratrice a 6t^ 
Aablie, la pi^te a pris un essor nouveau. 

La paroisse est une miniature de T^glise. L'^glise a 
regu mission de baptiser toutes les generations, de pr^- 
cher rfivangile jusqu'aux limites de la terre, de mar- 
quer par se5 lois comment il faut observer les comman- 
dements divins, de lier et de delier ici-bas et an ciel, 
de nous donner enfm et de faire vivre en nous Jesus 
Christ par sa grice, par ses sacrements et surloul par 
TEucharistie. Mais Tunivers est immense, le nombre 
des hommes est incalculable ! Pour que nul lieu 
n'echappe k Taction de I'Eglise, pour que nul homme 
ne soit priv6 des bienfaits de Dieu, TEglise parlage 
les pa/s fideles en tres petites divisions; elle y met 
un de ses ministres, pour veiller avec un soin cons- 
tant sur cette portion du champ du Pere de famille 
el paitre ce petit troupeau. Le cure, lui aussi, con- 
naitra tons ceux de son bercail, ronduira les forts aux 
gras p4turages et sera toujours pret k rapporter sur 
ses ^paules Tagneau trop faible ou la brebis egar^e. 
La paroisse est done une image de TEglise univer- 
sella. Dans les centres plus ou moins grands, la com- 
modile, ou une devotion particuliere, pourra mener 
les fideles ailleurs qu'k la paroisse toutes les fois qu'il 
nV a pas une obligation stricte des sacremenls a rece- 
voir et d'actes k enregistrer. Mais en dehors des villes, 
la paroisse est seule offerte aux chreticns pour leur don- 
ner et leur conserver la vie surnaturelle. Lii, sans 
parler de quelques rares confessions et (Tautres actes 
plus rares encore, la vie se concentre dans la messe 
quotidienne et dans les offices du dimanche. Or, voyez : 
les jours de semaine le pauvre cur6 celebre presque 
seul ; les jours du Seigneur, dimanches et ffetes, il 



160 JEUDI, 26 JUILLET 



s'altriste des places resides inoccup6es dans son 6glise, 
il g^mit dc voir moins frequent^e une mcsse, la plus 
solennelle souvent, s'il y en a deux ou trois. 

Ces vidcs, la Mosse r6paratrice va, sinon les combler, 
tout au moins en dissimuler le scandale et la douleur 
aux yeux des paroissiens et du pasieur. Un mauvais. 
clir6tien ne vient pas, une (irae pieuse reviendra pour 
tenir sa place et procurer a Dieu autant de gloire que 
lui en ravit celui qui manque a son devoir. Par son 
assistance r6it6r6e k la saintc messe, quand cetle per- 
sonne s'attache de plus en plus au saint sacrifice, ello 
reviendra la semaine grossir la petite assistance, soil 
par devotion, soit pour satisfairekTengagement, qu'elle 
n'a pu remplir le dimanche, de remplacer quelqu'un. 

Tel est le puissant moyen de ressusciter la pi6t6 tians 
les paroisses et d'y attirer les graces de Dieu : Tocuvre 
de la Messe reparatrice. Enfants de la France, nous 
nous r^jouissons de voir cette nouvelle fleur eucharis- 
tique croilre dans noire cherc patrie, car s'il n'est pas 
de pays ou le jour du Seigneur ait 6t6 plus profan6 que 
dans le n6tre, ne faliait-il pas que notre France bien 
aim6e IrouvAt en elle-mc^me, et comme de sa propre 
substance, un moyen de reparation vraiment victorieux? 
Elle n'a pas eu besoin de I'emprunter a une terro 6tran- 
g^re, son coeur assez riche de foi et d'amour Ta decou- 
vert. Ce moyen f6cond et efficace, approuve du ciel et 
accopte de Dieu, ce moyen 6minemment catholique el 
frauQais par lequel le Christ R6dempteur de Thomme el 
R6paraleiir de la gloire du Pfere c6leste, remonte en 
quelque sorle sur le tr6ne d ou, « inter pellant sans 
cesse, » il r^pare tous nos crimes, ce moyen, ce salul, 
c'est « la Messe Reparatrice ». 

Et mainlenant, terminons par un voeu qui sera le 



PREMIERE SECTION — RAPPORTS I6i 



r^sum6 de notre travail, et T^cho de cette auguste 
asscmblee, ce voeu, TOccident et I'Orient rent acclamS 
C'cmme la nouvelle Fraction du Pain ou se recon- 
iiaissenl le maitrc et ses disciples : 

Encourager a entendre la sainte messe le plus souvent 
possid/e et dans les plus saintes dispositions. Et pour 
aider a ce dhir, embrasser et rSpandre la pratique et 
r^sprie de la sainte Messe rfparatrice. 



Ce pieux appel a ^t^ lu par le R. P. Deckers, religieux 
♦\e PrefnoDtr6 de I'Abbaye de Tongerloo, par Westerlov 
(Belgique), si6ge de rArchiconfr^rie de la Sainte Messe Bepa- 
ratrice. 

Le Reverend P^re le complete de la communication sui- 
vante : 

Depiiis Tetablissement de la Confr6rie de la Messe 
Repai-alrice, celte belle ORiivre essenliellement eucha- 
ristique a ete hautement recommandee par tons les 
Con^^res. Nous ne doulons pas que le Congrfes de 
Reims ne lui accorde la m^me faveur. Nous Tesp^rons 
daulant plus que nous nous trouvons ici pres du ber- 
ceau de I'Ordre de saint Norbert, du grand saint, qui 
ful toujours Tardent Ap6tre du Saint Sacrement, et qui 
a ^te. pour ainsi dire, le pere de TQiuvre de la Messe 
reparalrice. C'est en effet une de ses fiUes, a qui la 
premiere Dieu a inspire cette belle idee, et ce sont sur- 
loul ses enfants qui, dans tons les pays, se font les 
promoteurs de celte opuvre si conforme k Kesprit de 
Premontre. 

En Belgique, Tffiuvre de la Messe reparatrice se 
developpe rapidement. Depuis le congres de Jerusalem, 



162 JEVDl, 26 JUILLET 



le Dombre des associ^s inscrits au si^ge de rArchlcon- 
fr^rie a Tongerloo a presque double. Le inline accrois- 
sement se remarque dans les centres affili^s a I'Arcbi- 
confr6rie : Li6ge, Anvers, Namur, Bruxelles. Partout 
le nombre des associ^s augmente sous la protection 
visible du bon Dieu. De 20,000, il est mont6 k 35,000. 
Les z^lateurs, auparavant au nombre de 150, sont main- 
tenant presque 300. 

Nos z^lateurs travaillenl avec la plus grande ardeur, 
comprenant la gloire immense qu'ils rendent au Sei- 
gneur, a ce Dieu si aimable et si peu aim^, en repan- 
dant de plus en plus Toeuvre de la Messe r^paratrice. 

Outre les villes designees plus haut, ce sont Tournai, 
Turnhout, Louvain, Gand, Malines, Bruges, Lierre et 
bien d'autres encore, qui se distinguent d'une fagon 
sp^ciale. 

Puisse ce magnifique resultat se conserver et croitre 
de plus en plus! II en sera ainsi, nous Tesperons, avec 
la benediction de Dieu, et sous les auspices du Congrfes 
eucharistique de Reims, qui voudra bien, nous le lui 
demandons instamment, recommander encore et pro- 
mouvoir Toeuvre de la Messe reparatrice. (Applaudis- 
sements) . 



/ 



LA COMMUNION R^PARATRICE 

Par le R. P. ZELLE, a Paray-Ie-Monial. 



I. — Id6e de TCEuvre et ses r6sultats. — La Com- 
munion reparatrice est une amvre eucharislique qui, 
coitime plusicurs autres, a pris naissance a Paray-le- 
Monial, sous les divines influences du Coeur de Jesus. 
Elle se presente au Congres, bien moins pour elaler 
los consolanls resultats oblenus dans le passe, que pour 
solliciler un appui, afin d'en produire de plus conside- 
rables dans Tavenir. 

Aprfes Jerusalem et Rome , Paray est la ville sainle 
ou Notre-Seigneur s'est manifeste dans TUostie, pour 
rappeler au monde son amour infini. On a sans doule 
fail beaucoup d'honneur a la petite cil6 en I'appelant le 
«« Sinai eucliaristique ». Quoiqu*il en soil, il est certain 
que les revelations, les exigences et les promesses qui 
onl relenli, il y a deux cents ans, sur Tautel des appari- 
tions, ont eu un immense ^cbo dans Tunivers entier. 

L'immortel L6on XIII, dont la parole sera la grande 
lumierc de notre siecle, saluait naguere la devotion au 
Sacre-Coeur comme etant k notre 6poque le trait carac- 
terislique de TEglise, rarchc de son salut, le gage de 
son futur triompbe el le resume de toutes nos esperances 
dans uu avenir meilleui;. (Audience du 11 octobre 1893, 
aux Delegues de YApostolat de la Priere.) 

Notre (Euvre est nee de celle devotion. En efiet, le 
divin Mailre apparut un jour a la Bienbeureuse Margue- 
rite-Marie, [)Our se plaindre et demander reparation. 
«Tui, du moins, lui dit-il, donne-moi ce plaisir de sup- 



16i JEUDI, 28 JUILLRT 



pl4er a leur ingratitude autant qu*il te sera possible... 
Ne crains rien, je serai ta force; mais sois attentive k 
ma voixet kce que je te demande pourraccomplissement 
de mes desseins : 1"* Tu me recevras dans le Saint Sacre- 
ment autant que Tob^issance te le voudra permettre... 
2** Tu communieras dq plus tons les premiers vendredis 
de cliaque mois... » (Vie de la B'^ Marguerite-Marie,} 

La Communion r^paratrice est la r^ponse des ^mes 
ferventes a ce voeu du cceur de J6sus. Pie IX, de sainte 
m6moire, a bien vouiu Tappeler « une oeuvre destines 
a sauver le monde ». Elle a d^sormais quarante ann^es 
d'exislence. Son fondateur le P. Victor Drevon, 6tait 
autrefois bien connu. II avait et6 aussi le promoteur de 
ces beaux pelerinages de Paray, qui amenferenl, en 1873, 
de toutes les contr6es du monde, 200,000 fiddles 
croyants aux pieds du Sacre-Coeur. Le vaillant ap6tre 
est mort en 1880, au moment de la tempfete qui 
envoy ait les religieux sur tons les chemins de Texil. 

Cependant, Toeuvre a conlinu6 sa marche. Depuis cette 
epoque, scs cadres se sont meles en parlie avec ceux de 
I'Apostolat de la Priere, dont elle forme le troisifeme 
degre. C'est une alliance loyale et fraternelle qui unit 
les deux armdes sans les confondre. Le centre adminis- 
tralif est a Toulouse, mais le centre spirituel — j'allais 
dire le ca?ur — reste a Paray-le-Monial. C*est sa place 
nalurclle, marquee par la Providence. 

D'apres la teneur des Brefs apostoliques : « Ceux qui 
ont rintenlion de s'acquiUer de cet exercice pieux de la 
communion perpeUielle el r^paratrice sont divises en 
classes ou sections. Chaque section est compos6e de 
sept ou de trente associ^s. Ln jour de la semaine, si la 
section se compose de sept membres, et un jour du 
mois, si elle se compose de trente, est assigne a chaque 



PREMIRRC SECTION — RAPPORTS 



associe pour qu*il s'approche ce jour- la de la sainte 
cotntnunion. » (Bref du 9 aout 1861.) De nombreuses 
indulgences ont 6t6 accoHfies aux membres de rceuvre.' 

Voici des chiflFres recueillis d*aprfes les donn6es ofB- 
cielles les plus certaines. De 1854 k 1880, nous avon» 
eu a enregislrer, dans le monde eniier, envirou 
289,000,000 de communions hebdomadaires ou men- 
suelles. Depuis lors, on est arriv6, grAce k Timmense 
action de I'Aposlolat de la Priere (qui compte plus de. 
52,000 directions locales), k une moyenne d'environ 
80.000 communions par jour. 

Des lors, une simple operation d*arithm6tique nous 
tlonne en total, pour les 40 annees, 697,800,000 commu- 
nions. 

On nous pardonnera ccs calculs. Mais notre siecle se 
fait un merite d*^tre positif, ce qui est son moindre d6- 
faut; il nous sera bien perniis, pour une fois, de satis- 
faire ses gouts. On demande des chiffrcs, toujours des 
rhiffres : en voila, et des meillears, si je ne me trompe. lis 
parailront sans doute plus consolants que certaines sta- 
lisliques du crime et de la debauclie, dont on nous a 
jus(]u*ici assez fatigues. A la fin, on voudrait voir autre 
ihose que le « revers » de cetle medaille humaine, qui 
«loil avoir une « face » plus honnete et plus divine. 

Ce sont done sept cents millions, plus d'un demi-mil- 
liard de communions reparatricos, que nos pctites 
a'uvres ont offertes au Dieu bon et misericordieux, qui 
>'a|)pelle le CtEur de J^sus. Si ce n'est pas encore \k 
loule noire detle, qui lielas! s'accroit sans cesse, il est 
permis d^esperer que nous en avons paye ainsi quelque 
annuite. On pent se demander pourquoi le monde ne 
s'ecroule pas, sousle poids de ses innombrables forfaits? 
Pourquoi la justice de Dieu n'6crase-t-elle pas Thuma- 

12 



166 JFXDI, 26 JUILLET 



nit^ coupable? Ah ! c'est qu'il y a, d'un autre cdt6, le 
plateau de la mis^ricorde, qui se charge tous les jours 
de ces expiations, de ces reparations, de ces commu- 
nions. Si grande part qu'il faille donner au « d6chet » 
dans ces calculs, ils n*en restont pas moins consolants. 
Quand on songc qu'une communion bien faite, en union 
intime avcc Jesus-Christ, pent compenser et contreba- 
lancer des millions do blasphemes et de sacrilSgos, toute 
la providence dc Dieu s*6claircit d'un rayon de douce 
luniifere. On comprend que le Phve qui est dans les 
cicux fassc liiire encore et toujours son beau soleii sur 
les bons et sur les mdchants. (Maih., V, 45.) 



II. — Les Communions d*Honmies. — Toulefois, ces 
r^sultats ne peuvent nous satisfairc. II est une oeuvre 
que le P. Drevon avail congue, comme le digne cou- 
ronnement de la Communion r^paratrice. II voulait, 
scion les desirs du Coeur de J6sus exprim^s k Paray-le- 
Monial, lui donner un caractfere plus manifesto de repa- 
ration sociale. Pour cela, il songeait k entrainer les 
« hommes » qui, malheureusement , se tiennent en 
grande majorite 61oign6s de la fr^quentation eucharis- 
tique et par! ant de la vraie vie chr6tienne. 

C'est dans ce but qu'il avait r6dig6 le texte d'une 
adresseau Saint-Pfere, dont il soUicitait les benedictions 
et les faveurs spirituelles. « II a exists dans la sainte 
figlise, disait-il, particulierement k des heurcs de com- 
bats et d'epreuves, un mouvement vers la sainte com- 
munion, dans Icquol les homnies donnerent le premier 
exemple. » — De grands saints et des hommes aposto- 
liques y out attache leur nom : entre autres saint Vin- 
cent Ferrier, saint Philippe de Neri, saint Ignace de 



PREMIERE SECTION — RAPPORTS 167 

Loyola, sainl Frangois de Hidronymo... (Adresse d 
Uon XIIL) 

Cette supplique fut aussitdt sign6e avec une particu- 
li^re bienveillance, par Son Em. le cardinal Desprez, et 
par onze Archev&ques ou fivfeques de France, d'ltalie 
el d'Espagne, auxquds s'ajout^rent bientdt onze Pon- 
tifes OQ Pr^iats d'Orient. C'6laient, en tout, vingl-trois 
chaleureuses adhesions Episcopates dont nous sommes 
henreux de poss^der les pr^cieux textes. 

Mais la mort soudaine du promoleur interrompit ce 
boan mouvement, tandis que la dispersion empAchait 
ses Frferes en religion de le continuer. — Nous vou- 
drions aujourd'hui reprendre cette idie, toujours avec 
la haute protection de NN. SS. les l^vAques et avec le 
concours d^vouE des pr^tres de paroisses et des hommes 
d*(Buvres. 

Y eut-il jamais une 6poque ou la reparation ait 616 
plasn6cessaire? Et aussi bien, n'est-il pas evident que 
par les Communions r^paratrices d*hommes, on arrive- 
rail plus directement et plus efiicacement k r^tablir, 
dans les families et les soci^t^s^ le rbgne de J6sus- 
Christ ? Tout en battant en brfeche la grande forteresse 
du respect humain, cette OBuvre aurait encore Tavan- / 
tage de former non seulement des hommes pieux ef 
idifiants, mais de vrais apCtres et des Chretiens mili- 
tants, tels que notre sifecle les demande. 

Est-ce pratique? Oui, sans doute, puisque cela semble 
n^cessaire, et qu'& d'autres Epoques on y a r^ussi. Nous 
n'ignorons pas que de nos jours il a 6t6 fait, en divers 
endroits, des essais qui ont donnd les meilleurs rdsul- 
tals. Les hommes qui communient « plus qu'^ P^ues 
humblement » sont partout ceux qui se d^vouent sans 
compter et qui se jettent dans la m^^e pour sauve- 



168 JRUDl, 26 JUILLET 



gardcr Ics droits sacres da Christ et les chores libert6^^ 
dc ses cnfants. 

Mais est-ce pratique pour les hommes du peuples^ 
Oui encore, car on ne demanderait pour eux que la com — 
munion mensuelle, qui suftirait d'ordinaire. Nous avonsH 
vu dans une grando ville d'Orieut, assez voisine de J6 — 
rusalem, jusqu'k cinq cents ouvriors, — mariniers, parte — 
faix, magons et aulres, — qui venaient r^gulierement 
communier le premier vendredi du mois, avant d'aller ii 
leur pc^nible labeur. Ajoutons aussitdt que Taction so- 
ciale exercee par ces hommes de foi r6ussil a imposer 
la loi du repos dominical a cette cite de Beyrouth, ou 
une bonne partie de la population et toutes les adminis- 
trations sont musulmanes. 

Voici encore qui prouverait qu'il n'est pas impossible 
d'arriver a de somhlables resultats, mfeme dans nos 
centres ouvriers d'Europe et de France. Nous prenons 
noire excmple a MonLceau-los-.Mines. — On se souvient 
qu'en 1882, cetle ville fut le th6^tre d'effroyables 
desordres anarchisles. Oux qui formaient la Bande 
Noire fircnt sauter une 6gli.se a la dynamite. Cetait, 
a-t-on dit, le premitM' altonlal commis avec le terrible 
i}\v/\\\ devenu si trisloment celebre. — Depuis c^lte 
epoque, de concert avec lad ministration des mines et 
le clergo paroissial, on a pu fonder, par les retraites 
ouvrieres, des groupements ronsid6rables dliommes qui 
sont invites a communier tons Iw mois. — II est d6sor- 
mais im|)0ssible de meconnaitre TefFet de cette pratique. 
Des mineurs, des porions, <]ui $*agenouillent a la table 
sainte, parfois a cole de quelqu*un de leurs chefs ou 
ingenieurs, cela edifie et unit les coeurs. On le sent 
bien ; el il n'est plus lu question de grfeve ni de revoke. 
De plus, nous pouvons Tatt ester, TEucharislie a fail 



PREMliAE SECTION — RAPPORTS 169 

^clore, parmi ces humbles (ravailleurs, les plus nobles 
virtus de g6n6rosit6 et de d^vouement chr6lien. 

La communion rftparatrice a essaye dans ces derniers 

temps de former ailleurs des sections d'hommes. Les 

faire communier, ces chers hommes, est plus facile qu*il 

ne paraltrait de prime abord. II y a quelques jours, nous 

parlions de ce projet, k Toccasion d'une retraite d'ou* 

▼riers. C*6tait it Clermont-Ferrand. Aussit6t, un jeune 

homme de vingt-cinq ans vint s'inscrire avec cinq autres, 

pour la communion hebdomadaire. Le croirail-on ? Ce 

jeune zelateur n*6tait rien moins qu'un ancien sergent 

de Turcos, II faut bien ajouler qu'il elait d^Auvergne, 

oil la foi et T^nergie ont quelque chose de la soliditd 

desmontagnes. 

Pour fmir, nous demanderions hiimblement au Con- 
grfes d'emettre d'abord un vceu favorable k la commu- 
nion reparatrice. Que les prelres Tinslituent dans leurs 
paroisses, el que tons les fiddles s'y associent pour 
apaiser, dans nos temps si difficiles, la juste colerc de 
Dieu! — Mais nous voudrions surtout qu'on poursuivit 
ToeuvTe reparatrice par excellence de la communion 
mensuelle des hommes. Ce serait le meilleur moyen de 
rendre aux Ames « la force et la vigueur de Tesprit et 
de rendre sa place k J6sus Iloslie », aux pieds duquel 
I'Eglise, par la bouche de saint Thomas, convoque 
loules les nations, pour qu'elles proclament sa royaut6 
souveraine. Christum Regcm dominantem gentibus , qui 
se manducantibus dat spiritih pinguediaeni, Venite ado- 
remits, 

Je ne sais qui a tout recemment mis en doute cette 
royaut6 sociale de J6sus dans Ic Saint Sacrement. Or, 
en 1205, le cardinal Guy de Paray, archcveque de 
Reims, recevait dlnnocent III la confirmation, pour lui 



170 JEUDI, 26 JUILLCT 

et ses succcsseurs, du privilege de sacrer nos 
(Biblioth. des Aut, de Bourgogne^ p. 277.) II appai 
drait k ce Congrfes, pr^sidS par un autre illustre car 
de Reims, de proclamer a nouveau, prfes du bapti 
de Clovis et h la veille du centenaire de Tolbiac, le 
Roi el Dominateur des peuples, Irfes present dans 
charistie. La devotion rdparalrice du Sacr^-CoBur s( 
nouveau signe de son empire, et, nous Tespdrons 
Ldon XIII, le gage de son futur triomphe. 



REUNION SACERDOTALE 



PROCES-VERBAL 

Chaque jour du CongrSs, de onze heures k midi, se tient 
uoe Reunion sacerdotale sp^ciale pour le clerg^. L'ancieuue 
salle capitulaire, vaste crypte parfaitement eclair^e, situee 
entre le Palais archiepiscopal et la Cath6drale, d*ou Ton peut 
^galement y acc^der, a ^t^ particulierement r^serv6e k des 
seances ou se traitent les questions inU^ressant plus directe- 
ment leminist&re du pretre. 

Ges reunions, moins solennelles, plus intimes, revStcnt 
la forme d'entretien plutdt que de lecture. Ce sont des confe- 
rences ou chacun peut demander et obtenir la parole, exposcr 
un sujet du programme, provoquer des explications, line 
discussion loyale et franche n*en saurait etre bannie, et Tou 
use de cette liberty. Mais le principal caract^re de ces assem- 
blees, c'est d*en venir k la pratique du z(^le eucharistique. 

LePr^ident do ces reunions est M»' Doutreloux, .6v6que 
deLi^. n est assist^, au bureau, de M^"" P^chenard, vicaire 
g^neraj de Reims, et du R. P. Tesniire, sup6ricur general de 
la Congregation des P^res du Saint-Sacrement. 

Des Touverture de la premiere seance, Ton constate avec 
satisfaction la presence d'un grand nombredepretres congros- 
sistes, et parmi eux plusieurs notabilit^s du Clerg^ d'Orieut. 

I.— La premiere question k Tordre du jour 6tait : Ufltude 
et la Predication de V Eucharistie. Pouvait-elle etre exposee et 
traits avec plus de competence que par le R, P. Tesnidre, 
le savant auteur de la Somme de la Predication eticharis- 
tique{i)1 

(t) Trois forts volumes, Paris, Bureau des (Euvres EucharisUques, 
avenue Friedland, 27. 



172 JRUDI, 26 JUILLET 



Le K6v6rend P^re examine successivement : 1^ Vimporlance 
de la predication de rEucharistie ; 2° les diffUultis pretendues 
do cette predication ; G"" les moyens pratiques de cette prMi- 
cation. 

1° Son importance, elle est en proportion de Timportance 
meme de rEucharistie. Or, qui pent m^onnaitre que rEucha- 
ristie, qui contient le Dieu RMempteur, a pour la vie chr6- 
tienne uue importance capitale. 

2*» Les difficultes prHendnes de cette pnWication : Ces dif- 
ficult^s se resument a trois : a) Hude difficile ; — bj champ 
restreint; — c) manqne d*inter^t pour les fidtMes. 

Aj Pour la difficulte de Tetude du dogme eucharistique , 
le Rtiv6rend Pere 6tablit que ce dogme n'offre pas plus de 
difficulte a Fetude que les autres dogmes Chretiens ; 11 fait 
observer, avec le Gat^chisme du Concile de Trente, que cette 
elude est forteraent recommandee aux prfitres. 

Bj Le champ esttrop restreint : Non, surtout si Ton considSre 
que prdcher TEucharislie, c'est pr^cher Jfeus-Christ « tout 
enlier, totum Christum » ; par consequent, on pent ramener k 
rEucharistie le traite de la Religion, celui de rincamation du 
Verbe et de la Redemption accomplie par le sacrifice. 

La matiere est doncabondante, puisqu'apr^s ces instructions 
sur la Religion, Dieu, VI near nation, la Redemption, on pent 
traiter de rEucharistie sp^cialement, dc son institution, de sa 
permanence, de ses fruits, de son influence dans la Sainte 
JUesse, dans Ja Visite an Saint Sacrement, dans la Sainte 
Communion, etc. 

C) Ces instructions sont pen interessantes pour tes fiddles: 
mais Texperience prouve tout le contraire. Ce fut Terreur et 
le crime des Jansenistesd'^viter de parler de TEucharistie, et 
ce silence a eu pour r(§sultat immediat le refroidissemeut du 
sentiment chretren. 

A cette attitude du Jansenisme, il nous est bien permis 
d'opposer les enseignements etles prescriptions du Cat^chisme 
du Concile de Trente, ordonnant de parler de TEucharistie a 
toutes les categories de p3rsonnes, enfants, jeunes gens, 
vieillards, d6vot5 et non devots. Le Concile de notre temps 
n'eut-il pas ajout^ les sceptiqueset les incrMules? 



neUiNlON SACERDOTALE 173 



3' Le$ moyens pratiques de cette prMication sont noni- 
breai; un pasteur peut en parler directement ou indirec- 
tement : directement^ eiv traitant du Saint Sacrifice, do la 
Presence r^lle, de la Communion, eic, \ indirectenienty en 
pn^chant TEvangile et la doctrine chretienne, et en terminant 
parquelques conclusions touchant rfiucliaristie. 

Ces explications de I'interessant Conf^rencier, conlirmees 
par Fexperience de Tapolre, soataccueillies avec faveuret par 
des applaudisseraonts r^p^tes. 

M^ DoutrelouXf ev^que de Liege, approuve Torateur, 
comroente ses explications en y trjoutant (]uelques conseils de 
haute sagesse : pr^her avec simplicity TEucharistie, precher 
sur ce sujet surtout pendant Toctave du Saint Sacrament, 
prendre comme n'^gle d en parler une fois par mois ; donner 
souvent les regies de TfigUse sur la sainte Communion. 

II. — La seconde question inscrite au progranmie avait 
pourobjet : Coufreries paroissiales du Tres Saint Sacrement. 

C'est le R. P. Couet, de la Congregation du Tres Saint 
Sacrement, qui est conslitue rapporteur de cette question ; 
ildiviseson travail en deux parties : 1** Rensdgnemmts utiles 
auDirecteur de la Confrerie ; 2'^ In.structionspour les Confreres, 

•''En ce qui concerne le directeur ou lecure, — Ici se placent 
des renseignements precieux : 1^ sur Verection canonique de 
la Confrerie ; 2° sur son organisation ; 'S"" son fonctionnement ; 
i" k recrutenient des Associes; »> les privileges qui leur sont 
concedes, 

t Pour ce qui est des Confreres ou Associes : le H. P. Rap- 
porteur indique : I'' les pratiques obligatoires et conseillees ; 
2*' les arantages spirituels ; 3*^ les indulgences dont ils pen vent 
ben^ficier (1). 

Iffl^ i)outreioux fait sur cet expose si methodique et si 
precis quelques observations fort appreci6es : 1° pour Vorga- 

uimtion, il pr6fere un conseil d'administration de la Confrerie 

(1) En raisoti de sa grande ulilil^ pratique, nous donnons in exienso, 
rlans la partie de ce volume consacr^e aux Rapports qui rCont pas 
tie lus en stance, la tres instructive t^tude du H. P. Couet. 



174 JEUDI, 26 lUILLBT 



k la direction personnelle et exclusive du curd ; 2<* au sujet 
de la cotisation annuellSj M^' TEvdquede Li^ prdfire qu'elle 
ne soil pas obligatoire, mais simplement facultative^ avec 
promesse toutefois d'uue messe au ddc^s du confrere du 
SaintrSacrement qui aura bien voulu Tacquitter ; 3<* k propos 
du c<is d*exclusion, Sa Grandeur est d'avis qu*il n*y ait pas 
(Texclusion publiqiie, ni de mesures odieuses et en quelque 
sorte iufamantes pour le confrdre du Saint-Sacrement ; on 
pent se contenter d'une elimination faite discr^tement. 

Sur la proposition de son President, la Reunion sacerdotale 
6met k Tunanimite le voeu a que, dans toutes les paroissos, ii 
y ait une Gonfr^rie du Tr^s Saint Sacrement ». 



SEANCE DE L'APRES-MIDI 



DEUXIEME SECTION 
Histoire et Statistiqne 



PROCES-VERBAL 

La s^nce s'ouvre k deux heures ; elie est pr^sidto par 
S. £. le Cardinal Lang^ieux. Avec la vice-pr6sidence, la 
direction des travaux de la Section historique est attribute 
a M^'' Cartuyvels, vice-recteur de rUniversit^ de Louvain. 

La parole est donn^e k M. Vabbi Alexandre Hannease, 
qui lit un VrH int^ressant rapport sur la devotion du peuple 
rtmois envers la sainte Eucharistie avant la Revolution. La 
pidt^ de nos anc^tres envers Notre-Seigneur ^tait profonde et 
expressive. Le savant rapporteur cite k cet 6gRfd des exemples 
bieo consolants. D y avait, k ditferentes 6poques de Tannee, 
des fetes en Thonneur de la sainte Eucharistie qui attiraient 
de nombreux pSlerins dans notre vieille cit6. Mais de toutes 
ces solennit^s, la plus grandiose ^tait la Procession de la 
F6te-Dieu, cel^br^ avec un ^lat particulier. Les magistrats 
et les nombreuses corporations se joignaient au clerg^, por- 
tant des flambeaux. 

Le rapport mentionno encore de nombreuses fondations 
faites par des habitants de la ville pour etablir des Saluts et 
Adorations de la sainte Eucharistie et Tinstitution d'une Con- 
Mhe sp^iale du Trte Saint Sacrement. 

Ces lignes prouvent la grande devotion de nos p^res envers 
la sainte Eucharistie. Puissent ces exemples etre renouvel^ 
de nos jours I 



176 JEUDI, 26 JUILLET 



M, Fabbi Puiseux^ chanoine honoraire, aumonier du 
College, fait pour le diocese de Ch^loQS I'historique de la 
devotion a la sainte Eucharistie ; cette devotion ^tait ea grand 
honneur, et plusieurs Confreries du Tr^s Saint Sacrement 
existaient jadis, avec de nombreux privileges accord^s pSir les 
fiveques et les Papes. 

Tres interessante eiit 6te I'etude, par dioceses, de la devo- 
tion eucharistique dans toute la province. 

La parole, pour le diocese de Soissons, 6tait reservee a 
M. le chanoine Baton, vicaire g^n^ral honoraire et cur^ 
archipretre de Laon. M. le Rapporteur ne r^pondant pas k 
Tappel de son noin, Tauditoire est priv6 de la lecture de son 
interessant Memoire : Origine de la devotion an Tres Saint 
Sacrement dans Vancien diocese de Laon, Sous ce guide auto- 
ris6, nous eussions appris ce que ce pays laonnois pratiquait 
sous Jacques Pantaleon, avant que le pieux archidiacre fut 
devenu le pape Urbain IV. Du nioins tiendrons-nous k repro- 
duire, k son rang, le Happort si substantiel et si nourri de 
M. TArchipretre de Laon. 

En raison de la multiplicity des M6moires, le Congr^s ne 
peut entendre qu'un fragment, d'ailleurs fort apprecie et 
lone d^licatement par Son Eminence, du r6cit du Miracle de 
Braisne en 1153, Tun des plus probants en favour de la 
divine Eucharistie, travail compose par M. Andr^ Fossk 
d'Arcosse, lu par M . Vabbi Vi6ville, cur^-doyen de Viliers- 
Cotterets. 

M, le Chanoine Cert, dans un travail fort eurieux et 
documente, fait revivre VHistoire de la sainte Eucharistie en 
Champagne^ an point de rue de Fart Chretien. 

La sculpture, dans ses multiples productions, mais sp^ia- 
lement dans la construction des temples majestueux ou de 
gracicuses chapelles, glorifie 1* Dieu de TEucharistie. Ici 
M. Tabb^ Cerf eludie notro belle Cath^drale k ce point de vue 
particulier. Les details qu'il donne sous une forme agr^ble 
int^ressent fortement Tassistance, qui manifeste sa syrapathie 
par des applaudisseraents r^p6t6s. 

De mdme, pour la peinture, les oeuvres sent tris vari^, 
et nos eglises de Reims en poss^dent de bien prdcieuses. 



DEUXienC SECTION — PROCES-VERBAL 177 



La mustque abondo en motets et en cantiques en Thonneur 
()u Tres Saint Sacrement. 

Les ornements, les vases sacr^ et les reliquaires si remar- 
(fuables, dont quelques-uns sent conserves au Tr^sor de 
Xotre-Dame et de Saint-Rerai, sont aussi a mentionner. 

Tout cela temoigne de {'inspiration que nos artistes pre- 
naiont dans la Sainte Eucharistie. 

En quel({ues mots prononc^s avec autant de distinction 
«|ue d'a propos, M^ Cartuyvels f^licite et remercie MM. les 
Kapporteurs qui viennent de mettre en luiniere la piete et les 
u'uvres eucharistiques de la region : Reims, la mt^tropole, 
lueritait a tous egards le premier rang; ses institutions, ses 
confr^ries, son incomparable cath6drale, quel hymne k la 
gloire de FEucliaristie !... Chalons, son ^mule en fondations 
pieuses; Soissons, avec ses gloires de Jacques Pantaloon et 
nm miracle de Braisne, ont edifie notre pidt^, corrobore notre 
foi et stimule notre zdle... En faudrait-il davantage pour nous 
demonlrer d'une fagon ividente Fopportunite des Gongrfe? 
Rappeler k une province son histoire et ses oeuvrcs, c'est la 
retremper aux sources de sa foi et raviver son amour pour le 
Dieu de TEucharistie qui a fait sa grandeur et reste pour elle 
lo priucipe de la vie. 

n restait encore au programme de la seance une (^tude his- 
torique sur la Confrerie du Saint'Sacrement de Veglise d^tlvej 
au liiocese de Beauvais, par M. le chanoine PmAN. Mais 
rhcure avanc^e n'en a point permis la lecture. — Nous doo- 
iions am lecteurs du compte rendu ce travail d'un autear 
erudit, aiosi que ses Obsenatiotis sur I'eglise de Saint'Iiemi- 
m-reaUy oil se revile Tarcheologue aussi bien (jue le devot 
>H*vileur de rEucharistie. 

La seance est levee a trois heures et demie. 



U OPTION EUGHARISTIQUE DANS LA VILLE DE REIIS 

Avant la Revolution 

Rapport de M. Tabbd Al. HANNESSE, Ghanoine honoraire. 
Secretaire de rArchev^ch^ de Reims. 



Eminences, 

Messeigneurs, 

Messieurs, 

La devotion envers le Trfes Saint Sacrement de TEu- 
eharistle a toujours ^l^ vive et profonde dans la ville de 
Reims. 

Pour les temps les plus anciens, nous avons des 
t^moins irr^cusablcs dans les nombreuses ^glises 
flev6es par la foi de nos pferes. Quand on regarde un 
plan du yieux Reims, on voit de tons cdl^s des flfeches 
6lanc^es dominant les splendides basiliques, Notre- 
Dame, Saint -Remi, Saint -Nicaise, les ^glises des 
monast^res et des paroisses. C'est le symbole de la 
prifere des ftmes clir6tiennes, le symbole de la prifere de 
rH6te divin qu'abritent toutes ces 6glises. 

A c6t(5 de ces t6moins de pierre, les t6moignages 
Merits se montrent surtout k partir du xiv* si^cle. Nous 
ne pouvons clioisir entre ces preuves bistoriques de la 
devotion des R^mois k la sainte Eucharistie que plu- 
sieurs faits particuliers : les processions et expositions 
du Saint Sacrement, et particuliferement celle de la F6te- 
Dieu, les diverscs fondations qui ont pour objet la 
sainte Eucharistie, la confr6rie dtablie dans T^glise de 
Saint-Hi lai re. 



DEUXIEME SECTION — RAPPORTS 179 

Au moyen kge, le peuple de Reims aimait k voir le 
Tr^s Saint Sacrement expose sur les autels et port6 en 
procession. Y avait-il quelque grande solennit^, les 
temps £taient-ils calamiteux, dans la joie comme dans 
la peine, on avait recours k J^sus dans rEucharislie. 
Ed sa foi naive, le peuple joignait parfois aux proces- 
sioDs des sorles de jeux ou scenes allegoriques. Les 
abus pouvaient se glisser, mais T^glise ^lait la pour y 
veiller. Des statuts synodaux r^diges en 1550 et se 
rapportant k d*anciens rfeglements, prescrivent d'^carler 
des processions et expositions du Saint Sacrement tout 
ce qui pent les d^tourner do leur but ; on les fera moins 
frequemment, les r^servant pour lesgrandes solennit^s ; 
on nc porlera le Saint Sacrement hors des ^glises que 
pour des raisons graves, ayant soin d'entourer J^sus- 
Clirist de rhonneur qui lui est dd (1). 

L'h^r^sie de Luther et de Calvin, en s'attaquant k la 
sainte Eucharistie, suscita chez les catholiques de Reims 
et du pays r^mois un redoublement de foi, une ardeur 
nouvelle pour honorer Notre-Seigneur dans son Sacre- 
ment et r^parer les outrages que lui faisaient les 
Huguenots. 

Quand surtout la France fut menac^e d'avoir pour 
roi un h^r^tique, il y eut une magnifiquc explosion de 
foi. Nous n'avons pas k porter un jugement sur la Ligue, 
a chercher si la politique ou Tambition se m^l^rent aux 
plus justes sentiments de religion ; ce que nous voulons 
constater, c'est la devotion populaire envers la sainte 
Eucharistie. 

Dans la province r^moise, comme en Picardie et en 
Lorraine, on vit, dfes 1583, ]es processions blanches, Des 

(1) Acles de la Province de Reims, III, 106. 



ISO iCUDi, 26 JUILLET 



foules nombreuses, ou les laiques et suriout les enfants 
etaient vetus de blanc et lenaient en main un crucifix, 
se rendaient processionnellement aux p&Ierinages ce- 
Ifebres, h Notrc-Dame de Liesse, k Corbeny, k Nolre- 
Darne de TEpine; on portait les reliques des Saints, 
mais surtout le Tres Saint Sacrement, et c est ^rou- 
p6es aulour de la Sainte Hostie, que les foules mar- 
chaicnt, chantant leurs canliqucs et leurs plaintives 
litanies. 

Reims accueillit jusqu'a 70,000 de ces pelerins. Et ce 
u*6tait pas assez d'avoir port6 le Saint Sacrement dans 
la route, on continuait pendant la nuit k visiter les 
eglises de la ville. L'archevfeque Louis de Lorraine 
approuva celte devotion! Lui-m6me, il suivit pieds nus, 
avec ses domestiques, les processions que fit le peuple 
de Reims. Les chanoines cel6braient la messe avant le 
depart, ooux qui n'etaient pas pretres faisaient la sainte 
rommunion (1). 

Toutes ces foules passaient en bon ordre. Le char- 
penlier Pussot en rend t6raoignage dans ses Memoires, 
et il ajoulo : « Que c'etait chose admirable, tellement 
que de gros catlioliques el froids en devotion hircnl 
alors echauffes (2). » 

Ces ^lonnantes processions n*etaient pas le fruit d'une 
ardeur passagere ; la devolion an Saint Sacrement con- 
linua a se manifesler. En 1588, apres unc victoire du 
due de Guise sur les Huiiiionots, on vit k Reims, le 
deuxieme dimanche de careme, de solennelles prieres 
de quarahle lieures; elles furent c6l6br6es succ^^ssive- 

({) M.MU.oT, edition de TAcadihiiie, iv, 462. — P. Cocquault, 
Talks y\\ym), 

(2) Journnlicr on Memnms ih Jean Piissotf maitre charpentier en 
la CoiUure df Reims, public par TAcademie de Reims, p. i8. 



DFX'XIKMK SECTION — RAPPORTS 181 



ment a la Calhedrale, aux Garmes et k Saint-Remi ; 
le Saint Sacrement resta expose toute la seraaine, le 
jour ct la nuii ; le clerg6 de la ville avail des heures 
fishes pour radoration, le peuple venait en foule se 
prosterner devant le Saint Sacrement (1). 

Lu spectacle plus admirable encore se produisit 
deux ans aprfes. Ce ne sont plus seulement trois 
eglises qui ont Tadoration publique, mais successive- 
ment toutes les ^glises de Reims ; au lieu de quarante 
lieures, c*est quinze jours ou huit jours, selon leur 
importance, qu'elles prennent pour rendre k la sainle 
Eucharislie le culle d'une adoration solennelle et non 
iuterrompue. Et ainsi pendant pres de six ans, de 1589 
a 1595, on pent dire que Reims fut le jour et la nuit 
«'n adoration devant le Saint Sacrement. 

Quand on ^tudie cetle 6poque critique de notre his- 
loire, ou il s'agissait de savoir si la France resterait 
ratliolique, si elle subirait le sort de TAllemagne, de 
la Suisse, de TAnglelerre, et se dounerait au protes- 
tantismo, peut-^tre on ne fait pas assez attention k 
riiifluence du culte rendu par le peuple k la sainte 
Kucharistie. On voit les princes batailler, les Liguetirs 
s'agiter ; mais quelle fut la puissance de la foi ardente 
«l*un peuple prosterne devant les autels pendant des 
anu6es enliferes, la puissance de pareilles supplications 
siir le coBur de Dieu, pour conserver a la France sa 
foi catbolique ! 

La ville de Reims recueillit le fruit de sa devotion 
;i la sainte Eucbaristie : Tbir^sie ne put s'y dtablir, et 
nos peres eurcnt la consolation de ne pas voir le sang 
4 ouler dans leurs murs pendant ces luttes douloureuses, 

^1) Memoires de Pussot, p. 26. 

13 



182 JEUDI, 26 JUILLBT 



Parmi ces demonstrations touchantes de foi envers 
lo Saint Sacrement, il en est une qu'il convient de 
noter parce qu'elle a pers6v6r6 jusqu'k nous. C'est la 
procession dite de la Resurrection, fondle par le grand 
Cardinal de Lorraine. 

Charles de Lorraine avait pris tous les moyens que 
lui inspirait son zfele, pour garantir son peuple contre 
rher6sie. Les exces de Calvin k Noyon lui inspirerent 
le dossein de faire dans sa cathedrale une procession 
spccialo le jour de Piques. A quatre heures du matin, 
avant les offices, le Cardinal porta solennellement le 
Saint Sacrement ; plusieurs princes de sa maison sou- 
tenaient lo dais, un grand nombre d'hommes Tentou— 
raicnl, ayant k la main des flambeaux (i). 

El, desiranl perpetuer cet liommage a Notre-Sei— 
gneur, le Cardinal en fif une fondation. EUe a survi^cu 
aux revolutions, et cliaque annee encore, le jour de 
Pi\ques, aux premieres lueurs de Taurore, le gros bour- 
don de Nolro-Dame repand ses sons majestueux sur la 
ville ondormie ; et, deciles a cet appel, les catholique.s 
remois so rendent avec la meme foi joyeuse que leurs 
peres a la procession de la resurrection. 

La paroisse de Saint-Jacques avait une fondation 
semblable a celle du Cardinal de Lorraine el une pro- 
cession du Saint Sacrement le lundi de Paques, a 
cin([ heures du matin. 

Mais, dc loules les processions, la plus solennelle 
est I oil jours reslee coUe de la Fele-Dieu. 

Lieao avait donn6 limpulsion, Urbain IV, un Pape 
chnnipenois, avail parle ; son decret avait ete promul- 
gue par Clement V au Concile do Vienne, en 1311, el 



[\) M.uu.oT, odil. (Ic TAcad., iv, 311 el 331. 



DEUXI^ME SECTION — RAPPORTS 183 



sept ansaprfes, k la Kte du Saint Sacrement de 1318, 

Reims fit sa premiere procession solennelle et la re- 

nouvela chaque ann^e jusqu'cn 1792. En cette ann6e, 

il fut d^cr^t^ qu'elle n'aurait rien d*officiel, puis on 

oublia J^sus-Clirist pour celebrer des fetes paiennes en 

Vhonneur de Tfilre Supreme. 

Sur le parcours des anciennes processions, les rues 
fclaient orn^es el tapiss^es (1), des reposoirs s'6lcvaient 
prfes de Saint-Jacques, prfes de Saint-Pierre, au Palais 
royal ou Pr6sidial (sur la place de rHutel-de-Ville}, au 
Grand Credo, aujourd'hui place Royale, pres de la 
porle du Cloitre. C'6tait un honneur pour le bourgeois 
dont la maison servait k dresser le reposoir, et qui avait 
le privilege d'offrir le Chapean a Dieu, la couronne do 
fleurs suspendue au-dessus du Saint Sacrement. 

Cocquault, dans ses Tables, cite, comme une chose 
4gne de remarque, qu*en 1439 un bourgeois du Grand 
Credo renonga au privilege d'avoir le reposoir en sa 
maison; mais aussit6t un de ses voisins r6clama cet 
honneur. 

Le prolestantisme, en sc r^paiidanl, ne servit h Reims 
qu a donner une plus grande solennite a la procession 
de la Fete-Dieu. 

En 1327, le chapilre ordonna que Ions les chanoines, 
en y assistant, auraient une torche qu'ils feraient porter 
par un de leurs domestiqucs, que tons les corj)s ercl^- 
siasliques auraient aussi des torches, et (]oequault 
ajoute : <* L'heresie s*6l6ve contre le Saint Sacrement, 
TEglise de Reims y veut augmenler la gloire et la reve- 
rence (2). » 

fl) Memoires dc Pussol, p. t22. 

1 Tables de P. Cocquault (ann^-e 1"»2T). — II arriva m^m»» 
ujK' sorte d'abus. On donna aux ci« ryos une telle hauteur qu'ils 



184 JEUDI, 26 JUILLET 



Dans le cortege, en avant des ciergos du clerg^, itail 
port6 le rierge du roi, aulour duquel se groupaient les 
magistrals et les corps administralifs. Une fois, dit 
Pussol, il y cut pendant la procession d^bal de pr6- 
s6ance, au grand scandale des fideles. 

Enfin, pres des magistrals, le peuple etait officielle- 
ment represented. Les corporations de metiers, qui r^u- 
nissaient loute la population ouvrifere de Reims, 
tenaient a honneur de porter leurs flambeaux k la 
procession du Saint Sacrement. Citons seulemenl les 
statu! s de la Manufacture de Reims, la plus import ante 
des corporations de la ville; Tarticle 55 s*exprirtie 
ainsi : « Les douze flambeaux de la dite Communaut^ 
seront port6s a la procession du Saint Sacrement, ainsi 
qu'il est accoulum^, el de la, apres la procession faite, 
seronl porles en reglise des Freres Cordeliers. » 

Les slaluts des Bouchers, approuvcs en 1467etrappe- 
lant lescoulumes anlerieures, disent a I'articleX: « Que 
les mail res bouchers el aulres de leur soci6t6 el confr6- 
rie se pourront assembler, chacun an, avanl la fete du 
Sainl Sacrement, le jour el le lendemain, pour trai- 
ler du fait de leur luminaire qu'ils ont accoulum^ de 
fairc faire ct porter chacun an, a la procession d'icelle 
fete. » 

Elle devait elre belle, a Reims, la procession de la 
F^te-Dieu, oii la population tout entiere se Irouvait 
r6unie dans une seule foi et un m^me sentiment de 

lie pouvaient passer sous aucune poiie, el comme le Iheologal 
voulail les faire reduiie, il lui fut repoiidu que Dieu jugeait ses 
creatures par rafTeclion quVlles lui portent; que rafTection du 
peuple (le Reims layant porle a faire des torches d'une 
excessive grandeur, il ne fallail jjas relrancher i'amour du 
peuple envers Dieu par la reduction de la hauteiu* de ces torches. 
(Ch. Ckrf, Anciens usages.) 



DEDXILmE section — RAPPORTS 185 

respect. Les soixante-douze chanoines avec leurs ser- 
vants et les chapelains, le clerge des paroisses. les 
ordres religieus, Dominicains^ Capucins, Cordeliers, 
J^suites, Minimes, Augustins; Ic Corps de Yille, le 
Lieutenant des habitants en tete; les Magistrals, les 
nombreuses corporations de metier, et la foule qui fai- 
sait cortege : C'etait un vrai triomphe pour Jesus dans 
TEucharistie. 

Quand reverrons-nous pareil spectacle ? 

El ce n*6lait pas seulement par la procession que se 
c^l^brait la ftte du Saint Sacrement, Toctave tout 
enliere ^lait solennisee dans toutes les ^glises; k la 
Cathedrale, il y avail predication chaque jour ; on choi- 
sissait les prfetres, chanoines ou religieux, les plus en 
renom, et les iideles venaient fort nombreux pour en- 
tendre parler de la sainle Eucharistie. 

Pussot, dans ses Memoires, nc manque pas chaque 
ann^e de marquer ces oclaves avec le nom du predica- 
teur et le sujet des sermons. Nous en retrouvons la 
mention au xvn' si^cle, dans la vie d'un pieux Remois, 
Bachelier de Gentes (1), qui, aprfes sa conversion, imita 
en plus d'un point saint Benoit Labre. II aimait ^ visi- 
ter les ^glises de Reims, ou le Saint Sacrement etait 
expose ; il y restait de longues heures en adoration, 
surtout pendant Toclave du Saint Sacrement, allant de 
sancluaire en sanctuaire pour tenir compagnie k Notre- 
Seigneur. 

Signalons encore une autre preuve de la devotion des 
Remois envers le Saint Sacrement : la fondation des 



(1) Vie de M. Bachelier de Gentes, par le R. P. Dom Glaudb de 
Brktagtie, p. 244. 



186 JEUDI, 26 JUILLRT 



saluts qui se faisaient dans chaque paroisse. De pieux 
fiddles, d^sirant contribuer au culte du Saint Sacrement, 
laissaient k T^gUse la somme n^cessaire pour assurer 
la celebration d'un salul le soir des jours de fete. Et 
dans les livres d'offices particuliers aux diverses pa- 
poisses, ces fondations sont relat6es ; on pourrait y rele- 
ver les noms des meilleures families r^moises. 

D'autres fondaient Tentretien de la lampe du Sainl 
Sacrement. Qu'on nous permette de citer Tune de ces 
fondations qui respire le plus bel esprit de foi. 

Isabeau Roland, veuve de JNicaise Maillefer, 6crivait 
en 1632, en la f^e de saint Ignace, au R. P. Recteur 
du College des Jdsuites : « S'il plait au R. P. Provincial 
d'agr6er et d'accepter cette micnne petite donation, mon 
intention serait qu'elle fiit reQue pour fondaiion d'una 
lampe ardenle que vous avez coutume de lenir allumee 
jour et nuit devanl le Saint Sacrement de I'autel en vos 
6glises ; ma devotion me porte particuli^rement ci c^tte 
bonne oeuvre-la pour temoigner k mon Sauveur, qui est 
au Saint Sacrement de Tautel, que je lui offre mon cceur 
et mon Ame et mes enfants, pour 6tre k jamais des 
lampcs ardentes de charile et bonnes oeuvres dans son 
^glise, et pour supplier durant ma vie a cette conti- 
nuelle presence et assistance que je voudrais avoir de- 
vant sa divine Majeste (1). » 

Dieu accueillit colte offrande ; vingt ans aprfes, un des 
pelits-neveux dlsabeau Roland entrait au College des 
Jesuiles, et plus lard, devenu pretre et chanoine de 
Nolre-Dame, Nicolas Roland 6tait pr6destin6 de Dieu 
pour devenir le confesseur et le directeur du bienbeu- 



(1) Archives de la ville de Reims, fonds des J6suites, liasse 37, 
no 4. 



DEUXI^E SECTION — RAPPORTS 187 

reux Jean-Baptiste de La Salle, pour associer le saint 
pritre a son oeuvre des ^coles du Sainl Enfant-J^sus, 
le pr^parant ainsi k I'^tablissemeat de son admirable 
iDsiitut. 

II ne nous reste plus quk rappeler la forme que prit 
au xvm' sifecle, k Reims, la devotion au Trfes Sainl 
Sacrement, par r^tablissement d'une Gonfrerie cano- 
niquement ^rig6e. 

Elle fut fondle en T^glise Saint-Hilaire, qui a 6i& 
d^truite k la Revolution. 

La confrerie regut tons les encouragements de Jean 
Roland, vicaire g6n6ral de TarchevAque Maurice Le 
Tellier; elle fut approuv6e en 1684, el enrichie d'indul- 
gences par une bulle dinnocent XL 

Les statuts el rfeglements pourraienl encore servir de 
modele. 

Tous les ftdeles de Tun el de Tautre sexe qui avaient 
fait leur premiere communion pouvaient entrer dans la 
confrerie; ils donnaienl leurs noms au secretaire, choi- 
sissaient une ou plusieurs heures d'adoration k jours 
fixes el recevaient un billet indiquant I'obligation qu'ils 
s'^laient impos6e. Ils devaient assister k Tenterrement 
des confreres dec6d6s el aux messes que Tassociation 
faisait c^lebrer pour eux. 

La fete principale de la confrerie 6tail fix6e au pre- 
mier dimanche du mois d'aout. Le Saint Sacremenl 
elait expose k quatre heures du matin ; on chantait ma- 
tiaes, puis, aprfes la messe de paroisse, la messe de la 
confrerie; apres-midi, k une heure, il y avail une predi- 
cation, fondee par une pieuse veuve ; puis le chant des 
vipres, el, k six heures, procession, salul et benediction 
du Saint Sacremenl. 



/" 



188 JGUDl, 26 JUILLET 



Le premier jeudi de chaque mois, on chantait une 
tnesse solennolle du Saint Sacrement ; les autres jeudis, 
on disait une messe basse. 

La bulie dlnnocent XI accordait aux confreres une 
indulgence pi6niere ie jour de Tenlrde dans la confirerie, 
i Tarticle de Ja mort et le premier dimanche d'aoAt, 
pour ceux qui visitaient T^glise Saint-Hilaire depuis les 
premieres vepres jusqu'au coucher du soleil ; une 
indulgence de sept ans et sept quarantaines, le premier 
jeudi des mois de mars, juin, septembre et d6cembre, 
et soixante jours d'indulgence pour Tassistance aux 
exercices de la confrerie et autres bonnes oeuvres. 

La confr6rie avait son petit budget, convert par les 
offrandes que Pon faisait en entrant dans Tassociation ; 
c'6tait Tusage aussi de laisser, en mourant, une somme 
d'au moins trois livres. 

Chaque ann6e, apres la messe pour les confreres 
d^c^des, avait lieu Teleclion des officiers ; deux direc- 
leurs, un receveur et deux secretaires. 

Undirectourelaitecclesiastique, Tautrelaique; ils veil- 
laient a I'execution des fondations, k la celebration des 
messes lo jeudi, assignaient aux confreres les heures 
d'adoration, choisissaienl, avec M. le Cure, les pr6di- 
<5ateurs. 

Le receveur, 61u pour trois ans, recueillait les offran- 
des et acquillait les charges de la confrerie. 

Le secretaire eccUsiastiquc inscrivait les noms des 
nouveaux confrferes, envoy ait les invitations aux offices, 
faisait imprimer la lisle des confreres defunts. 

Le secretaire la'ique tenait un registre exact de toutes 
les conclusions prises dans les assemblies de la con- 
fr6rie. 

Dans le manuel qui dlait entre les mains des con- 



BEUXIEHE SECTION — RAPPORTS 189 

freres, on Irouve, avec TofRce du Saint Sacrement, de 
pieuses priferes, des actes d'adoralion et surtouL de repa- 
ration envers Notre-Seigneur daus le sacrement de son 
amour. 

Un aper^u aussi rapide ne pent donner qu*une faible 
idee de la devotion des R6mois envers la sainte Eucha- 
rislie. C'est assez cependant pour montrer que nos 
peres nous ont donn^ Texemple, qu*il nous ont laiss6 
UQ precieux heritage de foi, et en accueillant aujour- 
d'hui les Princes de I'^glise, les prelres et les chr^tiens 
srenereux qui travailient a d^velopper le culte du Tres 
Saint Sacrement, la villc de Reims peut invoquer de 
nobles traditions. 



LES CONFR^RIES DU SAINT SAGREIENT 

DANS LANCIEN DIOCESE DE CHALONS 

Bapport de M. I'abbi FUISEUX, du diocise ds ChAlons 





Eminences, 

Messeignkurs, 

Messieurs, 

La (Idvolion au Tres Saint Sacrement de Tautel est 
consideree a bon dmit comme la devotion cssentiellc 
au milieu du peuple chrelien. C'est d'elle que doit 
decouler toute vie chretienne et toute vertu. Notre 
siecle Ic comprend bien, ot s*il a laiss^ se multiplier les 
pratiques et les devotions secondaires, il cherche & 
developper de prefL^renco le culte du Saint Sacrement, a 
lui donner la premiere place et a tourner les regards 
dos (ideles vers le Tabernacle, centre de toute la reli- 
gion. Lc present (longres suffirait a lui seul pour 
t^hiioifcner de cette juste preoccupation. 

En cela, Messieurs, nous ne faisons que marcher sur 
It's traces de nos i)eres et renouer la chaine brusque- 
ment interrompuc des traditions. La devotion au Saint 
Sacrement a ele, au moins pendant les derniers siecles, 
la devotion preferee de nos dveques et de leurs peuples. 
lis Tout honore par relablissement de Confr6ries, par 
les Quaranle heures, par I'Adoration perp^tuelle, par 
tons les moyensque leur sugg^rait d6jk une pi6t6 solide 
el ingenieuse. .remploierai les quelques minutes qui me 
sonl accordees a faire I'historique des Confr^ries du 



DEUXIEME SECTION — RAPPORTS 191 



Saint Sacrement dans le diocese de Ch&IoDs, avant la 
Revolution. 



I. — La devotion an Saint Sacrement avant T^ta- 

blissement des Confr^ries. — Les Statuts synodaux 

de Tevfeque J^rdme du Bourg, publics en 1356, sont 

les plus anciens que nous poss^dions k Chalons. Nous 

y rencontrons rorigine prcmifere des Confr6ries du 

Saint -Sacrement. II y est fait mention, en effet, des 

lionncurs k rendre au Trfes Saint Sacrement lorsqu^il 

i'st porle aux malades pour la communion k domi- 

<'ile. a Toutes les fois, y est-il dit, que les fldfeles 

verront porter la sainte communion k un malade, 

qu'ils aient soin de flechir le genou, comme devant leur 

Dieu ct leur Cr6ateur, et de Tadorer d6votement et 

mains jointes, en quelque lieu qu'ils le rencontrent. 

Quanl au pretre qui porte le Saint Sacrement, ii devra 

tenir le vase sacr6 qui renferme la sainte hostie haut en 

avant de la poitrine, elate ante pectus, Qu'ou purte un 

flambeau et qu*on sonne une clochelte devant lui ; qu'il 

ne parte a personne, mais r6cite avec ses clercs les 

psamnes de la penitence, les litanies des saints ou 

daulres priferes. 

Les statuts engagent meme les fideles a se joindre au 
pretre en cette occasion, et k Taccorapagner, en silence 
el devotement, jusqu'k la maison du malade, et a le 
raiucner de meme a T^glise. 

L eveque accorde k ceux qui auront ainsi accompa- 
^™ le Saint Sacrement, pendant la journ6e vingt jours, 
pendant la nuit quarante jours d'indulgences (1). 



(1) Statuta synodalia dimcesis Cathalaunensis (1556). De sacram^ 
EuckarisliaB, 



192 JEUDl, 26 JUIIXET 



Ces prescriptions et ces conseils n'Staient point chos«» 
nouveile. On en Irouve des exemples des le xn* sifeclc, 
dans tons les pays Chretiens (1). 

II. — Les premieres Confr6ries da Saint- Sacre- 
ment sous r£piscopat de Cosme-Claasse. — Cep«ni- 
dant, a Rome, on avail deja fait plus. Dfes Tan 1513, 
quatre ans avant Tapparition du Protestantisme, on 
avail ^tabli la premiere Confrerie du Sainl-Sacremenl. 
D'autres Confreries semblables avaienl 6t6 6rigees tn 
1539, en 1547 et 1575, et enrichies d'indulgences par 
les Souverains Pontifes. Enfm Paul V, en 1608, exprima 
le d^sir de voir la Confrerie romaine du Saint-Sacrc- 
ment s'6tablir partout. Deux ans aprfes, en 1610, sous 
l'6piscopal de 1 eveque Cosmc-Clausse, une BuUe ponli- 
ficale Terigeait canoniquemenl en Tiglise Saint-Alpin 
de Chalons (2). Une BuUe semblable T^rigeail deux ans 
plus tard, en 1612, en T^glise Saint-Loup (3), et d'aulres 
Bulles, a peu pres a la m^me 6poque, en Tiglise Saint- 
Jean de Ch&lons (4) el en celle de Notre-Dame de Join- 
ville, qui faisait alors parlie du diocfese de Ch&lons. 

(1) Voir les Actes de la province eccU^iastique de Reims, II, 538. 

(2) La Bulle originale de Paul V, avec sceau, est conservee an 
presbytere tie Saint-Alpin. Une copie de cetle Bulle se trou>** 
aux Archives de la Marne, G, 22, f° 84. On y Irouve aussi, parnii 
les papiers de la fabrique, un registre des comptes de la Confre- 
rie, de 1752 a 1792. 

(3) La Bulle originate de Paul V est conservee au presbytere 
de Saint-Loup. Elle est datee du 7 juillet 1612. 

(4) La Bulle d'erection de la Confrerie de Sainl-Jean est perdue; 
mais un registre de cette Confrerie, de 1657, nous la montrt" 
bien assise et organisee depuis longtemps k cetle date. — Pour 
Joinville, la Visile episcopate de 1626 (Arch, de la Marne) comi- 
tate Texislence deji ancienne d'une Confrerie duSaintrSacrement. 



DEUXIEME SECTION — RAPPORTS 193 

Aus: termes de ces Bulles, une indulg'ence pl^ni^re 

vvdxi accordee aux confrferes qui visiteraient leur eglisc 

respective depuis les premieres vepres jusqu'au coucher 

du soleil, les jours de la ffele du Patron, de la Toussaint, 

de la Purification, de Noel et du Saint Saerement. La 

nieme faveur 6lait accord6e a ceux qui aideraient k 

rnsevelir les morts, qui accompagneraient le Viatique 

l«»rsqu*oQ le porte aux malades, ou qui, ne le pouvant 

(aire, reciteraient a genoux, lorsqu'ils enlendraienl la 

cloche (du viatique), le Paler et VAve pour le malade ; 

a ceux qui logeraient les pelerins ; a ceux qui concilie- 

raient ceux qui ont entre eux de Tinimilie ; a ceux qui 

(•nseigneraient aux ignorants les dix commandements 

<k* Dieu et ce qui concerne le salut, et enfin k ceux qui 

reciteraient cinq fois le Paier et YAve pour le repos de 

Tame des confrferes morts en la gr^ce de Dieu. 

On le voit, la Confrerie avait pour but direct I'lion- 
neur a rendre au Tres Saint Saerement, mais elle 
s etendait en r^alit^ a toute la vie chretienne, dont les 
principales obligations se trouvaient ainsi rattach6es 
au Saint Saerement comme k leur centre. 

• 

III. — Les confr^ries du Saint- Saerement sous 
l^piscopat de M"" Vialart (1642-1680). — Les clioses 
lesterent ainsi jusqu'k Tepiscopat de M*"" Vialart. Ce 
;.Tand ev&que, qui a tant fait pendant trente-huit ans 
pour la reslauration de la discipline ecclesiastique et le 
progri^s de la vie chr^tienne, et qui passait chaque jour 
une heure en adoration devant le Saint Saerement, 
allait organiser une devotion partout repandue, mais 
qui manquait d*uniformite. 

Des Tan i659, il 6rigeait dans Tabbaye de Saint- 
Meramie, aux portes de la villc episcopale, une Confri- 



IM JEUDI, 26 JUILLET 



rie et As$ociaiion pour F Adoration perpetuelle du Tre$ 
Saini Sacremeni. 

Le mot d*Adoration perpetuelle doit etre pris ici a la 
rigueor de la lettre. On voulait que le Saint Sacremcnt 
fut sans eesse et sans intervalle, de jour et de nuit. 
adore par quelqn*un des confreres. Le Directeur de la 
Confirerie ^tait un religieux de Tabbaye de Saint- 
Memmie charge de recevoir les associ^s, d*assigncr a ' 
cbacun son heure d*adoration, et de veiller avec soin 
M k ce que tous les jours et heures de rann^c fussent 
remplis d'adorateurs **. Les cures des \411es et villages 
devaient lenir des reeistres exacts et le pr6venir des 
vacances qui viendraienl a se produire. 

Les obligations des confreres avaient trait les unes 
directement au Saint Sacrement, les autrcs, d'une facon 
plus generate, a la vie chrelienne. L'^veque faisait 
remarquer, en offel, que la d6volion qui n*est point 
interieure n*est qu'liypocrisie, et que c'esl temerity 
d'attendre une bonne mort par la vertu de quclques 
ceremonies et prieres vocales et non par le nierite d une 
bonne vie. 

Parmi les obligations et les recommandations qui se 
rapportaient directement au Saint Sacremcnt, la pre- 
miere elait la fid^lile a Theure d'adoralion assignee a 
cbacun. En outre, les confreres devaient, cbaque matin, 
apres la priere faile a genoux, saluer le Saint Sacre- 
ment par ces parnb^s : « Lou(5 soil Jesus-Cbrisl dans le 
Saint Sacremonl de Tautel. » On les engageait k 
entendre la niesso a irenoux tous les jours ou cela leur 
serait possible. lis accompagneraient le Saint Sacrcnient 
porte aux malades « comme ses domesliques et plus 
particulierement faniiliers, tenant a grand hoimeiir de 
porter le dais el les tiambeaux dcvant ce Roi de gloire »• 



DEUXIEME SECTION — RAPPORTS 195 

Parmi les recommaDdations relatives k la vie chri- 
tienne, Tune des principales avail trait aux querelles 
el inimilifis. Non seulemenl les confreres devaient s'en 
preserver avec soin, mais, en cas de contestations ou 
procesy iis ^taient « puissammenl exhortes de remettre 
leurs differends entre les mains d*arbitres, el de suivre 
la sentence arbilrale qui serait par eux rendue ». 

II va sans dire que des indulgences nombreuses 
etaient accordees aux assqci^s en diverses occasions. 

La ville de Chalons n*aurail pas suffi au recrutement 
(les adorateurs : M^*^ Yialart 6lendit TAssociation h toulo 
la province de Champagne, sous reserve de Tappro- 
balion des eveques diocesains (1). 

La piel^ des fiddles , en certains lieux, venail en aide 
au zele de I'fivfeque .Cost ainsi qu'en 1660, nous voyons 
le cure de Vilry-le-FranQois demandor la permission 
d'exposer le Saint Sacrement dans son 6glise pendant 
les buit jours entiers de TOctave de la ffete du Saint 
Sacrement (2). 

Lannee suivanle, 166i, au cours de sa visite pasto- 
rale, M^ Vialarl songea a 6tendi-e a tout son diocese le 
bienfait des Confr6ries du Saint -Sacrement 6tablies 
seulemenl jusqu'alors dans quelques centres plus 
importants. II en ordonna T^reclion dans toutes les pa- 
roisses, tanl des villes que de la campagne, el assigna 
le troisieme dimanche de chaque mois pour en faire les 
exercices. On exposerait le Saint Sacrement ce jour-la 
pendant la messe el pendant les vepres. A Tissue des 



(1) Voir le texte de ce Rt'glement dans la Senmine religieuse du 
tliocese de ChAlons, n°' du 28 avril ct du ii mai 1894. 11 est inedil 
fl emprunle aux Archives de la Maine : G, 13, f^ 34. 

(2) Archives de la Marne, (i. 



196 JeUDI, 26 JUILLET 



Complies, on ferait la procession avec le Saint Sacre- 
ment dans T^glise ou autour de T^glise. 

L'ann^e suiv^nte, 1662, M*' Vialart fit un Rfeglement 
a Tusage des Confr6ries ainsi 6tablies (1). Ce Rfeglement 
rappelle, dans ses dispositions principales, celui de 
IWdoration perpetuclie de Tabbaye de Saint-Menimie, 
donn6 trois ans auparavant. On entrera dans TAsso- 
ciation par la confession, mfemc g6n6rale, s'il en est 
besoin, et par la communion. On y communiera cinq ou 
six fois Tan pour le moins. En dehors des pratiques ordi- 
naires de la vie chr6tienne, auxquelles les confrferes se 
conformeront avec une particulifere exactitude, comme 
la prifere en famille, la charit6 pour les pauvres, le 
soin d'entendre les instructions et cat^chismes, ils se 
souviendront qu'iis ont contracts Tobligation sp^ciale 
de reverer et faire r^v^rer en tous lieux par toutes les 
personnes qui sont en leur d^pendance, le Saint Sacre- 
ment de I'autel. 

Par consequent, ils contribueront de leurs bicns k 
I'ornemenlalion de Teglise, et surtout des ciboires et 
tabernacles ; ils assisteront h la messe et k la processioa 
du Saint Sacrcment qui se cel^breront le troisifeme 
dimancho de chaque raois, et a la messe qui se dira pour 
i'ux le jeudi pr6c6dent ; ils accompagneront le prStre qui 
porlcra le viatique aux malades, et feront en sorte que 
quatre ou six d'entre eux soient prets chaque fois, au 
sou de la cloche, pour porter le dais et des flambeaux 



I) Voir dans le recueil des Staluts, Oi\ionnance$ et R^glements 
\v Me'' Vialart, les Rcglemeiits pour CiHublhsement de la ConfrMe 
//// Ires Saint Sacrement de I'autel, erigee de son aulhoril^ dans 
lollies les i)aroisses de son diocese, en Tannee mil six cent 
soixanle-deux. 



i\V 



DEUXIEME SECTION — RAPPORTS 197 

allumes ; ils parerdnt la chambre des puuvr(^s ou devra 
reposer le Saint Sacreoieat* ' 

L'Ordonnance de 1661 ne devait pas rester letlre 
morle. En 1671 , 1'^v^que, inform^ que plusieurs paroisses 
a avaient pas encore la Confr^rie du SainUSacrement , 
prcscrivit de T^iablir partout au plus tot. 

Ejitre temps, en 1662, M^ Vialarl avait r^tabli comme 
fete chum6e TOctave de la F6le du Saint Sacrement. 

Quels furent les resultats des efforts faits par Ms^ Via- 
lart pour r^tablissement de la Confr^rie du Saint-Sacre- 
mcDt ? Les proces-verbaux des Visites dpiscopales, 
conserves aux Archives de la Marne, nous pcrmettent de 
repondre en parlie k celte question. La cdremonie du 
troisienic dimanche du mois et FExposition du Saint 
Sacrement entrerent bientdt dans les habitudes des 
tideles, et furent observ6es partout. L'etablissement des 
^lonfreries souffrit plus de difricult^s. Plusieurs, (^tablies 
J'abord, tombferenl on desuetude. Lc nombre de celles 
qui survivaient, au milieu du siecle suivant^x pouvait 
s clever k une centaine environ. 

Sipaalons cnfin, pour clore Tepiscopat de M»"^ Vialart, 
lelablissement des Quarante heures dans toutes les 
paroisses du diocese. L'Ordonnance est de 1661 (1). 
•> Nous voulons, y est-il dit, que, suivant la louable 
routume qui se pratique en quclques eglises de notre 
^ille de Chalons, et autres de noire diocese, le Saint 
Sacrement soit expose toujours a Tavcnir par toutes 
les paroisses de la campagne au les cures font leur 

(t) Plusieurs maisons religieuses observaient aussi la pieuse 
praiiqu«» dvs Qiiaraole heures. Elle 6tait eii honneurchez les 
Kerollel> de Chaluns depuis 1675 (Archive^ du presbylere de 
Saint-Loup), et chez les Benedictines de Saint-Joseph, vei-s la 
m^me epoque . 

14 



(98 JEUDI, 26 JUILLET 



demeure, depuis le dimanche de la Quinquagpteime 
jusqu*au mardi suivant inclusivement , pendant la 
messe, les vfepres et le salut. » Une procession a fort 
solennelle » terminait ces exercices, pour lesquels 
r^glise devait ^tre « par^e ainsi qu'aux principales 
soIennit6sdc Fannie ». Le cur^, dit TOrdonnance, « fera 
tout ce qui sera en lui pour enflanimer ses paroissiens k 
cclte devotion..., conviant d'une manifere puissante les^ 
gens de bien et les principaux du lieu k s'approcber des 
sacremenls de Penitence et d'Eucbaristie avec plus de 
devotion et de pr6paration qu'k Tordinaire (1) ». 



IV. — Les Confr^ries du Saint-Sacrement sous le 
successeurs de M'^ Vialart. — En 1680, k la morl de 
Mff^ Vialart, la d6votion au Saint Sacrement 6tait done 
forloment 6tablie dans le diocfese. L* Adoration perp6- 
tuolio avait son siege en Tabbaye de Saint -Memmie; 
la (^.onfrerie du Saint-Sacrement existait dans la plupart 
dos paroisses; rExposition du Saint Sacrement se faisait 
dans toutcs les eglises une fois le mois; les Quarante 
heurcs se cel(5braicnt partout solennellement. La piet6 
et le zelc d'un grand ev^que avaienl procure ce r^sultat. 

M^r Louis-Antoinc de Noailles, qui succ6da aM*' Via- 
lart, scmbla avoir hcrit^ de sa devotion pour le Trfes 
Saint Sacrement. II s'appropria, pour ainsi dire, les- 
Ordoiinanccs el los Rfeglements de son illustre pred^ 
cosscur, et en fit donner une Edition nouvelle en 1693 (2). 
On y rolrouve toutes les prescriptions relatives aux 
Coiifrerius du Sainl-Sacremeul. L'6veque s'attacba seu- 



(1; H(;ciieil deja oile. 

(2} Clh'z Jaoijues Seneuzo. 



DEUXl&ME SECTION — RAPPORTS 199 

lement k d^iniire quelques abus qui s*y ^taient intro* 
duiU. 

Parmi les successeurs de M^ de Noailles, W de 

Jaig^6 s'occupa encore sp^cialement du culte du Saint 

Sacrement, et du maintien ou de rintroduction de la 

Confr6rie dans toutes les paroisses de son diocfese. 

\JAbrigi des Statuts du diocese de Chalons, publie par 

lui en 1770, renferme un rfeglement pour la Confr6rie 

du Saint-Sacrement. Ce rfeglement reproduit, en Tabri- 

geant, celui de M*^ Vialart. On y trouve cependant 

ajout^e la c^rdmonie de reception d'un confrfere, avee 

les demandes et les r^ponses : 

€ Que demandez-vous ? 

« Je demande d'etre admis dans la picuse Confrerie 
da Trfes Saint Sacrement. 

« Croyez-vous que Notre Seigneur J6sus-Christ soit 
r^ellement present au Saint Sacrement de T Autel ? 
« Je le crois fermement. 
« Voulez-vous vivre et mourir dans cette foi ? 
« Je le veux, et Tespfere moyennant la grAce de Dieu. 
« Je vous reQois dans la pieuse Confrerie du Trfes 
Saint Sacrement, au nom du Pfere, et du Fils, et du 
Saint-Esprit. » 

JI»' de Juign6 fit reviser les bulles de confirmation et 

^'indulgences des Confr6ries anciennes, el en fit publier 

des traductions. Ce sont ces brochures et placards qu'on 

retrouve aujourd'hui dans les archives des preshyteres 

el dans les maisons des particuliers. 

« 
V. — L'Organisation des Confr6ries du Saint- 
Sacrement. — Conclusion. — Un mot poiirfinir. Les 
registrcs de deux Confreries du Saint-Sacrement, 
relies de Saint- Alpin et de Saint-Jean de Ch{\lons, 



200 JElDf, 26 JUILLET 



-- "■■ 



sont vcniis jusqu'k nous, C'est \k qu*il faut' 6tudier 
I'organisation interieure de ces Associations qiii, 
apres avoir v^cu pres de deux sifecles, n'bnt fini 
que par la suppression violente k la Revolution. Ces 
regislres sont bien tonus, avec cet esprit d'ordre que nos 
peres apporlaient dans leurs affaires domestiques. Nous 
y voyons Tesprit paroissial netlement accuse. La Con- 
frfirie so recrute presque exclusivement sur la paroisse. 
On n'y vient d'aillcurs que si Ton ne trouve pas chez soi 
les moycns de satisfaire sa pi6l6. L'esprit de famiile y 
apparait ^g-alenient; los families se font inscrire tout 
cnlieros,el la devotion au Saint Sacremenl semble avoir 
cree un lien nouvoau mire leurs membres. La encore se 
vc^rifie done le mot de saint Paul sur Tutilite de la piet6: 
elle rapproclie, elle unit, olio crde ou elie affermit les 
liens si n6cessairos entre los hommes pour resistor efli- 
cemont a la conlaijion du mal et a rinfluence des mau* 
vais exemplos. 

J'ai dit quo los Confr<^rios du Saint-Sacrement avaient 
6X6 partont supprimees par la Hovolution. La lourmente 
passoo, olios se roloveront on plusieurs endroits. Celle 
do Sainl-Alpin do CliAlons, par exemple, r6tablie en 
180o avoo confirmation do sos indulgences par le pape 
Pio VII, subsiste encore aujourd'hui. 

Do nos jours, los Confrories du Saint-Sacrement ont 
re[»aru, mais, dans noiro diocese du moins, sous une 
forme un pou difTi^ronto do la forme ancienne. La Con- 
r/rrf/(//ion fie IWdoration r/'para trice, qui a son centre au 
monaslere do la Reparation do CliAlons, groupe autour 
d'ollo loulos les bonnes volonles, et ses Associes, repan- 
dus un pou parlout, forniont comme la milice, la garde 
d'honneur du Saint Sacremenl, pr^le k r6parer les ou- 
trages fails a la sainte Eucliaristie, et k promouvoir son 



L 



BEUXIEME SECTION — RAPPORTS 201 

culte par tous les moyens. M. le chanoine Le Conte, au- 
mftnier de rAdoration R6paratricc de Chalons, fera con- 
naitre, au cours de ce Congres, Torganisation de la 
ConGr^rie acluelle, et les fruits de gr^ce qu'elle a d^jk 
produits dans le diocese. Pour moi, je me renferme dans 
mon r6le d'historien du pass^, et je me conlente de tircr 
de cetle courte 6tude la legon qui s'en d^gage naturelle- 
ment. Imitons la foi de nos p^res, ayons pour le Saint 
Sacrement une devotion solide et pratique; groupons- 
nous autour de ce centre de toute religion et de toute 
vertu : N. S. J.-C, vraiment et substantiellement present 
au Saint Sacrement de I'autel. 



2104 JKUDI, 26 JUILLKT 



confirm^ par les lignes suivantes, d'une pi^ce imprim^ 
h Laon en 1705, chez Renncsson : 

« La confrdric du Saint-Sacrement do T^glise Saint- 
« Remi a la Place est si ancienne, qu'il faut presque 
« remont^}!' au temps de la fondation de cette paroisse 
« pour en retrouver Torigine. » (Citd par la Seniaine 
religieuse du Diocese de Soissons, 1883, page 308.) Cette 
piCice est entre les mains de M. Palant, cur^ de Cilly 
(Aisne). 

Cette confr(5rie avait ses revcnus particuliers, et pos- 
s6dait des biens, jardins et terres labourables aux fau- 
bourgs d'i\rdon et Semilly-sous-Laon. On lit, dans lo 
manuscrit pr(^cit(^, un acte du 9 d^cembre 1382, par 
lequel il appert que Raoul de Marcyet Jeanne, sa fomme, 
ont pris k vie un coui'til ou jardin en Dalay (quarlier de 
la ville encore existant) pr^s des murs de la fortcresse 
de Laon, a la charge de payer par an vingtsols de loyer. 
D'autres rentes, plus ou moinsconsidc^rables, sontmen- 
tionn^es dans le m^me manuscrit, ainsi que des fonda- 
tions d'obits, etc. 

En entrant dans la confrerie on donnait une livre, 
et chaquc annexe une colisation de cinq sols et quatre 
deniers. et, a lour dec6s, les confr(!*res, presque tons, 
leguaient quelque chose a la confrdrie. Lesassociescon- 
tractaienl lengagement d'assister, autant que possible, 
ii la messo qu'ils faisaient dire chaque jeudi enleur cha- 
pelle; ilsdevaientaussi visiter etsecourirleurs confreres 
ndcessitcux ou nialadcs. 

La confrerie signalait sa ddvotion surtout au jour de 
la Fetc-Dieu. Elle dressait h ses frais, au lieu dit la 
Placettey une chapelle, appel(?e Ja Maison-DieUy pour y 
recevoir Ic Saint Sacrement. On y portait les pelites 
orgues, ainsi que d'autres instruments de musiquc. 



DEUXIEMB SECTION — RAPPORTS 208 

Quatorze confreres, figurant les Apfttres, saint Jean- 
Baptiste et saint Martin, et deux conscBurs, figurant la 
Sainte Vierge et sainte Marie-Madeleine, apr^s avoir 
re(ju le corps precieux de Notre-Seigneur et bu le vin 
qui leur 6tait ofTert, accompagnaient la procession gen^-^ 
rale, pieds mis, revMus chacun de leurs habits d'apdtres, 
et portant Tinstrument de leur marlyre et une torche 
ardente h la main. Au retour de la procession, les figu^ 
rants assistaient ^ la messe sur des bancs qui leur etaient 
reserves; puis ils revenaient en ceremonie k la Maison- 
Diea, y servaient a diner a treize pauvres qui devaient 
etre en etat de grAce, et dinaient eux*m§mes en habits 
d'ap6tres. 

Le jour de Toctave, la confr^rie faisait chanter une 
messe solennellc a la Pincette, dans la Maison-Dieu, Au 
temps des calamit^s publiques, la confr^rie redoublait 
ses pridres dans sa chapelle, et tout le peuplesejoignait 
aux associ^s, dans T^lise Saint-Remi, pour implorer 
la misericorde de Dieu et apaiser sa colore. 

Quand le roi venait k Laon, la confr^rie, qui etait un 
corps distingue de la ville, mettait sur pied la Maison- 
Dieu et sa tente, et n'epargnait rien pour la reception 
de Sa Majesty. Dans un des nombreux p^lerinages que 
le roi Charles VII fit h. Notre-Dame de Liesse, son con- 
fesseur, Messire Gerard Machest, ev^que de Castres, se 
tit gloire d'entrer dans la cel{»bre confr^rie du Saint- 
Sacrement de Laon, moyennant une somme de quatre 
sols d*or qu*il donna une fois pour toutes. Curieux 
detail dont la naivete accuse une haute antiquity et la 
devotion de nos ancfetres a la divine Eucharistie (1). 



(1) CeUe confr^rie eut ses jours de decadence, mais, reslauree 
ea 1705, elle subsista jusqu'^i Ja Revolution. 



206 JEUDI, 26 JUILLRT 



Une des plus anciennes gravures sur ]a ville de Laon 
represente sur la Placette, aujourd'hui place de THAtel- 
de-Ville, une petite chapelle adossde h la tour de Lotus 
d^Outremer ou Tour du Roi, C'est la Maison-Dieu dont 
nous venons de parler. 

II a (H6 dit, au cours d'une Etude sur Urbain IV, qu'une 
confrerie du Saint-Sacrement, existant h Troyes dfes 
Tann^e 1264, dtait la premiere confrerie du Saint-Sacre- 
ment erigec canoniquement. Nous venons de voir que 
celle de Saint-Remi h la Place est ant^rieure de pr6s de 
400 ans. 

Nous avons cru devoir dire tout d'un trait ce qui con- 
cerne la confrerie du Tr(^s Saint Sacrement de Laon. 
Nous allons reprendre par ordre qjironologique les docu- 
ments qu'il nous a 6te donne de consulter, et qui nous 
ont paru dignes d'attention. 



II. — Procession du Saint Sacrement k Laon d^s le 

XI® si^cle. — Voici un extrait de VOrdinaire, manuscrit 
<ie Liziard, qui ful doyen du Chapitrc de Laon de H55 
a 1168. Antoine Bellotto, chanoine et doyen de Laon, 
dans son ouvrage intitule : Rilus Ecclesuv Laudunensis 
redivivi, edit^ a Paris, chez Savrcux, en 1662, in-folio. 
assigne au manuscrit dont nous parlous la date de 
1153. Ce qui est incontestable, c'est qu'il est ant(5rieur 
h 1168. 

Dans la prdfacc dont il fait preceder son Ordinaire, 
Liziard nous avertit quo Ic but de cet ouvrage n'est pas 
d'introduire des riles nouveaux, mais de conserver 
dans leur int(5gril(5 les riles anciens. « Ut ea qux ab 
antecessoribus nostris usualiter ienemus scripto com^ 



DEUXlfcHE SECTION — RAPPORTS 207 

fnii£erentur, et sic confinnata amodo inconcussa tene^ 
renhtr (1). » 

Ces paroles de Liziard sent une preuve que les usages 
que nous allons citer sont ant^rieurs h 1135. II n'estpas 
l^m^raire de les faire rcmonter au xi* siecle, ei probable- 
ment plus liaut. 

D'apr^s ce manuscrit, il est facile de constaier que, au 
plus tard au xi* si^cle, une Procession du Tr5s Saint 
Sacremcnt se faisait dans la CathiSdrale de Laon, le jour 
de Piques, avec sounerie, chants, c6roferaires, thuri- 
feraires, dais, flambeaux, etc. 

« Le jour de Piques, a matines, deux cloches sont 
« mises en branle, six cierges sont places pr^s du cierge 
4< pascal devant Tautel. La procession va au s^pulcre 
<i dans Tordre suivant : en tete s*avancent deux jeunes 
<« clercs (clericuli); deux autres avec des encensoirs ; puis 
« viennent deux diacres, le chantre et le sous-chantro 
« qui doivent chanter : Dicant omnes; tous sont revetus 
« de chapes blanches. D'autressuivent en ordre, portant 
« des cierges allumes. Arrives k la porte dusepulcre, un 
« clerc cliante de Tinterieur de la chapelle : Quern quw- 
<« ritis ? — Les diacres r^pondent : Jesum Nazarenum, — 
*< Le clcrc : Non est hie. Ensuite le pretre, vetu d'unc aube, 
*< portant le calice avec le corps du Christ, sort du sepul- 
" ere. II trouve k la porte quatre clercs sous-diacres por- 
« tant un pallium sur quatre bt\tons. Protege parce dais 
«< ^car c'est bien un dais, avec quatre portcurs en tuni- 
« ques), il s avance le dernier de la procession, prdcddd 
u de deux jeunes clercs avec des cierges, et ayant pri^s 
" de lui deux autres clercs avec des encensoirs. Alors, 
*< les diacres disent : Surrexit Dominus vere, alleluia. Au 

(1) Bibiioth^que de Laon, manuscrit 215, folio 43. 



208 JEUDI, 26 JCILLET 



« chant de ces paroles, tous s'avancent au milieu de 
« Teglisc, devant le crucifix ; et aprfes Tantienne Chrisius 
« resurgejis, deux chanoines en chapes disent le verset 
« Dicant nunc, et la procession entre dans le choeur en 
i< chantant : Quod enimvivit,vwit Deoihe pr^tre d^poae 
« le calico sur I'autel, et pendant ce temps, les cloches 
« sonncnt. L'Eveque debout a son si^ge, en mitre et en 
« chape, commence les ma tines. » 

Dans une note marginale du xm* si^cle, on trouve 
di verses variantes au texte do H55. Ces variantes men* 
tionnent des usages anciens quMl est bon de noter. 

Un clerc portc le bent tier ^ deux acolytes suivent, por- 
tant les croix (Vor : les chantres tiennent k la main les 
bdtons (Vargent; les diacrcs, ainsi que les chantres, por- 
tent des chapes de soie, et quatre chanoines sous-diacres, 
en tuniqiies blanches, portent le dais, 

('ette procession du Tr^s Saint Sacrement se feisait 
encore avec une grande solennit^ du temps d*Antoine 
Bellotte, qui Ta ddcrite dans son livre : Ritus redivivi. 
Ellc est encore en usage de nos jours dans le diocese de 
Soissons et Laon. 

Nous trouvons encore dans V Ordinaire dehiziard^ d^ja 
cite, d'autres usages touchants qui prouvent la devotion 
du Chapitre de Laon au Saint Sacrement. 

Lorsque le c^lc^brant quittait Tautel, apr^s avoir ciU- 
hv6 les saints mystdres, pour rentrer^lasacristie, toutes 
les cloches devaient sonner, ensignedejoie, poursigni- 
fier que le pr^tre venait d*offrir, pour ses propres p^ch^s 
et ccux du peuple, un sacrifice d*agr^able odeur. 

Voici un autre usage mentionne par le m^me Liziard 
et encore en vigueur du temps d'Antoine Bellotte. 

La veillc du jour de la calibration d*une messe solen- 
nelle, aux premieres v6pres, un acolyte prendle canon 



DEUXIEME SECTION — RAPPORTS 209 

euchairistique, ou tableau du clioeur sur lequel sont ins- 

erits les noms de tous les chanoines ; il T^l^ve k la hau< 

teur des yeux en rinclinant un peu sur Tepaule gauche, 

et va de sa place, par le milieu du chopur, k pas tr(>s 

lents, vix tncedens, afin d'attirer Fattenlion de tous vers 

celui qui doit oflicier et lui annonce, k voix basse mais 

intelligible, que le lendemain il doit cel^brer, et lui dit : 

" Seigneur, vous plaira-t-ilde cel^brer la messe demain? » 

Mani^re delicate d^avertir Tofficiant de se prdparer & 

offrir dignement les saints myst(>res. 

Voici une autre preuve de Timportance que le Chapi- 
Ire de Laon attachait a cette serieuse preparation : 

La veille du jour design^ pour la celebration d'une 

messe solennelle, une deputation nonibreusc (mimenis 

fopiosus] de chanoines se rend, au nom de tout le Cha- 

l>itro, au palais Episcopal ou a -la niaison du doyen, et dit : 

'< De meme que tout Pontife, choisi parmi los hoilimes 

i' pour tout ce qui a rapport a Dieu, oll'rc des dons et des 

" sacrifices pour les pechcs, Ini qui pout compatir aceux 

" qui sont dans I'ignorance ou clans I'erreur, parce que 

^' lui-mt'me est environne d'iufirniites; veuiilez, vous 

" anssi, qui etes de meme condition que les autres, mais 

'' cliuisi entre plusieurs a cause de voire excellence, de 

" vos dispositions naturelles a la misericorde, [prendre 

" a coeur la cause de tout le peuple, afin que voire main 

" sacerdotale presente des hosiios et des sacrifices qui 

«' puissent apaiser Dieu, lui donner dos prouves de votre 

" foi et de celle de tout le peuple, et vire utile a vous- 

" meme et aux fiddles de TEglise. » 

III. — Jacques Pantal6on, ou Jacques de Troyes, 
plus tard Urbain IV. — Jusqu'ici nous n'avons pas parte 
«le Jacques Pantaleon. II est temps de dire quelle fut sa 




210 JEUDI, 26 JUIfJ.ET 



devotion, et ce qirU a fait, pendant son long s^jour k 
Laon pour donner pliis d'^clat au culte du Saint Sat- 
crement. 

La cdl^bre confr^rie du Saint-Sacrement, en pleine 
vigueur de son temps, les usages particuliers de la Cath^- 
drale, preuve evidente que la devotion & la Sainte Eucba* 
ristie 6tait tr^s florissante danslayille,ontcertainement 
d^velopp6 la devotion envers J^sus-Hostie dans le c<Bur 
de celui qu'on a appel^ avec raison le Pape du Saint 
Sacrement. 

Anselme de Mauni, Ev^que de Laon, n^ k Barcenay- 
le-Hayer, diocfesc de Troyes, frapp^ de la bonne mine et 
de la pi^coce intelligence de Jacques Pantaloon, Tavait 
attir(5 dans son diocese et fait enfant de choeur de la 
Cathcdrale : « Adhuc puer choro laudttnensis Ecclesix 
« nuncupattis est, tit horarias preces absolveret (1). 

« 11 fut d'abord clorc de TEglise de Laon, Prxsulis 
a hie primo I^tidtmi elericus, dit Thierry de Vaucou- 
« leurs, cit^ par Papirius Masson (2). » 

II commenQa sos etudes dans T^cole de Notre-Dame- 
dc Laon, etablio dans une dopendance de Tdglise, appe- 
l^e la maitrise on niaison des onfants de cha?ur. Scs 
heureuses dispositions et ses progr5s rapides le firentad- 
meitre, quoique jeune encore, dans le Chapiire de Laon, 
regards alors comme un des plus illustres du royaume. 
« Anselmus episcopus Laffflfmemis, ex indole futurse ma-- 
« gniludinis indicia prxmgiens^ canomeatum ipsi adhuc 
« juveni contidit, eo tempore quo Lmidunense capitidum 
« viriSy lit sanguine, sic eruditione et moribtts spectaiis^ 
c< simis afjundadat (3), » 

(1) Dom Marlot. edit, in-folio, tome II, 1> 558^ 

{2) III vilii Lrbani IV, liber V, lol. 229. 

(3} Dom Mahlut, loc cilato. — Gallia Christiana, IX, 538. 



DCUXlilME SECTION — RAPPORTS 211 

Les revenus de sa pr^bende et la protection de Tdvfe- 
que Anselme permirent au jeune chanoine d'aller com- 
pleter ses etudes k V University de Paris. Apr^s des 
epreuves nombreuses et des examens s^rieux, il futregu 
docteuren th^ologie et en droit canonique, et revint a 
Laon avec une grande reputation de science, de sagesse 
et de vie exemplaire. 

Voici son portrait trac^ par Thierry de Vaucouleurs, 
cit^ par Andr^ Duch^ne dans sa Vie (TUrbain /K et par 
le doven Antoine Bellotte : 

Ipse fuit Jacobus venerabilis urbe Trecenci 

Nat us, Lauduniim postea fovit earn. 
Hie liilaris vultu, mediocris corpore, corde 

Fortis, in aspectu dulcis, honoris amans ; 
Yenustus facie, clard quoque voce, peritus 

Cantu, quern gratum musica, voxque dedit. 
Officii Chrisli devotior, assiduusque, 

Qudlibet in missi fietibns ora rigans. 

Le trait cftract(5rislique dii chanoine Pantaleon etaif 
une ardente devotion envers la sainte Eucharistie. Le 
dernier des vers que nous venons de citer nous dit que, 
« a chaque messe qu'il c61ebrait, ses larmes coulaient 
abondamment ». 

Pour suivre plus librement son attrait et vivre dans 
iin plus prochain et plus doux voisinage avec le Seigneur 
Jesus, ilfit b^tir dans sa maison, situ(^»e au Cloitre des 
Chanoinos, une chapelle en Thonneur du Saint Sacre- 
ment, asilc sacrd qui se partageait avec lYtude les hen- 
res de ses jours et de ses nuits. L^, sans negliger le^ 
exercices rdguHers et publics de I'ofBcc cauonial, il entr*-- 
ienait avec son bien-aim6 do mysterieuses intimites. 

Lorsqu'il allait voir quelque pieux ami ou qu*i] lt»- 



212 JFXDI, 26 iUILLET 



accucillait cliez lui, il avail coutume de les aborderavec 
[e baiser fratemel, accompagn^ de ce gracieux salut : 

<c II fait bon d'approcher des l^vres parfumees par 
<( Penccns des saintes prieres (1). « 

Parade authentique, il donna plus tard la collation 
de sa chapelle au doyen du Chapitre de Laon avec ses 
vases sacr(5s et ses ornemenls, dont on devait faire un 
inventaire k chaque changement de titulaire (2). 

II s'etait acquis la confiance de ses coUfegues, autant 
par sa science, la saintet^ de sa vie, que par son babilet^ 
dans les affaires qu^il avait a trailer: Nous en avons une 
preuve dans, un passage du cartulaire du Chapitre do 
Laon, manuscrit in-folio sur v^lin, du xni* sifecle. 

11 (^lait tres aptc ^ di^chiffrer les chartes, les dipl6mes, 
les litres anciens, a les comprendre, h les classer et 
surtout a en reconnaitre rauthcnticil6 ou la faussete, 
rintdgritc^ ou Talt^ration. C'est lui qui mil en ordre los 
archives du Chapitre et composa le fameux cartulaire 
qui porte son nom, et I'enrichit de sa propre main do 
notes marginales. « Il/e est qui copiilavit librwn istum, 
« t(t in prologo legitw\ Cum esset in tractandis solers 
« ingenio et acuius, cartulanum in meliorem ordinem 
« a se digestiwij notis marginalibus inanu propria i/lvs- 
« travit (3). » 

Dans le prologue de ce grand travail, heureusement 
conserve!*, il se proclame le moindre de ses freres : 
« Venerahilibus viris et Dominis venerandis, capitulo 
« Laudimensiy Jacobus de Trecis, cunctis fratribus sins 
« minor, graiiam in prxsenti et gloriam in futuro, » 

(1; ///.s7. rfrrhain IV, par Tabbe Etienne Georges, oii nous avons 
Irouve des renseignemeiils iililes. 

(2) Carliilaire du Ghapitfe de Laon. 

(3) Marlot, — Gallia Christiana, 



DEUXIRME SECTION — RAPPORTS 213 



N 

Quelques faits, ^chapp^s h I'injure du temps, nous 
montrent que les chanoines de Laon, ob^issant h Tim- 
pulsion de leurconfrfere, s'appliquentavec zfele^ d^corer 
les autels et h donner plus de solennite au culte de la 
Sainte £ucharistie. 

En 4233, Etienne de Brie, chanoine, nomme Jacques 

de Troyes son ex^cuteur tcstamentaire , k charge de 

ftiire ciseler deux encensoirs pour encenser le Saint 

Sacroment. Nous trouvons (folio 218 du cartulaire 

manuscrit prccite), un acte de 4234, par lequel le doyen 

•111 Chapitre, Guy de Trainel, ou du Triangle, Guido de 

Trianguloy decide que, au moyen de fonds laisst^s par 

Elienne de Brie, le chanoine Jacques de Troyes, et 

rhomas de Brie, chanoine de Reims, ses exdcuteurs 

^c»slamontaires, chaque jour k perpetuite, a toutes les 

messes qui seront dites k Tautel majeurdans Tdglise de 

Laon, cet autel sera encons^ avec deux encensoirs, par 

•leux clercs en aubes blanches. Apres la lecture de 

' Evangile, ils prepareront derriere rautel Tencens et 

'es encensoirs, el apres le chant de la Preface y SLXiSancius, 

■'s approcheront aussit6t de Tautel, I'un k droite et 

* autre a gauche, et de 1^ ils e'ncenseront moderement et 

*'^* loin, jusqu'au moment ou le pretre elevera lasainte 

Hostie. A TekWation, ils se rapprocheront de Tautel, 

^ ugenouilleront et encenseront avec rcWerence le tres 

^Hint corps du Christ, pendant que le pretre le tiendra 

•lans ses mains; lorsqu'il le reposera sur i'autel, les 

J<*unes clercs retourneront i\ la place quits occupaient 

*^^iparavant, et de Ik ils encenseront jusqu'c\ la fin des 

•ablutions, et cesseront lorsque le pretre commencera la 

Postcommunion. Alors les deux clercs, apres avoir 

♦"ncensc Tofficiant, encensent T^v^que, s'il est present, 

*^1 enfin. Tun k droite et Tautro a gauche, tons ceux qui 

'"^^sislont au choeur, et retournent k leur place. 



/ 



21 & JRUDI, 26 iUILLET 



Pour montrer Timportance qu'il attache h cette pieusr 
coutume, le doyen Guy statue que si, chaque jour, ces 
encensements ne se font pas r^guliferement, le Chapitro 
sera oblige d'employer quatre thurif^raires au lieu de 
deux, jusqu'k ce qu'il ait scrupuleusement suppl^6 a cc 
qui aura 6t6 omis. £t pour que cette coutume soit 
observ^e rigoureusement et k perp^tuit^, le Butillier don- 
nera chaque ann^e dix-huit livres en monnaie de Laon. 
A la merae ^poque, en 1233, Jacques Pantaleon, en 
vertu du testament dltier, trfeorier de Laon, dont il 
est I'ex^cuteur testamentaire, donne lasomme necessairo 
pour Tentretien de treize cierges qui doiventbri!lleraux 
f&tes solennelles dans la Cath^drale. 

Autre fondation curieuse. Les ex^cuteurs testamen- 

taires d'Etienne de Brie avaient, comme nous ravens 

dit plus haut, fond^ une rente pour les encensements 

qui devaient se faire aux messes c^l^brdes a TauU*! 

majeur; ils donnferent encore k Teglise de Laon deux 

encensoirs d'argent dor6, pesant cinq marcs d'argcnl 

moins douze stellings, en demandant au Chapitre, dans 

un but de pi^t^, que chaque ann^e, au jour de saint 

Michel archange, k la ^rand' messe, quatre thurift- 

raires encensent Tautel, depuis le commencement d(^ 

rOffertoire Stetit Angelus, et qu'il soit mis dans ces 

encensoirs une quantite suffisante d'encens pour que la 

fumde de cet cncens remplisse le choeur de r<%lise. 

Tons ceux qui ^taient presents au ch<£ur, chanoines. 

chapelains, clercs, regoivent de Targentier du Chapitr<' 

deux deniers laonnois. N'est-ce pas Timage de ce que 

saint Jean vit au ciel ? Stetit Angelus juxta aram templi, 

habens thuribubfm aureum in manu sud, et data sunt ei 

incensa miilta, et ascendit fumus aromatum inconspectu 

Dei. 



DECXIKME SECTION — RAPPORTS 215 

L*ange, dit saint Ambroise, est k la droite de Tautcl 
de 1 encens ; il n'est pas en notre pouvoir de I'apercevoir, 
mais nous ne pouvons douter de sa presence quand le 
Christ s'immole sur I'autel. En presence de Tange, 
l*encens de notre prifere doit bruler dans Tencensoir 
de notre cceur par le feu de la charitd,en odeur de sua- 
vity (1). 

IV. — Ffite dn Saint Sacrament k Laon. — C'est 
vers 1233 que la ffete du Saint Sacrement, sur les 
pressantes soUicitations de Jacques de Troves , fut ins- 
titute dans r£glise de Laon. Voici comment s*exprime 
Dom Marlot : 

« Feri quxdam conclusion eo (Pantaleone) consulenti, 
« festum sanctissimi sacramenti institutum, cum selec- 
« tissimis his ritibus ac cseremoniis quas adhuc vigent 
« canonicosque decorandis altaribus studuisse, » 

Ce soin des chanoines pour la decoration des autels 
se trouve indiqu^ en partie par les testaments d*Etienne 
de Brie et dltier, dont il a 616 parl^ plus haut. 

Le texte de Marlot est formel; plus loin, on distingue 
avec autant de precision les deux phases de Tinsti- 
tution de la ftte, particulifere d'abord h TEglise de Laon, 
etpuis gdn^rale pour loute TEglise. 

« Lauduni, adhuc canonicus existens, nascentem hanc 
« pietatem obstetricatus fuerat, ad solium Petri eveclus, 
« decretocorroboravit [2). » 

D'apres ce texte, on doit conclure qu'une fete du Saint 
Sacrement avail 6i6 inaugur(^e k Laon, sur les conseils 
de Jacques Pantaldon, lorsqu'il ^tait encore simple 

(1) Extrait d'Antoine Bellotte et de Dom Marlot. 

(2) Marlot, loco citato, 558. 



^18 JEUDI, 26 JUILLET 



« semi-double. Ut Urbani IV, Poniificis maximi, cam- 
i< nici nostri singularis ergd sacratissimiim Eucharistiam 
« commendetur devolio, ediUi sanctione, decrevit ecclesia 
« Latidunemis itt quotannis officium sacratissimi Sacra- 
« menti ferid V cujuscumque hebdomadds, sub ritusem- 
« duplici persolvatnr, » 

Plus tard, en 4772, Son fiminonce le Cardinal de 
Rochechouart, ev6quc-diic de Laon, conserve religieu- 
scment cet office : 

« Officium S. 5. Sacramenti quod a tempore Urbani IV 
« (quern pro alumno ecclesia nostra gloriatur habuisse) 
« singuM feria V cujuslibet hebdomadx non impeditd, 
« celeb rare solemus, religiose servatummanet, utfidelium 
« ergd Corpus Christi redeuntia solemniapietatejyi acceru 
« dant, fidemque enutriant (\). » 

Qu'li nie soil permis de ciler, en le traduisant, un 
oxtrail dii doyen Ant. Bellolte, relalif a la solennil6 
donnoe an xni* siecle k la procession du Saint Sacre- 
ment dans Ics rues de la ville de Laon : 

« On prepare les croix de procession, le nombre con- 
« venable de torches et de cierges, les bannidres, les 
« imajj^es des saints. On dispose les feuillages qui doivent 
(' paror les reliques des saints, les couronnes de fleurs 
« qui soront portees paries enfanls de cha3ur et les autres 
« ministres de Teglise. Les rues par lesquelles la pix)- 
« cession doit passer seront nettoyees avec grand soin; 
M on y jetle des fleurs de toutes sortes et des herbes 
« odorantes. Les habitations sont couvertes d'etoffes qui 
« ^QVcM^'Xiiwxi conopee continu (conopoei perpetui). Les 
(' murailles de chaque c6te des rues sont ^legamment 
« ornees de tapisseries et de feuillages. 

(1) Exirait de TOrdonnance de Son fim. le cardinal de Roche- 
chouart pour ledition du Missel en 1772. 



DEUXIEME SECTION — RAPPORTS 219 

"' Chaque annde, k Tendroit de la ville appel^ la Place 
« deT^Iise SBint-Remi^ad plaieam^ une table est dressde 
eu forme d'autel, avec un arc 6l6gant, des lumi^res et 
autres omements (1). Le Saint Sacrement est placd 
siir un corporal au milieu de Tautel ; des chants reten- 
tissent qui acclament le Christ, roi triomphant : Tu 
rex glorias, Christe ; louange tirde du Te Deum lau- 
damus, composd par les tr^s c6l(»bres docteurs saint 
Ambroise et saint Augustin. 

" La solonnit^ de ce jour exige, ajoiite notre auteur, 
qu en raison de la procession, Tdglise et toute la ville 
' brillent d'un eclat inaccoutume, que tout le clei^c^. 
' seculier et r(5gulier, toutes les pieuses confr^ries, et, 
' s^lon une tr^s ancienne coutume laonnoise, les 
< laiques eux-ra(^mes porlent des flambeaux en temoi- 
' gnage de leur foi en la divinity du roi triomphant, 
' {^plendeur de la gloire, lumi^re qui ^claire tout homme 
' venanl en ce monde (2). » 

V. — Discussion historique sur la dur6e de TArchi- 
diaconat de Jacques Pantal6on k Laon. — llovenons 
maintenant a la citation de Doni Lclong, dont nous 
avons mentionno Topinion plus haul : 

" On croit h Laon qu'Urbain IV n'a jamais 616 archi- 
" diacre de Liege, et qu'on a confondu les noms des 
• deux villes et pris Laudimensis pour Leodiensis. » 

Jaloux de glorifier leur Eglise et de lui rattacher tons 
les personnages qui ont eu leur nMe dans Tinstitution 
de la F^te-Dieu, des r»crivains de Li(%e affirmcnt qu'avant 
son exaltation au tr6ne pontifical, Jacques Panlaleon 

(1) C'est bien la Maison-Dicu dont nous avons dejci parle. 
'2) Ritus Eccl, Laudunensis redivivij folio 859. 



220 JEUD1, 26 JUILLET 



avait 6i6 Archidiacre de I'Eglise de Li6ge (1); et, chose 
singuli^re ! lui assignent h Li6ge la m^me besogne 
qu'il avait a Laon, entre autres occupations : classement 
des archives, mise en ordre du cartulaire avec des ^clair- 
cissements et des notes marginales, pr^cieux travail 
d6did k ses confreres, dont il se declare le plus petit. 

Notons, dans la plupart des auteurs qui adoptent 
Topinion de la residence de Jacques Pantaloon & Li^ge 
comme archidiacre, la phrase stdr^otyp^e : « Jacques 
Pantaloon futaussi archidiacre de Li^ge,)) phrase qui n'a 
aucune liaison avec ce qui la suit et ce qui la pr6c6de ; 
c*est un veritable hors-d'oeuvre. Un autre historien dil : 
« Sur ces entrcfaites, T^v^que de Li^ge, Robert de Torote, 
appela Jacques Pantaloon, etc. » La date de cct appel 
n'est pas indiqu^e. 

Nous retrouvons la confusion des noms Laudunensis 
et Leodieiisis dans les Fasti Belgici et Burgtmdici d' Auhevi 
Mir^e. 

Voici comment I'auteur s'exprime : 

« Avant sou pontificat, Jacques de Troyes, qui avait 
« rdside longtomps a Lioge comme archidiacre, institua, 
« la derni^re annee de son pontifical, et ordonna de 
a C(5lebrer chaque annee dans loute TEglise, la fete du 
« Corps du Christ, qu'il avait ceic^brde k Liege en son 
M particulior, privatus, 

« Ante Pontificatum, Jacobus Trecensis, diu Leodici 
« resederat at archidiacoaas, et festivitatem Corporis 
« Christi qxiam privatus ce/ebrdrat, ultimo Pontificatih 
« anno J per uniiersam Ecclesiafn celebran quotatmis 
« mandavit. » 

L'auteur reconnait done que Jacques de Troyes avail 



(1) U F^e-Dieu, 1846. 



DEUXIEME SECTION — RAPPORTS 221 

celebr^ la F^te-Dieu en son particulier. Or, c'est h Laon 
et non a Liege que la chose a pu el dii se faire, et voici 
comment on pent le prouver : 

S'il est certain qu'au moyen Age les 6v^ques avaient 
encore le pouvoir d'6tablir des fetes particuliferes kleurs 
dioceses, il n'est pas moins certain qu*un simple parti- 
culier ne pouvait en faire autant de son autorite priv^e. 
Or, e'est seulement en 1246 que Robert de Torote, 
ev^qiie de Liege, convoqua un synode oil fut vot^e la 
celebration de la F^te-Dieu dans son diocdse, el il mourut 
sans avoir publie son mandement sur Texlension du 
culte eucharistique. 

C est seulement en 1252 que Hugues, cardinal-pr^lre 
(le Saint e-Sabine, Idgat duPape dans la Basse-AUemagne, 
declare qu'il est juste el utile que chaque annee, dans 
loule Tetendue de sa legation, on cel^bre en Thonneur 
du Saint Sacrement une fete plus sp^ciale que telle de 
la One. La celebration de celte f^te ne continua pas 
moins a languir dans la plupart des paroisses ; le Cha- 
pilre de la Cathddrale de Saint-Lambert s'efforQa m^me 
de la faire abroger (1). 

Remarquons que Robert dcTorote convoque un synode 
ouestvotee la calibration de la F6te-Dieu seulement 
en i2i6, mais qu*il est avere que d^s 1245 (2) Jacques 
deTroyes 6tait parti pour le Concile de Lyon, d'ou ilne 
reviendra plus, mais suivra le Pape Innocent IV qui le 
nomma son chapelain et Temmena k Rome. II n'a done 
pas pu, alors qu'il n'^tait que simple pr^tre, privaius^ 



(I) L'abb^Et. Georges, Hfstoire d'Urbain IV, passim. 

(2} Le mSme auteur, Tabbe Et. Georges, dit^ p. 34, que Jacques 
de Troyes fut nomm^ chapelain du Vatican et tr6sorier de la 
basilique de Saint-Pierre vers 1243. 



!222 lEUDI, % JUILLET 



cel($brer a Li^ge une fete que rautorild dpiscopale n*avait 
pas encore decret^e. 

On reconnait d'ailleurs quo Jacques de Troves, Jacoftii* 
Trecensts privaius solemnitatem cor porta Christi privatus 
cele.brArat. C'est donck Laon, comme nous Tavons dit, et 
non a Li6ge, que, sur les conscils ct avec l*approbation 
de TEv^que et du Chapilre, celte ftle avail &\& eiablie. 

On peut demander aussi a quelle dpoque precise 
Jacques Pantaldon a pu 6tre archidiacrc do Liege. II fiit 
longtemps chanoine de Laon. et nous lo suivons pas k 
pas pendant les annexes de son canonical. Nous no pou- 
vons enlrer dans tons les di^tails de ses occupations 
multiples : ses etudes a Paris, d'ou il revienl docleur en 
thoologieet en droit canon; ses nt^gociat ions prolong^es, 
a Toccasion des dcmdlos du Chapitre avec Enguerrand de 
Coucy, lors de I'empoisonncmenl d'Adani de Courlandon, 
doyen de Laon ; les soins qu'il prit pour (^lablir dans un 
ordre nieilleur le cartulairc si complct et si important 
du Chapitre, etc., etc. 

Arrivons a Tannine 1238. En cette annee. Gamier, 
grand archidiacre de Laon, successeur de TEvdque 
Anselmc do Mauny sur le siege de cette ville, s'estime 
lieureux de conficr h Jacques Pantaloon une large part 
dans le gouvcrnemenl spirituel et temporel de son 
diocese. II I'invcstit de la plus haute dignitc adminis- 
trative dans TEglise apres Topiscopat, el le nomme grand 
archidiacre : « Itaque honorabilis priesid Lauilunensis 
« EcclesifV eiim in siium Archidiacoawn evocavit : in qw) 
«' Ecclesia laudabiliter rixit, et honcsiie co/iversationis 
« habilfim studuit cause rvare (1). » 

Jacques do Troves s'appliqua avec tanl de z6le et 



(1) Antoine Bellotte. 



DE0X1^M£ SECTION — RAPPORTS 223 

d* exactitude k ses importantes fonclions, que TEvfeque 

Garnier se felicite d'avoir trouvc^ dans son archidiacre 

un conseiller prudent, un sage interpr^le des lois et des 

saints canons, un autre lui-nieme. II deploya tant de 

Wee et de sagesse, qu'il exer^a une action considerable 

dans le diocese et dans la maison de TevSque : « Com- 

^' plexum in eo singularihus studiis Ecclesiam Laudu- 

« nenseniyubi primumpontificatum iniit,ipsey)iet testatur 

« in litteris ad clerum Laudiinenseyn [\). » 

Tous ces services rendus, cette adminislralion 8t 
laquelle il fut dtroitement associe, la surveillance des 
paroisses de son archidiacone, les visiles des eglises 
nirales, etc., toutes ces fonctionsreuniesindiquentqu'il 
remplit pendant quelques annees au moins les fonctions 
d'archidiacre. 

Le catalogue des ev^ques de Laon, qui nous a et6 
ronserv(^, donne les dates de I'episcopat de Garnier, 
cinquanle-lroisi^me ev^que de cetle ville; elu en 1238^ 
il mourut en 1249. Est-il probable que ce previa t, qui 
avail choisi Jacques deTroyes commc grand archiiliacre, 
luiaitote sa charge avant 1243, annoe ou fut convoqu^ 
le Concile de Lyon ? 

Non, car voici ce que nous lisons dans Dom Marlot, 
*lontle toxte est reproduit dans la Gallia Christiana : 

« A la mort d'Anselme, eveque do Laon, on 1238, 

• Garnier, qui lui succeda, confora a Jacques do Troyes 

1 archidiaeonat qu'il possedait lui-meino. Cost avec 

" CO litre qu'il assista au Concile do Lyon on 12i5, sous 

" Innocent IV. La, son aptitude el son habiletc^ dans 

' les affaires qui y furent traitees lui attir^ronl Tadmi- 

" ration a tel point, qu'apros le Concile lo Pape sc 

(Ij Annales Eccksiasticae, auctore Odonco Raynaldo^ torn. xiv. 



224 JEUDI, 26 JUILLET 



< decida h Temmener avec lui k Rome, et se servit do 
lui depuis dans les affaires les plus importaotes et 
qui intdressaient la situation de T^glise. 
« Afisehno episcopo vivis exempto, anno 1238 r 
Garnerus qui ei suffectus est, Archidiaconatum quo 

< potiebatur Jacobo Trecensi contulit, eoque nomine 
i concilio Lugdunensi sub Innocentio IV inter fuit^ ubi 

de rebus in eo tractatis apte et subtiliter dtsserens, sic 

< se mirabilem exhibuit, ut summus Pontifex, castu 
( dimisso, secum Romam deducere decreverit, cujtis 

< posted usus est in rebus magni momenti et quse statum 
i Ecclesiw spectabant (i). » 

II fut en effet charge de plusieurs missions impor- 
tantes en Allemagne comme l^gat du Saint-Siege ; son 
experience, son savoir et son titre de l^gatlui donndrent 
une grande autorite ; il montra dans cette mission un(^ 
grande aptitude et rendit les plus grands services k. 
FEglise. 

Done, en 1245, Jacques de Troyes ^tait encore archi— 
diacre de Laon, et nous verrons bient6t, dans une lettro 
qu'il ^crit a sa sceur Sybille, qu'il se donne encore en 
4249 le titre d'archidiacre de Laon. 

Lorsqu'ilmontasur le si^ge de saint Pierre, Urbain IV 
voulut cxprimer sa reconnaissance et son affection 
envers I'figlise et le Chapitre de Laon, dans un bref 
couQu en dos termes ou respire un pro fond attachement 
pour la noble ville qu'un long sejour lui faisait aimer 
comme une seconde patrie : 

« Notre soin le plus cher, dit-il aux Chanoines de 
« Laon, est de repandre des faveurs signalees sur votre 
« ifiglise et den accroitre I'eclat par de glorieux privi- 

(1) Dom Marlot, cit^ par la Gallia Chrisiana, t. ix p. 538. 



DEUXIEME SECTION - RAPPORTS 325 

« l^ges. Get asile, agrdable au Seigneur, n'est-il pas 
« celui que nous avons habits longtemps et dans lequel, 
*• nous consacrant au service divin, nous fiimes affran- 
' chis de la servitude? Oui, variant ses secours suivant 
V nos besoins, elle nous a recueilli comme une m^re, 
« aliments comme une nourrice, prot^g^ comme une tu- 
<- trice, instruit comme une maitresse, honors comme 
^« une bienfaitrice. Au don d'un canonicat dont elle a 
*• grandement gralifi^ notre premiere jeunesse, elle a 
'« joint ensuite la dignity d'Archidiacre. C'est li que 
" nos etudes ont eu leurs premiers succ^s. C'est 1& que 
M nous avons 616 ilewe par degrds, par la protection de 
■ Dieu, sur le si^ge le plus Eminent. Oh ! que le souve- 

• nir de cette figlise nous est doux ! Etcombien rc^jouit 
•< noire coeur la pens^e de celle qui Ta fait naitre ! Mais 

• voici que promu au somniet du Souverain Pontifical 
«' par I'operation divine, cette m^me figlise qui a 6t6 
*i notre m^re est devenue notre fiUe, et que nous sommes 
«' devenu le pasleur de celle qui nous a nourri, et celle 
< qui nous a autrefois combl^ d'honneurs attend de 
«< grands honneurs de notre munificence. Quand nous 
« la consid^rons avec une bienveiilance paternelle, 
" Faffection filiate que nous lui portions autrefois se 
« ravive dans notre coBur, car nous la connaissons pour 
'* notre fiUe et notre m^re, notre fiUe maintenant, notre 
« mftre autrefois (1), » 

Le Pape ^num^re ensuite les privileges pr^cieux 
qu^ilaccorde k T^glise de Laon. 

La th^se que nous soutenons trouve sa confirmation 
dans nne lettre de Jacques de Troyes k sa soeur Sybille, 
abbesse du couvent de Montreuil-en-Thi^rache, au dio- 

;i) Antoine Bellottb, loco citato. 



226 JEUDI, 26 JUILLBT 



cfese dc Laon. En lui envoyant le 5 JrJillet 1249 Timage 
de la Sainte Face de Notre Seigneur Jdsus-Christ qu'ellc 
lui avail demand^e (celte image, conservde pr^cieuse- 
ment, est aujourd'hui v6n6T6e dans la Catti^drale de 
Laon), voici comment il s'exprime : « Aux v^n^rables 
« et devotes soeurs que je chdris dans le Seigneur ; k 
« Tabbesse et aux religieuses aim^es dans le Seigneur 
« qui habitent le convent de Montreuil, Jacques de 
« Troyes, Archidiacre de Laon, chapelain de Notre 
« Saint P6rc le Pape, salut. » 

Voici le textc latin : « Veneraiilibusei devotissororibus 
« dilectis, Abbatissx et religiosis conventtis Monasterioli, 
« Jacobus de Trecis, Archidiaconus Laudunensts, sancti 
« Pair is nostri Papx capellaniiSy saluiem. » 

En rdcapitulant la vie d'Urbain IV, nous trouvons : 
Jacques Pantaldon amend tr^s jeune k Laon par 
r^vfique Anselme de Mauny ; nommd jeune encore 
chanoine de Laon. 

En cettc qualite, il est choisi en 1233 comme execu- 
teur Icstamcntaire d'Etienne de Brie, doyen, et d'ltier, 
tr^soricr du Chapitre de Laon. 

En 4238, il succ^dc dans son archidiacond k Gamier, 
succcsseur (rAnselmc do Mauny. dans Tf^v^chede Laon; 

C'est on cetic qualite d'archidiacre que, en 1245, il 
est deputo par le Chapitre de cette ville au troizieme 
Concilo occumonique rt^uni h Lyon sous la prdsidenco 
du Papo Innocent IV ; sa science theologiquo et 
canonique le fait remarquer par le Pape, qui le nomme 
son chapelain; 

Pendant lo Concile, il est envovc deux fois comme 
Idgat du Sainl-Sioge on Allemagne, ou il soutient vigou- 
reusemont Innocent IV dans sa lutte entre le Sacer- 
doce et TEnipiro; 



DEUXIEME SECTION — RAPP0RT3 227 

En i249, dans une lettre k Sybille, sa soeur, abbesse 
de Montreuil-en-Thi^rache, il prend encore le litre 
darchidiacre de Laon ; 
En 1232, il est nommd ^vdque de Verdun; 
En 1253, il devient patriarche de Jerusalem ; 
EIu Pape en i26i, il publie la bulle de V Institution 
de la Fite-Dieu le 8 septembre 1264, et meurt le 2 oc- 
tobre de la m^me ann£e. 

D apr^s cette longue suite de faits, de dates, on peul 
se demander k quelle ^poque Jacques Pantaloon a pu 
singer SiLi^ge comme archidiacre. 

Et s'il a ^te archidiacre de Li^ge, comment expliquer 
que, pendant seize longues ann^es, T^vftque Robert de 
Torote ait pu r^sister aux ^loquentes paroles de sainte 
Julienne et aux exhortations de celui qui devait ^tre un 
jour appel^ le Pape du Saint Sacrement? 

Ce n'est qu'ii son retour du Concile de Lyon que 
r^v^ue Robert alia trouver Julienne, alors prieure 
de Tabbave du Mont-Cornillon , et lui dit : « Ma 
« chdre fiUe, j'ai regu de Dieu.un bienfait singuHer, 
«< par Icquel il a daigne me manifester sa tr^s 
« sainte volontd el m'intimer son ordre supreme 
«( sur rinstitution de la fete du Saint Sacrement jde 
« TEucharistie... Tons mes doules sont dissip^s, mon 
« indecision est chang^e en certitude. Je pense done 
« maintenant que rien ne pent contribuer davantage a 
M la gloire de Dieu cl au salut du prochain que I'insti- 
« tution d'une fete solennelle du Corps sacr<§ de Notre 
« Seigneur Jesus-Christ (1). » 

L'ann^e suivante, 1246, dans un synode diocesain, 
Robert de Torote ordonnait en effet la solennisation do 

(1) TisEN, Origo prima festi Corporis Christi. 



228 



JEUDI, 26 JUILLET 



la F6te-Dieu dans son diocese, treize ans environ apr^s 

que cette fMe ^tait d^ja solennis^e dans T^glise de 

Laon. . 

Quel est ce qienfait singulier de Dieu qui a tout d'un 

coup dissipd les doutes de Tev^que de Li^ge, mais dont 

rhistoire tail absolument la nature? « Selon moi, et 
sauf meilleur avis, dit Tabb^ Charpentier, ce bienfait 
singulier est un entretien de Robert Torote avec 
Tarchidiacre de Laon, enlre les sdances du Concile; 
entretien dans lequel Jacques de Troves aura con- 
vaincu T^vOque de Lit^ge de la n^cessil^ d'obdir aux 
revelations de la prieure du Mont-Cornillon, et d'dta- 
blir la F^te-Dieu dans son diocese. 
« Ainsi, apr^s en avoir 6ie le promoteur dans I'^glise 
de Laon, vei^s 1233, Jacques Pantaloon aurait encore 
ete le promoteur de cette fete dans le diocese de 
Lidge en 1246, comnie il devait en etre le promoteur 
dans TEglise universelle en 1264. Honneur h lui ! » 
Demandonsmaintenantavecrabbe Charpentier, don 

TEtude historique nous a 6i6 si utile dans ce Ion 

travail : 

t< Que conclure? sinon que TEglise de Laon pent re- 
vendiquer la gloire d'avoir ete, avec celle de Liege, 
le berceau de la Fdto-Diou, et d'avoir eu les prdmices 
de cette devotion. Honneur ^ TEglisc de Laon, qui la 
premiere a c^lebro la fcle du plus auguste mystdre de 
la foi catholique ! Honneur k la montagne de Laon, k 
laquelle nous pouvons appliquer cette parole du 
Psalmiste : Mons in quo bene placitum est Deo habi- 



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« tare in eo ! » 



Post'Scriptum : Nous sommes heureux que le 
(l(>ngr(>s Eucharistique de Reims, dans sa seance du 



DEUXIEME SECTION — RAPPORTS 229 

28 juillet 1894, ait interpr^t^ nos ddsirs et nos esp6- 
rances en acclamant le vcbu suivant : 

« Qu*une supplique soit adressee h Notre Saint 
« P^rc ie Pape, en vue d'obtenir la reconnaissance du 
« culte du Pape Urbain IV, Tinstituteur de la F6te du 
« Saint Sacrement, 

« Et que les d-marches entreprises par Monseigneur 
« TEv^que de Li^ge en faveur du culte de la bienheu- 
« rouse five soient bientdt couronndes de succfes. » 

Le jour ou la reconnaissance du culte du Pape 
Urbain IV sera promulgude, sera un jour de grande 
joie pour la ville de Laon; sa vieille et incomparable 
basilique tressaillira d*all(5gresse. II4tons-le par nos 
ardentes pri^res ! 



Appendice a. 
Saluts k trois Binidictions. 

Pour ne pas interrompre le r^cit de ce qui louche u Jacques 
Pantaleon, notls avons rejet^ u la fin de notre ^tude une coutume 
en usage dans la Gathedrale de Laon, que nous croyons int^res- 
sant de mentionner. 

D^s la fin du xiv^* si^cle, on c^l6brait a Laon des saluts a trois 
benedictions. Mention est faite de cet usage dans un manuscrit 
du XIV' si^cle. Les pages des saluts a trois benedictions sont des 
additions au manuscrit ; mais T^criture ne permet gu^re de leur 
assigner une date posterieure au commencement du xv° si^cle. 
Le passage est assez court, je le traduis en entier (1): 

'< Fondation de defuni Claude Desmazures, nagu^re chanoine 
'( de riglise de Laon. 

(1) CoUietarmm, BifoUoth^ue de Laon, maouscrlt 245. 

16 



230 JEUDi, 26 jimxET 



A l'Ex POSITION DU Saint Sacrement. 

« D'abord le pr^tre, s'approchant du Tr^s Saint Sacrement, 
a revdtu d*une chape de sole, un encensoir k la main, s*age- 
« nouille et commence Tantienne Ave verum. 

i< Ensuite, debout, il recoit le vase qui contient le Saint Sacre- 
» ment et le porte k Tautel majeur, et, se toumant vers le people 
« en tenant le Corps du Christ, il fait le signe de la croix et le 
»« replace sur le dit autel. 

u Pendant ce temps, deux enfants de choeur chantent le Tantum 
tt ergo Sacrameiitum ou un tout autre verset. Au milieu de ce 
t( verset, le pr^tre prend de nouveaii le Tres Saint Sacrement, et, 
" se tournant, le raontre au peuple en faisant le signe de la 
« croix et le replace sur Tautel. 

u Ensuite il chante le verset : Educas de terrd partem el vtnum 
V — Oraison : Deus qui nobis sub Sacramento mirabiU, etc. 

« II chanle le Requiem xternam, et le choriste le psaume JItserere 
« Twei, Deus, etc., avec De profundi's et les pri^res accootum^s 
« pour les d6funts. 

« Toules ces pri^res achev6es, le pr^lre revient au degr6 de 
« Tautel en disant : Cibavit nos ex adipe frumenti. Puis : Deus in 
« adjutoriumj pour les Complies. 

« Enfm, il prend pour la troisi^me fois le Trfes Saint Sacrement 
« place sur Tautel, et, faisant sur le peuple le signe de la croix^ 
« comme il est dit plus haut, il le reporte au lieu ordinaire. » 

NoTA : Get usage des saluts k Irois benedictions est encore en 
vigueur dans T^glise de Notre -Dame de Liesse. II y a peu de 
temps, i I'Hdtel-Dieu de Laon, on donnait deux benedictions, 
Tune au commencement, I'autre k la i\\\ du salut. On voulait 
donner aux religieuses qui, k cause de leurs fonctions auprds des 
nialades, ne pouvaient assister au salut entier, I'avantage de 
recevoir Tune ou Tautre benediction. 



Appendicc B, 
£ve la recluse. 

A propos du sejour de Jacques de Troyes a Liege, on nous 
objeclera peut-r^tre, comme opposee k notre thfese, une lettre 
ecrite par Urbain IV a Eve la solitaire, dont.la cellule etait 
adossee au cho^ur de la Coliegiale de Saint-Martin au Mont. Elle 



DEUIIEIIE SECTION ^ RAPPORTS 231 



avail une grande devotion au Tr^s Saint Sacrement, et elle 6tait 
li^e d'amiti^ avec sainte Julienne du Mont-Cornillon. 

<• Onsait que pendant yingt ann^es cons^cutives, de 1208 k 1228, 
« sainte Julienne avait une viaion, constamment la in^me. 11 lui 
« semblait voir la lune dans son plein, montrant sur son disque 
it une ^chancrure ; une voix int^rieure lui disait que la lune 
K signifiait T^glise de son temps ; T^chancrure qu'elle y remar- 
a quait, Tabsence d*une solennit^ au cycle liturgique, Dieu vou- 
cf lant qu'une f^te nouvelle fdt c^I^br^e chaque ann^e pour hono- 
« r«r solennellement et k part Tinstitution de la Tr^s Sainte 
.( Eucharistie. 

u Apres vingt ans de defiance d'elle-mSme et de luttes int^- 
« rieures, Thumble hospitali^re s'en ouvrit k une recluse du nom 
d'Eve, dont la cellule ^tait adoss^e au chceur de la Goll^giale 
« de Saint-Martin au Mont ; cette communication jeta £lve dans 
H un ravissement celeste. Toutes deux s*adresserent k un cha- 
•t noine de Saint-Martin, Jean de Lausanne, homme d'une grande 
« saintet^, avec priere d'en conf^rer avec les princes de la science 
R ecclesiastique. 

n Quelle etait cette recluse qui paralt tout d'un coup k Li6ge, 
u et dont rhistoire dit k peine le nom, en taisant absolument 
(c celui de sa famille et de sa patrie ? 

« Qq il me soit permis, dit Tabb^ Gharpentier dans son ^tude 
a historique deja cilee, d'6mettre une opinion. 

K Entre la ville de Laon et I'abbaye de Saint-Vincent se trouve 
»€ un quartier appele La Villette, villa Sancti Vincentii. Ce quar- 
(( tier, assez peupl^ autrefois, renfermait dans son enceinte plu- 
« sieors paroisses et Tabbaye de Saint-Hilaire . II fut ferm^ de 
« murailles par les soins et la lib6ralite d*une bonne dame 
« appele Eve. II y a encore aujourd*bui une tour, pr^s de la 
'( porte de la ville, qu*on appelle la tour de Dame five. » 

Cette dame five serai t-elle la recluse de Saint-Martin de Li6ge, 
qui d abord aurait vecu k Laon, y aurait connu Jacques deTroyes, 
mais que les longues et terribles repr^sailles du sire de Goucy, 
Enguerrand III (1215 k 1219) centre le Ghapitre, et Tinterdit jet6 
sur le diocese tout entier, auront obligee d'^migrer, emportant 
avec elle k Liege le souvenir du vertueux chanoine et de son 
ardente devotion en vers la divine Eucharistie? 

Entre le pays de Li6ge et le nord de la France, les relations 
^laient alors tr^s fr^quentes, nous dit un historien de la FSte- 
Dieu. 

Cette frequence de relations expHquerait comment, parmi les 
savants docteurs que consulte Jean de Lausanne, llgurenten pre- 
miere ligne Jacques Panialeon, chanoine de Laon; Guyarf, origi- 



232 JEUDI, 26 JUILLET 



naire de Laon, chancelier de la cath^drale de Paris et plus tard 
6v6que de Gambrai, et Jean de Laon, chanoine de Sainl-Marlin 
au Mont, qui l^guera la moiti6 de ses biens pour la c^l^braiioD 
de la F^te-Dieu. Apres un mOr examen, les docteurs consulted 
s*associerent aux d^sirs de Julienne. II faudra toutefois que la 
pieuse et pers6v6rante religieuse lulte pendant quinze longues 
ann^es contre les indecisions de son ^vdque, avant d'obteoir 
I'institution de cette f^te dans le diocese* de Li6ge. Comme nous 
Tavons vu, le Ghapitre de Laon fut moins ind^cis. 

11 est certain qu'£ve la recluse n'^tait pas inconnue du cha- 
noine Jacques de Troyes. Se disposant k publier, le 8 septembre 
i264, urhi et orbi, la bulle apostolique qui devait ^tablir a jamais 
et partout la f^te du Tr^s Saint Sacrement, Urbain IV demandaa 
quelques pr^tres Liegeois qui se Irouvaient ulors b. Rome, si la 
vierge du Mont-Gornillon vivait encore. — Non, repondirenl-il<, 
mais Eve, sa fiddle amie et sa confidente, est encore de ce 
monde, continuant d'edifier notre ville par ses vertus. 

A ce nom d'Eve, le Pape s'arr^ta comme pour recueillir do 
vieux souvenirs, et lui, r£v6que des fiv^ques, ecrivit de sa propre 
main a la pauvre recluse de Saint-Martin au Mont et lui envoya 
la bulle d'institution de la F6te-Dieu, et en mdme temps roflice 
que venait de composer saint Thomas d'Aquin, k la demande 
du Pape. 



LE MIRACLE DE BRAINE EN 1153 

Par M. Andrd FOSS£ d'ARGOSSE, de Soissdns, 



Noire Seigneur Jesiis-Chrisl, a plusieurs reprises, a 
daigne sc manifesler dans le Tres Saiut Sacreiuent. 
Cerles, ie diocese do Soissons fiit tout particiUieremcnt 
bvorise : 

Quel pays fut jamais plus fertile en miracles ? 

Quand Dieu, par plus d'efTets, monlra-t-il son pouvoir ? 

Sans relater tous les glorieux souvenirs de nos annales 
religieuses, nous citerons seulement les principaux 
miracles eucbarisliques. 

1° Le premier eut lieu k Soissons en 4115, le saint 
jour de PAques : Au moment ou un jeune garQon s'age- 
nouillait a la Sainte Tabic, il apergut un petit enfant 
flaus I'lloslie que le prelre lui presentait. Ce miracle, 
^'asse au cinquieme rang, est rapporte par le vendrabie 
Guiberl de Nogent. [Patrol. Int., tome 156, col. 516. 
""■Voir aussi la Reoiie du P. Tesniere du 13 nov. 1882, 
P- 332, et Catalogue general des Miracles eucharistiqaes 
"Hpres leur iconographie, statistiquc, bibliograpbie et 
rcleve geograpbique, p. 33, Lyon, imprimcrieX. Jevain, 
1886.) 

2* Le deuxieme, celui de Braine, miracle de premier 
ordre, sc produisit le mercredi de la Pentecdte de 
Ian M33. C'est le plus 6tonnanl, le plus solennel, le 
plus incontestable de tous ceux que rapporlent les 
annales de I'Eglise. Nous en reparlerons plus longue- 
mcnt tout a Theure. 



234 JEUDI, 26 JUILLET 



3<* D'aprfes le catalogue cit^ plus haul, un second 
miracle aurail cu lieu k Soissons en 1300 (Miracle de 
premier ordre, d'aprfes Carbin) ; mais les details man- 
quent. 

i"" En 1565 eurent lieu k Laon les exorcismes de 
Nicole de Vervins, qui furenl un grand triomphe pour la 
sainte Eucharistie, comme on le verra dans le rapport 
special qui sera pr6sent6. (Voir Monographzes, gracures 
et catalogue des Miracles eucharistiques.) 

Aucune grande c^remonie ne rappelant chaque ann6e 
le glorieux souvenir du miracle de Braine, S. G. M^ Dt- 
val et M. le chanoine Geoffroy, le v6ndrablc cur^-doyen^ 
de Braine, firent presenter un rapport k Tassemble^ 
annuelle de TUnion des CEuvres catboliques du diocese ^ 
le 7 nov. 1892, k Notre-Dame de Liesse, et le principe du 
retablissement eucharistique du Pfelerinage de Braine 
fut vot6 par Tassembl^e ; mais , malheureusemenf, 
aucune grande manifestation n*a encore pu 6tre organi- 
86e jusqu'k ce jour. 

Pour perp6tuer la mdmoire du Miracle de 1153, 
1* nous en rapporterons les details, 2** nous suivrons 
rifostie miraculeuse jusqu'k sa disparition dans la 
tourmente r6volulionnaire, et 3** nous motitrerons com- 
ment la tradition de ces fails s'est conservde jusqu'k 
nos jours. 

Indocti discant et ament meminisse periti. 

En dehors des ouvrages qu'il a consuUes et qui 
seront cites au cours du rdcit, Tauteur de ce mdmoire 
poss5de la copie d*un curieux manuscrit de la Biblio- 
thfeque nationale (Calalogue 8 de Thisloire de France, 
n** 1376. L. K. P) inlituI6 : De la sainte Sac'r^e Hostie de 
Braine. 



DEUXIEME SECTION — RAPPORTS 235 

Pour faire ceite relation, il a fallu mettre k conlribu- 
lion les importants travaux du v6ii6rable abbe P^cheur, 
ce modeme b^nedictin : il m'a d'ailleurs gracieusemeat 
autoris^ k le piller sans scrupule ei k me parer en quel- 
que sorle des plumes du paon ! A Taide de ses ^crits^ 
arrivons au r^cit du Miracle. 

I. — Le sifege Episcopal de Soissons 6lait occupy 
par Ancoul ou Ansculfe de Pierrefonds (61u en 1152) 
decide en 1158). 

Ancoul avail 616 oblig6 d'excommunier le comte de 
Braine, Robert, troisifeme fils du roi Louis le Gros, parce 
qu'il ne cherchait qu'k s'emparer des biens du clergd ; 
il n en honorait pas moins la comtesse, sa femme. Gette 
illustre et puissante dame semblait toutefois manager 
beaucoup les Juifs, dont il y avail un grand uombro 
dans ses domaines. — Ges Juifs avaient une synagogue 
k Braine el y habilaienl la rue des Juifs, aujourd'hui 
Le BailleuL 

Or, il se trouvail dans Tune de ces families, refoulees 
en ce quartier k part, une jeune fille d'une rare beaul6 
qui fit sur la comtesse une vive impression. Agnfes 
I'aima lendremenl; une seule chose, sa quality d*infidele, 
venail troubler cetle affection ; elle enlreprit de la con- 
vertir et « d'orner son beau corps de la beauts encore 
plus grande de notre foi >). Elle fit enlever violemment 
cette jeune fille de la maison palernelle par ses domes- 
liques, afin de Tamener en son chateau et de Tadmettre 
au nombre des jeunes personnes de sa chambre. Une fois 
en sa possession, la Juive dut la suivre tons les jours k 
Tiglise pour assisler aux offices, et sa maitresse ne ces- 
sait de Tengager k se convertir et a recevoir le baptfeme. 
Elle lui enseignait que ce n'dtait pas le corps fanlastique 



236 jEUDi, 26 JurLLET 



de J^sus-Christ qui 6tait present daas rEucharistie, 
mais son vrai corps form6 par TEspril Saint dans le 
sein de la Vicrge et attach^ k la croix (1). Mais les ins- 
tructions r^it6r6es dc la comtessc no faisaicnt aucune 
impression sur la jeune fille, qui persistait dans son' 
erreur. EUe disait qu'elle no croirait jamais h ce qu'on 
lui enseignait sur rEucharistie si elle ne voyait le corps 
du Christ cntre les mains du prfetre, avec sa chair et 
son sang sur Tautel de la croix. 

II ne fallait done rien moins qu'un miracle pour con- 
vertir la pauvre endurcie ; et la comtesse redoubla de 
priferes pour roblenir. Pleine dc son projet, elle s'en 
ouvrit au v6n6rable Ancoul, son 6vfeque, et lui demanda 
son assistance. Le pr61at, condesceudant avec une douce 
bienvcillance aux desirs de sa noble diocesaine, fit faire 
des processions solennelles dans les environs de Braine 
et fixa un jour pour une messe du Sainl-Esprit. Cette 
mcsse fut c6l6br6e par un venerable religieux de Saint- 
Yved, le mercredi de la Pentec6le de Tan 1153, au grand 
aulcl de Teglise du monast^re,eu presence de TArche- 
veque dc Reims (2), de TEveque de Soissons, de Pierre, 
abbe de Saint- Yved, de hi comtesse, d'une cour nom- 
breuse de seigneurs et de dames qu'elle avait r6unis, de 
lout le peuple et de lous les Juifs du pays. Le miracle 
tant d6sir6 s'efFectua au moment de la consecration. « Le 
corps sacre du Christ » parut visiblement sous la forme 
d'un enfant suspendu k la croix, k lagrande stupefaction 
de tous les assistants et surtout des juifs, qui se mirent k 

(1) Bibl. nat. CataL de VHhloire de France, 1376. — L. K. 7. 

(2) L'abbe P6cheur le nomme, avec certains auteurs, Henri de 
France, mais ce i)relat, frere du roi et de Robert I*''^ de Dreux, 
d'abord 4veque de Beauvais, n'occupa le siege dc Reims qu'en 
il62. — Cf. Lequeux, Ani. reL, t. II, p. 98, note 1. 



DEUXIEME SECTION — RAPPORTS 237 

(Tier SEDS rel4che — voce tncesssabili (1) — : « Nous avons 
vu le corps du Christ charnellement et corporellement 
titeadu sur la croix, comme la dame comtesse nous 
lavait dit tant de fois : dous ie croyons ferraeraent, et 
nous voulons tous Strc baptises au nom du Pere, du 
Flls et du Saint-Esprit^ qui a daign6 dans sa miseri- 
oorde eclairer notre aveuglc perfidie par Ics lumieres 
(le la gr^ce et de la foi. » Et tous, en effct, reQurent le 
bapt^me avec la jeune Juive. 



II. — Par les conseils de TArcheveque de Reims et 
Je TEveque de Soissons, THostie miraculeuse — Sacra- 
mentum, — fut conserv6e. On la deposa dans le calice, 
presduquel elle avail etd consacree, et on la mit dans 
unc ch^sse d'or qu'on pla(ja dans le Iresor de Teglise de 
Saint-Yved, « ou elle est demeuree sans alteration jus- 
qu'aujourd'hui, ainsi qu'on peut s'en assurer par ses 
yeux », ecrivait en 1163 le chanoine de Saint-Yved, 
auleur de la Relation du Miracle. A cette epoque, 
Airnes et Robert P' vivaient encore, ce qui demontre 
que Tassertion de Tabbe du monastere d'Eslival, qui 
place le miracle sous Y'olande de Coucy, femme de 
Robert II, fUs d'Agnfes, est completement erronee. 

Les deux prelats et plusieurs souverains pontifes 
accorderent des indulgences a ceux qui feraient des 
aumdnes k Saint-Yved k Tintenliou du miracle, donl on 
|K»rp(^tua la raemoire le mercredi de la Pentecote. 

En souvenir de cet dvenement fut etablie unc Con- 
frnie de Saint-Yved el de Saint- Victrice, par Tinterces- 
sion desquels le miracle s'etait opere. La f6te du Saint 

I; Ancienne relation. 



I 

238 JEUDI, 26 JUILLET 



Sacremcnl ne ful institute qu'en Tan i264 parle pape 
Urbaia IV. Dds lors, Ics membres de cetle pieuse asso- 
ciation faisaient tous les ans, le jour de Toctave du 
Saint Sacrement, une procession solennelle, et le 
concours que cette c6r6monie attirait 6tait tel que ce 
fut Ik Torigine de la F^ie de Braine. 

II n'est pas t^meraire d'affirmer que cette confr^rie, 
qui porte aujourd'hui le litre de Confr6rie du Saint-Sa- 
crement, est, avec celle de la Sainte FacCj de Laon, une 
des plus anciennes qui existent. D'aprfes les recherches 
faites par un Pere de la Compagnie de Jesus, il est 
permis de dire qu'il n'ep est pas de plus anciennes en 
France, en Espagne et en Italic. 

On conservak Brainenon seulemement Thoslie, mais 
les vases sacr^s et les ornements qui avaicnt servi k 
cette messe miraculeuse. C'<5taient autant de chefs- 
d'oeuvre oil les arts de Torfevrerie et de la broderie du 
xu* sifecle avaient r^pandu leurs richesses avec une pro- 
fusion inouie. On montrait encore, avant la Revolution, 
an Tresor de Braine, le moule qui avail servi k la 
confection de Thostie. Cette hostie 6tait elle-meme 
conserv6e dans un reliquaire de filigrane d*or depose 
dans une coupe on calice. Celui-ci etait lui-mfeme ren- 
ferm^ dans une boite d'argent sur laquelle on avail 
grav6 : Ad vitem vitse sitientes, oro, venite ; — vencz, je 
vous conjure, k la vigne de la vie. — Et vinum de vera 
sugite vile; — et sucez le vin qui decoule de la 
vraie vigne. 

Dom Marlfene, dans un de ses voyages litt^raires 
(1724), ditqu'on voyait encore de son temps Thoslie en- 
tiere et qu'elle 6lait de la grosseur d'un denier de onze 
lignes de diamelre. En 1764, Carlier relate qu'il n'en 
reslait plus qu'un pen de poussifere; en effet, un archi- 



DEUXIEME SECTION — RAPPORTS 239 

diacre ayant ea la malheureuse id6e de ]a toucher avec 
la pointe d'une ^pingle, les restes s'^taient fondus. 
{V. Rousseau,) 

L'eglise de Tabbaye de Salnt-Yved, commenc6e par 
Robert I** de Dreus, lequel, « quittant sa bonne 6pouse 
pour faire le pfelerinage de Jerusalem, avail laiss6 abon- 
damment or et argent , rentes et revenus , k la digne 
Agnes pour faire et parfaire icelle 6glise (1). » La com- 
tesse continua T^glise aprfes la mort de Robert I", avec 
I'aidede son fils Robert II. D'apres Herbelin, ce mer- 
veilleus Edifice « fust faict et accomply en sept ans et 
sept jours ». Neanmoins, il paralt certain qu'on em- 
ploya 40 ans k Tachever et le perfectionner (2). II est 
done probable qu'il n*6tait pas termini en 1216, 
lorsque la comtesse en voulut faire faire la consecra- 
tion (3). 

La c^r^monie eut Jieu le dernier jour d'aout. de 
Tan 1216. Youlant lui donner le plus grand ^clat, la 
comtesse et Tabbe fitienne y inviterent Tarcheveque 
de Reims, Alberic dc Humbert ou de Uautvillcrs, et 
liv^ue de Soissons, Haymart de Provins. 

Les c^r^monies comm^moratives en souvenir du 
miracle se perp^tuferent chaque annee, et la confr^rie 
continua d*exister. Les statuts furent probablement 
modifies au xvi* sifecle, car on a retrouv6 un rdle de la 
confr^rie de 1542, aujourd'hui dans les archives de 
M* Binart, notaire k Braine. 

Au milieu du xvu* sifecle, la Sainte Hostie faillit 

(i) Mathieu Herbelin, Mss. 

[2) Annates du diocese de Soissons, t. Ill, p. 153. 

(3) Agn^s mounit peu de temps apres et fut inhura^e au milieu 
du choBur suivant sa volonte. La Juive, sa proselyte, fut enlerree 
»'Dtre sa tombe et celle de Robert U, decide en 12i8. 



240 JEUDI, 26 JPILLET 



lomber au pouvoir des Espagnols. En effel, en 1650, 
pendant la guerre de la Fronde, Braine ne put (ichapper 
a la fureur d6vastatricc de Tarmec 6lrangfere. On fit ie 
sifege de I'abbaye. 

La plupart des religieux s'etaient retires k Soissons^ 
et il n*en 6tait demeure que cinq on six, au nombrc 
desquels etait Ic P^re Hulot, sacristain. 

On trouve dans Ie manuscrit de Cl.-R. Jardel, que 
M. ie Doyen de Braine a bien voulu me communiquer, 
Ie fidMe recit du sac de I'abbaye et de la preservation 
de la Sainte Hostie, en 16S0. L'abbaye fut pillde une 
premiere fois, et plusieurs des religieux s'ecbapp&reaL 
la nuit pour gagner Soissons, oil 6tait leur sup6rieur- 
Neanmoins, il y en eut trois qui vouiurent rester dans^ 
la maison. 

Le lendemain, 29 aout, i'ennemi revint k la charge 
encore plus furieux que la veille. Le sacristain, Ie 
P. Hulot, Tun des trois (jui elaient restes, fut somm^ de 
decouvrir ies caches. Voyant que sa vie n'etait plus en 
surcte, il s'evada et fut conduit par un officier espagnol 
qu'il ronconlra, au camp de Bazoches. Toutefois, le bon 
rcliiiieux, auquel rofficicr avait effort I'liospilaiite sous 
sa tcnte, ne dormit pas bcaucoup, car il avait Tespril 
fort louruienle au sujet de THostie miraculeuse qu'il 
avait cachee et dont il ignorait le sort. II s'en ouvrit a 
son hole, qui le conduisit au lieutenant-gcn6ral de Tar- 
mee de I'archiduc, le comte de Fuensaldague. Le Pere 
sacristain raconta au comte le miracle de la Sainte 
lloslie, sa conservation depuis plus de cinq cents ans, 
comment il I'avait cachee et la peine qu'il 6prouvait 
de no savoir co qu'elle elait devenue. Le comte Tecouta 
favorablemont et lui donna un escadron de cavalerie 
pour I'accompagner a Braine. Arrive avec Ies soldats 




DEVX1EME SECTION — RAPPORTS 241 

k I'^glise, le sacrislain fait d'abord sa priere, puis il 
monte sur les voutes oil il a le bonheur de relrouver 
la precieuse cassette contenant THostie oii il Tavait 
raise. II Tadora, la porta sur le grand autel et la fit 
voir aux soldats. On romarqua que Ton avail enlev6 
des objets caches k c6t6 de la Sainte Hostie, tandis 
qu'on n'avait pas touch6 k celle-ci, ce qui fut regard6 
comme une protection providentielle. 

Le bon sacristain^ tout joyeux d'avoir retrouv6 ce 
trisor, retourna au camp de Bazoches avec son escorte. 
(Ihemin faisant, on rencontra des prisonniers qui furent 
delivrds sans rangon sur sa demande, en Thonneur de 
Tauguste Relique. Lorsqu'on fut arriv6 a Bazoches, 
THostie fut port6e chez le corale de Fuensaldague, qui 
Tadora ainsi que les seigneurs de sa suite. Puis il fit 
diner le Pfere Hulot et fit transporter ensuite en son 
carosse I'Hostie a Fismes, ou elle fut remise au cur6- 
doyen Bazin. Le dimanche suivant, TArchiduc lui- 
meme vint I'examiner avec sa suite et Tadora en t6moi- 
gnant de grands sentiments de d^vQlion. 

Mais le Sup6rieur de Saint-Yved ayant appris k 
SoissoDs, ou il se tenait prudemment k Tabri des 
iv^nements, que la Sainte Hostie 6tait k Fismes, au 
milieu des Espagnols, ecrivit au Pfere Hulot une longue 
letlre ou il lui reprochait avec sev6rite dl'avoir mis 
celle relique aux mains des ennerais, et lui disant 
« que loutes les pertes qu*on avait faites n'6toient rien 
en comparaison de celle-lk, il fit au reste tout ce qui 
seroit en son pouvoir pour rentrer en possession de 
riloslie; autrement qu'il seroit bl^md le reste de ses 
jours d'etre la cause de la perte d'un si prelieux thr6- 
sor ». 

Apr^s un premier moment de surprise^ — le P^re 



242 JEUDI, 26 JUILLET 



sacristain s'attendait k des compliments pour avoir 
sauv6 THoslie de la destruction — il se rendit k Fismes 
pour redemander THostie au Doyen. Ce dernier ne 
voulul s'en dessaisir que sur un ordre de rArchiduc. 
Celui-ci fmil par ceder aux instances du P6re Hulot, qui, 
« plus joyeux que s'il eut gagn6 tous les thr^sors du 
monde », se mit en devoir de reporter k Braine ce 
d^pot qui lui avait caus6 tant de soucis. Mais il fit la 
chose sans bruit, selon Ic conseil qui lui fut donn^. 
Conime il venait cliaque jour mendier au camp, rem- 
portant dans un panier ce qu'on lui donnait, il put y 
placer la Saintc Hostie sans que personne se dout&t de 
rien. Arriv6e lieureusemcnt k Braine, elle n'y resta 
qu'une nuit; on la porta a Vailly, puis a Soissons, oil 
elle fut remise au P^rePrieur, tant on craignait de nou- 
veaux accidents. Lc Pere voulut mfeme contenir sa joie 
et faire en sorte que rien ne fiit divulgu6 de cet lieu- 
reux ev6nement ; mais quoi qu*on put faire « le bruit 
courut que la Sainte Hostie de Braine 6toit k Sois- 
sons ». L*abbesse de Notre-Dame, Henriette de Lor- 
raine d'Elboeuf, dont la statue est maintenant k la 
Catli6drale de Soissons, « en ayant eu vent », fit con- 
jurer le Prieur de la faire porter en son 6glise, afin 
qu^elle ct scs religieuses eussent le bonheur de la voir, 
promettant « de la rendre entre ses mains a sa pre- 
miere requeste et volonte ». Le Pere Prieur n'eut pas 
contianco dans les promesses de la bonne religieuse, 
et « nc voulut pas se degarnir d'un si riche thr6sor et 
fit reponse que la Sainte Hostie 6tait en lieu de siiret6 ». 
L'eveque de Soissons, Simon Le Gras, n'eut pas plus 
de privilege que Tabbesse de Notre-Dame. Ayant fait 
dire au Prieur que quand on voudrait la reporter k 
Braine on lui en donn^t avis, pour qu'il la fit conduire 



DElTXIKMl!: SECTION — RAPPORTS 243 

processionnellemcnt et en grand honneur jusqu'en 
(Irhors de la ville, « on le remercia de son offre et de 
sa bonne voIonl6, et on ne voulut 16moigner ou 6toit 
la Sainte Hostie ». 

Enfin, Tarm^e espagnole d^campa au milieu de sep- 

tembre, et le Prieur revint k Saint- Yved, ou quelques 

religieux avaient continue de demeurer. II manda aux 

autres, disperses en divers lieus, de rentrer au monas- 

lere. Tout avail ^t6 ravag6, les lombes viol^es; une 

seule chose consolait les religieux au milieu de tant de 

miseres, la conservation des saintes reliques et surtout 

celles de saint Yved. Quant k THostie miraculeuse, le 

Prre sacristain,qui s'6tait donne tant de peines pour la 

sauver, fut cliarg6, avec un autre chanoine, d'aller la 

reprendre k Soissons. II la rapporta « bien d6votement et 

secrelement » dans le calice ou on la conscrvait et qu*il 

enveloppa d'un lingerie 7 octobre 1650. Ce calice n'existe 

plus, mais on possfede encore la boite d'ivoire dans 

laquelle il 6tait renfermS et qui est du meme style el de 

meme matifere que la ch&sse qui contenait les reliques 

de saint Yved. 

AFarrivee de la Sainte Hostie, les chanoines allerent 
I'adorer, mais sans cdr^monies ext6rieures, P^tat de 
leur 6glise nc permetlant pas de c616brer Toffice divin. 
Le 17 octobre, veille de la saint Luc, on put reprendre 
roffice, et le 30 on fit m^me une procession pour remer- 
cier Dieu de la dSlivrance du fl6au de la guerre, lui 
(lemander celle du O^au de la disette et des maladies 
qui en ^laient la suite, et enfin pour c61^brer le retour 
de la Sainte Hostie. II y cut, k cette solennil6, une 
grande affluence du peuple, qui, lui-merac, voulut 
porter la precieuse relique. On la termina par un Te 
Deum, et depuis lors I'Hostie miraculcuse continua 



244 JEUDl, 26 JUILLET 



\ 



d'etre conserveeet honoree dans Teglise de rabbaye(l;. 
II n'y a rien h signaler depuis,1729 jusqu*a i789; 
mais, h^las, a cette date fatale, la chasuble du miracle, 
don de rArclicvequo de Reims, fut alienee (voir .1/^ 
nales du diocese de Soissons, par Tabb^ P6cbeur, tome 
vni, p. 205 et suivantes), et au milieu de la tourmente 



(i) Fiddle rdcil de ce qui s'est passd dans la maison de Saint- 
Yved, aux guerres de mil aix cent cinquanie, et comme la Sainte- 
Hoatie a eie tramportec. Copie mot a mol sur uri ancien ms$. de 
ce temps qui est au cabinet de Tauteur. Le mss. se termine ainsi: 
« Ge recueil a et6 fait i)ar un rolij^ieux de cetle maison (de Saint- 
Yved), comme aiant el6 lemoin oculaire et aiant vu une bonne 
partie des choses qui sont rapporteos, et aussi selon le r^cit quVii 
a fait plusieurs fois le P6re sacrislain, qui 6lait le K. P. Louis 
Hulot, trcs digne religieux, assez conuu par ses m^rites et j)our 
sa bonne vie, et conformement aux Memoires qu'il a ]ais>es. 
Plusieurs sont encore en vie et qui out bien 60 ans, de toutes 
ces choses susdites certifieut et assurent qu'ils contiennenl la 
verite. » 

Ce recit se trouve k la suite d'un Inventaire dea antiquites de 
Cdglise et abbaye de Braine^ ordre de Premontr^. (Ex bibl. de Claud. 
Rob. Jardel, mss., 1 vol. in-8**.) Ce volume, qui se trouve au pres- 
byt^re de Braine, m'a et6 communique par M. I'abb^ Geoffrey, 
cur^-doyen. 

Nous avons suivi cette version que Tabbe P^cheur (AnnaleSy 
t. VI, p. 261, note 2), I'abb*^ Muller (Une courte kc^lte a Braine;, 
preferent a la version de Carlier (Histoire des ValoiSf t. Ill, p. 77). 

Voir aussi Cabaret, mss., t. I"*", p. 278. — Cabaret, ancien Prienr 
de Vieil-Arcy, conseiller du Roi, pr^sidial de Soissons, Tun des 
^chevins de cette villa, coraposa de pr^cieux M&moires pour senir 
a I Histoire de Soissons^ en deux volumes. Cel ouvrage est a la 
BibJiotheque de la Ville, n° 240 des manuscrits. Cabaret mourut 
en 1785. 

Les Statuts et rdglements de la confr^rie de Saint-Vved et de 
Saint-Victrice furont modifies en 1719. Cette nouvelle ordonnance 
fut approuvee par lous les confreres dans Tassemblee capitulaire 
qui eut lieu le mardi de la Pentecote 1729, le P. F. de la Salle 
etant prieur de Saint- Yved. 

M« le doyen de Braine conserve dans ses archives paroissiales 
cet int^ressant document. 



DEUXlfiME SECTION — RAPPORTd 24S 

revolutionnaire les restes de la Sainte-Hostie dispa- 
rurenl sans laisser la moindre trace. Et, aujourd'hui, 
seule, ]a boite d*ivoire dans laquelle ^tait d6pos^ le 
petit reliquaire de la Sainte-Hostie est toujours conser- 
vee pricieasement au presbyt^re de Braine. 

III. — II ne nous reste plus qu'Ji poursuivre, jusqu'k 
IVpoque contemporaine , les derni^res traditions rela- 
tives au miracle de Braine. 

Peu de temps apres Tali^Dation de la chasuble, les 
religieux sont chassis de Tabbaye. Enfin, le 24 octobre 
1791, Tabbaye de Saint- Yved, ses vastes jardins, ses 
moulins furent adjug^s au citoyen Antoine Gacheret, 
marchand de livres k Pargny, pour la somme de trente 
mille cent livres. 

L'acheteur n'ayant pu payer, la propri6t6 passa aux 
mains du ciloyen Bruneleau, qui en fit faire la demo- 
lition. II ne resla du monastfere que le logis abbatial ou, 
dcpuis quelques ann^es, ont lieu de pieuses retraites, 
puis la procure et reglisc. 

Nous ne nous allarderons pas k suivre les catholiques 
de Braine depuis la Terreur, nous dirons seulement que 
la confr6rie de Saint- Yved fut restaur^e par Me' de 
Simony, de pieuse m^moire, le 20 avril 1844, k la re- 
quete du v6n6rable abb6 Lecomte,cur6-doyen de Braine. 

Dans son ordonnance, M*' de Simony relate ce qui 
suit : 

« Vu la requete du doyen de Braine ; vu les statuts et 
reglements donnas en 1729 aux confreres de Saint- Yved 
de Braine par le prieur de I'abbaye, Francois de la Salle. 

« Consid^rant que les reliques des Saints ont 614, dfes 
les premiers sifecles de TEglise, Tobjet de la v^n^ration 
des fiddles ; que les corps de saint Yved et saint Vic- 



47 



24() JEUDI, 26 JUILLET 



trice, ^v^que dc Rouen, ayant 6i6 transport's k Braine 
vers 860 ot que depuis on a vu de temps immemorial... 
une confr'rie de Saint- Yved et une analogue de Saint- 
Yictrice, etc., 

« R^tablissons par ces pr6sentes dans Teglise parois- 
sialc de Notre-Dame de Braine, dite de Saint- Yved, les 
anciennes associations. . • » 

Suivent les nouveaux statuts et rfeglements, dans 
lesquels les confrferes sont invites k se souvenir : 

« Que dans les processions du Saint Sacrement ils 
remplacent les membres de la Confr6rie ilablie autre- 
fois et autoris6e par plusieurs bulles des Papes en Fhon- 
neur du miracle de la Sainte Hostie, » 

Avec les ann6es, cette Confr^rie finit par ne plus Atre 
florissante. On r^solut de la rajeunir. 

Pendant une retraite faite k TAbbatiale de Braine, 
au mois de septembre 4890, par des ecclesiastiques dont 
plusieurs appurtenant k Tarchidiocfese de Cambrai, on 
parla du miracle de 1 1 53 et de la Confr6rie de Saint-Yved. 

On eut alors Tidee, qui fut approuvde par M. le Doyen, 
de transformer la Confr6rie dc Saint-Yved en Confr'rie 
du Tres Saint Sacrement. 

Voici CO que disait k ce sujet M. le chanoine Didiot, 
dans son discours sur la reunion de Braine prononc^e 
au congres de Lille le 19 novembre 1890 : 

(( Le 19 soplembre, le venerable 6v^que de Soissons 
(M?' Duval) vouliit bien visiter TAbbaliale et assister k 
deux seances do notre retraite. Puis, sous sa conduite, 
toule rassemblee se dirigca vers Tc^glise paroissiale, 
I'ancicnne eglise des Premontri^s; et la, au milieu d'un 
grand nombre de fideles, quelque pen 6tonn6s de celle 
c6remonie inaccoutumee, le souvenir du miracle de 
1153 fut rappel6, le but de la reunion expliqu6, le Trfes 



DGUXIEME SECTION — RAPPORTS 247 

Saint Sacrement reconnu comme foyer de toule charit6 
el centre dc toule CBuvre de zfele et d'apostolat. 

ft Lc soir du mSme jour, uue conference 6tait donn^e 
dans la m^nie ^glise k presque toute la population de la 
villa, et les bases dtaient imm^dialement jetdes d'une 
Gonfr^rie du Trfes Saint Sacrement destin^e k reprendre 
les traditions de celle que la Revolution avait suppri- 
mie, et qui 6tait consid6r6e « comme la plus ancienne 
el la plus noble du royaume ». 

LesStaluts de lanouvelleConfr^rie ont ^te approuv^s 
le 40 Janvier 1891 par M«' Duval; on y voit que le 
Saint Sacrement sera cxpos6 dans Teglise paroissiale le 
troisifeme dimanche dc chaquemois, & la grand*messe — 
jusqu'aprfes le salut solennel qui suit les vfepres. — A 
ce salul, il y a procession solennclle du Saint Sacrement 
i laquclle prennent part tous les associds qui portent 
des flambeaux. 

Chaque anndc, outre la Ffele-Dieu, il y a la f^te 
de Tassociation , qui est suivie, le lendemain, d'un ser- 
nce pour les associds d6funts. 

Voila done ce que Ton fait a Braine chaque ann^e. 

C'est ddja bicn, mais nous desirous mieux : le retablis- 

sement d'un pfelerinage eucharistique, qui perp(5kiera le 

souvenir du Miracle de 1133 et ravivera parmi nous la 

foi et la devotion au Tr(>s Saint Sacrement. 



L'EUCHARISTIE DANS LES ARTS 

DANS L'ANCIENNE PROVINCE DE CHAMPAGNE 
Rapport de M. le chanoine GER^, de Reims. 



l^MINENTISSIMES, 
R^V^RENDISSIMES SeIGNEURS, 

Messieurs, 

Si Tapdlre saint Jean rcvenail aujourd'hui au milieu 
de nous, il serait h meme de constaler combien vraie a 
dl6 sa parole : Et Verbum caro factum est, et habitavit 
in nobis, et vidimus gloriam ejus, 

Oui, le Vcrbe s'est fait chair; il a habil6 et il habile 
toujours parmi nous. Nous avons vu sa gloire dans le 
cours des siecles, sa gloire exterieure. Mais comme le 
Dieu de TEucharislie est un Dieu cach6, il appartenait 
a TEglise de le d6voiler et de le manifesler, en faisant 
appel k lous les Arts et en meltant au coeur dcs artistes 
sa sfeve, sa foi, son amour pour TEucharistie, qui les 
inspirera. Le g6nie de Dieu fecondc le g6nie de Thomme. 
L'art Chretien, Tart du Christ est cr66, il produit des 
merveilles jusqu'alors inconnues. L'Eucharistie rayonne 
sur tout ; tout se tourne vers ellc, comme la fleur vers 
le soleil. 

EUe sanclifie lout ce qu'ellc louche, tdmoin le corpo- 
ral sur lequcl a repos6 Notre-Seigneur. Saint Gregoire 
le Grand le donnait comme une relique insigne i des 
ambassadeurs ; rArchcveque de Reims, en descendant 
de Tautcl, Toffrait au baiser du Roi et de la Reine; les 
liturgisles affirment qu*k d^faut d'ossements des saints, 




DEUXIEME SFXTION — RAPPORTS 249 

on plagait dans la pierre d aulel un pelit fragment de 
corporal ayant d&jk servi (1). 

L'Eucharistie est et sera toujours la raison d'etre dcs 
produciious les plus varices et les plus belles. Si les 
ennemis du Trfes Saint Sacrement, les h6r6tiques, les 
iconoclastes, les r^volutionnaires de tous les temps 
n'avaient pas aneanti les chefs-d'oeuvre eucliaristiques 
en Ires grand nombre, les 6glises seraient les musses 
les plus riches du monde. 

Une promenade h travers la Champagne va d6mon- 
trer la verit6 de cette assertion. 

Pour ne pas ralentir notre marche, je laisse k la 
gare, en consignation, de nombreuses notes, avec 
Imdication de la provenance, et Texpression de ma 



(i) Le 16 juin 1775, jeudi de la Fdle-Dieu, quelques jours apr6s 
son sacre, le roi Louis XVI et la Reine assist^renl a la procession 
du Tres Saint Sacrement. Au retour, Leurs Majestes prirent place 
dans ks deux premieres stalles du choBur. Le Cardinal chanla la 
messe. Avant de rentrer h la sacristie, il vint avec lout son cor- 
teg»» devant le Roi et la Reine, et ofTrit i leur haiser le corporal 
''iir lequel venaif de reposer le corps sacre dv. Not re-Seigneur. 
(.Vote mss. tiree d'un Ordo de 1773.) 

Dans la revue Rcgne de Jesus -Christ, 1884, Mfe'*" Barbier de 

Montault a donne un savant article sur 1«» corporal de Bolsene, 

tach6 de sang, port^ k Orvieto sur I'ordre du Souverain Pontife 

UrbainlV. Au moment de la consecration, un pr6tre ayant dout^ 

de la presence r^elle de Notre-Seigneur, des goutles de sang 

lomb^renl sur le corporal. 

Dans la m^me revue, octobre 1884, p. 271, M^''' Barbier parte 
de la valeur attach^e au corporal. II cite des liturgisles qui 
afllrment, avec Durand, que I'on placait quelquefois un petit mor- 
ceau de corporal dans le tombeau des pierres d'aulel, en place 
de reliques. 

II sera parle un peu plus bas du corporal doinie par le Pape 
saint Gregoire le Grand, a des ambassadeurs qui venaient lui 
demander des reliques insignes. 



250 JEUDI^ 26 JUILLET 



reconnaissance pour les v6n6r6s confreres qai m'ont 
prftl^ leur concours. 

Architecture. — Le premier art qui a 6t6 appel6 k 
glorificr rEucharistie , c'est I'architecture. II convient 
done de comraencer par elle. C'est en elle que viendront 
se fondre tous les aulrcs. C'esl elle qui facilitera Rentier 
^panouissemcnt de la sculpture, de la peinture, dc la 
po6sie, de Teloquence, de la musique, de Torffevrerie, etc. 

Au sortir des Catacombes, aprfes avoir utilise les 

Edifices civils donnds par Constanlin, Tl^glise commeDQa 
h dlever des temples. 

« Pour honorer cette pelite chose de rien, qu'on peut 
« tenir entre deux doigts, les artistes se sont sentis 
« entrainds, dil le Pfere Monsabr6. Par eux la terre s'en- 
« tr*ouvre; de ses flancs tourment6s germent les ma- 
« jestueuses basiliques. les gracieuses chapelles (i). > 

L'archilecture romane, si bien appropri6e au carac- 
tere grave et simple du Ghristianisme, ne devait pas 
61 re le dernier effort de Tart chr6ticn. 

Au moment oil Julienne de Cornillon, sous Tinspi- 
ration divine, allait domander une ftte en Thonncur du 
Tres Saint Sacrement k un enfant de la Champagne, 
Urbain IV; au moment on saint Thomas devait laisser 
^chapper de son cceur des hymnes ravissantes et 
sublimes, la basilique romane subissait une transforma- 
tion complete. 

Elle se d^veloppe d'une manifere surprenante. Elle 
s'6tend, elle s*enfonce, elle s'6lfeve. On dirait qu'un 
esprit Trieste s'est incarn6 dans ceMe masse, mens agitat 
tnolem, L'edifice saerd monte, monle encore, sans fin el 

(1) Conference du CartUne, 1884 : VEuckaristie; Paris, 2*6dit. 1884. 
p. 120, Efaltenveck, 6diteur. 



DEUXiblE SECTION RAPPORTS 2S1 

sans terme, voulant unir la terre au ciel et en devenir 
le parvis, porta cceli. 

II se referme cependant, pour couvrir rEucharistie 
d'une ombre protectrice, et s'assurer que son Dieu est 
bien k lui et chez lui. L^union, toutefois^ n'est pas 
brisie. Le maiire des oeuvres, au-dessus de Tautel, 
lance un d6me d'honneur, qu'il surmonte d'une flfeche, 
symbole des aspirations de rhumanit6 vers son divin 
auteur, sublime aIl%orie des efforts continus de T^lise 
militante. 

Sculpture. — La pierre nne, lourde et insensible du 
temple se spiritualise, elle s'allegit sous le ciseau du 
sculplear, elle prend des formes gracieuses et multiples, 
elle s'anime. Images de la creation, nos vieilles basili- 
ques se couvrent de fleurs, de plantes varices, d'animaux., 
de personnages, de toutes les productions de la nature. 
Les colonneSy couronn6e? de leurs chapiteaux, sont 
nombreuses comme les arbres d'une forfet. Les nervures 
des voutes se croisent comme les mains pour la prifere. 

Qui done a inspir6 ces conceptions sublimes? L*Eu- 
charislie. « Ce n'est pas a Pliomme, dit TEsprit Saint, 
que Ton 6lfeve de pareils Edifices, mais k Dieu. » 

Quelle part la province de Champagne a-t-elle eu 
dans ces magnifiques productions? Une trbs grande, 
la plus grande. 

Au dire des architectes les plus autoris6s, Tart go- 
thique dans sa plus belle p6riode, du xn" au xiv* sifecle, 
apris naissance et s'est d^velopp^ dans la Champagne, 
dans les d^partements de TOise et de TAisne (1). 

(J) BouRASse, Les Cath^drales de France, — M. Eugene Leffevre- 
Pontalis fait parallre un ouvrage remarquable sur Y Architecture 
religieuse dans le diocese de Soissons au xi" et au xii* sidcle. 



252 JEUDI^ 26 JUILLCT 



Fautril s'6tonner alors que, dans noire region, on 
ait construit autant d'eglises de premier ordre ? Laon 
et sa lanterne 6l^gante, Amiens et sa nef, Beauvais 
et son chcBur, Nolre-Dame de Reims et son portail 
incomparable ; Saint-Nicaise de Reims, T^glise en den- 
tcUe de pierre; Saint-Remi^ malgr^ sa proximity de la 
Cath^drale, toujours admir6 des visiteurs, ainsi que 
sa scBur de Mouzon, Noyon, Troyes, Senlis, Soissons 
et les ruines de Saint-Jean des Vignos, Saint-Etienne 
de CliAlons, et la riche fleur gothique, 6closo dans les 
champs, et d6di6e k Noire-Dame de T^pine, et tant 
d'aulres. 

Tons ces Edifices glorifient le Dieu de rEucharislie, 
en rhonneur duquel ils ont 616 construits. Quand on 
les ^tudie attentivement^ on reconnait facilement que 
le maitre des ceuvres, en dressant son plan, avail sans 
cesse dans la pens6e le souvenir de TEucharistie. 

II serait trop long de prouver cette assertion, en 
interrogeant Tune apres Tautre toutes les ^glises de la 
province. Pardonnez- moi , Messieurs, si je ne vous 
parle que de la Cath6drale de Reims. 

A Tabside, I'artiste a p]ac6, contre les murs, une 
suite d*anges qui couvrent de leurs ailes la veritable 
arche sainle. Dans les contreforls, d'autres anges sont 
Ik, comme des gardes du corps et des gardes d'honneur, 
et le long des nefs on voit des anges, po.rtant les vases 
et la mati^re du sacrifice de la messe. 

On trouve encore, an transept sud, la pens6e de 
TEucharistie dans deux des plus belles et des plus 
grandes statues de Tedifice, placees dans Tangle de la 
rosace qui regarde rArchcvech6. L une, c'est la Syna- 
gogue, d6couronn6e, les ycux band^s, tenant dans ses 
mains les tables de la loi renvers6es, et un 6tendard 



DEUXIEME SECTION — RAPPORTS 253 

brisS. L'autre, V^lglise, un diadfeme sur le front, le 
drapeau de la vicloire h la main, elle 61evc vers le ciel 
le calice, cause de son triomphc, calicem salutaris. 

Durant ces jours, la statue de T^glise me parait 
toute radieuse. Elle semble sourire aux Membres du 
Congres qui circulent k ses pieds, elle repose avec 
reconnaissance ses regards sur les hauls dignitaircs 
ici presents, sur Tfiveque de rEucharislio et sur le 
Legat, encore resplendissant des gloires de Jerusalem. 

La pens^e de rEucharislie est exprimee k Tinl^ricur 
de la Cathedrale de la manifere la plus explicite. A 
Tentr^e du porlail, apparait un groupe magnilique. 
Auprfes d'un aulel reconvert de nappes, un pretre do 
la loi nouvelle, en chasuble, pr6sente une hostie k 
un guerrier richement arm6, suivi d'un ecuyer (1). 

(1) Le groupe de la Communion fait partie d'un ensemble de 
statues qui d6corent la porte principale du porlail et celles des 
coles : eiles sont plac6es dans des niches trilobees, reliees enlre 
elies par des panneaux de fleurs. 

Les icones rappellent des circonstances de la vie de Notre-Sei- 
gneur; son enfance ; des miracles de sa vie publique ; les figures 
qui I'ont annonce ; les rapports du Sauveur avec saint Jean- 
Baptiste, baptisant Notre-Seigneur, montrant sur son manleau 
TAgneau de Dieu, disant: « La cognee est a la racine de Tarbre... » 
Le groupe qui nous occupe est place en bas, a droite du visiteur. 

Pr^lre en chasuble moyen Age, longue barbe, large tonsure : 
il est debout aupres d'un autel recouvert de nappes lorabantes. 11 
tient un ciboire k la main et presente une hostie. 

Guerrier debout, tourn6 vers le pretre ; il a les mains ganlees 
et jointes. 11 est v^tu du haubert (cotte de mailles) ou lunique 
composee de chalnons de fer, tombant jusqu'aux genoux. Kile 
est couverle d'une deuxi^rae cotte, en eloffe, dite surcot, sans 
manches. Sur la t^te est un bonnet de mailles pendant sur les 
epaules. Les gantelets, cuissards, jambi^res sont de mtime 
travail. Une large ceinture soutient une dague ; une lance est 
dans le bras droit. 

Ecujrer, avec cotte de mailles, en fer, terminee sur I'epaule en 



284 JEUDI, 26 JUILLET 



Ce groupe, la Communion, est d'un fini achev6 ct 
Irfes curieux de details. Le pr6tre offre une hostie. 
trfes petite (1), ronde, telle qu'on la rencontre au xi* 
sifecle (2), d6sign6e, en H54, par Ernulphe, 6v6que de 
Rochester, comme une sorte de monnaie, in formam 
m(mmi{3), ou par Honorius, prfetre d'Autun, en 4 443, 
comme un denier, panis in modum denarii formatur (4j, 
parce que, dit-il, le vrai pain de vie, Jesus-Christ, a 6le 
vcndu pour un certain nombre de deniers, Lui, le veri- 
table Denier, qui sera donn6 en recompense aux ouvriers 
de la vigne, 5^ re ff nans in pretitim, 

A la pensce principale, Timagier semble en ajouler 
une secondaire. Ce n'est pas un simple fiddle qui com- 
munie, mais un guerrier, un roi peut-fetre, richement 
v6tu, ou un chevalier partant pour la croisade, peut- 
fetre Philippe-Auguste (5) qui, avant la bataille de 
Bou vines, reQut la saint e Communion des mains de 
r^v^que de Tournay, da robur fer auxilium (6). 

collet arrondi et denlel6, serr^e k la taille par une large echarpe 
nou^e. Le guerrier a la t^te couvcrte d'uii heauine sur le haut 
duquel rampe un gracicux lezard. 

(i) On conservail aulrefois a Tabbaye de Braisne (Soissons) un 
fer a hoslie, mesuranl 25 millimMres de diamtHre ; voir le Gau- 
frier, p. 23, note. 

(2) Krazer, p. 145. 

(3) d'Achery, Spicilegium, tome III, p. 471. 

(4) Gemma animas, lib. I, cap. xxxv. 

(5) Philippe-Auguste mourait en 1223, quand les travaux de la 
Cathedrale ^taient en pleine activity. Est-il improbable que Ton 
ait song6 a rappeler sa m^raoire dans un edifice ou il fut sacr6, 
lui qui avail et^ a la croisade, el qui, a Bouvines, avail des 
Champenois comme compagnons d'armes? 

(6) « C*^tait le dimanche 27 juillet 1214, Philippe-Auguste, sur 
le point de livrer bataille a Bouvines, apr^s avoir fait sa prifere 
dans Teglise du village, u il estail encore matin, il conta li 
« vesques de Tournay et li Rois oi messe, 6lant lout arme. Quand 



DEUXIEME SECTION — BAPPORTS 258 



Ce groupe ne serait-il pas aussi une allusion k Mel- 
chis^dech, offrant du pain aux soldals d'Abraham (1) ? 
Une image, une affirmation de Talliance du sacerdoce 
et de Tempire, du trdne el de Taulel. Au moment de 
I'onclion, dans la Cath^drale des sacres, le Roi promet 
protection au consicrateur. Celui-ci, en ^change, lui 
donne un gage de la vie 6ternelle, 6nergiquement 
exprim^ par le pain suprasubstantiel. L'evfeque, en 
rtalil6, donne plus qu'il ne regoit. 



— Les ojuvres de la sculpture, 61ev6e k 
la plus haute puissance^ sonl loin de reproduire toutes 
les richesses de la creation. EUe r^pand la vie sur les 
murs inanim^s, fait palpiter la pierre insensible, couvrc 
les frises d'ornements de lous genres, enrichit les por- 
tiques de bas-reliefs, d*admirables statues, 6Ieve des 

« la messe fut dite, si fist le Rois aporter pain et vin et flst 
« tailler des souper et eu mangea une. El puis dist h, lous ceux 
t( qui en tour lui estaient: Je proi a tous mes bains amis qu'ils 
<t mangascent. » fChronique de RainSy mss. unique du xiii** si^cle, 
Bibl. nation., 6dit6 par M. L. Paris, archiv. de la ville de Reims, 
chez Tecliener, en 1837.) 

I-es Champenois se distingucrenl dans celle bataille. dil M^ze- 
ray, avec Robert de Courtenay, Pierre de Reims, TAchille fran- 
eais, Gaucher de Chdtillon. lis prirent Ferrand, comte de 
Flandre, que le roi triomphant ramena dans la capitale. 
(MizEaAT-VELLY, tome III, p. 321. — Marlot, Hist, de la dtc de 
Reims.) Ge qui Qt dire : 

Deux Ferraas bien ferrez 
TraineoC Perrand bien enferre. 

(I) Lasainte Communion de la Cath6drale se retrouve dans le 
Psautier de saint Louis, mss. sur parchemin, Bibl. nationalo, 
n* 636: MelchisMech offrant du pain aux soldals d'Abraham. 11 a 
la chasuble et le cib<iire, scmblabh^s a ce qui se Irouve i la 
Cathedrale. Les soldats porlent des cottesde mailles-. (Historiens 
dc France, xiv" volume, gravure en t^te du volume.) 



256 JEUDIy 26 JUILLET 



autcls somptueux(l), maisellenc produit pas la lumi^re. 
A la pcinlure, il esl donu6 de toul illumlacr dans le 
temple. Pour le Dieu dc rEucharistic, elle fait flam- 
boyer les rosaces et les fenStres, elle repand dans 
Tedifice un jour myslerieux qui porle a la priere, elle 
donne a tout Tinterieur des teinles ot des reflets de 
pourpre, d'azur, d'iris et d'or, qui font de la basilique 
unc image de la Jerusalem c61esle (2). 

Vitfaux. — Si les verrieres sont un ornement, elles 
sont aussi de grandes images, qu'un concile d'Arras 
appelle le Livre des La'iques et quo les anciens cat6- 
chismes recommandaieut de « regarder en recitant le 
cliapelet, durant la sainle messe » (3). 

L'Eucharislie elait un des sujets les plus aim^s du 
peinlre verrier. A Sainl-Remi de Reims, la fenfetre du 
transept, xv' siecle, esl consacree a la Cene (4). 

Dans Teglise de Saint-Alpin, de Ch^lons-sur-Marne, 
Irois verrieres sont garnics de dix sujets eucharis- 
tiques (S). 

(1) Voir il I'arlicle Orfcvrcvie ce qui concerne les autels. 

(2) « Jerusalem celeste, veiiant de Dieu, paree comma une 
« 6pouse qui s'est par(^e de ses riches ornements, pour paraitre 
« devant son epoux : de oette ville d*un or pur, semblable a du 
« crislal, dont les murs de jaspe reposent sur sept fondements 
« ornes de pierreries. » 

(3) Cal^chismes en usage dans les dioceses de Gambrai, Liege 
et Naniur, tome ^^ p. IGG, anu(5e 1782. 

(4) Dans ce vitrail, on voit les Sybilles, sujet que Ton retrouve 
souvent au moyen Age. (Voir Description de Ceglise de Saint- 
Gilb's, .\bbe ville, par le R. P. Mo.nvoisix.) 

(")) Au fond du transept sud, grisailles d'un bon dessin, 
xvi« siecle : Gene ; — multiplication des pains ; — la messe ; — 
la communion. 

Den iere le maitre autel, deux fendtres : la monue ; — la 



DEUXIEME SECTION — HaPPORTS 2B7 

A Ep«rnay, k Suzanne, k Troyes, parmi les vitraux 
cucliarisliques, on retrouve Ic Pressotr jmjstique [{). 

La cllapcUe des Satntes-Hosties, de Marseille le Pelit 
;Oise), diocese de Bcauvais, est orn6e de verriferes mo- 
i^crnes remarquablcs, rappelant un miracle op^r£ k. 
I'occasion d'hoslies profan^es (2). 

(Sne ; — la bonne communion ; — la mauvaise communion, 
ligurte par le crime du Juif de la rue de3 Billettes h. Paria, 
pi-rcanl une faostie consacr^e sur une table ; — proce^ision du 
Tres Saint Sacrement, prf [re sous le dais, entour^ des ap6tres ; — 
la m-'sse appliqu^e aui ftmes du Purgatoire: k droite de I'autel, 
le-fidMesprient; h gauche, les amess'Slfevent des flammes. (Ren- 
seisneraenls ronrnis par M. I'abbS Locot, archiprtlre de Chdions.) 

I) Le Presfoir mystique, que Ton voil a Sezanne et dans le 
cullaleral de Troyes, est le m£me que celui que Ton admire JV 
Sainl-£tienne du Uont, !i Paris, (ttensei^nements fournis par 
S. I abb* LocoT, arcbipr^lre de Chdlons-sur-Marne.) 

,Sl Les Terriferes de la chapelle des Sainles-Hoslies, de Mar- 
^Kille le Petil, rappellcnt ie miracle amv£ en lo33, duraut les 
fiiki de Noel, en celte locality. 

Des malfaitcurs enleverent le ciboire de rffilise, jelfrent les 
sainles Hoslies dans un buisson, non loin de I'l'glise. Un hnbi- 
lanl. Jean Moniquc, ayant apercu quelque chose tout enlouru 
(le neige, s'approclie et distingue les bosties. 11 court chez H. Ie 
Cur^, it. Prolhais, qui les Iransporte a I'^glise en grande pompe. 
Dp5 Ku^risons s'opferent, les Rdiles vicnnent en pelerinage, une 
chapelle est erigi^e sur le lieu de la ddcouvcrte : 

ICT LE IBES S*INT SACHEIIimT 

PHIS PA a LAB BON DEHONIACLE 

HETBOUVft PAR UNG GRAND HmACLB 

EST PORTE DivOTIEUSBHEMT. 

LE SEIGNEUR d'aUTR^CHE ET d'aCIIT, 

PAR LA THItS GRANDE POT DANS L'OSTIE 

ESTANT VENU PAR ICT 

EUT SA PLAIE A l'EHRE GURHtE. 

[Renscignements foumis par M. I'abbe Mi:LLEn,chanoine hono- 
raire du diocese de Beauvuis, el par H. Marsaux, doyeu de 
Chambly (OiseJ. 




258 JFXDI, 2U JUILLET 



La lanccUe du chcvet de la Gath6drale de Laon est 
reniplie par la Cene, sujet du xiii* siecle [\). 

Tableaux. — La pcinture, qui a enrichi les 6glises 
de vilraux, les a 6galemcnt dot^es de fresques, de 
decorations muralcs, commc celles de la chapelle du 
Saint-Laict de Nolrc-Damc de Reims, et de nombreux. 
tableaux. Ce ne sont pas dcs Kubens, cependant les 
mus6es nationaux no les dedaignent pas. Les figures 
do rEucharislic , Notre -Seigneur instituant ce divin 
sacrement, lavant les pieds a scs apotres, multipliaut 
le pain dans lo desert, inspirfercnt souvent les artistes. 

La Calh6drale, parnii scs tableaux, en poss^de trois 
relalifs a TEucharistie : la Manner par le Poussin; le 
Lavement des Pieds, par Berlin, et le meme sujet par 
Mutiano, toile d'une valeur inappreciable, donnee par 
le Cardinal de Lorraine (2). 

Dans le transept de Saint- Remi se trouve un trfes 
grand tableau de Tepoque Louis XIII, reprdsentant la 
Cene, el un aulrc, la Mease celebree par ttn Pope. 

Les chapellcs do Reims, surtout celle des Freres, pos- 



[\) La voiriere de Laon ropr^scnle Notre-Seigneur k Textr^- 
mit('f iruiie table, il ticiit une coupe a la main. Les apdtres s'ap- 
proclM'iit i)our comnmnier; saint Jean se prosterne. Judas, sans 
ninibe, assis a part, porte la main an plat et cache une bourse 
(lerritre son dos. (Uenseignements fournis par M. Tabb^ BouxlNi 
vicaire a la Calhedrale de l-.aon.) 

(2) Lc tableau du Lavement des Pieds, par Mutiano, mort en 
1590, est tW's grand ; il est peint a la colle, d'un riche effet. U 
avait et(^ raclietf* i>ar le Regent, qui mourut sans I'avoir pay6. 
Rendu a la Calhedrale, un pen deteriore, le roi Louis-Philippe 
le fit r^entoiler, 1848, ce qui coiUa 6,000 fr. II a 6t6 grav^ par 
Crozat. [Rcctieil d*estampes, 2 volumes, art, 88, Paris, 1763.) 



DEUXIKME SECTION - RAPPORTS 2S9 

sfedenl des peintures de valeur, ex6cutees par des ar- 

lisles rimois. 
Au mus^e de Beauvais, on voit unc peinlure faitc k 

ViBuf, du xvi" sifecle, ires curieuse: la Messe miraculeuse 
it saint Gregoire le Grand (1). 

A Chambly (Oise), sont deux volets sur bois consa- 
crfe au m6me sujet, que Ton retrouve en l*6glise de 
Saint-Leonard, prfes Senlis (Oise), mais grav6 sur 
pierre (2). Cette gravure rappelle un magnifique pavage 
du xiv* sifecle de Tfiglise de Saint-Rcmi do Reims; 
plusicurs de ces paves, graves et coules en plomb, 
reprfeentent des figures de rEucharistie. Un pavage de 
ce genre est en voie d'ex6culion pour Teglise de Witry- 
les-Reims. Les sujets reproduisent les travaux de la 

(1) La Messe miraculeuse de saint Gregoire a 616 souvent repr6- 
senlee en peinture, en gravure, en tapisserie. Le saint Ponlife 
donnail la Communion ; arrive aupr^s d'une femme du peuple, 
elle se mit k rire. Le Pape ordoniie do rcporler sur Taulel le 
pain quil lui destinait. Apres la messe, il fait approcher celte 
femme devaiil la I'oule et lui deraande pourquoi ellc avail li. — 
Parce que j'avais recoimu le pain que j 'avals apport6 a Tobla- 
lion. — Prions, dil le saint Ponlife; et aussilot Nolre-Seigncur se 
rendit sensible dans le pain. La femme se jetle a genoux, recon- 
nait sa faute et communie. 

Des ambassadeurs, qui 6taient venus demaiider des reliques a 
sainl Gregoire, se Irouvaient presents au moment du miracle. 
Le Pontife leur remit le corporal sur loqucl avail 6ld i)lace le 
pain niiraculeux ; lis s'etonn^renl de recevoir si p(?u. Saint Gre- 
goire prit alors uue aiguille d'or et perca le corporal d'uii s'echap- 
perenl des gouttes de sang, lis rempurterent avec une grande 
reconnaissance. (Voir le Regno dc Jesus-Christ j annee 1884, et le 
Reffne de Jesus-Hostie, annee 1886, tome P^, p. 30 et 72. — Voir 
e«alement le savant article de Mk"" Bahbikr de Mo.ntault, cite plus 
haul.) 

(2) Renseignemenls fournis par M. le Doyen do Chambly, du 
diocese de Beauvais. 



260 JEUDIy 26 JUILLET 



campagne, la culture du bl^ et de la vigne, en souveni 
de rEucharistie (i). 

Tapisseri^s. — A c6l6 des tableaux, ou k leur d6faut 
nos pferes suspendaient volonti^ des tapisseries d'un< 
trfes grande valeur, comme k la Cath^drale el k Sainl- 
Remi de Reims (2). Notrc-Dame poss6dait 6galemen( 
des toiles peintes, oil Ton voit Notre-Seigneur lavant Ics 
pieds a ses apdtres, instituant la sainte Eucharistic, 
donnant la communion aux apdlres et a Judas, qu'un 
d6mon saisit par les 6paules (3). 

(1) Pavos en ciment dur, graves, de plusieurs Ions, dessin^'.^ 
par un jeune artiste de Reims, M. Gouttin, couronn^ par TAoa- 
deinie de Reims au mois de juillel 1894, en seance general** 
tenue a TArchev^che. Le cimenlier est M. Bacchini. 

(2) L'^glise de Saint- Renii possede dix grfindes pieces de 
tapisseries, la Vie de saint Bcmi. Elles ont ele gravecs pour (a 
premiere fois en 1838 : M. Jubinal en a donne le lexle. 

La Gath^drale de Reims possede aussi plusieurs collections de 
tapisseries : celles du Grand Roy Clovis; — dix-sept de la Vie 
de la Tres Sainte Vierye; — seize de la Vie de Notre Spigneitr 
Jesus-Christy donn^es par Henri de Guise et ex6cut^es a Reims et 
a Gharleville. 

Elle avait aussi les cartons de ces dernieres tapisseries, peinls 
sur loile ; — elle possedait la Passion de Jesus-Christy en douze 
tableaux; — les ApotreSy en trois tableaux; — VHistoire de Judith; 
— Esther ; — Suzanne ; — Arrestation et Mort de Pilate ; — la 
Piscine probatique. Toutes ces toiles, peintes au xv« siecle, sent 
au Musee de la Ville. (Toiles peintes j 2 volumes in-4<», Pari*, 
i843, publi^os par M. L. Paris, archiviste de la Ville de Reims.; 

(3) Jean Michel fait dire a Notre-Seigneur : 

Judas Scarioth 
Ge que tu fais, fais le plus t6t, 
Car rbeure approche. 

Le traltre r^pond : 

De ta main 
Je preodray ce morceau de paia 
K\ mascheray ceste bouchee* 



DEUXIEMC SECTION — RAPPORTS 261 

Ces remarquables toiles servaient k d^corer le 
th^^tre quand on jouait k Reims les Mysteres de la 
Passiouy mis en vers par Jean Michel, 6vfeque d*Angers. 

Po^sie, £loqnence, Mnsique. — Ceci nous amfene 
[ k dire ce que les pofeles, les praleurs, les musiciens 
! out fait pour le Dieu de FEucharislie. « Pour Lui, 
« les poetes ont compost les plus belles hymnes ; 
" pour Lui, les musiciens ont cre6 les plus beaux 
« chants ; pour Lui, toutes les voix qui grondent, 
« soupirenl, murmurent, g^missent, eclalenl, modulent 
« a travers le monde, ont 6t6 concenlr6es, dit le 
«P. Monsabr6, dans le plus magnifique dcs instru- 
« ments. » 

A Reims, les chanoines TAttaignant el Jacques Dorat 
ont chanle, en vers, TEucharistie. Le celfebre th6o- 
logal Murier a laiss6 quatre volumes de sermons sur 
la Uesse (1). 

Le chauoine Hardouin, maitre de chapelle de la Calh6- 
Jrale, a compose un grand nombre de messes, de mo- 
lets, des faux-bourdons incomparables, el seize mor- 
<^eaux a cinq voix, pour les saluts de roctave du Tres 
^aint Sacrcmenl (2). Un de ces motets etait populaire, 

Sur la loile on voit cl on lit : « Qui masche ung inorceau de 
I'aiii et cepeiulant, il se fait teinpeste eii eufer el vieiil Sathan le 
^3isir au coq^s par derriere, il lui sort un diable faiiict par les 
•'Paules. » 

11) L'ouvrage de Murier, en quatre volumes in-i*', est trcs rare : 
'I ^sl conserve k la Bibliotlieque de lArchevt'^ohe de Heinis. Ces 
'^rnions sur la Messe avaient ete pr«iches devaiit le Cliapilre. 

(2) Hardouin a corapose un grand nombre de messes a quatre 
^^ix qui ont ^te gravees , d'autres a cinq voix, avec accora- 
I'Sgnement de violons, beaucoup de motels de circonslance, des 
^'iux-bourdons qui ont 616 et qui sont encore chant6s a Paris, 

18 



262 JEUDI, 26 JUILLET 



k raisoii d'un g^missemenl de tourterelle que faisait 
un enfant de choeur au mot Turlur, dans YEienim 
passer, 

Hardouin a eu des successeurs, parmi les enfants de 
la maitrisc m^tropolitaine. Plusieurs maitres de mu- 
sique, organistes distingues, ont comme lui chants 
TEucharistie. 

L'orgue a 616 Tobjet des 6tudes du celfebre Gerberl, 
archeveque de Reims, puis Pape sous le nom de Syl- 
veslre II. Ce savant Pontife « aurait 6tabli dans la 
« Calh6drale de Reims un orgue de son invention 
« qui, au dire de Guillaume de Malmesbury, rendait 
« des sons m6lodieux par le moyen de la vapeur ». 
L'inslrument 6tait tellement extraordinaire, pour Te- 
poque, que cerlaines personnes prenaient Gerbert pour 
un sorcier. 

Orffevrerie. — Bien des merveilles, Messieurs, vien- 
nent de passer sous vos yeux. II en resle cependanl 
encore beaucoup, dont je ne vous ai pas parle. 

Rien n'a 6le dit des aulels, des vases sacr6s, des 
ornements sacerdotaux, des livres liturgiques, etc. 

L'6glise est achev6e, le sculpteur lui a donn6 la vie, 
le peinlro Ta illumin^e, les chants sont composes, le 
sacrifice va commencer. Le Dieu du Ciel va descendre 
dans la maison que ses enfants lui ont preparee. Ou 
done se trouve son trdne ? 

Approchons-nous de I'autel. Quelle splendeur ! 



puis seize motets on rboiineur du Saint Sacrement, pour les 
saluts fond(?s par larchev^que Robert de Lenoncourt el les cba- 
noines Theodore Moet el Paul Serval ... La fondation est encoi-e 
respect^e a la Catbedrale. 



DEUXIEMB SECTION — RAPPORTS 263 

Le temps ae me permet pas d'^num^rer les nombreux 
autels des 6glises de la province 6rig6s au xv* sifecle, 
an XVI*, k T^poqne de la Renaissance el dans les sibcles 
suivants. 

Je me borne k vous signaler Tancien maitre autel de 
la Cath^drale des sacres, admirable specimen des 
richesses amoncel^es par la foi el par Tamour pour 
J^sus-Hostie et ex^cut^es par les artistes les plus c^lfe- 
bres, k la demande des rois de France, des archevSques 
et des chanoines de Reims. 

Uancien maitre autel de la Cath^drale ^tincelait d'or, 
d'^maux et de pierreries. Les trois faces 6taient garnies 
de parements en or massif, du don d'Hincmar (851). Le 
relable d'argent, constelle de pierreries, repr^sentant 
laOne^ avail 6i6 ofTerten 4558 par le chanoine Grand- 
Raoul. 

Au-dcssus de Tautel 6tait un Ciborium en argent 
garni de gemmes, donn6 par Tarchev^que Robert de 
Courlenay (1324)0). 

Enire les chandeliers, s'61evait la croix offerle par 
Henri de Lorraine (1629) ; elle etail couverle d'or, 
d'emaux, de pier res pr^cieuses. 

Autour de I'autcl pendaient de soyeuses courtines 
attach^es a des colonnes d*argcnt, surmont^es d'anges 
adorateurs en or. On coulait ces rideaux, au moment 
de la consecration, ce qui motiva, dit-on, le cierge de 
r616vation. 



(1) L*usage du Ciborium est tr^s connu. La Cath^dralo de Chi- 
lons-sur-Mame en conserve un de I'^poque Louis XIIF, dun 
Iravail tres (in, en bronze dore, couvert d'un ddme ecaille. 11 a 
el^ converli en reliquaire, pour conserver les reliques de saint 
£lienne. (Renseignements de M. Tabb^ Lucot.) 



Wk JEUDI, 26 JUILLET 



Vases sacr^s. — Si tel 6tait Tautel, que pouvaient 
6tre les vases sacrc^s appel^s k £tre en contact plus 
intime avec la sainle Eucharistie? Les inventaires nous 
apprennent qu'ils 6laient nombreux, d'une valeur trts 
grande. II ne nous est pas possible d*en faire la nomen- 
clature. Citons la Tour d*or de Saint-Remi et les deux 
Calices offerts par lui k sa cath^drale et k T^glise de 
Laon (1); le Tabernacle^ en argent, convert de dia- 
mants (2); les Calices des archev^ues de Reims (3); 
les chapoUcs completes donn^es par les Rois (4); elles 
6taient si belles que Ton n'en vit jamais de pareilles, 
dil le chroniqueur Gocquault. 

Au Tresor de Notre-Dame, on voit aujourd^hui une 
Monstrance du xn* sifecle , de Tarcbevfeque Sanson 
(1161) (5) ; une autre du xin* siecle, en forme de tour, 
surmonl^e d'un clocher (6) ; deux ostensoirs, offerts Tun 

(4) Saint Remi fit ex^culer deux calices en or sur lesquels il fit 
graver des inscriptions ; il les donna k sa cath^drale et a T^glise 
de Laon. (Marlot, Hist, de la cite dc Reims,) 

La Tour en or 6iait deslin6e k la reserve du T. S. Sacrament. 

(2) Tabernacle en argent pour porter le Saint Sacrement dans 
les procossions, don de Francois de Lorraine, don princier (1574). 

(3) Calices offerts par les archev^ques de Reims: Landon (646), 
Wulfaire (806), Seulphes (922), Guillaume de Joinville (1218), etc. 

(4) Les chapelles les plus remarquables furent offertes pour 
Icur sacre par Charles V, Charles VII, Henri 11. 

L'inventaire de toutes les richesses de la Calh^drale, ^num^rees 
dans un grand in-folio, mss. consen'6 h la Bibliothdque de TArche- 
v6ch6 de Reims, a 6t6 public par M. P. Tarb6, Tr^sors des ^Hses 
de Reim^y Reims, i843. On voit dans celte publication Thistorique, 
les variations, les alienations du Tresor de la Cath6drale. 

(5) Le reliquaire de Sanson a la forme d'un portique. Le 
nosud qui unit le pi ed a ce portique est orn6 de Samson terras- 
sant un lion. 

(6) On retrouve a Laon des ostensoirs qui ont beaucoup de 
ressemblance avec celui de la Cathedrale de Reims, sur une ba- 



DEUXIEME SECTION — RAPPORTS 265 

par If. de Brimont, maire de Reims, Tautre par M. Jules 
Simon (1). 

La piece la plus remarquablc, c'est le Calice de saint 
Remi (2), en or massif, enrichi d'^maux, de pierres et 
de perles fines. II a servi pour dire la messe h tous 
les sacres. Le Roi, aprbs la communion sous Tespfece 
du pain, buvait le pr6cieux sang dans ce vase, sur la 
pat^ne duquel se faisait la mixtion du baume de Fau- 
nae avec celui de la Sainte Ampoule. Ge calice, vol6 au 



lustrade en pierre du xvi* si^cle, dans la chapelle lat^rale de la 
Cath^drale de Laon. Mais a la place des deux contreforts de 
Notre-Dame de Reims, k Laon ce sont deux anges qui sou- 
tiennent la partie superieure. L'ostensoir, abrile par un dais, 
repose sur un corporal. — Dans un manuscrit dela Bibliotheque 
de Laon (243 ter), on voit plusieurs ostensoirs du m6me style et 
du m^me dessin, ^galement abrit^s. (Renseigneraents fournis par 
M. Tabb^ Augusle Bouxin, vicaire de Laon.) 

(1) Get ostensoir en vermeil, dessin^ par le P. Cahier, est orne 
d'^maux repr^sentant des bas-reliefs de la Cath^drale, et enri- 
chi des diamants enlev^s h la tabati^rc donnee au Cardinal Gous- 
set par Napoleon III, lors de son second voyage k Reims. 

(2) Le calice dit de saint Remi, en or pur, relev6 d^^maux, de 
filigranes, a el6 execute au xin° siecle, avec le vase de Soissons. 
11 est tr^s large, peu ^lev^, d'un flni achev6. Des bandes de fili- 
granes, omees de perles, gamissent la coupe et le pied et les 
divisent en six compartiments. Le nceud est rond, couvert de fili- 
granes, de glands et de losanges 6maill^s. 

En mourant, saint Remi avait l^gu^ k son Eglise de Reims ua 
vase en or, avec lequel on fit un calice que rarchev^iiue Ma- 
nassas I* brisa en 1077. Le Ghapitre le fit refaire au xiii* siecle et 
piaca sur le pied un anatheme contre de nouveaux spoliateurs. 

Napoleon III, visitant la Gath^drale avec Tlmperatricc, le 
19 mars 1861, et se trouvaut au Tr^sor, devanl le reliquaire de 
la Sainte Ampoule, apprit Thistorique du calice des Sacres. Sa 
Majesty dit k U^ Gousset que le calice, pris k la Revolution, 
serail replace an Tr^sor : a On ne doit pas, ajouta TEmpereur, 
s^parer ce calice de la Sainte Ampoule. » 



266 JEUDl, 26 JUILLET 



moment de la Revolution, a et^ d^pos^ au Tr^sor en 
1861, par les ordres de Tempereur Napol6on III. 

Signalons ici deux calices et deux ostensoirs trfes 
riches, conserves en l'6glise de Saint- Jacques, de 
Douai (1), et ex6cut6s en souvenir d*un miracle op^r^ 
dans la coll6giale de Saint-Am6 de cette villa, le 
14 avril 1254 ; un calice du xni* sifecle de la Cath^drale 
de Laon, et un autre venant des Templiers, conserve 
dans leur chapelle, aujourd'hui occup^e par les Frferes 
de la Doctrine chr^tienne de Laon. 

Vfitements sacerdotaux, Broderies. — Je passe sous 
silence, Messieurs, bien des richesses, et j'arrive k ces 
vfetements saccrdotaux, enum6res et d^crits dans les 
invcntaires. C'6tait la collection la plus complete que 
Ton put trouver, puisque a Reims, par exemple, les 
sacres avaicnt procure k la Cath^drale ce que Tart de 
la broderie avait produit de plus remarquable (2) dans 
tons les sifecles. 

(1) Au-dossus du maitre aiitel de Saint-Jacques de Douai, on 
veil une Gloire oH sent les trois Apparitions de Nolre-Seigneur 
en Tabbaliale de Saint-Ame. — Deux calices, deux ostensoirs 
rappellenl egalement ce miracle, ainsi qu'un tableau du xvii* 
si^cle, conserve dans la sacristie. 

Dans r^glise de Saint-Pierre de Douai, un tableau reproduit 
le m^me sujel. 

A Saint-L^ger, commune de Crohilles (Pas-de-Calais), on voit 
dans I'egiise le m^me miracle, repr^senle surdeux bas-reliefs en 
marbre blanc, provenant de Saint-Am6 ; ils sont plac<$s sur deux 
aulels. — Des gravures ont et^ ex^cut^es en souvenir des appa- 
ritions de Notre-Seigneur. (Renseignements fournis par M. I'abb^ 
Jaspar, doyen de Saint-Jacques de Douai, et par M. L. Dechristb, 
tresorier de la Confrerie du Saint-Sacrement des Miracles.) 

(2) Au Tr^sor de la Cathedrale de Reims, on conserve : Un 
Mantelf xiii« siecle, avec galons couverts de perles... Ce mantel, 



DEUXIEHE SECTION — RAPPORTS 267 

Vous le voyez, Messieurs, pour TEucharistie, on a 
demands k la nature « le tribut de ses richesses et de 
a ses beaut^s; les parfums et les fleurs, le lin et la sole, 
a Tor et Targent, les bois et les marbres, les pierreries 
a el les ^maux (1) ». 

L'airain, lui aussi, a glorifiS TEucharistie, par les 
joyeux carillons qui chantent ses louanges k toutes les 
heures du jour et de la nuit^ et par les cloches qui 
appellent les fiddles au saint sacrifice. 

Pour prouver les rapports qui existent entre TEucha- 
ristie et les cloches, deux arch^ologues distingu^s ont 
fait remarquer que sur elles, au xvii* sifecle, les fondeurs 



ain«i que celui du diacre, sont toujours en usage k la M^tropole. 
— Chasubles Louis Xni, Louis XIV, Louis XV, Louis XVI, avec 
il«>s sujets a Taiguille du dernier fini. 

Ornemenls complets du sacre de Charles X. 

Dentelles, en grand nombre, du sacre de Louis XVI, du sacre 
<ie Charles X ; des rochets en point de Venise, point d'AIen^on, 
point d'Angleterre, nombreuses guipures. 

Les Dais, pour le Trfes Saint Sacrement, sont a signaler, pour 
la beauts des broderies et surtout k cause des sujets eucharis- 
liques : a la Cath^drale, le dais du sacre, remis k neuf pour les 
soiennites du Congrfes, est orne de quatre sujets eucharistiques, 
enloures d'epis et de raisins ; — k Saint-Remi, dais de l'6poque 
Louis XllI ; — a Saint-Etienne de Reauvais, sur le dais ^poque 
Louis XIV, on voit le Rocher dHoreb, la Pdque judaique, les 
Pains de proposition, Achimeleck et David. 

EvAXGiLiAiRE. — Parmi les livres liturgiques : les missels, les 
graduels et les antiphoniers, richement enlumines comme ceux 
qui se voient k la Riblioth^que de la Ville, venant des Commu- 
nautes, on doit signaler les Evangeliaires, qu a Reims les Arche- 
v&ques portaient suspendus k leur cou, sur le Rational en or, 
dont seuls ils ont le privilege... Le plus pr^cieux, gard^ k la 
ville, c'est VEvangiliaire slave, ^crit par saint Procope, et donne 
a la Cath^drale par le Cardinal de Lorraine. 

(1) P. Mo.NSABRi. 



S68 JEUDI, 26 JUILLET 



plagaient un oslensoir comme principal ornement (1)^ 

Me scrait-il permis de signaler un autre genre d'ome — 
ment, la lampe du sanctuaire, que Ton trouve sur 1& 
cloche de Saint-Pierre de Rome, ct, par imitation, sur Ic^ 
deuxifeme bourdon de Nolre-Dame de Reims? 

Quel rapprochement ! La cloche qui appelle k T^glise, 
la lampe qui conduit au tabernacle. 

Puisse le Congrfes oucharistique de Reims, comme les 
bourdons de Notro-Dame, faire entendre au loin sa voix 
pourr6pandre Tamour envers le Trfes Saint Sacremenl; 
puisse chacun des membres £tre la lampe qui conduit 
k Notre-Seigneur. 

« 
Perraellez-raoi, Messieurs, de terminer ce tie causerie 

artistiquc par une antienue, ant^rieure au xii* sifecle, 

que Ton chantait a Reims, le jour de Piliques, avant le 

dernier Agnus Dei: 

Vemte poptdi ad sacrwn et immortale mysterium et 

libamen agendum cinn tifnore et fide accedamus manibus 

mundis penitcntitV inunus conununicemus quoniam Agnus 

Dei propter nos Patri sacrificium proposituni est ipsum 

soimn adoremus ipsum glorificemus cum angelis clu- 

mantes. Alleluia (2). 

(J) Au xvii* si^cle, la devotion des Quarante-Heures, Texposi- 
lion, la beiiediclion du Tr^s Saint Sacrenient prirent un Ires 
grand d^voloppenient. Les cloches durent convoquer les fideles h 
ces solennites. — Aucun archeolop^ue n*avait parle d'une r^gk de 
fondeur, xvii« si^cle, porlant son nom accompagn^ d*un ostensoir: 
M. le chanoine Aubert, de Poitiers, qui la poss^de, Ta fait con- 
uailre, el M^' Barbier de Montault Ta signalee dans un savant 
article, publi<5 par le Hvgne social de Jesus-Hostie^ i^* annee, 1886, 
p. 72. 

(2) Graduel, mss. du xn« sidcle du monast^re b^nediclin de 
Saint-Thierry, Bibliolheque de la Ville de Reims. A propos de la 



DEUXIEME ^GTION — RAPPORTS 269 

communion pascaJe, on trouve des fondations pour fournir le 
pain et le vin. 

A Jouy-sous-Thelle (Oise), une inscription relate la donation de 
Claude Languedoc et de Nicole Deceaux : 

« Gomme le pain et le vin qu'il conviendra annuel lemen t ^per- 
<t petuit^ pour administrer la communion le jour de Pdques, etc. >« 
(6 Janvier 1630.) 

Les fideles buvaient encore du vin d'ablution. Le Rituel de 
Reauvais, 1783, publie par Mj' de la Rochepoucaold, dit a ce sujet : 
bi tods in quibiis laicis vinum aqua mixtum ad purifjcationem offeri 
solet hasc purificatio tribuatur in patera ad hunc usum destinata, 

Ulnventaire de la Gath^drale de Beauvais, 1727, fait mention 
d un siphon destine a cet usage (p. 805). 

A I'eglise de Villers-Saint-Paul (Oise), on trouve une fondation de 
Jacques Legente et Catherine de Lille, d'un salut avec procession 
du Tr^s Saint Sacrement les premiers dimanches du mois, et d une 
messe duTres Saint Sacrement les premiers jeudis du mois (174). 

(Renseignements fourfeis par M. Mlxler, chanoine honoraire 
de Beauvais, qui poss^de un gaufrier k hostie ayant appartenu h 
Antoine Marlhe, fils de Savignies, 1775 ; le moule porte les em- 
blames d'une hostie rayonnante.) 

M. I'abbe Mullcr, k ces notes, en avait ajout6 d'autres sur les 
Confrtries et les Corporations dans le diocese de Beauvais. II en 
est parl6 dans le volume du Congres eiicharistique de Rems. 

n nous a ^galement donn^ I'inscription suivante, plac^e dans 
le tympan d'une eglise moderne, style xiii* si6cle, 6lev^e ci Saint- 
Re mi-en-reau, Clermont (Oise), par la Comtesse de Gintre, en 
rhonneur du Trfes Saint Sacrement : 

IN HONOREU 

S. S. EUCHARISTLE, IN QUA 

DOMINDS JESUS PERENNITER 

SUB SI6N0 VIVENS, COR SUUU 

SACRATISSIMUH EX HI BET NOBIS 

AD INTERPELLANDUU APUD PATREH 

CORDIS B" AC lUUACULAT.!:: 

MARI£ VIRGIMS DEIPAR£ 

ANiNO MDCCCLXXIX. 



CONFRtRIE DU SAINT-SAGREMENT DANS LtGLISE D*^ 

Rapport de M. le chanoine PIHAN, au diocese de Beauvais. 



Notre excellent confrere, M. Marsaux, cur6-doyen de 
Chambly, a parld dans la Revue du Tres Saint Sacre- 
7nent, numero d'avril 1892, de quatre Confr6ries du 
Sainl-Sacrement dans le diocfese de Beauvais, dont Tori- 
gine . ancienne est pleine d'inldrfet et d'^dification. Ce 
sont les Confr6ries 6tablics, savoir : k Cliambly, en 1520 ; 
k Scnlis, en 1618; k Compi^gne, au sifecle dernier vrai- 
semblablement, el a Beauvais, ou la Confr6rie fut r^or- 
ganiseo le 17 d(5cembre 1837, en T^glise cath(5drale, el 
affiliee k TArchiconfr^rie de TAdoration perp6luelle, 6ri- 
g^e dans la communaul6 des Dames Ben^diclines du 
Saint-Sacrement, k Arras. 

La Revue exprimait en m6me lemps le pieux d6sir de 
voir entreprendre et publier Thistoire des Confr^ries du 
Trfes Saint Sacrement dans loul le diocfese de Beauvais, 
No von et Senlis. 

Ijii tcl travail exigerail de nombreuses et patienles 
recherclies, mais il fournirait certainement une belle 
gerbc eucliaristique. Quelque glaneur courageux se 
mettra-t-il a I'oeuvre?... En attendant cette future mois- 
son, voici un (5pi sculement recueilli dans la paroisse 
d'£ve, de Tancien diocfese de Senlis, sur Torigine et le 
fonctionnement do la Confrerie du Trfes Saint Sacre- 
ment. 

I. — Origins et Indulgences g^n^raies. — Cette 
Confrerie date de la fm du xiv* sifecle. Nous ne savons 



DEUXIEME SECTION — RAPPORTS 271 

pas si, k cette 6poque, il en existait beaucoup de sem- 
blables dans la chr^lienl^. Ce qui est certain, c'est que 
le pape Urbain IV, voyant plusieurs h^r^tiques nier 
la presence r^elle de Notre Seigneur J^sus-Christ dans 
ladorable Eucharistie, ^(ablit en 1264 la fete du Saint 
Sacrement et accorda des indulgences k ceux qui assis- 
teraient d^votement & roffice Ic jour de la f^te et pen- 
dant roctave (1). C'est de cette devotion a la Sainle Eu- 
charistie que sont issues les Confr^ries du Saint-Sacre- 
ment, dans lesquelles des fideles s'associaient pour 
mieux honorer ce mystere sacre et d'une manifere plus 
particuliere quelc commun du peuple, menant une vie 
plus r^guli^re et pleine de pi6l6 en s'approchant plus 
sou vent de la sainte Table. C'^tait le moyen de relever 
le mepris et Tabus que les h^r^tiques et les mauvais 
Chretiens faisaient des merveilles de Dieu dans la Sainte 
Eucharistie. 

Aussi, les Souverains Pontifes encouragferent-ils for- 
tement ces Confr^ries par les privileges et les graces 
spirituelles et temporelles dont ils les enrichirent sue- 
cessivement avec une largesse intarissable. 

La confr^rie d'^lve date, disions-nous, de la fm du 
xiv* siecle. Son fondateur, Jean de Bruiferes, chevalier 
de Tordre de Saint-Jean de Jerusalem, seigneur en 
partie d'£lve, etc , qui avait fait plusieurs pelerinages 



(1; Pour assister aux premieres v^pres la veille de cette fftte, 
100 jours; pour les matines, 100 jours, autant pour la mcsse et 
aulant pour les vSpres; pour chaque petite heure, 40 jours. En 
assistant a roflice entier du Saint Sacrement, les fidijles gagnent 
pour loute rOctave 4,760 jours d'indulgences. (Extrait du petit 
opuscule imprim^ k Senlis, en 1742, ayant pour litre : « ConfrMe 
du Saint'Sacrement establie en V eg Use (Tive, diocese de Senlis », 
avf c cette ^igraplie : Qui in hoc servit Christo, placet Deo, et pro^ 
hatus est fumimbui, Rom. 14.) 



272 JEUDI, 26 JUILLET 



en Terre Sainte, fut inhumS dans T^glise d'Eve, ver 
Fan 1400. 

Ainsi le constate un procfes-vcrbal r6dig6 le 18 avri/ 
1669, par ordre de Messirc Denis Sanguin, ^v^qae de 
Senlis. II ctait rcconnu du temps de ce pr^lat que la 
confr^rie du Tr^s Saint Sacremenl existait k five au 
moins deux cents am avant lui. II s*6tait fait presenter 
les titres de T^gliso paroissiale d*£ve. Le procfes-verbal 
mentionne un litre qui avait 6chapp6 k V irruption des 
guerres el qui porle la date de 1549. II est question 
dans ce vieux titre des comptes de la confr6rie ; il y est 
rapporte qu^elle est (itablie depuis longtemps et que 
roffice sc faisail comme il se fait k present. L'^veque 
reconnait les indulgences accord^es par les buUes des 
Souverains Pontifes, notamment celles du Pape Paul V, 
du 3 novembre 1606; il confirme et vise celles que 
Clement X accorda en 1671, et dont nous indiquerons 
le texte plus loin. 

Tons les papiers de la paroisse ont disparu k la 
Revolution, en mfemc temps que la dotation de biens 
faite par Jean de Bruiferes a sa chfere confrerie. 

J'ai vu, a Senlis, entre les mains du pr6v6t de la 
confrerie du Saint-Sacremcnt de cette ville, les regle- 
ments, offices, etc., pour les confreres. Les indulgences 
no sont pas moins nombreuses pour Senlis que pour 
Lve. Ce sont en grande partie les memes ; elles ont 6t6 
accordees en general aux m^mes ^poques et par les 
memos Papes. Ce livre de la confrerie de Senlis fail 
rcmarquer (ju'on 1264 deja, le Pape Urbain IV accor- 
dait dos indulgences k ceux qui assistaient aux offices 
du Saint Sacrcment , comme nous Tavons vu plus 
haut. 

II parait par le compte de gestion de Texercice 1549^ 



DEDXIEME SECTION — RAPPORTS 273 

le pi as ancien qu*on ait retrouv^, que la confr^rie d'£)ye 
avail un bon fonctionnement et lenait h jouir des indul- 
gences aceord^es, dix ans auparavant, aux confrdries 
de la ville de Rouen par la Bulle du Pape Paul III, 
en date du 30 novembre 1539. 

Le pape Jules III par sa bulle du 1**' aoiit 1551, puis 
Gr^goire XIII, par celle du 6 aoiit 1573, confirmferent 
e( m^me augmentferent les indulgences accord^es k 
toule confr^rie du Saint-Sacrement. Eufin Paul V, pour 
rendre durables ces pieux 6tablissements et entrelenir 
la devotion envers la Sainte Eucharistie, leur accorda, 
par une bulle du 3 novembrc 1606, les indulgences, 
dont jouissait la confr^rie d*£)ve, et qui lui furcnt sp6- 
cialement maintenues par Clement X le 17 avril 1671« 

Entre temps, le meme 6v&que de Senlis avail ap- 
prouve ou d^clar^ eonfirmer telle qu*elle avail 616 
octroy^e par le pape CUmcnt YIII, Tindulgence atta- 
ch4e k la pri^re 'c Loud soii et honori le Trds Saint 
Sacremeni! » que les confreres devaienl reciter plusieurs 
fois le jour, surtoul en passant devant T^glise, ou ea 
V entrant comme en sortant, en se levant et en se 
courhant. Messire Sanguin reconnait comme authen- 
tique cette clause qui pourrait paraitre singulifere, k 
savoir que les cinq premieres fois qu'on dira la prifere 
en question : Loui; etc., avec les conditions requises, 
ou d^livrera cinq &mes du Purgatoire ! Encore qu'il n'y 
ait la rien de contraire k la th^ologie, nous avons 6i6 
[rapp^ de cette particularity. Elle n'a rien au fond 
ii'extraordinaire , et c'est post^ricurement k Tappro- 
batioa de T^v^que de Senlis qu'elle a 616 approuvee 
par un de ses successeurs, Frangois Firmin, le 20 mars 
1739. Ce dernier pr61at, un an auparavant^ se d6clarait 
heureux de donner des marques de son approbation k 



274 JEUDI, 26 JUILLET 



la confrcrie d'£vc, d^jk b^nie et encourag^e par se^ 
pr^d^ccsseurs. Elle Fa 6i& particuliferement par le pape 
Clement X, comme on va en juger. 

II. — Bulle sp^ciale k la C!onfr6rie d'five. — 

c< Nous, Clement X, Pape, k la posi^rit^. £tant inform^ 
qu'il y a dans i'6gHse paroissiale de Notre -Dame 
d'five, diocfese de Senlis, une pieuse confrcrie de fidMes 
de Tun et Tautre sexe, sous Tinvocation du Trfes Saint 
Sacremenl, canoniquement ^rig^e ou k ^riger pour les 
personnes de tons £tats et conditions, dont les confreres 
et soeurs exercent beaucoup d'ceuvres de religion et de 
charity, et souhaitant que la dite confrcrie prenne de 
jour en jour de nouveaux accroissements : 

« Accordons par la confiance que nous avons dans la 
mis^ricorde de Dieu, et dans Tintercession des bien- 
heureux ap6tres saint Pierre et saint Paul, k tous le» 
fidelcs de Tun et Tautre sexe qui seront reQus k Tavenir 
dans la dite confrcrie, et qui vraiment contrits se confes- 
seront et communieront, Indulgence pl^niere et pardon 
de tous leurs p6ch6s le jour de leur reception. 

« Accordons aussi la m^me indulgence pl^nifere i 
I'article de la mort k tous les confreres et soeurs qui sent 
ou seront de la dite confr6rie, pourvu qu'ayant un coeur 
vraiment contril, ils se soient confesses et communi^s, 
et m6me a ceux qui, 6lant emp^ch^s de recevoir les 
sacrements, auront un sincere repentir de leurs p^ch^s, 
et invoqueront au moins de cocur s'ils ne le peuvent 
de bouclie le saint nom de Jesus. 

« Accordons pareillement indulgence pl^nifere k tous 
ceux des dits confreres ou soeurs, qui, aprfes s'Slre de 
mfeme confesses et avoir communis dans les dispositions 
d'une veritable penitence, visiteront d^votement tous 



DEUXl^ME SECTION — RAPPORTS 275 



les ans T^glise ou la chapelle de la confririe le jour de 
la fete du Saint Sacrement, depuis les premiferes vepres 
jusqu*au soleil couch6, et y prieront pour la paix entre 
les princes chr^iiens et rexaltaiion de la sainte £glise, 
notre mere. 

<( Accordons aussi une indulgence de sept ans et au- 
tant de quarantaines aux confreres et soeurs qui, aprfes 
s'elre confesses de leurs p^cb^s, et avoir communie avec 
un coeur vraiment penitent, visileront la dite Sglise, y 
feront Icurs pri^res qualre aulres jours de Tann^e qui 
seront choisis une fois seulement par eux et approuv6s 
par rOrdinaire, soit que ce soit des jours de dimanches 
ou de fetes, ou m6me des jours ouvriers, et toutes les 
fois que les dits confreres et sceurs assisleront k la 
messe ou autres ofRces divins dans la dite ^glise ou 
chapelle, ou aux assemblies tant publiques que parti- 
culiferes de la dite confrerie en quelques endroits qu'elles 
se fassent, qu'ils exerceront Tbospitalit^ envers les 
pauvres, qu*ils contribueront par eux ou par d'autres k 
mettre la paix entre les personnes divis^es, qu'ils assis* 
teronl aux enterrements, tant des confreres et soeurs 
d^lunls que des autres, qu*ils accompagneront le Saint 
Sacrement aux processions que Ton fera par la permis- 
sion de rOrdinaire, lorsqu'on le portera aux malades 
ou dans quelques autres occasions que ce soit, ou que, 
ne pouvant pas I'accompagner, ils rdciteront une fois 
Toraison dominicale et la salutation ang^lique, lorsque 
Ton sonnera la cloche pour cela, qu'ils r6citeront cinq 
fois Toraison dominicale et la salutation ang^lique pour 
les ^mes des confreres et soeurs d6funts ; toutes les fois, 
enfin, qu'ils rameneront a la voie du salut quelque per- 
Sonne qui s'en sera ecartee, qu'ils apprendront les com- 
mandements de Dieu et les choses n^cessaires au salut k 



276 JCUDI, 26 JUILLET 



ceux qui les ignorent , ct qu'ils exerceront quelque autre 
ceuvre de religion et de pi^t^ : nous leur rcmettons pour 
cliacune de ces bonnes (Buvres soixante jours de peni- 
tence qui leur auront &16 enjointes, et dont ils se trouve- 
ront redevables k Dieu en quelque mani^re que ce soit, 
le tout suivant la forme accoutum^e de T^glise en pareil 
cas, et en vertu de ces presentes, que nous donnons 
pour avoir leurs efFets k perp6luit6. 

(( Youlons cependant que si quelque autre indulgence 
a ei& accord^e k perp^tuite, ou pour un temps qui ne soit 
pas encore expire, aux dits confreres et soeurs, par une 
autre voie, les pr6sentes soient de nulle valeur pour eux, 
et que, si la dite confr^rie est actuellement, ou vient k 
£tre dans la suite associ^e^ unie ct incorpor^e en quelque 
mani^re que ce soit k quelque archiconfr^rie, les BuUes 
anl^rieures et quelques autres que ce puissent Sire no 
lui puissent servir en aucune mani^re, mais des lors de- 
meurent nulles. 

(( Donne a Rome k Sainle-Marie Majeure, sous Tan- 
neau du Pecheur, le dix-'sept avril 1671, la premiere 
ann6e de notre pontificat. » 

N'esl-il pas juste, en face de tant d'avantages pour 
les confreres du Saint-Sacrement, de r6p6ter avec le 
psalmisle : « Vos amis, mon Dieu, sont Irop bien recom- 
penses ! » (Ps. 138.) 

Dans los temps de foi, le disiv de gagner les induU 
gences maintenait la confrerie en etat de prosperity (1). 



(1) I/opusoule de 4742, la Confrerie du Saint-Sacrement itahUe h 
Eve^ iiisisle sur Tiiit^r^t que los fiileles ont a gagner ces indul- 
gences oLleur donne rexplicalion des gn\ces qu'ellesprocurenten 
ces lennes, qui resumeul la doctrine de I'figlise: 

« Lindulizence que I'Cglise accorde aux p^cheurs dans ces actes 
de reliiziou consisle dans la remission des peines tempo relies que 



DRUXIEME SECTION — RAPPORTS 277 

La derni^re liste des membres que nous avons sous Ics 
yeuxest de 1868, clle porle un total de cent ving*! et un 
confreres et soBurs. C'est un joli chiffre pour une pa- 
roisse de deux cent soixante-dix-huit habitants ! Leurs 
slaliits ont 6t6 modifies en 1855 par I'ordonnance Spis- 
copale que nous reproduisons in extenso. 

III. — R6glement8 et pratiques pour las Confrdres 
duTris Saint Sacrement. — Joseph-Armand Gignoux, 
par la mis^ncorde divine et la gr4ce du Saint-Si^ge 
apostolique, 6v6que de Beauvais, Noyon et Senlis, 
assistant au tr6ne pontifical, etc. 

Voulant conserver son ancienne splendeur k la Con- 
frerie du Tres Saint Sacrement <^rig6e dans la paroisse 
d*£ve, de notre diocese, vers la fin du xiv* sifecle, et lui 
assurer une existence durable dans ces temps d'indiff^- 
reoce religieuse ; 



I' ronfesseur devrait imposer selon les canons, ou les anciennes 
r<le«i de r£j;lise, parce que, comme il faut absolument que le 
p»Vheur salisfasse k la justice de Dieu ou en ce monde ou en 
Yiiuirc el que les penitences qu'on innpose k present ne sent pas 
proportionn6es a la grandeur des crimes, comme celles que 
I'Ejilise ordonnait autrerois par ses regies ; par exemple, pour 
autir parte a feglise pendant le service divin, elle ordonnait de 
jt'dner dix jours au pain et a Teau ; et pour avoir danse un jour 
dp ilimanche ou f^te devanl la jjorle deTeglise, trois ans de peni- 
tence ; ainsi de mAnie du resle des autres p^ch^s pour lesquels 
<ifs penitences de dix ou douzc annees, et rudes a proportion de 
Venormile du crime ; Tfiglise, par ces indulgences reraet toules ces 
aunees de penitence que le pecheur sorait oblige de subir dans 
le Purgatoire pour satisfaire a la justice de Dieu, et comme la 
reflexion que Thorn me pent faire sur sa vie doit le faire trembler 
pour les annees qu'il aurait a passer en penitence pour ses p^ch^s^ 
ildoilse porter h. gagner le^ indulgences dans Tordre que Notre 
Saint P^re le Pape le present pur sa Bulle pour se purger de sea 
^ch^s et se rendre ami de Dieu. . . » 



U) 



278 JEUDI, 2(5 JUILLET 



Apr^s avoir pris connaissance des anciens r^glements 
publics Tan 1630, par M*^" Nicolas Sanguin, 6vfeque de 
Scnlis, les avons approuvds ct en avons pernais la r6im- 
pression. 

Avofis en oulre, pour le bien de la dite Gonfr^rie, 
approuv^ les dispositions suivantes : 

Article piiEnrER. — Conditions d'admissdon, — Nul ne sera ad- 
mis ni maintenu dans la dite Confrcrie s'il ue remplit ses devoirs 
religieux et ne jouit d'une reputation exempte de reproches. 

La reception doit se faire k IN^glise de la paroisse. Le confrere 
est recu soiennellement, en public ou en particulier, par M. le 
Cur^, en se conformant au ct^r^monial indiqu^ dans le petit ma- 
nuel de la Confr^rie. 

Art. 2. — Condi lions d\idministralion. — La dite Confrerie sera 
administr^e par un president, un tr^sorier, un secretaire et 
quatre conseillers. La charge de president est et demeure atta- 
cli^e ail litre de Cure de J'^glise paroissiale de Notre-Dame 
d'£!ve ; les autres charges seront renouvel^es tous les deux ans. 

Art. 3. — Reunions du Conseil. — Les membres du Conseil 
d'administratioii s'assembleront tous les ans, suivant Tancien 
usage, le dimunche de la Sainte Trinite, k Tissue des vdpres, au 
presbyl^re de la paroisse. 

Indepondaniment de cette assemblee annuelle, les membres da 
conseil pourront s'assembler dans le courant de rann6e, sur la 
convocation de M. le Cure, autant de fois que besoin sera. 

Les comptes rendus de la reunion et la liste des confreres 
seront redig6s par le secretaire. Ces dilTerentes pieces formeront 
les archives de la Confrerie ; elles devront resler au presbyt^re^ 
une copie du proces-vorbal de la reunion annuelle sera envoyee 
a M*"" I'Ev^que de Beauvais avec la liste de tons les confreres. 

C'est dans cette assemblee annuelle qu'on r^glera les depenses 
a faire pour lout cc qui concerne le culte dA au Saint Sacrement. 

On fixera la depense qui devra elre faile pour les pains bruits 
ou giiteaux que Ton est dans 1' usage de distribuer aux confreres 
le djnianche apr^s Toctave du Saint Sacrement, qui est le jour de 
f^te do la Confrerie. 

C'est egalement tous les ans, dans cette assemble, que le Ire- 
sorier rendra ses comptes entre les mains de M. le Cure, presi- 
dent, qui en fera Texamen concurremment avec les membres du 
conseil. Apr^s verification tant des recettes que des depenses, 11 



1 
I 

I 



DEUXIKME SECTION — RAPPORTS 279 / 



sera donn^ d^harge an tr^sorier des deniers ; ou son debet, s*il 
est reliquataire, sera constats par le proc^s-verbal de la stance, 
et dans ce dernier cas il sonscrirait l*obligalion de se lib^rer de 
ce doni il serait redevable envers la Gonfr^rie dans un d^lai flx^ 
par M. le Gar^ et les autres membres du Gonseil d'administra- 
lion. 

Art 4. — Reirihulion amtuelle. — Ghaque membre paiera une 
retribution annuelle de tin franc vingt centimes (1) qui sera vers6e 
entre les mains du tr^sorier le jour de la f^te de laGonfr^rie. 
Le produil de la qu^te faite aux vdpres de la f^te de la Gonfrerie 
sera ^galcment vers^ dans la caisse de la Gonfrerie . 

Aucune d^pense ne pourra 6tre faite sans Tassentiment du 
Conseii. 

Abt. 5. — De$ processions et scUuts du Saint Saerement, — Aux 
processions, la Gonfrerie sera pr^c^d^e imm^diatement de la 
bannidre ; il y aura toujours quatre confreres pour porter les 
torches aux quatre c6i6s du dais . Les quatre membres, ainsi que 
celui qui derra porter la banni^re, seront d^sign^s par M. le Gur6 
ou a son d^faut par le tr^sorier. 

Le dimanche apres Toctave du Saint Sacrement, qui est Toctave 
de la solennU6, f6te de la Gonfrerie, il y aura exposition du Tr6s 
Saint Sacrement h la messe et aux vdpres. Apr6s les v6pres, pro- 
cession exterieure du Tt^s Saint Sacrement et salut solennel. 

II y aura exposition du Tr^s Saint Sacrement k la messe et aux 
vepres du premier dimanche de Janvier, avril, juillet et octobre. 
Aux Tdpres, il y aura procession du Tr6s Saint Sacrement k 
iiut^rieur de legltse . La c^r6mouie sera termin^e par un salut 
solennel. 

Art. 6. — Convoi des membres d^ funis. — Le guidon (2) de la 
Gonfrerie pr^c^dera le convoi de chaque confrere ou soBur 
defunts ; quatre confreres au moins y assist eront en portant un 
cierge 4 la main ; ils accompagneront le corps jusqu*au cime- 

tiere. 



(i) Oo vott par les comptes depuis 1549 jusqu'en 1622 qu*on don- 
nail deux sols six deniers pour dtre regu dans cette Gonfrerie, et 
qu'ensuite on payait quinze sols jusqu'en 1658. En 1659, les confreres 
oDl paj6 chacuQ six sols pour chaque coofr^re d6c6d6, et la somme 
6Uil employee a faire dire des messes. 

{t) Le guidon est distinct de la banni^re qu*on porte aux proces- 
Bioos du Saint Sacrement. II sert seuieroent aux convois des con* 
frdres et pr6sente d'un c6\A un Ecce homo et de Tautre un osten- 
Mir, 



280 JEUDI, 26 JUILLET 



1] sera celebre uh service lous les ans, le lendeiBain de la fSU^ 
de la Confrerje, pour tous les confreres et scBurs defunts. 

I.e premier jeudi de chaque mois^il est dit une messe pour lefi!» 
d^funls de la Confrerie . 

Tous les dimauclies, les confreres defunts soot recomimande 
au prdne. 

Les frais du service cc^l^bre le leodemain de la f6te el de I 
messe dite tous les mois seront pay^s par la Confrerie, el l e**» 
honoraires seront regies d*apres le larif des oblations du dioc^si^ 
de Beauvais (i). 

Donn^ a Beauvais, sous noire seing, noire sceau et le conlr*c?> 
seiiig du Secretaire de Tevfich^, le vingt-sixieme jour de fevri< 
de Tan de Notre-Seigneur mil huit cent cinquante-cinq. 

Sfgn^ : Joseph-Armand. Ev. de B., N. el S. 
Par mandemonl : 

Signi : Laurent. 

Tcls soni les renseignemonts sommaires que nous 
avons relev6s sur rorigine, les moyens et rorganisation 
de la Confrerie du Saint- Sacrement dans la paroisse 
d^five. 

Puisse celle association si respectable par son objet 
et son anliquil6 conlinuer de se recommander k tous 
les paroissiens par les services qu'elle rend non seu- 
lement a la religion en general, mais a chacune des 
times des confreres qu'elle unit dans le culle sureminent 
de rEucharistie, dans Tadoralion, Tamour el Timitatiou 
de J6sus-Chrrst vivant, quoique cach(5, au sacrement de 
Taulol ! N'esl-ce pas a chacun des menibres qu'il con- 
vienl de redire avec foi : u A qui irions-nous, Seigneur? 
vous avez les paroles de la vie 6ternelle. » 

(1> En 1742, lorsque fut imprim^ le petit livre de la GonWrie, 
« un chapelain disait cinq jours de la semaine la roesse pour la 
c Confrerie, avec les v^pres le mercredi et jeudi, el la messe haute 
« du Saint Sacrement, matlnes le samedi apr^s les vdpres pour le 
c dimanche, et un service solennel tous les ans pour les d^fUnts 
« confreres ». 



QUELQUteS OBSERVATIONS 

AU SlIJET D'UNE 

teUSE NEUVE tMi SOUS LE VOGABLE DE U SAINTE EUGHARISTIE 

k Saint-Remi en TEau, au diocese de Beauvais. 



La petite paroisse de Saint-Remi en I'Eau, doyenn^ 
de Saint- Just en Chaussee (Oise), a vu s*6lever en 
1878-79 une Sglise qui pent felre cil6e conime un beau 
modele pour les campagnes. 

Sa construction est 6l6ganle, ses proportions sont 
bien comprises et I'ensemble est des plus gracieux. 
Bene fundata est domus Domini, 

La g6nereuse et pieuse fonda trice, M"° la Comtesse 
de Cintre, a pu dire avant sa mort: Vidi Jerusalem 
novum paratam sicut sponsam viro sua. 

Ce n'est pas le lieu de faire ici la description tech- 
nique de Tedifice, dont la forme d'ailleurs est celle d'uue 
croix latine Ires regulifere^ du style du xni* siecle, 
qui semble Stre celui qu'aGfectionnent les architectes, 
MM. Delefortie, d'Amiens, dont la vie se passe a bAtir 
des eglises au Dieu de nos autels. 

Je relfeve deux points de detail relatifs k la Sainte 
Eucharistie qui sont sujets k critique. 



282 JEUDI, 26 JUILLET 



I. — Llnscription du Portail. — Dans le tympcui 
du portail, rinscription suivante se pr6seni0 en leitres 
d'or: 

IN HONOREM 

S.S. EUGHARISTLfi IN QUA 

DOMINUS JESUS PERENNITER 

SUB SIGNO VIYENS, COR SUUM 

SAGRATISSmUll EXHIBET NOBIS 

AD INTERPELLANDUM APUD PATRlDi 

CORDIS B. AG IMMAGULATiE 

MARLE VIRGINIS DEIPARiE 

ANNO M.D.GGG.LXXIX. 

De saint Remi, patron du pays, 11 n'est fait aucune^ 
mention. 

II y aurait lieu sans doute d'observer qu'il n'est point 
d'usagc qu'une 6glise ait pour vocable proprement dit 
FEucharistie. Ce scrait un pldonasmo liturgiqne. 

L'^glise n*est pas autre chose que la maison de TEn* 
charistie, Hsec est domus Domini, On ne construit pas 
une 6glise pour un autre but que celui d*abriter le corps 
adorable de J^sus-Christ. 

Le Sacr6 CoBur de J^sus, k la rigueur, pent felre con- 
sid6r6 comme vocable, mais hon TEucharistie. 

Et puis, Texpression sub siyno est-elle bien esacle? 
Signum est-il pris justement dans le sens du miracle de 
la pr6sence trfes r6elle, quoique trfes myst^rieuse de 
J6sus-Chrisl ? Veut-il dire sacrement, signe d*une chose 
sacr^e ? Cclte signiPication pourrait &tre admise th6olo- 
giquement, el c*est sans doute la seule manifere d'inler- 
pr6ter la d^dicace en question. L'Eucharistie, en effet, 
conlienl le corps el le sang du Sauveur invisibles, avec 
la nourrilure de T^me, dont elle est le signe par les 



DEUXIEHE SECTION — RAPPORTS 283 

espfeces visibles du pain et du vin matSriels, et, en cette 
quality y c'esi un sacrement. 

II. — Vitrail repr6sentant rHostie. — En entrant 
dans cette ^glise, on est agrSablement frapp6 de Tas- 
pect de Tensemble : lapides pretiosi omnes muri tut. 
Le regard s'arrete satisfait sur les baies ajour^es, sur 
la sculpture trop mesur6e peut-6tre, qui a son efflo- 
rescence, el sur les voules qui ressemblent k une tente 
]el6e sur des colonnes. « C'est, suivant le langage d'un 
celebre architecte, comme un firmament figur6, vers 
lequel s'filevent les priferes et les soupirs des fidfelcs, et 
qui reporte la pens^e vers le Irfine du Tout -Puissant, 
objet de nos vobux et de nos esp6rances. » (M. d'Ans- 
laing, de Tournay.) 

Le peintre verrier (1) a di!^ adresser k Gelui qui venait 
de bire ^leclion de domicile dans celtc nouvelle ^glise 
celle fervenlc prifere : 

Hs^c templa imple benigno lumine, car la lumifere, 
grAce k son heureux travail, s'y r^pand avec les teintes 
les plus chaude^ de la topaze, de TSmeraude et des 
rubis. Hie margaritis emicant. 

Mais habitu^ k traitor avec tant d*amour et de res- 
pect les sujets ordinaires, trop souvent rendus froide- 
ment, quoique si dignes d'^lever Tintelligence et de 
r^chauffer les coeurs des artistes chr^tiens, il s'est 
trouv6 en face d'une difficulty insurmontable, pour la 
fenMre du fond de Tabside. 

Le vitrail se compose de deux parties. Dans la partie 
sup6rieure Tarliste a repr6sent6 la Sainte Trinit6 et 
au-dessous une grande bostie blanche, au centre de 

(i) M. Roussel, de Beanvais. 



884 JEUDl. 26 JUILLCT 



laquelle on aperQoit rapparition de Noire-Seigneur, et 
sur le contour de Thoslie la I6gende : Semper vivens ad 
interpellandum pro nobis, 

Au bas, k droitc de ce tableau, la donatrice k geooui 
lient dans ses mains son eglise qu'elle offre k Notre- 
Seigneur. Au milieu les armoiries de la donatrice (1), 
et autour un semis de lys symbolisant le Sacre-Copur. 

A premifere vue, Tensemble de ce vitrail plait par son 
agencement et le fini du dessein, et la vivacity du coloris. 

Nous aurions k faire nos reserves sur les details 
reproduits par Tartiste : Ce n'est pas ainsi que Ticono- 
graphie chr6tienne symbolise la Trinity. 

N'est-ce pas aussi une id6e bizarre de repr6senter, 
dans toute la largeur de la baie, un grand cercle sur 
verre blanc d^poli, au milieu duquel apparait Notre- 
Seigneur tout habill6 ? 

Le peintre, aflfranchi d'entraves 6trangferes, eut repre- 
sentee nous a-t-il dit, un pr&tre k Fautel, perp6tuant la 
presence de J^sus-Christ au milieu des hommes. On 
aurait pu lire dans un phylactfere : Semper vivens ad 
interpellandum pro nobis. Cette representation eut 616 
k la fois plus artistique et plus instructive. 

L*hostie consacr6e a sa place marquee dans le taber- 
nacle ou dans I'ostensoir, appel6 aussi monstrance. Cesl 
le Dieu cach6 : Deus absconditics, latens Deltas^ sub his 
figiiris vere latitas, etc. Mais il nous choque de voir un 
vitrail servir de monstrance derrifere le tabernacle et 
simuler une exposition perp^tuelle. 

De ces remarques, une conclusion se d^gage. II est 
louable, assur6ment, de mettre en relief notre dogme 

(1) Ecartel^ d'azur et d'argent, 1 et 4 d 'argent portant 4 hu- 
chets de sable, et 2 et 3 d'azur avec billettes perches d'argent. 



DEUXIEME SRCTION — RAPPORTS 285 

■— — T ■11 — - - 

eucharistique^etde placer sous Ics regards des chr^liens 
des emblemes et des figures qui leur rappellent d'une 
fogon sensible, en quelque sortc, notre grand myslfere. 
Mais TEglise calholique a ses traditions respectables, 
et Tartiste clir6tien doit toujours s'inspirer aux meil- 
leures sources, ne point se jeter dans le travers d'innova- 
tions fantaisistes ; il fera bien de rechercher non point 
C€ quirepond a une devotion particulifere, mais de trailer 
dig^nement TEucharistie, et de demeurer toujours dans 
lavfirit^ thfiologique aussi bien que dans les donn6es 
iconographiques. 



ASSEMBLEE GENERALE 



PROCfiS-VERBAL 

A quatre heures et demie s'est tenue TAssemblte gdn^rale, 
sous la prdsidence de H^' le Cardinal Langeniedx. 

Nous retrouvons k ses c6t^s NN. SS. les Ev^ues et les 
Prelats dont nous avons, ce matin, constat^ la presence, et 
auxquels sont venus s*adjoindre un nombre plus considerable 
d'eccl&iastiques et de laiques de dictinction. L'Orient, nous 
TaTons dit, a ses representants k Reims, et ce n'est pas sans 
int^rSt que Ton voit sur I'estrade, assis autour de LL. ££. les 
Cardinaux de Reims et de Bordeaux, dcs evSques et des pr^tres 
se sigoalant par leur pittoresque costume, ainsi que des mem- 
bresdediff^rentes £glises catholiques de TOrient. C'est presque 
commek Rome. Tons les ordres religieux ont des repr^sen* 
taots : B^nMictins, J^suites, Capucins, Pr^montr^s, P&res 
Blancs d'Afrique, Dominicains, Freres des Ecoles chretiennes. 

Aux stences g^n^rales, les dames sont admises sur presen- 
tation d'une carte personnelle. Leur nombre a considerable- 
meat grossi Tassistance. 

Bans leurs rangs nous reconnaissons et saluons, — sans 
Touloir ici les nommer, — les z^latrices de toutes les oeuyres 
remoises de devotion et de charite. Sauraient-elles demeu- 
rer ^Irang^res k ce qui iut^resse la gloire du Maitre, initiateur 
de toutes les oeuvres, J^sus^Eucharistie ? 

L'immense Salle des Roisest rempliejusqu'aufond, malgr6 
les ardeurs de la temperature. 

Mais plus baut que toute cette assembl^e, plus haut que les 
Ev^ques et les Cardinaux, 11 y a le Souverain Pontife qui 
reunit sous sa houlette pastorale tons les Catholiques de toutes 
les r^ons. 

Le premier devoir d*une assembl^e comme la ndlre, dit 
Son Eminence, est d'envoyer k notre P^re commun. 



JBUDt, 2<i JDILLET 



S. S. L4oD XIII, I'homm&ge de DOtre 
intention, Mi"" Doatreloux donno 
dont voici le texte : 



Cardinal Rampolla, Vatican, Roiu'^. 



Lrurs Eminences las Cardinanx I.anp^^l 

Iteims, L't l.ccot, archev^que de Rordc.i'i" 
priisiJeiit ilu Congres uiidiarisliqn-.-, pln-i' 
il'Orient el d'Oecideoi, sept ceii'> <: rui ■-- 
ni;claiiieiil V Eneyfliijiie aitc Princi-i ■■! iiu.r 
leurs hominiigrs aux pieds de !»a Soif 
leurs personncs el leurj Iravaux la biaia 




Toule I'assemblec ratifie, par d'uni 
applaudissements. cet liommagc reiidi 
tous \es lidt^lcs. 

La parole est doitneo a M. I'ebM J 
i-apide apepfu, resume los travai 
eucliaristi([uos qui unt eu lieu jusqu'^ o 
I'uD dcs membres les plus lidi-los. 11 diti 
bien <|u'ils sunt appel^s a proiiuire enn 

Le R. P. Delaporte devait i 
horizons au Coiigri-s de Beims, en nousJ 
risfie et rfc la vie nfitioiinle ik la France. ^ 
daut pas a I'appel do sou nom, 
d'cnteiidre cctte ^loqucnlc ct patnotiqM 
vibrer toiites ics ames dans un mSine^ 
Fi-an(:o et do I'Eudiaristio, priocipe el j 
ses gloircs. — Du moins lesens 
lea graiidcs lemons de iioLre hisloire oBtia 
les pa^cs de son Happort, int^gralementd 
liiiii les accents dc sa foi avec le 

JIf. le cbanoine Le Conte, vicaire | 
laissant de mlB ces grands apergiis, ' 
dai>s LIU liuriiaine plus inllmc, oil redilli 
pnilil. 

11 doiine sur Ics (J^uvres oucliarisliqH 




h 



;is ?■ i 



S EUGHARISTigUES 

jcese do Rodez. 



IfKCBct s '""■ —■■1 1 *^ Ilulion tie Tadorable 

tef-ittE : ~- "^w nc ful-il pas Timage 

i „_ ^^'^ "^^ ' disciple dc Tamour, 

^ -■ i.» SOU maitre, nous a 

|ta* -:i As^ " '^" jui furcnt 6mis. Dans 

f ^i^^: ,-.^ [lies rendircnt k Dicu 



osferentlcs principcs 
k|E(*^ a- r -.J2. it avoir les uns pour 



^-^ — ^ fl^ s, nous n avons pour 

^"''^ r- - - :^,^, ^^ jg jjjg^ a'amour en 

"' "^ I^ ^ *^ '^^^m lo la divine eharite. 

" *" "^ * «^ d'oeil rapide sur los 

[yw . uira a mieux saisir 

^^ salem cl dc Reims. 



''.*^^'' - -;^ fut commuuiquee k 

^?^i-i , . -r^ .^-^ . ^ s reunions eucharis- 

i^-a. . -^ • i«. , -'t d*amener au pied 

jl^^' - •4- -r ^,^ iens, le saint prelat 

ijp-. / »- -'^ ^nm . Faire mouvoir toutes 

!^-t:,^.,, ~ ** »mpres8a-t-il dallcr 



^ du succes de celle 

»y-i**' J.: -> - _ i.. ^ "•^'^ du premier congres 

'* >•;'«-" • .- ■ -*p-a.^^^ Jeur de lour foi au 

■'*^^^'^*»^^-*> -L . - - . * ^ •shommagcs rendus 

•^-.:i:vu>.u> ,. .- i .. ^ ^ ^ ^^ rs ne purent s'em- 



■i 
■I 



liiOO JEUDI, 20 JUILLGT 

En terminant cet expos^, plusieurs fois appi 
M^'' Picbenard adi'esse des rcmerciements chaleureu 
religieux de rAssomption,dont le d^voueineatet lez&les 
out et^ pour beaucoup dans la r^ussite du Gongrte de 
salem. (Applaudissements.) 

M^'' Doutreloux remercie M'' Ptebenard du bi 
resume dont il vient de donner Iectui*e, et qui est comna 
hymne adress6e au Dieu de TEucharistie) hymne dans Ia< 
il a fait passer toute son ^me. 

La stance est lev^ k six beures vingt minutes. 



HiSTOIRE SOHHAIRE DES CONGR^S EUCHARISTIQUES 

Par M. YMbhi J. MAUREL, du diocese de Rodez. 



A la derni^re Cbne, aprfes rinstilution de Tadorable 
Sd.cremeDt de nos autels, le c^nacle ne fut-il pas Titnage 
de nos reunions eucharistiques ! Le disciple de Tamour, 
^\ii s'6lait repos^ sur la poilrine de son maltre, nous a 
t-i^ansmis les discours et les vceux qui furent 6mis. Dans 
ccscoUoques, le Mailre et les disciples rendircnt h Dieu 
d e solennelles actions de graces et posferentles principes 
deTamour que les chrdtiens doivent avoir les uns pour 
l«s aulres. 

Dans nos Congrfes eucharistiques, nous n'avons pour 
Ijut que de faire aimer et adorer le Dieu d*amour en 
^favaillant k embraser les cueurs de la divine charity . 
C est ce qui ressorlira d'un coup d'oeil rapide sur les 
Congrfes pr^ci^dents, et nous conduira a mieux saisir 
encore le but dcs Congr5s dc Jerusalem et do Reims. 

I. — Lille. — Quand, en 1879, fut commuuiquee h 
Mk' de S6gur la pens^e de faire des reunions eucharis- 
tiques, croyant avoir trouv6 le secret d'amener au pied 
des autels les cceurs vraiment chr(§tiens, le saint pr61at 
&agura qu'il tenait le ressort pour faire mouvoir toutes 
les ceuvres catholiques. Aussi, s'empressa-t-il d aller 
confdrer avec son Maltre du ciel du succfes de cette 
GBuvre. Voila pourquoi les membres du premier congrfes 
Airent tellement ranimes dans Tardeur de lour foi au 
Tr^s Saint Sacrement, qu'& la vue des hommages rendus 
h J^sus dans rEucharistie, plusieurs ne purent s*em- 



292 JEUDI, 20 JUIU.RT 



pecher d'affirmer que cc fait seul les d6domiiiageait 
amplement des sacrifices imposes pour se readre k Lille. 
Une telle charile d^borda tellement sur tous les cosurs 
que des Lommes inconnus la veille s'aim^rcnl des lors 
comme des freres. Ces premieres reunions Brent nailrc 
dans tous les membres un ardent et inextinguible d^sir 
de voir glorifi6 et aim6 le Trfes Saint Sacrement de 
Taulel. 

II. — Avignon. — Les solcnnil^s d' Avignon eh 1882 
ne Ic cedferent pas k celles de Lille. Cependant, commc le 
premier (]ongrfes n'avail eu pour but principal que de 
faire connaitre les ceuvres eucharistiques, les reunions 
d'Avignon r6v^lferent une tendance a dimontrer Tin- 
fluence sociale de I'hostie. 

« On nous voit r6unis,disait M. le chanoine Didiot, pour 
rendre a Nolre-Seigneur au Tres Saint Sacrement des 
devoirs. . . un peu moins disproportionnSs k son droit 
infini... On nous voit rcsolus a 61ever bien haut et 
a porter on Iriomphe T^tcndard de JSsus, fils de 
Dieu . . . prenant les humbles dehors du pain et du vin 
pour manteau royal. . . On nous voit, et les acclama- 
tions du peuple chr6tien repondent k notre entreprise.... 
Ton b6nil nos efforts, Ton nous crie de toutes parts : 
Courage, restaurez ces traditions, failes pr^valoir ee 
droit divin, d6truisez celle injuste et horrible pros- 
cription, qui voudrait avoir raison de ce qu'il y a de 
plus imprescriptible sur la terre. . . Enfin, ce qui fixe sur 
nous tanl de regards bienveillanls, c'est que ce 
Congres est ra3uvre de la plus haute charity . . . Nous 
travaillons en d'autres assemblies a donner aux pauvres 
le pain materiel, celui du corps, et le pain de la science, 
celui de I'esprit , , , , mais le froment qui nourrit lecorpSi 



ASSEMBLES gIneRALE — RAPPORTS 293 



la verity qui nourrit la raison nc fournissent qu'un pain 
purement humain; or, h riiomme appele par Dieu h 
'^'ivre de la vie divine, il faut un pain divin faisant vivre 
divinement ; et ce pain, c'est J6sus-Christ, fils de Dieu, 
devenu chair a cause de nous et devenant pain pour 
Aire noire nourriture. Tel est le pain que le Congrfes 
vcul donner aux hommes. Nous disons k tous : prenez 
H mangez ce que nous prenons et mangeons ; deman- 
dez au Pere celeste votre pain quotidien, le pain de la 
oommunion ; adorez et recevez ce pain, savants et 
philosophes. , . Voila le lang*ago que nos Congres 
eucharistiques ne cesseront dc faire entendre. » 

Romarquons, Messieurs, qu'il ne s'agit nullcment dans 

uos asseniblees de d6iinir des questions do dogme, ni dc 

•lecidtT des points controverses, mais seulcment de 

mellrti en presence des hommes qui s'occupent d'oeu- 

vres eucharistiques. Nos congres sont Texposition des 

"lovens a employer dans toules ies contr6es pour deve- 

loppcr la devotion k J6sus-Hostie. Chaque jour, des le 

matin, Ies membres sc relrouvont au pied des autels 

pour prier, rendre hommage el reparer. Durant Jo jour, 

tandis que dans Ies commissions ou dans Ies assemblees 

<»n expose Ies moyens Ies phis proprcs a honorer la 

divine Hostie, la foule se prosse autour de Taulel pour 

supplier et faire reparation d'honnour ; la priero et 

i'iidoration marchent de pair avoc relude ; le Saint 

Sirrement est expose pendant lout le Congres ; et ce 

•pie preparenl Ies Iravailleurs, comnu^ ce i\\\q deman- 

dent ceux qui adorent el priont, c'esl le rogne social 

ilr Jesus-i^hrist. 

III. — Li6ge. — En 1883, Ies grandes solcnniles eu- 
liaristiques de Li6ge furent comme le couronnement 

20 



294 JEUDI, 26 JUILLRT 



des reunions de Lille et d'Avignon. Plus de trois cents 
prStres de tous les diocfeses de Belgique y prirent part; 
les princi pales villes de France y eurent leurs ddlegu^s; 
la Suisse, lltalie, la HoUande, TAngleterre, I'Espagne, 
TAmerique avaient tenu a s'y faire repr6senter. Pen- 
dant pres d*une semaine les membres de ce Congres se 
r^unirent quatre fois par jour pour faire le rdcit d'une 
foule d'ceuvres ; tout le dogme de TEucharistie, ses 
splendeurs, ses propri^tes, son action, son influence, 
son culte furent traitds, prech6s et d^montres dans des 
rapports et dans des discours dont la valeur respective 
6lait sans 6gale, et dont Tensemble constitue un fais- 
ceau doctrinal d'une haute port^e. 

IV. — Fribourg. — Cependant les solennil^s de Fri- 
bourg- en 1885 surpasseront celles de Li6ge. Nous fAnies 
la en presence d'un spectacle autrement splendide et au- 
trement consolant. Laville,la municipalitejegouvorne- 
menty T^piscopat Suisse s'associ^rent k noire ODuvre ; 
les splendeurs de la nature et de Tart s'unirenl aux 
sympathiques demonstrations de Tarm^e, des magis- 
irats, d'un peuple entier; nous piimes nous eerier: En 
verity nous allons de progrfes en progrfes sur le chemin 
eucharistique ; des hauteurs de Saint-Michel nous 
voyons poindre k Thorizon Taurore de la resurrection 
des peuples Chretiens. Ah I Messieurs, je n'oublie- 
rai jamais ce moment solennel du jour des horn- 
mages ou, sur la grande place, en presence de Fribourg 
et de toute la Suisse, Me"" Mermillod, Vkme de ce Congrfes, 
apr^s avoir plusieurs fois soulcv6 de sa parole brulante 
les applaudissements de la foule, s'arrfela en face de 
rhostie pos6e sur un tr6ne immense qui dominait 
l'horizon,puiselevant la voix : « Maintenant, dit-il, iovSy 



ASSEMBLEE GENERA LE — - RAPPORTS 295 

ripetez avec mot : Lou^, beni, adori soit a tout moment 
JhuS' Christ an Tres Saint Sacrement! » 20,000 voix 
rep^lferent : « Lou4j b4ni, adore soit a tout moment Jesus- 
Christ au Tres Saint Sacrement ! » Ce n'cst pas assez, 
repril le pr6Iat : « Levez la main en signe de sermcnt el 
diles: Vive Jhus-Christ au Saint Sacrement ! quHl regne 
surnous et sur notre peuple ». 20,000 mains se leverent, 
et ce serment solennel fill jure avec I'energie des ^ges 
Chretiens; les gorges des montagnes le r^pelerenl en se 
le renvoyanl de Tune h. Taiilre, tandis que les detona- 
tions du canon et les volees des cloches le redirent, h 
lous, k leur maniere. La foule s'inclina, le roi des 
nations, le Dieu dlsrael b^nit son peuple qui Tavait 
reconnu pour roi. 

V. — Toalonse. — Au Congrfes eucharistique de Tou- 
louse, en 1886, Son Eminence le cardinal Desprez monira 
ceque peut un 6vfeque quand il se fait Tintr^pide defen- 
seur des liberies de TEglise. Ces solennites se termi- 
nirent par le pelerinage a Lourdes devant la roche 
Massabielle. 

VI. — Paris. — Paris, en 1888, voulut avoir son 

CoDgres eucharistique. Cefutle Congres du Sacre-CtBur. 

Nous avions appris a Toulouse que les pretentions des 

pouvoirs humains n*ont rien i faire dans nos reunions : 

aassi, dans la grande ville, les assemblees privies et 

gen^rales, les adorations de nuit et de jour, la journ^e 

des hommages, jouirent de la plus grande liberty ; lo 

monde cathoiique assistait par Tesprit k ces assises au 

au milieu de la Babylone moderne. Du premier jour au 

dernier, deux courants s'^tablirent parmi les ^mes 

pieuses, celui de Tfitude et celui de la priere ; des milliers 



296 JEUDl, 26 JUILLET 



de personnes prirent part k ce congrfes, et, au jour des 
hommages, la montagne du Sacr^-Coeur se couvrit de 
fiddles qui venaient, seion la parole de Son Eminence 
le Cardinal Archeveqiie de Paris, t6moigner reconnais- 
sance et amour au Dieu de TEucharislie. Cefut un beau 
triomphe pour Jesus-Hostie, et si le peuple de Paris ne 
se m^la pas a ces solennil^s comme celui de Fribourg, le 
succes n'en fut pas moins remarqu6 dans le monde social. 

VII. — Anvers. — La scpti^me grande assemblee 
inlernationale des a»uvres eucharistiques nous r^unit 
k Anvers en 1890. La Belgique, la Hollande, la France, 
TAngleterre et I'llalie y prirent part. La grande cile beige 
se fait gloire d'lionoror par des solennitds exceptionnelles 
le Dieu de TEucharislie. Au moment ou nous arrivions 
dans ses murs, sur Timmense place de Meir, devant le 
palais royal, du haut d'un reposoir convert d'or et de 
soie, Jesus-Uoslie benissait la cit6 et ses babitants ; 
il parcourut avec Timage de Notre-Dame plusieurs 
quartiers de la viile au milieu d'une foret de banniferes, 
de banderoles, d*arcs de triomphe, envelopp6 dans des 
nuages d'encens qui montaient vers les cieux avec les 
prieres el les clianls d^un peuple innombrable qui 
racclamait en tressaillant d'all6gresse, de joie, de bon- 
lieur et de ravissemonl. Le soir de ce premier jour du 
Congres, tout Anvers s'illumina pour nous montrer 
comment le peuple beige aime le Seigneur et la Vierge 
Nolre-Dame. Nous comprenions alors que nous ^tions 
vn pays vraiment calholique. La Belgique tient k mon- 
trer (ju'ello est en Europe le boulevard de rEucharistie ; 
n'a-elle pas triomphe des heresies de Tanchelin et de 
B^rangor ? Ce fut dans une seance de ce Congres que 
M^'' TEveque de Luxembourg, aprfes la lecture d'une 



ASSEMBLte G^NERALE — RAPPORTS 297 

letlre d'un 6v6que grec, nous fit 6inellre le vcbu d'as- 
socier k nos reunions les ^glises grecques. Cc voeu 
devait ^tre f6cond. 

VIII. — Jerusalem. — Depuis quelqucs ann^es, sous 
la prelection de Mffi^Lecoq, 6v&que de Nantes, une asso- 
ciation dite de la Sainte Union a 616 fond6e au convent 
du ccBur mis^ricordieux de Jesus , k Saint-Nazaire sur 
Loire, dans le but de consoler et de d61ivrer Notre- 
Seigneur captif dans rEucharistie, au milieu des peu- 
pies schismatiques. Le moyen d'y parvenir est de con- 
verlir les dissidents en les ramenant it Tunite. Le 
Congrfes eucharistique d'Avignon avait 6mis le voeu 
qu'il se format une ligue de prieres et de communions 
pour obtenir le retour des schismatiques. L'Asscmbl(^.e 
d'Anvers avait confondu dans iin meme sentiment do 
foi et de charit6 TOrient et TOccident. 

Consid^rant ces d6sirs, le Comite des oeuvres eucha- 

risliques r6solut de suivre en 1893 le pelerinagc 

de penitence organise par les RR. PP. Augustins de 

TAssomption, et de tenir un Congres a Jerusalem, a 

c6le du C^nacle. 

Nous ne dirqns rien ici de cette incomparable assem- 
blee, dont une voix autorisoe vous rcdira, Messieurs, 
le merveilleux spectacle et les travaux particiiliers. 
Qu'il me suffise de tirer ma conclusion g6n6rale. 

Ce qu'ont fait les Congris eucbaristiques. — 
Les grandes reunions des Congres eucbaristiques nous 
ont fait connailre des ceuvres qui, dans toutes les con- 
tr6es ont pour but d'amener le regne de J6sus-Christ ; 
mais ces pieuses assises ont manifesto une tendance a 
demontrer Taction sociale de TEucharistie, de telle sorte 



298 JRUDI, 26 JUILLET 



qu'en suscitant de solennelles manifestaiioas par deft 
communions et des hommages, ces Congrfes nous 
amenent k proclamer la royaut^ de J^sus-Christ, tandis 
que ses membres se sonl occup6s de r^tablir ses droits 
dans la society et dans la famille. Le Divin Mattre, par 
TEucharistie, vit au milieu de nous avec son humanity 
et sa divinity ; rEucharistie est le centre, le but final 
de toule devotion, le principe universel de la gr4ce, 
elle possedc tous les secrets de la vie ; le Christ dans 
rEucharistie est un agent reel et social dont Tinfluence 
s'6tend non seulement sur la soci6le religieuse, mais 
sur riiumanit(§ entiere : il est la notre Dieu, notre Sau- 
veur, notre Maitre ; de la, il agit sur les 6vdnemenls du 
monde, sur la marche des nations, sur les revolutions 
des empires, sur la civilisation des peuples, sur les 
arls, les sciences et Tiiiduslrie. Les assemblies eucha- 
risliques, en nous rappelant ces litres de Notre-Seigneur, 
avec ses droits imprcscriptibles et les devoirs que nou& 
avons a lui rendre, ont fait la monographic des oeuvres 
qui nous demontrent comment le Dieu de TEucharistie 
est le vrai soloil de I'liumanite. C'est lui qui 6claire ef 
illumine coux qui s'exposeut k ses claries, qui rechauffe 
et feconde de ses rayons les Ames qui s'approchent dp 
ce foyer. Les Congres eucharistiques ont fait connaitre 
les associations, les confreries, les institutions etablies 
pour soutenir et propager Taction de TEucharistie dans 
les ames ol dans lo mondo ; ils nous ont fait la biogra- 
phic des saints personnages qui ont fond^ ces oeuvres, 
et nous ont rappeleles fails merveilleux dont le Seigneur 
les a gratifies pour r6compenser ou raviver leur foi. 

Helas ! sur cetle terre d'exil, il y a tant de douleurs 
el de contradictions qu'il faut que les clartes celestes 
descendcnt dans les coeurs lorsqu'ils subissent la per- 



ASSEMBLEE GENERALE — RAPPORTS 299 

s^cution, aCn de soutenir la faiblesse humaine ; il faut 
aussi, puisque le Christ, Dieu et homme, dirigc son 
l^glise, qu'il se manifeste, nou seulement par des clart^ 
interieures, mais par des fails sensibles ct publics qui 
demontreot devant ses ennemis qu'il est le Dieu puis- 
sant et veritable. Les membres des Congrfes, on nous 
rappelant ces faits, nous ont dit comment les cites, 
t^moins de ces merveilles, s*lionorant de ces gloires, 
onl 61ev6 des monuments pour transmettre le souvenir 
des miracles eucharistiques. 

Dans les prdcddents Congres, nous avons pris des 
^solutions pratiques, nous avons emis environ deux 
cents voBux que je voudrais voir ecrits sur les murailles 
denos temples (1). Ces voeux conccrnent les catechismes, 
les instructions, les retraites eucharistiques, les hom- 
mages k rendre a I'Hostie Saintc, la diffusion des jour- 
naux et des livres, la reedition ou la traduction des 
ouvrages qui font connaitre Tadorable Eucharist ie, la 
construction des edifices sacres, rornementation des 
sancluaires, tout le materiel des eglises, la celebration 
des saints mysteres, le recrutemcnt du clerge, etc. Rien 
n'a 6ie omis de tout ce qui pout ot doit contribuer a 
Ihonneur du Tr(!»s Saint Sacrement. Ah ! cost que 
JEucharistio, Messieurs, est Ic grand axe du monde, 
aulour duquel doit graviter toule la creation! Le prin- 
cipal effort du moment doit etre de touruer les esprits 
vers ces grands mysteres, afin d'amener dans les Ames 
le regne de J6sus-Christ : c*cst tout ce que nous nous 
sommes propos6 dans nos reunions eucharistiques. 
Nous voici k Reims comme nous avons ete a Lille, 



ft) Consulter Touvrage de M. Maurel, Memorial des Congris 
4:ncli(irist\qu€S, 



300 JEUDI, 26 JUILLET 



k Fribourg, k Li^ge, k Paris, k Toulouse, k Anvers^ a 
Jerusalem. Lk, nous avons dit ce que nous faisions et nous 
avons demands comment ailleurs on aimait Jesus-Hoslie , 
et ainsi nous nous sommes Mifi6s mutuellement. Ici, a 
Reims od fut baplis6e la France avec Clovis, son roi, 
vous nous direz ce que vous faites pour aimer, adorer 
et b^nir le Dieu de nos autels. Nous prierons ensemble, 
et notre joie sera grande en Notre Seigneur J^sus- 
Christ. 



L'EUCHARISTIE 

Et la Vie Natioaale de la France 

^ar le Pdre A. DELAPORTE, Missionnaire du Sacr^-Cceur. 



Pour qu'elles vivent, il faut aax nations comme aux 

incHvidus plus que la grappe et Tdpi. Nous lisons dans 

Tevangile deux textes du Pater ; celui de saint Luc, dont 

use la lilurgie : « Donnez-nous notre pain quotidien. » 

(Luc XI, 3) ; celui de saint Matthieu qui manifeste davan- 

tage les hauls desseins de la Providence : « Donnez-nous 

Jiolre pain surnalurel, paiiem nostrum supersubstan- 

tialem, » (Matlh., VI, li.) 

Isolds ou group6s, nous devons tendre k Dieu qui est 
la fin aniverselle. L'aspiration ^ Dieu, c'est la vie de la 
creature intelligente. Cetle aspiration est-elle energique, 
la vie coule a pleins bords ; vient-elle k baisser, c*est 
rinfirmit6; si elles'eleint, c'est la mort. 

Mais aspiration est un mot trop faible. C'est union 
quil faut dire. « Un grand dessein d'union, dit Bossuet, 
regne en tons nos mystferes; » disons davantago : Ce 
grand dessein apparait dans toute To^uvre de Dieu ; il 
s'affirme avec des splendeurs eblouissantes dans Ics 
mysteres du Christianisme. 

Pour rhomme, marcher dans la voie ou la Providence 
le pousse, c'est participer k hi vie divine ; par conse- 
quent la recevoir, et Ja recevoir dans Talimcnt qui nous 
Tapporte, le Pain venu du ciel. 

Ce pain, que chacun doit demander non pour lui seul 
mais pour tons, c'est J6sus-Christ. Non pas seulement 



302 JEUDI, 26 JUILLGT 



J6sus-Christ Vcrbe de luraifere, illuminant les syllabes 
de I'evangile, mais J6sus-Christ Agneau du sacrifice, 
J^sus-Christ chair et sang, J^sus-Christ sacramentel, 
J6sus-Christ Eucharistie. 

Quant aux individus, pas de contestation possible. Ou 
vivre de I'Eucharistie ou mourir. En va-t-il de m^me d© 
la nation chr6tienne? Sa prosp6rit6 temporelie (puis- 
qu'clle ne vit que dans le temps) est-elle li6e k la fid61it6 
de ses membres, de ses chefs surlout, envers le Dieu de 
rEucharislie? L'Eucharistie esl^ellele pain d'une natioa 
chretienne commc d'un individu chr6tien? Finalement, 
le culte de J6sus-Christ dans le Tres Saint Sacrement 
est-il le grand devoir et le grand int^r^t national, comme 
il est Ic grand devoir ei le grand interet individuel? La 
question vaut la peine d'etre approfondie dans un Con- 
gres eueharistique. 

Ne pouvant I'aborder dans son ampleur, je restreins 
a regret celte etude a une seule nation, la France, et je 
demande a son hisloire quelles relations unissent TEu- 
charistie a sa vie nationale, 

I. — La nation fran^aise est nee de TEucharistie. 

Des la premiere heure, Jdsus sacrament6 prenait pos- 
session du sol gaulois. Fiit-ce entre les mains de Lazare, 
le ressuscite, do Martial qui avait porte au desert les 
pains du miracle ou de quelque autre disciple du Sei- 
gneur, que I'Agneau divin y fut depos^ pour la premifere 
fois? je ne sais; mais ce fut lout au commencement, et 
depuis longlcmps le sacrifice eueharistique y projetait 
dans (outes les directions ses effluves sacr^es, quand, a 
Toibiac, relentit ce « Vival qui diligit Francos Christus », 
qui annongait la naissance de la tres illustre nation des 
FrancSy comme Leon XIII daigne la nommer. 



ASSCMBL^E GENKRALE — RAPPORTS 303 

Conclue dans le M&lh de Tolbiac, ralliance enlre le 
Christ et les Francs a 61^ sign^e a Reims ; elle y a 6t6 
signee sur rEucharislie. 

Si grande qu'ait ^t^ la c^r^monie du bapt^me de 
Clovis et de ses trois mille guerriers, en cctte nuit im- 
mortelle de Noel 496, elle ne fut qu'un pr6Iude. Aprfes 
radrainistration du sacrement regen6rateur, le pontife 
monla a Tautel; a sa parole, Jesus-Christ descendit. 
Clovis et ses guerriers, Tayant adore, le regurent sur 
leurs Ifevres, et ce fut -par la que, selon le rite uni- 
versel des Juifs, des Remains, des Barbares, entre les 
Saliens, qui allaient devenir les Frangais, et le Dieu 
qu'ils avaient acclam6 h Tolbiac, le pacle irrevocable fut 
conclu. 

La civilisation magonniquc noijs promet un serment 
d'ou I'idee de Dieu sera soigneusement exlirpee. Ce 
serment sans Ame, nos peres Teussent a bon droit traits 
de blaspheme. Faire serment, ce n'est pas seulement 
s'enofager sur un honneur personnel qui pent etre de 
mince quality ; c'est prendre k tenioin de la sincerity 
dune parole le grand Dieu qui nous voit et nous jugera. 
El parce que c'est le sacrifice qui 6lablit entre Dieu et 
riiomme la communication pratique, c'est durant le 
sacrifice et par la participation au sacrifice que se con- 
cluent les solennelles alliances. 

Quand, aux sacrifices idol^triques ou simplement figu- 
ratifs, succede le sacrifice divin, la loi de I'alliance reste 
la meme; et, puisque c*est avec le Dieu qui est lui-meme 
la Yictime du sacrifice que le pactc se fait, c'est par la 
messe et la communion (jue ralliance doit etre signee. 
Tout autre rite serait en jcontradiction avec la constante 
pratique de tons les peuples. II est done certain que la 
nation frangaise, la premiere entre les jeunes nations 



304 JEUDI, 26 JUILLET 



catholiques, naquil ici m^ine, k Reims, en 496, de TEu- 
charistie. 

II. — N6e de TEucharistie, la France a grandi par 
I'Eucharistie. 

On en troaverait la preuve directe dans ce fait signi- 
ficalif que, quatre siecles aprfes Tolbiac, au temps de 
Charlemagne, chaque dimanche, la masse des fidMes — 
communiait k la messe. Quelle n*est pas Taclion d^- 
rEucharisiie sur une population qui communie tous less 
dimanches ! 

H^las ! il faut le dire k la honte de la civilisatioii 
contemporaine. En ces temps si m6pris6s, Touvrier, le 
serf, Tesclave mfeme jouissaient de la pleine liberty du 
dimanche. Or, si le sabbat 6tait le jour de J6hovah, le 
dimanche est le jour de TEucharistie . Tout attentat 
contre le dimanche est un attentat contre I'Eucharistie. 

Nous disons au peuple de France : « La sainte messe, 
la communion, le salut m6me qui termine si bien ie 
jour sacr6, voilk ta consolation, ta force, ton bonheur! » 
Mais un industrialisme ^hontd, mais un mauvais vouloir 
sacrilfege repliquent : « Non ! Pouvrier, le dimanche^ 
n'aura pas le temps d'ouir la messe, de communier, 
d'assister aux offices. Le jour mfeme ou J6sus-Christ 
Tappelle expressement pr^s de son trdne eucharistique, 
nous ferons en sorte qu'il travaille, et, aprfes avoir tra- 
vaille, s'abrutisse. » Le dimanche, pour Touvrier, cVst 
la liberty ; la messe, c'cst la dignity; la communion, 
c'est la divinisation commencee. Ah ! la magonnerie 
sait bien qu'en luttant contre Tobservation du dimanche, 
elle combat le Dieu de PEucharistie. 

La France m6rovingienne ne connut pas la servitude 
du dimanche. Ce jour-la, en Thonneur de J6sus-Christ, 



ASSEMBLES GEN^RALE — RAPPORTS 305 



lous Staient libres. Et d^s lors, TEucharistie excrQait 
son action bienfaisante sans entraves. 

De Ik celte merveilleuse germination de saints que 
rhistoire raconte. 

On a cit6 plus d'une fois, sous ce rapport, la famille 
de I'ancfetre de Charlemagne, Pepin de Landen, maire 
dupalais de Dagobert, et Tun des plus pieux chr6tiens 
de son temps. On trouve dans les dypliques de Tl^glise, 
saint Modoald, 6v6que de Treves, son frere, sainte Itta 
et sainte S6vfere, sa femme et sa fille, et ime quinzaine 
d'autrcs parents, parmi lesquels saint Mauger et sainte 
Aaldetrude, sa femme, saint Witger et sainte Amalberge, 
egalemenl lai'ques,enfin, Theroique penitent saint Bavon. 
La frequentation de rEueharistic meltait alors, non 
quelques ^mes d'elite, mais les foules, mais la nation 
(Jans rintimit6 de THomme-Dieu. 

A meilleur titre que les hotels de ville modernes, son 
temple 6tait la maison commune, C'etait la qu'on venait 
devant lui arrfeter les^onditions des contrats ; on se 
pormettait meme parfois de s'y divortir, mais surtout on 
priait, on adorait, on aimait, et quand on parlait pour 
les exp(§ditions militaires, on emmenail devant soi 
I'arche eucharistique pour ne [)as se sdparer, meme sur 
le champ de bataille^ de ce Christ Jesus qui aimait les 
Francs et en etait aime. 

Ainsi, les mccurs s'adoucissaiont, les vertus gran- 
dissaient, la civilisation se developpait aux rayons du 
soleil eucharistique. 

L'exemple venait de haut. II 6tait donne par de saints 
♦Heques, qui ne manquerent jamais, meme aux heures 
troublees; il 6tait donnd par la royaute, qui n*estimait 
pas dechoircn s'inclinant devant TUomme-Dieu, roi des 
rois. 



306 JCUDI, 26 JUILLET 



III. — On a raconte de Charlemagne que, tout enfant; 
il s'^lait honor^ en tenant la bride du chevai du Pape, 
qui representait Notre -Seigneur et vraisemblablement 
portait sur lui PEucharislie. 

Sa devotion pour Jesus au Sacrement est assez connne^ 
c'6lait comme vicaii^e temporel du Christ, Chrislo * 
regnante, qu'il gouvernait ses £tats. Mais il se rencontre ^ 
dans son long regne deux faits entre tons dignes 
d'attenlion. Le premier est la creation, en sa faveur, dn f 
Saint Empire romain, la plus haute dignity terrestre^ 
qui se puisse concevoir. 

Comme chaque chef d'Etat chr^tien, au milieu de sa 
nation, est en quelque sorte 4v4que du dehors^ c'est k 
dire charg6 de faire respecter les droits de Jesus-Christ 
et de defendre son honneur, ainsi Tempereur sera en 
quelque sorte le pope du dehors, sp^cialement investi 
par le vicaire de Jesus-Christ de la haute charge de la 
protection de la Papaut6, et, k ce titre, g6n6ralis- 
sime des forces de la chretient6 pour la defense de 
r%lise. 

Que voyez-vous h Saint-Pierre de Rome, en cette nuit 
memorable de Noel 800? A Tautel, le Pape : c'est saint 
L6on III ; devant I'autel, un monarque, I'^p^e au c6t6 : 
c'est Charles, roi des Francs; entre les deux, sur 
Tautel, le Maitre du monde, le chef de la soci6t6 spiri- 
tuelle et des soci6l6s civiles, de T^glise et des £tats 
chrdtiens, Jesus sacraments. 

Par devant J6sus sacraments et en son nom, le Pape 
dScore le roi des Francs de la dignitS impSriale. Par 
devant JSsus sacraments, Charles jure d'en remplir 
les obligations. Le Pape et TEmpereur communient 
ensemble, Talliance est scellSe, le ciel et la terre en ont 
6i6 les temoins. 



ASSEMBLEE GENERALE — RAPPORTS 307 

t 

. Le sacre enlre desormais dans les coutumes de toutes 
les nations catholiques. 

Or,lc sacre se compose de deux choses bien distinctes, 
bien qu*inseparables. L'une est la benediction divine 
appelee sur le detenteur du pouvoir civil, et avec elle 
Taureole dont cette benediction Tillumine, en rappelant 
'alous que cet oint du Seigneur est depositaire dune 
autorile qui vient de Dieu, par quelque voie reg-uliere 
quelle ail d'ailleurs 6te transmise ; et qu'ainsi Thonorer 
c'eslhonorer Dieu, Toutrager, c'est outrager Dieu. 

Mais d'autre part, le detenteur du pouvoir (roi, presi- 
dent ou consul) renouvelle solennellement le pacte 
conclu entre la nation qu'il represente et J6sus-Clirist. 
Cest pourquoi c*est devant Tautel, sur lequel Jesus- 
Christ est descendu, que le prince fait serment d'etre le 
juste etferme d^fenseur de tons les droits, sp^cialement 
deceux de Dieu et de son Eglise, apres quoi il commu- 
niede la main du pontife consecraleur, en t^moignage 
de la sincerite de son serment. 

Du haul de son tr6ne eucharistique, Jesus-Christ se 
faitle lien entre le Pouvoir chretien et ses sujets. Jesus 
sacraments est le chef invisible et T^me de la nation. II 
inspire le pouvoir, tant que celui-ci reste fidele a son 
serment. II protege le peuple, tant que celui-ci le merite ; 
etquand cela devient necessaire, par des coups de sa 
puissance, il venge le pouvoir brav6 par la rebellion, ou 
le peuple ecras6 par la tyrannie. 

Ainsi, de regne en regne jusqu'a Tavenement du 
pouvoir rSvolulionnaire, J^sus sacraments, par le sacre 
de ses souverains, constituera la nation sur les fonde- 
mcDts de TSquitS et fera de la royaute une fonction 
regie par la loi divine et non par Tarbilraire ; un service 
public Slabli d'en haut non pour la satisfaction du 



308 JEUDI, 26 JUILLET 



monarque, mais pour le bien de la nation. Sous les 
monarques fideles au serment de leur sacre, la nalion 
sera heureuse ; les autres Topprimeront. 

Comme le serment du bapteme, le serment du sacre 
est une abondante source de biens. Ces biens vieanent 
de Jesus-Christ qui a reQu Tengagement. Les maux 
viennent des princes qui le violent. 

Le couronnement de Napol6on P' par lui-meme, a 
Notrc-Dame, ne fut de la part de Timperial cotnediante 
qu'une parodie sacrilfege du sacre veritable. L'empereur 
ne fit pas le serment et ne communia pas. La benedic- 
tion de Jesus-Christ s'arreta en cherain. 

Le second fait qui a trait a notre these est la conver- 
sion du Saxon Wittikind, k la suite d'une vision eucha- 
ristique qui, du plus redoutable adversaire de la monar- 
chic franque, fit son allie en m^me temps que I'ap6lre 
de la Saxe. Une communion pascale servit plus la cause 
du roi des Francs que trente ans de combats (1). 

IV. — Renouvele en grande solennite par le sacre 
des nouveaux souverains, le pacte national avec Jesus- 
Christ a pour expression plus frequent e Vhommage na- 
tional^ qui naturellement revet des formes multiples. 

Ainsi, quand de tons les points du territoire les 
Francs viennent en foule aux basiliques de Saint-Martin 
*a de Saint-Denys, ou encore k quolque sanctuaire de la 
Mere du divin Roi qui, le tenant dans ses bras, le 
pr6sente a Tadoration, ce sont bien Ik des manifcsta- 

(1) Selon une tradition, ce serait peut-elre a Attigny, oii 
iUiarlemagne avait une residence au diocese de Reims, que le 
roi saxon anrait el6 favoris6 de la vision miraculeuse : J6sus se 
inonlrant i\ son regard, dans la Saint e Hoslie, sous la forme dun 
cnfanl d une beauts surbumaine et ravissante. (I^ote de la E.) 



ASSEMBLEE G^J^ERALE — RAPPORTS 309 

tions nationales de fid6lil6 au Christ qui aime ics Francs 
ot dont les Francs sont fiers d'felre les sujets. Toulefois, 
c'est sous sa forme eucharistique que rhommage au 
Roi J^sus sc montrera plus expressif et plus ^clatant. 

Qui ne sail la place de la Messe dans noire vie natio- 
nale? Durant de longs sifecles, la nation tout entifere 
assisle chaque dimanche au sacrifice eucharistique; 
quel hommage pourrait 6tre plus justement appel6 
national ? 

La ne s'arrfttent pas le respect et la conPiance des 
Frangais. On voit leurs chefs assister a la messe tous 
les jours ; — comme k Paris sous Louis IX le saints 
a Versailles, au sifecle paganish de Louis XIV, chaque 
matin se c6lebre la messe du roi, qui, avant de gouverner 
la France, s'incline devant la Majesty supreme de J^sua- 
Uostie. 

Dans les conjonctures graves, aux jours de balailles, 
durant les ca1amit6s publiques, a la renlr^e des triba- 
naux et des maisons d'^ducalion, k tous les moments 
importants de la vie publique, comme dans la vie domes- 
tique^ lors du mariage ou du tr^pas, dans les solennitds 
palriotiques, provinciales, communales, corporatives, 
eu Ifele du programme est inscrit, selon qu'il convient 
a une nation catholique, Thommage des hommages, le 
sacrifice eucharistique. La nation veut vivre, el elle 
sail que la vie jaillit du coeur de THomme-Dieu, son 
Uoi, chaque fois qu'au milieu d'elle il descend. 

La fete du Corps du Seigneur, qu'on appelle aussi Fftte- 
Dieu, offre egalement, par la fagon dont elle se c61febrc, 
le caractere eclatant de Thommage national. Le Roi qui, 
c»D 496, fut acclam^ par Clovis et ses guerriers, et dont 
le lr6ne seul est in^branlable, J6sus-Christ, sort du palais 
que, dans chaque cit£, dans chaque bourgade, la pi6t6 

2t 



310 JGUDl, 26 JUILLET 



franQaise lui a b^ti ; il chemine en b^nissant, et le peuple 
entier, grands et petits, riches el pauvres, magistrals el 
adminislr^s, suit sa marche Iriomphale. 

La Revolution, si impie qu'elle soil, respecle long— 
lemps encore la vivacity du sentiment national ; il faut 
arriver k ces derniferes ann^cs pour renconlrer dea- 
Franijais assez pervers ou assez aveugles — disons 
aveugles — pour consigner dans son temple, comme 
encorabrant, Celui qui tient dans ses mains souvcraines 
les dcstinecs de la patrie et celles de ses insulteurs. 
Mais le Hot de I'hommage populaire, violemment 
repousse, n'en devient que plus impetueux, el la foi 
nationale, noblement ing6nieuse, saura invenler el pra- 
liquer des reparations qui submergeront TofTense : avee 
V Adoration nocturne, Fadoration ininterrompue de Mont- 
marlre, de la cliapelle du Corpus Domini, de mainl autre 
sancluaire de la capilale et de la province, avee bien 
d'aulres oeuvrcs qui n'ont pas encore dit le dernier mot 
de leur devouement Chretien et patriotique, les G^ngrte 
eucharisliques y sont au premier rang. 

II y a moins de quinze aus, au nom de la nation, donl 
elle pcrsonnifie la fidelile, Tarmee rendail encore les 
lionneurs k TEucharistic. Une derniere fois, ses clai- 
rons sonnaientaux champs, ses soldats presentaient les 
armes, ses officiers saluaient de r6p6e, quand Notre 
Seigneur Jesus-Christ, chasse de son domicile, ii 
Solesnies, par un decrel magonnique, parlait pour I'exil. 
Mais une hcurc viendra ou la France catholique se res- 
saisira, et les clairons de sa vaillante armde sonneront 
joyeusement la paciliquo victoire du Roi immortel des 
Francs, qui aura Iriomphe par Taniour inepuisable de 
son Ca3ur. En attendant cct aveniret pour le preparer, a 
mesurc que les chefs officiels de la nation progressent 



ASSEJHBLEK GENERALE — RAPPORTS 3ii 

dansToubli el le m^pris de leur devoir envers le Chef di- 
vin de la nation, la nation multiplie les affirmations de sa 
fidelity. Part out le r^veil religieux commence, ici hesitant 
et cherchant sa voie, Ik plein d'ardeur et de gen6- 
rosit^. 

Demandez-en des nouvelles a la Croix^ dont Tenorme 
diffusion et la p^netrante action est un des ^v^nements 
majeurs de cette fin de sifecle, aux associations de Jeu- 
nesse calholique qui se multiplient et s'^tendent, aux 
cinquante g6n6raux qui, hicr, pour fiter le centenaire de 
TEcole poly technique, commengaient par s'agenouiller 
devant Jesus-Hostie — (Combien de polylechniciens do 
1794 en auraient fait autant ?) ; — k quatre cents Saint- 
Cyriens faisant leurs Pkques dans la chapelle de Tecole ; 
volontiers j*ajouterais : aux candidats aux deux grandes 
ecoles nationales qui, hier, jetaient k la Seine, le man- 
nequin de Tauteur de la Pucelle, aprfes avoir conspu^ 
I'insulteur du Christ, le communiant sacrilfege Aronet, 
dit de Voltaire, 

Or, ce r6veil a pour signal Tepanouissement de toutes 
Ics cBuvrcs eucharistiques, notamment la popularit6 
croissante des Saluts du Tres Saint Sacrement, hom- 
mage solennel librement rendu au Christ, notre Roi 
bien-aim^, assis sur son trdne cucharistique. 

• 
V. — Chez nous,comme ailleurs, mais heureusemenl 
avec moins de succfes, les puissances des t^n^bres se son! 
armees contre rEucharislie, et n'ont rien 6pargn6 pour 
briser Talliancc des Frangais avec J^sus-Hoslie. Sans 
parler des h6r6sies antieucharistiques du moyen kgo qui 
Irouvferent ehez nous peu d'echo et n*aboutirent gufere 
qu^a des profanations isolees, pour enlever k la France 
J6sus, son Sauveur et Roi, present sur le sol de la 



312 JEUDI, 26 JUILLET 



palrie, Tenfer a mobilise success! vement le Proiesiann 
tismCj Ic Jansinisme et la Magonnerie, 

Aux nations qu'il r^ussit k s^duire, le Protestantisme 
enlfeve le Dieu vivanl, pour ne leur laisser que le livra 
qui renferme sa parole, et il arrive que loin du Dieu qui 
a parle, la parole divine n'esl plus comprise. La France 
a luU^ pour garder Jesus dans son Sacremenl et elle 
I'a gard6. 

Quand les premiers Huguenots, brAlant de se signaler, 
eurent bris6 nuitamment la statue de Marie, portanl 
J^sus dans ses bras, Paris, ce Paris que saint FranQois 
d'Assisc avail pris en affection, k cause de sa grande 
devotion an Saint Sacrement, Paris s'6mut. Une solen- 
nelle procession expiatoire fut r6solue. On y vit, mar- 
chant tete nue et k pied, le lieros de Marignan, Fran- 
cois I"; et cet hommage national k J^sus sacraments 
voua le protestantisnie, malgr^ la tSnacit6 de ses at* 
taques, k une irremediable d^faite. 

La R6forme n'ayant pu arraclier en France JSsus- 
Christ de son tr6ne eucharistique, le JansSnisme essaie 
de faire le vide aulour de lui. Sous la plume astucieuse 
des Messieurs de Port-Royal, le Sacrement d'amour est 
metamorphose en Sacrement de terreur. Pour I'honorer, 
il faut le fuir. Mais voila qu'aux sataniques conspira- 
teurs de Bourg-Fontaine, la France repond par la 
bouche de Vincent de Paul : « Taisez-vous. Jesus a dit : 
Venez k moi, vous tous qui travaillez et qui pliez sous 
les fardeaux. » Vivre, c'est aller a TEucharistie. « Com- 
muniez et frequemment el dignement. Qui communie 
bien, fait tout bien.» Et bient6t apr^s, Jesus lui-m^me, 
dans TEucharistie, sur un autel, montrait son ccBur et 
en faisait Tetendard des futures revanches du Saint 
Sacrement. 



ASSEMBLEE GEN^RALE — RAPPORTS 313 

Vaincu a son tour, le Jaasenisme ne disparait que 
pour faire place k la Ma^'Onnerie, importdc d*Aiigleterre 
et d*Allemagne, mais dout la France devient k la fin du 
x\in* siecle le plus actif foyer. 

Uo historien, k qui Ton ne peut reprocher T^troitesse 
des id^es, C^sar Cantu a ^crit : « Les hommes ont 
besoin d*adorer et d'ob^ir ; s*ils n'adorent pas Dieu, s'ils 
ne lui obeissent point, k lui le souverain bien, ils por- 
tent leur adoration au diable, qui souffle le mal. De Ik^ 
Tardeur de celui-ci k nous 6loi£rner de Dieu et de son 
Christ, parce qu'alors nous aliens k lui. Rehverser le 
trdne du Christ, c'est relever celui de Satan. » 

Ce tr6ue du Christ, ce sont les espfeces sacramentelles. 
Des que les tabernacles seront vides, les demons se 
reiostalleront sur les autels. D^christianiser pour resa- 
taniser, c'est le programme de la haute maQonnerie luci- 
ferienne des triangles, ignor6 de la vulgaire maQonnerie 
des loges. Or, Tobstacle, ce n'est pas la Bible lue par 
les protestanls sans 6tre comprise ; c'est J6sus-Christ 
personnellement present, c'est TEucharistie. Dans ses 
antres, la secte se repait de la profanation des hosties, 
s*imaginant, dans sa stupidity, k travers les especes^ 
atieindre J^sus-Christ lui-meme. Au dehors, elle fait 
I'Eucharistie prisonnifere en emp^chant les processions 
du Saint Sacrement ; elle poursuit de ses aboiements 
furieux les catholiques qui communient. Le reste, elle 
le lolfere en maugreant ; mais pas de confession, pas 
de communion 1 Elle sait qu'un catholique qui ne 
communie plus est un traitre a JSsus-Christ. 

Si elle lutte d6sesp6r6ment centre Tobservation du 
dimanche^ ce n*est pas parce que ce jour-lk est le jour 
du repos, c'est parce que c'est le jour de Tautel, de la 
table sainte, du tabernacle, le jour de TEucharistie. 



314 JEUDI, 26 JUILLET 



Nous sommos au fort de la bataille. La UaQonnerie 
sera vaincue par les oeuvrcs eucharistiques. Quand nous 
nous occupons de leur d^veloppement, c'est sur ie salut 
de la patrie que nous d^lib^rons. 

Moins nombreuse, k coup sur, est la pacifique armSe de 
J6sus sacraments que la legion magonnique renforeSe 
par ses innombrables auxiliaires; mais elle grossit 
chaque jour^ mais son ardeur grandit, mais son chef 
invincible est au milieu d'elle. Si, aprfes plus de cinq 
siecles, saint Frangois d' Assise revenait visiter notre 
pays, parmi tant de nouveautSs, doni plusieurs ne sont 
que des mines, il reconnaitraii encore la nation fidfele 
au Tres Saint Sacrement. 

VI. — J'ai indique sommairement ce que la nation 
frangaise, n6e k Reims de TEucharistie, a fait depuis 
durant quatorze siecles pour Jesus sacramente, son Roi. 
Je ne puis pas meme esquisser ce que ce Roi gSnereux 
a fait pour cette nation, fiUe ainSe de son l^glise, el 
royaume privil6gi6 de son auguste Mfere. 

Je me borne a signaler deux ordres de faits : les 
miracles eucharistiques et les victoires eucharisiiqties. 
La statistique des premiers, 'dress6e par VInstiiut des 
Fastes, mentionne pour la France prfes de cent cinquante 
miracles eucharistiques, s'Schelonnant de sifecle en 
sieck>, depuis saint Denys, communis de la main de 
J6sus-Clirist, jusqu'a 1883; lumineux flambeaux allu- 
mes sur la route de la nation pour aviver k chaque 
instant son amour et sa foi ! 

Notons d'un mot le caract^re national de Toslension 
du Coeur de J6sus k la B. Marguerite-Marie, avec la 
serie des avertissements, des requites et des promesses 
speciales qui en furent le dSveloppement. 




ASSEXBLEE GENERALE — RAPPORTS 315 

Notons surtout^ avec une reconnaissante allSgresso, 
avec une confiance pairiotique, les r^cents miracles 
eucharisliques de Lourdes, qui donnent la clef de tous 
les autres prodiges accomplis en ce lieu sacrS. 

L'immense mouvement de prifere provoqu6 par 
rimmacuI6e, aboutit finalement k la glorification du 
Tres Saint Sacrement. Ce fleuve intarissable de grAce, 
dont la source intarissable de Massabielle n*est que la 
faible image (elle veut qu^on le sacbe), jaillit du coeur 
de Jesus-Hostie. 

Parmi les victoires frangaiscs remporl6es sous les 
auspices de TEucharistie, je ne citerai que trois noms : 
Toulouse, Muret et Bouvines. Infideles, h6r6liques, 
schismaliques tour k tour font Tepreuve de son pouvoir 
A la fid^lit^ des FrauQais k I'Agneau de Dieu reQoit sa 
recompense. 

Cetait en Tan 720. La France m^ridionale 6tait 
envahie par une immense armSe d^Arabes et de Maures. 
Occupy contre les Saxons, Charles Martel, le h^ros de 
Poitiers, envoie k la h^te quelques troupes au due 
d'Aqoitaine, Eudes. 

Non loin de Toulouse, la petite arm6e rencontre les 
Mahometans et la bataille s'engage. Le pape Gr^oire II 
avail envoy6 aux Francs, avec sa benediction, les 
Sponges qui avaient servi k la purification du maitre 
autel de la basilique vaticane, le jeudi saint. Ces 
reliques, dont la signification eucharistique delate aux 
yeus, ont 6i6 partag^es entre les soldats francs. Aprfes 
six heures d'un combat opini^tre, le chef musulman 
Zama est tu^ et ses innombrables bataillons mis en 
pleine d^route; il s'en fait un epouvantable carnage. 
Les Francs cependant n'avaient perdu que quinze cents 
hommes, et pr6cisement ceux-l& qui, par d^faut de foi, 



316 JEUDl, 26 JUILLET 



avaient r^pudiS le lalisman sacr6 veiiu de Tautel sur* 
lequci le Vicaire do J6sus-Christ avail c^l^br^ rinslitu — 
tion du divin Sacrement. 

Voyez devant la mediocre forteresse de Muret, k lait 
tSte de 2,000 chevaux el de 40,000 fantassins,Alphonse, 
roi d'Aragon, vainqueur des Sarrasins en vingt com- 
bats. L'ambition Ta rendu f61on h J6sus-Christ, il est 
venu soutenir de sa redoutable ^p6e les bandes albi- 
geoises. 

Simon de Montfort a 6t6 informe de la venue de TAra- 
gonais. Avant de quitter son manoir de Fanzeaux, il 
court d^poser son dp^e sur Tautcl, disant k Jesus- 
Christ : « Tu m'as choisi, Seigneur, pour d^fendre ta 
cause; je prends cetle 6p6e sur ton autel. » II se con- 
fesse, entend la messe, communie et monte k cheval. 
Le voil5, en face de Tennemi. II n*est suivi que de 800 
cavaliers : 800 contre 42,000 montagnards espagnols, 
commandos par un des plus renommis capitaines de 
son temps! Mais le h^ros chr^tien n'a pas vainement 
implore le secours de J^sus-Hoslie. Quelques heures 
apres, il rentrait viclorieux k Muret, aprfes avoir salu6 
avec emotion le cadavre de Pierre d'Aragon, abandonne 
sur le champ de balaille par ses troupes fugitives. 

A Bouvines, un an apr^s Muret, Philippe- Auguste 
avail devant hii les AUemands, les Anglais, les Fla- 
mands, soulenus par d*indignes Frangais; plus de trois 
fois plus nombreux, les coalis6s se croyaicnt si surs du 
6ucces qu*ils s'etaient par avance partag6 le sol fran- 
Qais. Le comte de Flandre s'adjugeait modestemcnt 
Paris. Mais ces gens-la 6taient les oppresseurs de 
TEglise du Christ. Le roi de France, au contraire, re- 
concilia avec le Pape apres d'6clatants hearts, prenait 
comnie Montfort son 6p6e sur Tautel; comme Montfort^ 




/ 



ASSEJMBLEB GENCRALE — RAPPORTS 317 

ilenteodait la messe, ct devanl TAgneau de Dieu ofTrait 
decider sa couronne au plus digne. Le rcste que Gam- 
hellane savait pas, vous le savez lous. . . 50,000 Fran- 
cois mirent en fuile plus de 130,000 coalises, el Phi- 
lippe remporta une des plus m^morables viclolrcs 
qaaient enregistr^cs les annales de la pa trie. 

Eocore un souvenir. Cinq si^cles aprfes Bouvines, le 
lendemain de la bataille dc Slaoueli, qui ouvrait TAlge- 
rie a nos troupes, le commandant en chef fit celebrer 
une messe solennelle sur le lieu meme du combat. 
Jesus-Christ reprit ainsi possession de la terrc qui avail 
enlcndu les accouls de saint Augustin, et Tayant reguo 
dela France, pour jamais il la lui donna. 

VII. — La vie mal6rielle d'une nation repose sur sa 
vie morale, et celle-ci sur sa vie religieuse. Vrai par- 
lout, cet axiome est surtout vrai pour la France, k cause 
de sa vocation de soldat arme de TEglise. L'ayant faite 
pour glorifier TEglise et 6lre en retour glorifiee par 
TEglise, pour aimer TEglise comme une mere, ct elre 
aimee de TEglise comme une fille ainec, la Providence 
Ta faite eucharistique. Elle a regu une profondc inlel- 
ligence et un sentiment exquis de la presence recllo de 
rHomme-Dieu dans rEucharislie, elle a porte a scs ta- 
bernacles les hommages les plus splendides, elle y a 
trouv6 d'incomparables bienfaits. 

Moins que toute autre nation, la France ne pent vrai- 
ment vivre sans adorer dans son Sacremenl le Christ 
Roi qui regne sur les nations : Christwn Reg em adore- 
miis dominantem Gentibus. La France, que hi Christ a 
fondle et qui s'en souviont, fremit, quand elle voit ses 
pouvoirs publics oublier ou trahir le devoir national en- 
versJ^sus-Christ. Maisi la rebellion, d'oii qu'ellevienne, 



318 JEUDf, 26 JCIILLET 



elle oppose son invincible Constance, el sure d'un meil- 
leur avenir^elle Tappelle enmullipliant autourdes taber- 
nacles les adorations, ies supplications et les repara- 
tions. 

Pour nous, courtisaus de J^sus-Hoslie, emprisonne 
dans ses temples, commo son Vicaire dans I'enceinte 
etroite du Vatican, nous ne nous contenterons pas dc 
Vy visiter; nous viendrons incessamment prendre ses 
encourag-ements et son mot d'ordre pour aller, devant 
les multitudes devoy^es, plaidcr la cause de la patrie, 
en revendiquant les droits de son divin Roi. 

A la France aujourd'hui, tons le confessent, il faut 
un homme. Oui, et cet homme n6cessaire, c'est Lui, Lui 
seul ! La France souffre d*un malaise immense, profond, 
mortel ; son chef, J6sus-Christ, n'est plus officiellement 
a sa tele. Depuis qu'on lui a donn6 cong6, tout chancelle, 
tout s'ecroule.Il faut qu'on le rappelle, et qu'on se hAte, 
car jusqu*a son retour nous sommes menaces de loutes 
les calami(ds. A nous,'^ses serviteurs, ses amis, ses che- 
valiers, d'v travailler sans retard et sans relAche. 



Les historiens de la venerable Jeanne d^Arc nous 
apprennent qu'elle avail une Ires sp6ciale devotion pour 
la messe et la communion. Les voix ^taient sa lumi^re, 
TEucharisde sa force. Mais cette intimity personnelle 
avec J^sus sacraments n'6tait assez ni pour sa foi, ni 
pour son patriotisme. Elle ramenait dans les camps la 
pratique de la communion, expliquanl k ses rudes com- 
pagnons que c'elail Irop peu de lire le nom de Jesus 
sur son Stendard, et que chacun d'eux devait mellre 
J6sus dans son coeur. 



ASSEMBLEE G^NERALE ^ RAPPORTS 319 

Ce ful la principale. strategic de la Pucelle ; en v^rit^, 
la France s'en Irouva bien. 

Quand^ apres la prise du fort des Tournelles, Jeanne 
rentra triomphante dans Orleans d^Iivr^, elle alia droit 
a ia cath^drale, incliner sa banni^re devant Tautel et 
faire hommage de sa victoire k J^sus-Hostie. De nos 
jours, des patriotes, des jeunes surtout, cocnmencent k 
deployer le drapeau frangais sous les voutes de nos 
sanctuaires, dont les pierres inquietes se demandent ou 
esl notre brave arm6e. Vienne le jour ou, d61ivr6s de 
la lyrannie magonnique et retrouvant les traditions de 
la patrie, les pouvoirs publics ordonneront k nos soldats 
d*incliner devant Thdte divin ce drapeau dont ils sont 
lesgardiens; bientdt, sous ses plis triomphants, notre 
France, qui naquit de FEucharistie et ne peut vivre que 
de TEucharistie, reprendra k la tete de la chretienl6 le 
rang qu'elle occupait depuis Tolbiac. 



EUVRES EUGHARISTIQUES DU DIOG^E DE CHALONS-SUR-MARNE 

Rapport de M. Tabbd LE GONTE, Vicaire gdn^ral de Chalons. 



Eminence, 

Messeigneurs, 

Messieurs^ 

Cc n'est point sans hesitation que je viens, dans un 
Congrfes general, vous entretenir des OBuvres eucharis- 
tiques du diocese de Chalons, dont le cadre est neces- 
sairement fort reslreint. Mais ce qui pourrait sembler 
pr6somption n'^st qu'ob6issance au d6sir trop bienveil- 
lant du Comity r^mois : c'cst Reims qui nous a fait les 
avances les plus amicales. Nous 6prouvons le besoin d'y 
r^pondre, au nom du Pasteur v6n6r6 que la Providence 
vient de ravir a notre attachemcnt filial et dont la pi6te 
profonde s'harmonisait si intimement avec les oeuvres 
eucharistiqucs. 

Une voix amie vous a entrelenus. Messieurs, du passe 
de rEucharisiie dans le diocese de Chalons ; ma mission 
est de vous parler du present. II va sans dire que nous 
ne traiterons ni du culte, ni des manifestations essen- 
tiellement lilurgiques de la Sainte Eucharistie, telles 
que la Fete-Dieu, les processions, etc., mais bien des 
oeuvres eucharistiqucs propreraent dites. Pour plus de 
clarle, nous les grouperons sous deux chefs distincts : 
l** Adoration dinrne, 2° Adoration nocturne. 

I. — Adoration Diurne. — Le Diocfese de Chalons, 
comme vous la dit mon confrfere et ami, M. Tabb^ 



ASSEMBLI^ GENERALE — RAl»1K»BTS 



Faiseux, fill comme beaucoup d'aotivs, li^ sihirf do 
uombreuses Confi*6ries du Sainl-Sacrement, qui. «b 
lendemain du proieslantisme ot du jansenisme , ontrr^ 
tinrent daDS les paroisses le calte et lamoirr dr ia 
divine Eucharisiie. Malheureusement. la phipart disfia- 
nirenl et c'est k peine si quelqueii-uBe> existent onwire 
fa *l la dans le Diocese, M. Puiseux vou> a siimalr 
uoe Confirerie ch4lonnaise qui a reststi^ aux r^iuns du 
temps el qui subsisle encore dans Te^-list* Saint-Aipin. 
Vous me permellrez de citer encore unv autrt- Canfre- 
rie, dile des Tonneliers, bien qn'elle wait poin: \r cMrmt^ 
ihte d'une oeuvre eucharislique el que s<^ memhrf^ De 
soienl pas en general des Chretiens fort dt*vot?H. llai> rx- 
qui la relie d'une manifere louchanle an culu- du SaiBl 
Sacremenl, c'est qu'elle a cboisi pour fett patrooaie 
rOctave de la F&le^Dieu, honorant aiusi la peni^tn- on 
Sauveur quichoisitle vin comme matiere di- Y 
sacrifice. 

La messe de la Confin6rie, qui est dile a Notre-! 
est suivie d'une procession du Saint Sacrt*meni a la- 
quelle participenl tons les membres de cetif- Gonfrerie, 
(matrons et ouvriers, marcfaands de vin^, cavisie^ ei 
tonneliers. 

Si, dans le diocese de Ch&lcHds, les Confr^rief a]»par- 
tiennent au pass6 plut6t qu'au present, elli^ out «ir 
du moins remplacdes par des cpuvres jiln$ modemitt, 
plus appropri^es aux gouts el aux besoins de ncrs ]»o}i»- 
lations. La pens^e dominanle subsiste : les formes seules 
sc modifient. 

Nous parlerons successivement de TAdoratioii peq»e- 
tuelle et de TAdoration R^paratrice. 

I* U Adoration perpeitielle, — Je n oserais dire, Ues- 



322 JEUDI, 26 JUILLET 



sieurs, qu'elle est fiddle k son nom, si le Couvent de 
TAdoration R6paratrice, ou le Saint Sacrement est ex- 
pos6 jour et nuit^ ne comblait les lacunes de I'CEovre 
dioc^saine. Ayons le courage d*avouer qu*un irhs grand 
nombre d'^glises en sont encore privies k Theure pre- 
sente. Dans les cent soixante-quinze ou elle existe^ clle 
se pratique plus ou moins compldtement,mai8g6n6rale- 
ment avec une grande bonne volont^ de la part dos pa- 
roissiens, et une veritable Edification. Tant6t le Saint 
Sacrement est expose pendant trois jours cons6cutifs, 
tant6t, et c'est Tordinaire, il n'est expose que le troi- 
sihme jour, les deux premiers Etant consacr^s k des 
exercices pr^paratoires, matin et soir; tantdt enfin, 
FAdoration perp6tuelle est limit^e k une seule journ^e, 
sans reunions antecEdentes. On pent dire cependant 
que, si clle ne provoque plus les enthousiasmes et les 
manifestations Eclatantes des premieres ann^es de sa 
fondation, clle n'en est pas moins chfere k nos paroisses, 
dans lesquelles elle entretient le respect et Tamour du 
Saint Sacrement. C'est, de la part du diocfese, consid^rE 
dans son ensemble, un acte de foi et de reparation 
envers la divine Eucliaristie. 

2** ^Adoration Reparatnce. — L'Adoration perpe- 
luelle, c'est, si jc puis ainsi parler, Thommage solennel 
et ext^rieur de la devotion populaire au Saint Sacre- 
ment. L'Adoration Reparatrice correspond plus parti- 
culi^rement k la piele pcrsonnelle, k la devotion intime 
des ^mes envers Jesus-IIostie. Nous ne pouvons que 
remercier le Seigneur do scs constants et rapides pro- 
gres dans le diocese de Clullons. 

Vous connaisscz tous, Messieurs, cette belle et 6di- 
Hante Congregation de l Adoration Riparatrice eclose 



ASSEMBLEE GENl^RALE — RAPPORTS 323 

en 1848, au bruit du canon dc nos revolutions, sous 
I'inspiration de Marie-Thdrese, ou plut6t du Sauveur 
lui-m^me, se servant des plus humbles instruments pour 
la realisation de ses misdricordieux desseins. Yous 
connaissez aussi Tinstitut admirable et toujours gran- 
dissant des Pritres adoraleurs, dont nous avons ici de 
nobles represent ants. Rien n'est plus touchant que de 
voir ces deux oeuvres paralleles s'dpanouir dans notre 
grande capitale. Rien de plus consolant que de pouvoir 
se dire, k toute beure du jour etde lanuit : Jesus-Hostie 
est expos6 et adord, icj, prfes de rArc-de-Triomphe, 
paries ills du pfere Eymard; Ik-bas, sur les hauteurs du 
Pantheon, par les filles de Marie-Thdr^se ; plus haut 
encore, pourrions-nous ajouter, sur la colline de Mont- 
marlre, devenue le centre religieux de la France peni- 
tenle et vou6e au Sacr6-C(Bur de Jesus. 

Bien que YOEuvre des Pr^tres Adorateurs ait de nom- 
breux adeptes dans nos contr6es, nous nous bornerons 
k parler de Y Adoration Riparalrice, qui est le foyer 
principal de la pi6te et des associations eucharistiques 
dans le diocfese de ChAlons. Je me sens k Taise pour 
vous en entretenir, car ici mfeme, nous sommes comme 
enveloppds de Tatmosphfere de cette oBuvre bdnie : 
quelques pas k peine nous sdparent, Monseigneur, de 
la sainle cldture des Filles de TAdoration Rdparatrice 
que Votre Imminence a voulu abriter, en quelque sorte, 
a Tombre mfeme de son palais archi6piscopal. A Theure 
mime ou je vous parte, elles prient pour nous et pour 
le succes de notre Congres. 

Je n ai rien a dire de la congregation ni du convent 
(le Ch4lons,mais bien des ceuvres, qui se sont groupdes 
aulour dc cette maison comme autour de leur centre, 
pap la voie de Y association el des agregations. 



324 JCCDI, 26 JUILLET 



\J association a son siege dans la cliapelle de TAdora- 
lion R^paralnce. EUe comprcnd deux cent quatre-vingU 
membres dont les noms sont inscrits sur les registres 
de la communaut6, et qui recoivent, comme signe de 
leur admission, une petite croix en bronze suspendue k 
un cordon rouge. Leur principale obligation consiste 
k faire une heure continue d'adoration une fois par 
semaine, par quinzaine ou par mois, k jours et Iieures 
fixes. L'association est enricliie de nombreuses el pr^ 
cieuses indulgences que Rome a accord6es a lous les 
affili^s de la congregation. 

Mais, vous le comprenez, Messieurs, il importait de 
faire rayonner la pens6e reparatrice bien au delk de la 
cl6ture dcs religieuses et des murs de leur chapelle. De 
la rinstitution des agregationSy qui ne sont autre chose 
que des groupements d'associes dans les paroisses ou 
communaut^s eloign^es de la ville episcopale. 

EUes sont k Tassociation centrale ce que sont les 
colonies a la mere patrie. 

Soumis au meme reglement, les associes des agrega- 
tions re(^oivent la croix de Poeuvre de la main du direc- 
teur diocesain ou de son d61egue, et font chaque mois 
une heure d'adoralion devant le Saint Sacrement 
expose. L'cxp^rionce nous a prouve toulefois que, dans 
la pliiparl des campagnes, ii ^tait n6cessaire de rcduire 
k une demi-heure les adorations des associes en dehors 
des offices ; mais comme ces pieux exercices ont lieu 
gdneralcment le dimanche, el que tons assistent k la 
grand'messe, aux vepres et au salul final, ils r^alisent par 
la memo la condition de Theure continue, requise pour 
robtention des indulgences, lis gagnent, en effel, ces 
faveurs spirituelles, grAce a I'erection canonique d'une 
Confverie diocesaine de f Adoration Reparatrice^ en date 



ASSEMBLEE GENI^RALE — RAPPORTS 32S 

dii 18 mars 1889, confrerie k laquelle le Souverain 
Pontife a daign6 attacher les indulgences g^n^rales de 
la Congregation. 

Dans les lieox monies ou une agr^gation ne pent kive 
etablie, elle admet des associ^s isolSs, s'engageant k 
rheure mensuelle d'adoration, au moins devant le ta- 
bernacle ferine. 

Mais il ne suffit pas, Messieurs, dans cette pieuse cam* 
pagne eucharistiqne , de grouper des soldats, de les en- 
cadrer et de les armer ; il faut surtout les mettre en 
oeuvre. En quoi done consistera dans une paroisse une 
journie d'Adoration R^paratrice ? 

Dans les villes qui choisissent de preference le. pre- 
mier vendredi du mois, on expose generalement le Saint 
Sacrement depuis le matin jusqu'au soir; on trouveen 
semaine assez d'adorateurs pour leur partager toutes les 
heures de la journee. Les exercices communs consistent 
dans Tassistance k la messe, k Tinstruction mensuelle et 
au salut de reparation accompagne de Tamende hono- 
rable. Tons les associes sont vivement engages k faire 
la sainte communion. Les agregations de Vitry-le-Fran- 
Qois, d'fipernay, de Ffere-Champenoise, sont particu- 
lierement edifiantes par le nombre et Inexactitude de 
leurs membres. 

A la campagne, au conlraire, nous choisissons ordi- 
naircment le dimanche. Dans les petites paroisses,nous 
exposons le Saint Sacrement avant la grand'messe, et 
nous le reposons, soit apr^s les vSpres^ soit apr^s la 
prifere du soir, suivant le nombre des associes. Nous 
terminons toujours par le salut de reparation. II en re- 
suite, Messieurs, que les messes paroissiales finissant 
vers onze heures et les vSpres commen^ant vers deux 
heures, il s'agit simplemeut de trouver assez de fidUes 



&ft 



326 JEUDl, 26 JUILLET 



pour fournir un minimum de trois heures d'adoration. 
En admeltant m^mc que vous fraclionniez ces heures en 
demi-lieures, il vous sufRra d'organiser one demi-dou- 
zaine de series, k quatre ou cinq personnes Tune, ilani 
donn6 les absences, maladies ou autres emp6chements Ij- ] 
gifimes. Dans ces conditions, ToBuvre devient realisable; 
je ne dis pas assez, elle est assur6e du succfes, pourvu 
qu'elle puisse r6unir vingt-cinq ou trenle personnes 
pieuses. La moiti6 suffirait si les adorateurs passaient 
une heure entifere au pied du Saint Sacrement. II y aurait 
beaucoup k dire sur la part tres ^difiante que prennent a 
ces exercices les cercles et les patronages de gargons et 
de iilles ; mais le temps ne nous permet pas d*insister. 

Dans certaines agr^gations, un z^lateur (ou une zila- 
trice) est prepos6 soit k Tassociation tout entifere, soit k ] 
chacune de ses series. II rappelle k ses coassoci^s le jour 
et riieure de leur adoration, soit verbalement, soil par 
renvoi d'un avis imprim6, et il lour fait parvenir r^gu- 
li^rement le petit Bulletin mensuel consistant dans une 
meditation appropri^e k Tesprit de ToBuvre. Dans d'autres 
agr6gations, M. le Cur6 se charge lui-m^me de ces 
diverses communications, parfois, — disent les malins, 
mais bien k tort sans doute, — pour pr6venir quelques 
petiles rivalites f^minincs dont les ceuvres les plus 
sainles ne sent pas toujours exemptes. 

Nous ne connaissons point. Messieurs, d'oBuvre plus 
pratique que les agr^gations de T Adoration R6paratrice. 
Ajoutous qu'elle n'exige point, comme TAdoration per- 
petuelle, un deploiement de solennite ext^rieure plus 
ou moins dispendieux : elle ne requiert que les six 
ciorges liturgiques, quelques bougies et quelques fleurs. 

Les faits rendent d'ailleurs a sa vitality le plus 6cla- 
tant temoignage. Sur quarante-et-une agr^gations fon- 



ASSEMBL^E GRNIERAL^ — BAPPORtS 327 

dees depuis prfes de vingt ans, deux seulement ont som- 
bre dans de toutes petites paroisses, et une troisi^me 
nest que momentan^ment suspendue. Les trente-huit 
autres sont en plein exercice et comptent, en chiffres 
ronds, trois mille associ^s, non compris les deux cent 
quatre-vingts de la ville de Ch&lons. 

Que dire maintenant des bienfaits de Toeuvre? — Bien- 
fails pour les associ^s, car elle les forme k la pi^ld, elle 
les familiarise avec la pratique de la meditation et de la 
communion mensuelle, ces deux bases de la vie devote. 
Bienfaits pour les paroisses, car en dehors m^me de la 
reparation efficace qu'elle oppose k tons les d^sordres, 
el particuli&rcment aux blasphemes et au travail du 
dimanche, elle attire^ par le fait m^me de Texposition 
du Saint Sacrement, un plus grand nombre d'assistanls 
a la messe et aux offices paroissiaux. Combien de demi- 
chr^liens attachent encore une r^elle importance k ce 
qa'ils appellent simplement Tadoration! S'ils n'ajoutent 
point du Saint Sacrement, c'est que pour eux Tid^e 
d adoration se confond avec celle de cet auguste Sacre- 
ment. 

Puisse, Messieurs, TexpSrience faite dans le diocfese 
de Chylous, petit par la population et mediocre par la 
foi, voas confirmer dans le pieux dSsir de multiplier les 
adorations mensuelles, sous quelque forme que ce soit, 
mais particuliferement dans nos contr^es sous la forme 
de TAdoration R6paratrice 1 

II. — Adoration nocturne. — II nous suffira d'un 
instant pour trailer de I'Adoralion nocturne. Elle a ^16 
fondee a Chklons le 4 mars 1875, comme association 
diocisaine, agr6g6e k la Confririe romaine de VAdora- 
Hon nocturne. Elle est dirig^e par la Society de Saint- 



328 JEum, 26 juillet 



i^ 



Vincent de Paul, et soumise k un supirieur ecclesias- 
tique ddsign6 par TOrdinaire. 

Le personnel est coinpos6 presque exclusivcnienl lies 
membres des conferences et du cercle catliolique : ils 
sont au nombre de quarante. lis ont adopts Ic reglemeiit 
g6n6ral de TAdoration nocturne. En consequence^ 1 
Saint Sacrement est expos6 r^guliferement, k la chapelle 
de Saint Vincent de Paul, dans la nuit du jeudi au pre- 
mier vendredi de chaque mois, de neuf heures du soir a 
six heures du matin, messe comprise. 

En plus de ces douze nuits r6glementaires, signalons 
encore Tadoration partielle do la nuit du 31 d6cembre 
au 1*' Janvier, de liuit heures du soir k minuit et 
demie, et les adorations paroissiales de neuf heures a 
onze heures du soir, pendant les triduum d'adoration 
perpetuelle, dans trois 6glises de la ville. 

En dehors de Chylous , ^adoration nocturne des 
hommesse pratique dans T^glise paroissiale d'jfipernay, 
la veille du premier vendredi de chaque mois, de hull 
heures du soir k minuit ; — a Sommepy et k Fere- 
Champenoise, dans la nuit du jeudi au vendredi saint ; 
— k Sainte-Marie-a-Py, les femmes elles-memes con- 
courent a Tadoration nocturne qui a lieu quatre fois par 
an, durant les nuits completes du jeudi au vendredi 
saint, — du jeudi octave de la Fete-Dieu au vendredi de 
la f6te du Sacr6-Ca3ur, — du samedi au dimanclie de 
rimmacul6 - Conception , — enfin dans la soiree da 
31 d^cembre jusqu*^ minuit. J'oublie peut-etre involon- 
tairement d'autres paroisses, mais vous me pardon- 
nez. Messieurs, de vous avoir parle avec complai- 
sance de Sainte-Marie-a-Py, qui, malgre sa faible popu- 
lation de cinq cents 4mes, donne un si bel exemple de 
foi et de pi6t6 envers la divine Eucharistie. Cetta 



ASSEMBLEE G^N^ALE — RAPPORTS 329 

paroisse, contigu^ k celle de Saint-Souplet, est bien 
conhue, Monseigneur, de Votre Eminence, qui vient 
d'honorer cetle dernifere de sa bienveillante visile. Nous 
avons confiance que vos paternelles bdnddictions se 
seront cnvol6es de la fleche neuve de Saint-Souplet 
JQsqu'au modeste clocher de Sainte-Marie, sous lequel 
viennent s'abriter nos fid^cs adoralours do la Sainte 
Eocharistie. 

Me pardonneroz-vous , Messieurs, de ra'felro attardd 

an r^cit de nos modesles travaux? Ma seule excuse, 

c'est le d^sir de mieux faire comprendre surtout k nos 

chers Confreres des campagnes, par TexposS de faits 

prtcis et actuels, que les OBUvres eucbaristiques sont 

possibles ct pratiques jusque dans les plus pctites 

paroisscs. La France ne scrait-elle point k la veille de 

8a regeneration, si nous r^ussissions a cr6er partout des 

foyers eucbaristiques , c'cst k dire des ceuvres d'ado- 

falion et de reparation ? Le Sauveur ne demande-t-il pas 

ielre flecbi? C*esl lui qui reprochait aux fils de Zeb6d6e 

de vouloir faire tomber la foudre sur des villes rcbellcs 

k leurs predications. Nous savons comment Jean profita 

de cette mis6ricordieuse logon , et comment , aprfes 

TAscension du Sauveur, il s'unit a Marie pour adorer, 

dans sa propre demeure, le Dieu cacb6 do TEucbarislie, 

el pour implorer sa clemence en favour des infulfeles et 

des pccbeurs. II ne songeait plus alors a appeler sur eux 

les celestes vengeances, mais plul6t a faire de ce b6ni 

sanctuaire le paratonnerre de Tfiglise naissante. 

Aujourd'hui, Messieurs, nous entendons bien des 
orages gronder k Thorizon de nos socieles coupables. 
EfTorcons-nous do les conjurer en fondant partout des 
OBUvres eucbaristiques ! EUes dleveront leur puissance 
proleclrice plus baut que les paratonnerres qui cou- 



330 JBUDI, 26 JUIIXET 

ronnent les tours de nos ^glises : elles disarmeri 
Celui qui tient ea main les foudres el les Eclairs ! 
soufQe divin semble passer sur nos contr^es vieillies 
alrophi^es par le scepticisme et le naturalisme : c* 
le 8ou£Qe eucharistique, c'est k dire le recours au sun 
turel dans ce qu'il a de plus merveilleux et de pi 
divin. G'est par rEucharistie que le rhgne social 
J6sus-Christ reprendra ses droits imprescriptibles : il 
el6 implants dans le monde par la folie de la Croix, 
sera restaur^ par la folie de rEucharistie. Aussi, est- 
le regard fixS vers le tabernacle et Tostensoir que no 
redisons chaque jour : « Pere, que voire regne arrive i 



I 

EUVRE DE L'ADORATION NOCTURNE DU TR£$ SAINT SACREMENT 

Rapport de M. GAZAUX, Avocat k Paris. 



U y a quelques mois, sous les voiUes de Nolre-Dame 
de Paris, la bannifere de Jeanne d'Arc, reconstitute telle 
que Taimail la Pucelle, portant graves dans ses plis les 
doux noms de J^sus et de Marie, benie, comme autre- 
fois, par les mains de Tfiglise, rencontrait la bannifere 
du Sacre-Cceur, teinle encore du sang r6pandu par les 
zouaves a Patay. Aassit6t qu'ils s'aperQurenl, les deux 
elendards s*arrelerent, puis s'inclinferont Tun devant 
I autre, et la bannifere do Jeanne n'alla prendre sa place 
aupres de la statue de Notre-Dame, qu'aprfes avoir sa- 
'ue, trfes bas, roriflamme du Sacr^-Coeur. 

Ce double salut, Messieurs, imprcssionna vivement 
lous ceux qui en furent t6moins. II nous sembla revoir 
Jeanne s*agenouillant aux pieds de Cclui qui fut son 
Unique inspiration et son unique force, aux pieds du 
Christ, qui aimc les Francs, et recevoir de Lui, dans 
celto prostration profonde, commo un renouvellement 
de sa mission libcratrice. Jeanne glorifiec, Jeanne mar- 
chant a nouveau en tete du peuple de France, Jeanne 
implorait le Sacre-Coeur. 

A notre tour, Messieurs, nous voici r6unis dans cette 
dorieuse cite qui vit le triomphe de Pliumble Pucelle, 
)our y adorer, louer et prier le Coeur de Jesus au Sacre- 
lent de son amour. Comme Dieu sait bien clioisir son 
eure I . . . Ne vous apparait-il pas qu'en cette an nee, ou 
eanne, aprfes de plus qualre sifecles d*attente et d'oubli, 
lent enfin d'etre d6claree Venerable, il y avait comme 



332 JBUDI, 26 JUILLET 



une attention delicate de la Providence dans cette coin- 
cidence qui nous a group6s k Fombre de la cath^drale 
du Sacre? — Lkj pendant une heure bien courte, Jeanne 
fut k rhonneur ! Elle assistait, humble et joyeuse, au 
couronnement de son « gentil dauphin ». — Aujour- 
d'huiy c'est le Roi des Rois que nous venous c61ebrer et 
prier; et, c'est k Reims qu*il nous convoque! II veut 
encore^ et plus que jamais, que Jeanne soit k Thon- 

neur II le veut : pour nous faire comprendre que 

dans ses desseins myst^rieux, c*est par la prii^re des petits 
et des humbles que nous pouvons Stre sauv6s, que c'est 
leurs hommages qui lui plaiseut entre tons, que c'est 
eux qu'il demande, et que c'est eux surtout qu*il nous 
faut travailler k lui amener. 

Parmi les oeuvres, Messieurs, qui conviennent admi- 
rablement k ces petits et k ces humbles, il en est une 
dont je suis charg6 de vous re tracer aujourd'hui le con- 
solant tableau : je veux parler de VOEuvre de r Adora- 
tion nocturne du Tres Saint Sacrement. Cerles, celle 
devotion touche de trop prfes au Coeur de J^sus pour eire 
le privilege de quelques-uns. Elle appartient k tons, aux 
riches comme aux pauvres, aux puissants de la terre qui 
viennent reconnaltre leur n^ant devant le Maitre du 
monde, comme aux d^sh^ritSs qui y cherchent le secours 
et la consolation, tons sont ^galement appelSs k con- 
nattre les douceurs du commerce de TcLme avec son 
Dieu, dans le myst^rieux silence d'une nuit d'adoration. 
Mais ce que j'ai mission de v<ius signaler plus particu- 
liferement, c'est Tattraction singulifere que cette pratique 
exerce sur le peuple, sur Touvrier des villes comme snr 
le paysan de nos campagnes ; c'est la ressource extraor- 
dinaire qu'elle oflFre aux pasteurs d6courag6s pour rani- 
mer le zele, r^chauffer la pi^t^ dans le coeur de braves 



ASSEMBLKE GENERALE — RAPPORTS 333 

gens qui ont conserve la foi, mais que la routine, Tin- 
difference, le respect humain tiennent trop souvent eloi- 
gn& de r^glise. Plus une paroisse est tifede, plus le 
cur6 h6site ci tenter cette pratique, qui paralt presque 
exager6e, de Tadoration nocturne : semblable k ces 
meres qui reculent devant le remede 6nergique qui seul 
pourrait sauver leur enfant malade. Et, chose incroyable, 
chaque fois qu'aprfes des hesitations et des craintes qui 
durent parfois plusieurs ann^es, un courageux cur6 
s'cst ddcidd a tenter ce grand coup ; c'est par des chants 
d*actions de gr^ce qu'il exhale sa reconnaissance pour 
le Dieu de TEucharislie qui a r6compens6 son zfele, con- 
quis les &mes de son troupeau, et, presque toujours, 
ramen6 k la table sainte un certain nombre de brebis 
qai s'en tenaient 6loign6es depuis bien longtemps. 

I. — £coutez. Messieurs, le r6cit fait par les pastcurs 
eux-m^mes, des r^sultats obtenus sp6cialement dans 
les paroisses rurales, et vous verrez si jc suis coupable 
d'exageration. 

C'est en 1879 qu'ont 616 tent6s les premiers essais 
d'adoration nocturne dans les campagnes du diocbse de 
Toulouse. Le 1" septembre 1881, le cur6 de la petite 
paroisse de Montoussin, commune de 242 habitants, 
ecrivail : « Je n'ose vraiment vous envoycr le compte 
« rendu de notre adoration nocturne, taut il est conso- 
« lant; et ne pouvant en croire mes yeux ni mon 
« souvenir, je dis comme saint Paul : Superabundo 
«« gaudio in laetitia nostra. J'avais convoque tons les 
c hommes de ma paroisse ; k chacun j'adressai une 
M invitation 6erite et personnelle de venir prier et 
« adorer Notre Seigneur J6sus-Chrisl au Trfes Saint 
« Sacrement de telle a telle heure, pendant une heure ; 



334 JEUDI, 26 JUILLGT 



« chaque escouade se composail de dix hommes. Eh 
« bien ! je n'ai compt6 que huil abstentions. Tous sont 
« done venus. Inutile de les avertir : a Theure fix6e, les 
« hommes d6sigTi6s venaient remplacer leurs devanciers 
« et plusieurs m6me sont demeur^s deux heures devant 
« le Saint Sacrement, de telle sorte que la moyenne 
« des adorateurs s'est trouv6e de qualorze a quinze 
« hommes. Plusieurs n'ont pas meme dormi de la nuit 
« pour ne point manquer Theure indiquee. J'ai eu un 
« homme qui n'avait pas fait ses piques depuis six ans, 
« qui, a onze heures et demie, aprfes son adoration, a 
« voulu se reconcilier avee Dieu. II a fait ses p^ues le 
« lendemain. Le chapelet, une petite lecture, onl parlage 
« les di verses heures, qui ont paru bien courtes, Je 
« n'oublierai jamais celte nuit ; elle a 6te pour moi une 
« source de consolations, j'ai eu peine a ne pas verser 
« des larmes ; permettez-moi de vous remercier d'avoir 
« 6t^ rinspirateur et Tinstrument de Notre-Seigneur 
« dans un si beau r^sultat. » 

C'6tait un debut : depuis cette 6poque, plus de cent 
cinquante paroisses rurales du diocese de Toulouse ont 
fait Icur adoration nocturne, pr6c6dant I'adoration de 
jour. C'est Tordre le plus naturel. En gen6ral, le cure, 
outre Tannonce collective faite en chaire, adresse a 
chacun de ses paroissiens une invitation sp6ciale au nom 
de Notre-Seigneur ; la paroisse est divis^e par sections, 
avec un chef de section, chargddu recinitement ; chaque 
section doit pourvoir k un certain nombre d'heures. 
Bien pen d'invites resistent h Tappel de J6sus-Christ, et 
on a vu plus d'une fois ceux-la meme qui avaient oubli6 
le chemin de T^glise, le retrouver pour prendre part a 
cette veille d'honneur. 

La contagion du bien existe, gr^ce a Dieu, aussi 



AS5EMBLEE G^N^RALB — RAPHHITS 335 

— _— _/ 

puissante que la contagion du mal. Le diocese de Tou- 
louse a donnS le signal en 1879 des adorations noc- 
turnes rurales dans le Midi de la France ; il fut suivi 
dfes 1883 par les dioceses de Tarbes et de Montauban. 
Puis le Congr^s eucharistique, qui se tint en 1886 k 
Toulouse, vint donner une nouvelle impulsion k ce 
grand mouvement d'adoration. Le diocfese de Pamiers, 
qui y elait rest6 6tranger, y entra r6solument sous I'ins- 
piralion de son vaillant ev^que, M^' Rougerie. Ce furent 
les bergers de la paroisse d'Erc6 qui vinrent les premiers 
rendre au Dieu cach^ de TEucharistie eet hommage de 
leur foi, comme leurs devanciers de Bethl6em avaient 
et^les premiers k adorer le Dieu cach6 de la crfeche. lis 
furent promptement imit6s, non seulement dans des 
paroisses, grandes et petites, mais encore dans des 
communaut^s de femmes et des orphelinats. Une sainte 
emulation gagna jusqu'aux enfants, et on en vit pro- 
longer leurs pieux exercices bien avant dans la nuit. 

Auch, Bayonne, Perpignan, aux deux extr^mil^s de 
la chaine pyr6n6enne, s'cbranlferent k leur tour, et 
aujourd^hui, tout le long de ce versant des Pyrenees, 
Notre-Seigneur est adore de jour et de nuit, non pas 
encore d'une fagon absolument constante, mais avec 
une ferveur et avec un 6lan qui nous donnent le droit de 
former le voeu que ces dioceses, places sous la douce 
influence de Notre-Dame de Lourdes, cfedent bientdt k 
I'appel qu'elle leur adresse, et finissent par rendre k 
son divin Fils un culte vraiment perpetuel. 

II. — L'adoration de nuit, 6troitement soud6e k 
Fadoration de jour, et la pr6c6dant chaque soir, voila 
Torganisation type, qui permeltrait d'assurer par tout a 
Nolre-Seigneur un service d*adoration regulier el inin- 



336 JEUDI^ 26 JUILLET 



ierrompu. Celte organisalion-li, Messieurs, dont nous 
allons voir les premiers jalons r^pandus d^ji dans un 
grand nombre de dioceses, comme autant de pierres 
d'atlente qui pr6parent r6difice d^finilif, qui pourrait 
doutcr qu'elle scrait le salut de la palrie? — Vous 
figurez-vous dans nos quatrc-vingt-sept dioceses, dont 
soixante-qualorze ont deji Tadoration perp6tuelle de 
jour, quinze ou vingt liomracs se mettant chaque nuil 
en prieres, pressanl le coeur de Notre-Seignour, lui 
repliant a Tenvi pendant les trois cent soixante-cinq 
nuils de Tannic : « Pitid, Seigneur, pilie, c'est pour 
notre palrie ; pitie , c*est pour votre fille ain6e qui 
manque a sa m^re, a Tfiglise, votre 6pouse, qui la re- 
clame, qui en a bosoin, qui Tallend, rendez-la lui! » 
De telle sorle que, sur quelque point de notre terri- 
toire que se poserait le regard de Dieu, a quelque heure 
que CO fut, il n'entcndrait qu'un m^me cri, ne rccueil- 
lerait qu'une m6mc pri^re : « Pitie, pardon, miseri- 
corde. » Et vous pouvez doutor que Dieu r^sisterait 
longtemps? — Longtemps, d'ailleurs, quimporte? Cost 
le salut final qu'il faut envisager. Or, le salut, il serait 
certain : car, Dieu ne nous a pas dit son heure, mais il 
nous a promis qu'il finirail toujours par cdder k la 
priere pers6verante. Et c'est h la priere seule qu'il a 
fait cetle promesse. Ce n'esl ni an genie, ni au courage, 
ni a la force, pas m6me a la vortu ou aux bonnes 
oeuvres, mais uniquement a la priere humble, tenace, 
jamais decouragee ; h cello-la, faile en son nom, il 
a promis^ divinement promis, que son Pere accorderait 
tout ce que nous lui demandorions. 

Eh bion ! Messieurs, esl-il done, je ne dirai pas impos- 
sible, mais meme difficile d'organiser celte priere cons- 
lante sous le regard de Dieu, a ses pieds, aux bords de 






ASSEMBLER GENERALE — RAPPORTS 337 

la plaie ouverte de son divin Coear, rdellement pr6sent 

etvivant dans le Saint Sacrement de l^aiitol ? Celte prifere 

de ccBur k coBur, celle qu'il aime, celle qu'il demande, 

celle qull daigne r6compenser par les douces Amotions 

de nos nnits, serail-il vrai que les homraes repugnent k 

lalui donner? Oh ! que non, vous venez de le voir, et 

vous allez le voir mieux encore dans toute la suite de 

ce rapport. Ce qui est vrai, c*cst que Satan en a peur, 

6t, comme il en a peur, il enfle la voix, comme tous les 

pollrons, pour nous en d^tourner, pour nous la repr6- 

^enter comme une ceuvre p^niblcL sur6rogatoire , de 

^ysticisme exag6r6 : « La nuit estfaite pour dormir et 

'^On pour prier; » voilk ce qu'il souffle non seulement 

^ Toreiile des fidfeles h^sitants, mais encore k Tes- 

P^it inquiet des pasteurs qui n'osent demander a leurs 

^Viailles, apres les labeurs de la journ^e, le sacrifice 

^*une heure ou deux de vcille auprfes de J^sus-Christ. 

Or, dites-vous bien ceci : c'est que ce doute, cette sorte 

d'^tonnement un pen crainlif, au moment d'entreprendre 

cjuelque chose qui sort de notre train de vie habituel, 

il n'y a personne qui ne Pait ressenti au d6but do toute 

ceuvre nouvelle, et si cette crainte de Tinconnu dcvait 

sufQre a nous arr^ter, on ne ferait jamais rien de nou- 

veau sous le soleil. Mais, intcrrogez done ceux qui ont 

pass6 outre, qui ont fait le premier pas : j'ose vous Taf- 

firmer, pieces en mains, il n'y en a pas un qui n'ait 

laisse souvent passer deux, trois anneos entrc le jour ou 

on le sollicitail de faire Tadoration nocturne, et celui 

oil il s'cst enfin decide, el pas un qui, lorsqu'il cut pris 

son grand courage et adresse a son troupeau Tappel 

pour une veille de nuit, il n'y en a pas un, vous dis-je, 

qui n'ait r^ussi^ et ne se soil ensuite repandu en actions 

de gr&ces pour les bienfaits rcQus. Dans les centaines de 



H40 JEUm, 26 JUILLET 



Et comment terminc-t-il sa lettre ? « Que Notre- 
« Seigneur soil b6ni !!! Mon appel a 6te cntendu au 
« dela de mes espdrances ! Nous avons eu pendant 
« toute la nuit, jusqu*k cinq Iieures du matin, des 
« liommes qui sont venus se ranger dans le sanctuaire 
« par groupes de vingt, vingt-deux, jusqu'k^quarante 
« k la fois. Les communions ont 6t6 plus nombreuses 
« que les ann6cs pr^cidenles ; j'ai eu le bonheur de 
« constater le retour de certains hommes que je n'avais 
(( jamais vus k la Table sainte et rarement k la messe; 
« deux de ccs liommes revenus k Dieu dans cette nuit 
« solcnnelle sont resles a mes c6t6s dans le sanctuaire, 
« depuis minuit jusqu'k cinq heurcs, aprfes la messe. » 

III. — Ce rcicit si touchant du bon cur6 de Lam- 
beze, il n*est pas un cur6 du diocfese de Bayonne qui ne 
pourrait le faire k propos de sa paroisse. Laissez-moi 
aj outer : il n'y a presque pas de cure en France, qui, 
toute proportion gardee, en remplagant sans doute ces 
trcnle ou quaranle adoraleurs par deux ou trois chaque 
hcure, il n'est presque pas de cure en France qui ne 
pourrait Ic faire s'il osait le vouloir ! Car enfin, i 
riieure qu'il est, Tadoralion nocturne non seulcment 
dans les villes, mais dans les campagnes a 6t6 tcnt^e 
dans plus de la moitie des diocfescs de France, soil 
comme compleniont de I'adoration perpetuelle, soit k 
Tetal d'cDuvre isolec ; et partout ou Tessai a ele fail, 
il a reussi. 

Dans six dioceses, — Paris, Nancy, Angers, Montpel- 
lier, Cahors et Besan(;.ou, — Tadoration de nuit et Tado- 
ratiou de jour fonctionnent parall^lement, soli dement 
unies Tune a Tautre, sans aucune d^faillance depuis de 
longues ann^os. Dans d'autres, il n'esLxsle pas encore 



ASSEMBLEE GENERALE — RAPPORTS 3.41 



d'organisalion ofiicielle et permanente : mais Tini- 

Uative priv6e des cur^s, soulenue par les sympalhiea 

lie leurs £v6ques, y supplee et obtient par leiir seul 

zifle les plus beaux et les plus encourageants resul-* 

tats. 

iXous venons de voir qu'il en 6tait ainsi dans loute 
la region pyren^enne, mais si nous remontions vers le 
nord, a Iravers les dioceses d'Aire, d'Albi, de Rodez, 
de Clermont-Ferrand, d'Orleans, et franchissant la 
Loire, si nous arrivions jusqu'a vous, partout nous 
relrouverions le meme concours des populations ru- 
bles, r6pondanl avec empressement a Tappel qui leur 
esladresse. Ainsi, dans le diocese d'Albi, une prcmifere 
adoration avail et6 faite au chef-lieu m^me du diocese, 
dans la paroisse de Saint-Salvy, en mars d891, puis 
une seconde dans la paroisse rurale de Villefranche, 
<?n mai 1892 ; mais ce n'6laient la que des efforts isoles, 
«t qui semblaient n'avoir pas de contre-coups : lors- 
qu'en 1893, sous Timpulsion d'un comite diocesain 
^^'enlral,^ organise avec Tautorisalion de TEv^que, le 
uiouvenient se generalisa et sc r^pandit de proche en 
proche dans les campagnes. La j)aroisse dc Mural 
donna le signal le o avril 1893, et fut suivie par vingt 
♦^t une autres paroisses, toules rurales, qui, dans les 
neuf derniers mois de Tannee, onl fail precedor leur 
adoration perpetuelle de jour par I'adoration de nuit. 
Vingt et une paroisses pour une premiere annee, n'est- 
e pas deja beaucoup plus quune simple promesse ? 
lest le ^age certain de ce que pent altcndre Notre- 
oigneur dans ce nouveau diocese d'ici quelques an- 
ees, pour peu que Torganisalion ebauchee se main- 
?nne el prenne son developpemenl normal. 
Tout cela surprend, tout cela deconcerte, quand on 



23 



342 JEUDI, 26 JVILLET 



^^^^^_«^ 



regarde, dans la vie agit6e de noire ^poque, rindiff(6rence 
g^n^rale, ou pis encore, Tapostasie des moeurs publi- 
ques. Mais que voulez-vous ? ce sont des fails dont nos 
archives renferment les attestations ind^iables. C*est 
le travail myst^rieux du cceur de J^sus. 

Dans le diocbse d'Aire, il en a ili exactement de 
m^me ; lui aussi, est un des plus r^cemment enr6iis 
sous la bannifere de Tadoration nocturne. Ecoutez, si je 
nc vous fatigue pas trop, cette lettre, 6crile il y a dix- 
huit mois, d*une paroisse des Landes, dont je tairai le 
nom, pour ne pas ajouter aux embarras du malheureux 
cure : « Ma piroisse, 6crivait-il, est grande par le nombre, 
<t mais vous ignorez qu'elle a la reputation d'etre une 
« des plus difficiles du diocese. Aussi j'6tais k me deman- 
« der : cette cpuvre est-el!c opportune, r6ussira-t-elle 
(( passablement ?... Dieu en soil k jamais b^ni ! Ellea 
<* reussi au delk do mes esperances ; les hommes sont 
« vonus nombreux k toutes les heures de la nuit ; nous 
« en avons compt6 environ cent cinquanie : aussi, le 
« nombre des communions pascalcs s'en est sensible- 
it menl ressenti, nous en avons eu une cenlaine de plus 
« que les annees pr6cddontes. » Ainsi, vous le voycz, 
dans les milieux qui semblent les plus refractaires, 
J6sus-Christ regne encore, et quand on ose engager la 
lutte en son nom, il sait rem porter la victoire. 

Oui , J6sus-Christ veut r6gner en France, et, par la 
France, r^gner k nouveau dans le monde. C'esl pour 
cela qu'il nous a fails les depositaires du cuUc de son 
divin Copur. Or, jamais Dieu nc se repent de ses dons; 
\k doit 6fre noire esperance ! Quand Dieu donne une 
mission k un individu ou k un peuple, il lui assure les 
moyens d'accomplir celle mission. Un de ces moyens 
est assureraenl cc coUoque myst^rieux qu*il reserve aux 



ASSEMBLEE G^ERALE — RAPPORTS 343 






Ames de foi et de bonne volont^, qui ne craigneht pas( 
de veiller une heure avec lui. 

Jeme suis attard^, Messieurs, dans les regions du Midi : 
]e vous en demande pardon. Car, il serait injuste de 
croire que, parce que Dieu a dole ces pays d'un ciel plus 
chaud et d'un soleil plus lumineux, il leur a ggalement 
donn6 le privilege d'un amour plus ardent pour le 
Sacrement de nos aulels. Le cceur ue connait pas do 
lalitudes, et c'est le coeur qui fait Tadorateur noc- 
turne. 

Ici mftme, dans ce diocese qui nous offre une si g6ne- 

i*euse hospitality, Tadoration nocturne exisle, beiiie et 

eucouragfie par les recommandations de son premier 

I^asteur. Comment pourrait-il en etre autrement dans cc 

diocese de I'iminent Pr^lat que Leon XIII a choisi entre 

tous pour le repr^senter k ces grandes fttes eucharis- 

Uques de Jerusalem, a la faveur desqucUes il seniblait 

^e Notre-Seigneur voulut reprendre possession de sa 

tenre natale? Le Diocfese de Reims ne connaitrait pas 

Vadoralion nocturne ! Qui voudrait le croire ? 11 n'on est 

rien, Messieurs. Dans celte ville meme ou jc parks 

I'adoralion nocturne se fait, ci, j'en suis bien sur, elh? 

compte plusieurs ouvriers dans sou sein. Dans uue 

cite laborieuse comme la voire, Dieu n'est pas sans 

s'^tre choisi quelqucs humbles artisans pour le servir 

et Tadorer dans la solitude de ses nuits. A Reims, 

comme a Paris, je serais bien 6toune s'il uy avait pas 

des adorations nocturnes d'oiivricrs. Quand jc pensc^ 

que dans ce Paris, qui est afflige dune si mauvaiso 

reputation, une fois par mois, en dehors du servict* 

regulier des.paroisses, il y a a Montmartre, dans la basi- 

lique du Sacre-Cocur, ou Tadoration est pcrpetuelle, uno 

nuit consacree exclusivement aux ouvriers du cerclc 






314 JEUDI, 26 JUILLCT 



caiholique ; que deux fois par mois, il y en a uae autre 
r^serv^e aux jeunes apprentis faisant partie des patro- 
nages; et que, dans certains patronages m^me, comma 
celui de Notre-Dame de Graces, dans les paroisses les 
plus populeuses, comme celles des BatignoUes et de Mi* 
nilmontant,Nolre-Seigneur daignc sortir une fois chaque 
mois de son tabernacle pour recevoir Ics hommages 
de ses chers ouvriers pendant une nuit enti^re! Quels 
exemples, Messieurs, et quelles legons pour les hom- 
mes de loisirs qui redoutent les fatigues d^une nuit ! 

Les dioceses les plus voisins du v6tre, Arras, Cam- 
brai, ont egalement d'admirables adorations nocturnes. 
Qui s'en 6tonnerait ? Ces deux dioceses sont dc ceux ou 
le mouvement eucharistique est le plus soutenu et le 
plus general, ils sont dc ceux qui paraissent miirs pour 
une organisation prochaine et definitive. Quel magni- 
Hque fruit de ce congres, Messieurs, s'ils se d^cidaient k 
donner a Notre-Seigneur la joie de deux diocfeses nou- 
veaux lui prodiguant des adorations continues de jour et 
de nuit 1 11 s*en faut de si peu ! Dans le beau diocfese de 
Cambrai, plus de cont-soixanle paroisses commencent 
leur adoration la voille dc Tadoration perp^tuellc. De 
plus, il y a dans diff^rentes localil6s des sections perma- 
nenlos dc I'adoration nocturne qui pratiquent cette 
devotion une fois par mois. A Lille seul, il en existe 
douze, et la encore, nous ecrit-on, cos sections sont en 
grande partio composecs d'ouvriers qui ne comptent pas 
avcc leur peine, commo co brave homme vraiment he- 
roique qui s'oxrusait d'etre venu en retard parcc qu'il 
avait ^le rotenu a son atelier; qui cependant avail 
«Mir<»re pu arrivor a temps pour faire son beure d'ado- 
ration, mais savez-vous a quel prix?... en se privant 
de souper ! 



ASSEMBLEE GENERALE — RAPPORTS 34Si 



Le Midi et le Nord peuvent done rival iser dans ce 
loumoi auquel preside Notre-Seigneur lui-m^me, et il 
est vrai de dire que peu importent le climat et les tem- 
peraments. . . ou plutdt, si : cette ceuvre toute d'elan et 
d'amour franc, convient admirablement au tempera- 
ment franQais, k la nation aimee du Cceur de J^sus; 
mais cela, tout aussi bien dans nos provinces du Nord 
que dans nos provinces du Midi, dans celles de TOuest 
que dans celles de TEst ou du Centre. 

Le temps me manque pour vous parler individuelle- 
ment de chacun des nombreux dioceses ou les memes 
efforts ont ^t^ couronn^s des m^mes succ^s. 

Qu'il me suffise de vous ciler encore Orl6ans, ou 
Toeuvre parait solidement organisee, a ses reunions 
aonuelles, et public des rapports pleins de vie et de 
promesses; Le Havre, qui fait r^gulierement son adora- 
tion mensuelle, avec quelle ferveur, vous en jugerez, 
iorsque vous saurez que sur soixante-dix membres ins- 
crits, la moyenne de chaque nuit fournit k Notre- 
Seigneur cinquante adorateurs, et qu'aux heures m^me 
les plus p^nibles, on pent compter gen^ralement quatre 
OQ six hommes a la fois en adoration. II est vrai qu'ils 
oQt parfois des recrues inesp^rees, comme celle de ce 
marin, qui, k peine d6barqu6, s*en vint frapper vers 
onze heures du soir k la porte de la sacristie, et qui, 
pour toute presentation se borne a demander : « Est-ce 
qu'il n'y a pas d'adoration ici toute la nuit? je viens 
foire mon quart. » 

Versailles, si proche de Paris, dont les communes 
forment cette banlieue sem^e de guinguettes ou Ton 
5'amuse, de cabarets ou Touvrier boit k pleins bords le 
poison de Vkme et du corps, eh bien ! Versailles a plus 
de vingt paroisses qui font leur adoration nocturne, 



^46 JEUDI, 26 JUILLGT 



parol sses en t&te desquelles il nous faut placer celle de 
Poissy, une des premieres et la plus fidfele k passer ses 
nuits chaque ann^e, au retour de Tadoration perpe- 
tuelle, comme si elle sen tail encore planer sur elle la 
douce influence de saint Louis, ce grand adorateur de 
J£sus-Hostie ! 

Agen, Aix, Autun, Clermont-Ferrand, Sarlat, Rodez. 
ont aussi leur adoration nocturne; mais je ne peux pas 
nommer tout le monde, et je suis bien heureux de men 
impuissance, car elle est la demonstration la plus 6cla- 
lante de cette v6rit6 que partout, entendez-le bien, 
partout il suffit de vouloir pour pouvoir ! 

IV. — Je vous disais tout kl'heure, Messieurs, dans une 
sorte d'orgueil national , que cette oeuvre toute d'amoor 
convenait merveilleusement au temperament franQais: 
c'estvrai; mais, OBuvre essentiellement catholique, elle 
est par cela m6me universelle. Si la France a doune le 
signal, le monde entier Fa suivi. Je ne puis parcourir 
avec vous Tunivers catholique, et pour plus de details il 
me faudrait vous renvoyer au rapport qui vous a deja 
ete presents au Congres eucharistique de Paris en 1888. 
Hais, laissez-moi seulement vous citer quelques nations 
et quelques dates. En Espagne, alors qu'en 1868, puis 
en 1872, I'etablissement de Tadoration nocturne avail 
ete dedar^e chose impossible, Toeuvre fait ses premiers 
debuts en 1878 k Madrid et k Grenade. Puis bient6t, un 
journal eucharistique special, la Lampara del Sanctm- 
no se crec, deux centres eucharistiques sont fond6s a 
Madrid et k Valence en 1881, et de la rayonnant au loin, 
se subdivisent en sections qui se partagent aujourd'hui 
toutes les nuits du beau ciel d*Espagne. 

A Bruxelles, c*est en decembre 1881 que le P^re 



ASSOfBLEE GENERALE — RAPPORTS 347 

TesDifere groupait douze fervents chrStieos pour passer 
une premiere nuit. Au bout de la premiere ann^e, les 
douze elaient devenus soixante-dix-huit, qualre-vingt- 
deux rann^e suivante, cent cinquante-cinq la troisi^me, 
deux cent trente-six la quatrifeme, et deux cent soixante- 
sept au bout de la cinquieme ann^e. 

De I'autre cdt4 de TAtlantique, au Canada^ cette terre 
si bien faite pour comprendre et aimer Ics OBuvres fran- 
Qaises, c*est au printemps de 1881 qu*un membre de la 
conffSrence de Saint Vincent de Paul de Montreal, au 
relour d'un voyage k Paris, fonde Tadoration nocturne. 
Aprfes trois ans d'existence, au 28 d^cembre 188i, 
VoBuvre comptait huit cent soixante-douze associ^s. 

Aux fitats-Unis, k Boston, Toeuvre ful inaugur6e le 

idecembre 1882, veille de la fete de Tlmniacul^e-Con- 

ception. A Quito, dans la republique de r£quateur, uq 

congres eucharistiquo se r6unissait le 21 juin 1886, jour 

de la fete du Sacr6-CoBur, et comme fruit de ce magni- 

fique congrfes qui si^gea pendant dix-neuf jours, Tado- 

faiion nocturne se fondait ii Quito mi^me Ic 16 Janvier 

1887, et comptait imm^dialement trois cents associ^s. 

Ce mouvement s'est propage dans toule TAmerique du 

Sud, et le Brdsil recourt a Tadoration nocturne comme 

au remade le plus efficace pour combattre les progrfe^ 

de la franc-maQonnerie. 

Ce qui se fait en Europe, ce qui se fait dans les deux 
Am^riques, se fait ^galement en Asie. Devinez ou, et 
depuis quand ? — Depuis vingt-sept ans, cliez les 
Indons, dans des villes dont le nom vous cScorche la 
bouche, a Trichinopoly et a Tulicorin, dans la mission 
du Madur^, a Textrdmiti sud de la presqu'ilc de Tlndo- 
Chine. Lk, il se fait des merveilles qui devraient nous 
faire rougir de honte, mais qui montrent bien qu'il n'y 



348 JEUDI, 26 JUILLET 



a pas deux maniferes d*aimer J^sus. « En 1867, 6crit un 
« saint missionnaire, un bon nombre de jeunes gens 
« monlraient une devotion particulifere envers J6sus- 
« Eucharistie. Lorsque, retard^s par leurs travaus, ils 
it ne pouvaient vcnir k temps pour faire leur visile au 
« Tr^s Saint Sacrement, alors ils s'agenouillaient 
« devant T^g-lise d6ja fermie, baisaient les marches el 
« la porle, et donnaient par leur tenue et leur recueille- 
« ment des signes non Equivoques d'une devotion pro- 
« fonde. Un des n6lres, qui avail 616 en Europe membre 
« de la Soci6l6 de Saint Vincent de Paul et de Tadora- 
« tion nocturne, crut voir Ik les 6l6ments d*une adora- 

« tion nocturne » C'est ainsi que Tceuvre fut 

fond6e; Tfivfeque missionnaire, IVP' Canoz, lui donna 
sonrfeglement, et depuis vingt-sept- ans elle se continue 
avec une ferveur qui ne se lasse pas. 

Comment ne pas rendre graces k Dieu, Messieurs, et 
k c6t6 des tristesses de Theure presente, comment ne^ 
pas se prendre k esp6rer d'une esp6rancc invincible? 
Certes, les moyens humains nous font tons les jours de 
plus en plus defaut, jamais T^glise n*a paru plus aban- 
donn6e des hommes : n'est-ce pas pr6cis6ment parce que 
nous en sommes arrives a Thenre que Dieu s'est plus 
8p6cialement r6servee, une de ces heures qu'a connues 
Jeanne d'Arc? Je sais bien que nous ne pouvons pas 
dire ces choses sur les places publiques, ni dans ces 
graves assemblies oil si6gent nos 16gislateurs, Comme on 
nous prendrait en piti6 ! Gardons-les done pour nous. Mais 
gardons-les avec une joie profonde; gardons-les comme 
Marie gardait le souvenir de tout ce qui se disait de 
J6sus autour d'elle, et de tout ce dont elle 6tait temoin 
dans I'humble atelier de Nazareth. Elle conservait ces 



ASSEMBLES GENERALE — RAPPORTS 349 

choses en son cceur, dil rEcrilure. Conservons-les' do 
meme; n*en parlons qu'a Jesus dans ces nuits ou il nous 
admet a le prier devant son Saint Sacremcnt expos6, et 
disons-luL que nous ne doutons pas de sa puissance su- 
perieure k toutes les puissances ; que nous croyons k 
son amour plus tendre que tons les amours ; que nous 
nous en remetlons k son coBur plus sur et plus fiddle 
que tous les cceurs humains, et que nous attendons I'effet 
de ses promesses divines, parce que nous savons qu'elles 
ne trompent jamais. 



congr£s eucharistique de j£rusalei 

Rapport de Mv P.-L. PfiCHENARD, Protonotaire apostoUque, 

Vicaire g^ndral. 



imminences, 
Messeignecrs, 
Mesdames et Messieurs, 

Depuis longtemps, Sa Saintet^ L6on XIII portait ses 
regards anxieux vers les £glises s6par6es de FOrient ; 
plusieurs fois ^talent tomb^es de sa plume et de ses 
Ifevres de touchantes exhortations pour les rappeler au 
bercail ; plusieurs fois ce Pfere tendre leur avail tendu 
la main, soit en glorifiant solennellement leurs saints 
Docteurs, soit en declarant sa ferme volont6 de main- 
tenir dans toute leur int6grit6 leurs rites v6n6rables. 

Le moyen de faire davantage en leur faveur? Le 
moyen de les gagner sans retour ? La Providence 
voulut le lui fournir elle-mfeme. 

Notre Seigneur J6sus-Christ avait institu6 TEucha- 
ristie comme le sacrement et le signe de Tunitd ; dans 
le discours qui suivit la C^ne, il avait demands k son 
Pfere que tous ses disciples ne fissent qu*un, ut sint 
umim ! C'est TEucharistie qui allait servir de trait 
d'union pour rapprocher tous les enfants de TEglise. 

I. — Le Comity permanent des CEuvres eucharistiques 
s*appr6tait a tenir, en 1893, son huitifeme Congr^s. La 
m^me ann^e, allait s'accomplir le douzieme P^lerinage 
de penitence aux Lieux Saints. 



ASSEMBLEE G^iRALE — RAPPORTS 351 

Associer ces deux ceuvres, les fortifier Tune par 
Tautre, leur donner rendez-vous k Jerusalem, convier 
nos fr^res s^pards aux pieds de J6sus sur le terrain de 
Tamour et faire de TEucharistie la puissance d'altrac- 
lion, le ciment des J^glises et le sceau de Tunit^, quoi de 
plus beau, quoi de plus naturel, quoi de plus efficace? 
L'idee Siait h la fois simple et grandiose ; c'etait une 
vue de g^nie, disons mieux, c'etait une inspiration 
d'En-Haut. Elle fut soumise auPape, et le Pape> frapp6 
d'un trait de lumi^re, eut soudain Tintuition de la 
solution du grand problfeme qu'agitait sa pens^e , et k 
rinstant le projet fut arrSt^. II en ^crivit done k 
W rfivfeque de Li^ge , president du Comiti permanent 
des CEuvres eucharistiques , et lui dit quels heureux 
r^snUats il attendait d'une telle entreprise. Bientdt il 
s'in^rivait le premier sur la liste des souscripteurs; 
puis, approfondissant de plus en plus ce grand dessein 
et en mesurant dans son vasle gSnie les consequences 
possibles pour I'expansion du r&gne de Dieu, il rSsolut 
d'y prendre une part en quelque sorte personnelle, et, 
dans ce but, il choisit, pour pr^sider ce Congr^s en son 
nom, un membre du Sacr^ College, un L^gat a latere, 
et son choix, que Dieu en soit k jamais lou6 ! tomba^ 
pour rhonneur de la France et de notre cit6, sur Son 
£m. le Cardinal Langenieux^ archeveque de Reims. 

Qui de vous. Messieurs, ne se souvient encore des 
transports de joie avec lesquels fut accueillie cette nour 
velle ? De I'Europe, elle se r^pandit avec la rapidity de 
r^clair jusqu'aux rives de TAsie et de TAm^rique. v La 
resurrection de TOrient, avait dit le R. P. d'Alzon, ne 
peut venir que d'une parole sortie de Rome, et port^e 
sur les ailes de la France. » — La parole, Rome venait 
de la dire ; un Cardinal frangais 6tait nomm^ pour la 



352 JEUDl, 26 iUILLET 



porter k TOrient, et, en portant cette parole, raessagfere 
de la paix^ il allait pouvoir la Iraduire par ee mot 
immortel : « Je vous apporte le cceur de L^on XIII. » 

Si ce projet venait k se r^aliser, il 6tait facile d'ea 
entrevoir la grandeur des r^sultats, r^ultats dont b6n6- 
ficierait le monde entier, mais pins immediatenient 
rfiglise catholique et la France, sa fiUe ain^e. 

Ces r6sultats, TEsprit du mal, qui veillait, les aper^ut 
sans doute. II vit la France regagner de Tinfluence en 
Orient. II vit les l^glises s^par^es accepter la main que 
Rome leur tendait et se retoumer vers le centre de 
Tunit^ catholique. C'en 6tait assez pour se mettre en 
travers ; il essaya de faire 6chouer le projet dfes le debut 
en inspirant la crainte et en soufflant la discorde. 

La diplomatic europ^enne s'dmut ; feignant de se 
ra^prendre sur le but du Congrfes, elle fit surgir le 
spectre de conflits sanglants, de complications interna- 
iionales. Le sultan Abdul-Hamid, ce prince k Tesprit 
si liberal, au caract^re si g^n^reux, dont tous les catho- 
liques d'Orient se plaisent k vanter la parfaite bienveil- 
lance, avait gracieusement accords tontes les autorisa- 
tions n^cessaires pour que le Congr^s put se tenir dans 
ses Etats. On ne d^sesp^ra pas de parvenir k le mettre en 
defiance et k lui faire soupQonner derrifere les solennit^s 
eucharistiques quelque dessein politique habilement 
dissimui^ et dirig^ contre Tint^grit^ de.son Empire. 
Mais cette tentative 6clioua. 

Gr&ce k la haute sagesse de L^on XIII, gr^ce a fa 
prudence des deux 6minents personnages charges de 
traiter de ces grands int^r^ts, le Cardinal Lang^nieux, 
d^une part, et de Tautre, M*' Azarian, patriarche des 
AnB^niens unis, le nuage qui s'6tait amass^ fut bient6t 
dissip^, et le Sultan, jugeant des choses avec toute 



ASSEMBLCE GENERALS — RAPPORTS 363 



rindepeadance d'un esprit 61ev6, maintint net lament 
les autorisations qu'il avait tout d'abord conc6d6es. 

Les apprehensions de la diplomatic se calmferent, les 
calculs furent d^jou^s et Tceuvre commenQa. Elle 
allait se d^rouler majestueusement , toujours envi- 
ronn^e d'assez de perils pour faire comprendre ce 
que Ton pouvait craindre du cdt6 des hommes, toujours 
secounie, aux heures critiques, par trop de denoue- 
ments inattendus, toujours couronnde par trop de 
succes, pour ne pas rendre tangible Taction de la 
Main qui conduisait Tentreprise. 

Dc tons les Congrfes eucharistiques , celui de Jeru- 
salem fiit, sans contredit, le mieux prepare par la 
pri^re. On pria longtemps, on pria partout. Eveques, 
pretres, fideles, communaut^s religieuses, enfants, pfele- 
rins de la penitence, tout le monde entra dans le mou- 
vement. Le R. P. Picart ne craignit pas d'affirmer au 
Souverain Pontife que, parmi ceux qui se rendaient 
a Jerusalem, il s'en trouvait qui avaient fait le sacri- 
fice de leur vie pour le succ&s des intentions de 
Sa Saintete. Et c'etait vrai. 

Ces devouements n'etaient point superflus. Pouvait- 
on jamais ofFrir trop de prieres ou trop de sacrifices 
pour obtenir la benediction de Dieu sur d'aussi 
so'aads desseins? 

Dc quoi s'agissait-il, en effet? De ri^n moins, 
Messieurs, que d'aller, au del^ des mers, rendre k 
Jesus-Christ de solennels hommages dans le sacrement 
da son amour, sur le lieu m^me de son instituliou, 
jiroclamer sa divinite sous les yeux des Musulmans 
t^l (les Juifs, ses plus mortels ennemis, recueillir les 
t'fiseignements traditionnels de nos fr^res dans la foi, 
reebauCfer leur devotion par une sainle emulation 



354 JEUDI, 26 JUILLET 



d'amour, tendre la main aux chr^tient^s dissidentes, 
remplics depuis des slides de tant de preventions, 
contre nous, et travailler k refaire Tunii^ de TEglise 
d^chirSe par les luttes politiques. 

II. — C'est k Rome m^me, a proprement parler, aus 
pieds du Pape, que commenga le Congrfes. Les 
Pfelerins de la penitence voulurent, en eflfet, se pros- 
terner tout d'abord devant le Yicaire de J^sus-Chrisi 
ct soUiciter pieusement ses benedictions; et L6on XIII, 
dans des paroles empreintes d'une eminente sagesse, 
leur precisa lui-m^me la nature, les limites et la 
haute portee de leur mission. lis partent done de 
Rome, pleins de foi et de confiance, marchant avec 
Jesus, el n'aspirant qu'a lui reconquerir par Tamour 
la terre d'Orient. 

Ah! qu'elles etaient belles ces nefs saintes (1), vo- 
guant sur les flots azures^ et portant sur un tr6ne la 
sainle Eucharistie entouree jour et nuit de pieux 
adorateurs ! Qu'elles etaient emouvantes en pleine mer, 
ces processions eucharisliques, qui rappelaient la mar- 
che miraculeuse de Jesus sur les eaux ! Qu'ils devaient 
£tre puissant s sur le coeur de Dieu, ces quatre cents 
calices qui sc levaient vers le ciel longlemps avant 
Faurore, tout funiants d'un sang divin! Ne voyez-vous 
pas d'ici, Messieurs, ces legions d'anges qui leur fai- 
saient escorte, et qui emporlaient aux pieds du trdne 
de Dieu tant et de si ferventes priferes ? 

Enfm nous sommes a Jerusalem ! Le jour des solcn- 
nites est venu, le Legat est annonce, la vapeur I'a 
depose pres des murs de la Ville Sainte, et toule la 
population s'ost levee pour courir k sa rencontre. 

(1) Le Poitou et la VilU'dc-Brest. 



ASSEMBLES G^^RALE — RAPPORTS 355 

Combien de plumes, et des plus exerc^es, se sont 
plu a retracer ce merveilleux 6pisode de Teiitr^e du 
Cardinal-L^gat k Jerusalem ! En est-il unc seule qui ait 
reussi h 6galer le sujet? Qui oserait le dire? Ah ! c'est 
qu*ici le spectacle ext^rieur, quelque imposant qu'il fut, 
n ilait que le moindre c6te de r6v6nement, et la simple 
enveloppe d'une id6e dont Timportance n*6clatera tout 
enliere qu'avec le temps, peut-felre avec les siecles. 

Racontez, pieux pelerins, k tous les 6chos du monde, 

la splendeur du theatre de celte scfene sans pr6c6dent, 

Fecial du soleil d'Orient, les avenues de la cit£ sainte 

encombr6es de pistons, de voitures et de cavaliers, les 

arbres du chemin ployant sous les grippes humaincs 

suspendues k leurs branches, les murailles de la ville, 

\es terrasses, les toits, les tours, les minarets charges 

de curieux ; d^peignez la marche triomphale du L6gat 

sur sa blanche haquen^e, au milieu des flots innom- 

brables de Chretiens, de juifs et de musulmans, le soin 

des representants ofiiciels de toutes les puissances k lui 

offrir leurs hommages, Tempressement des ^ifiglises 

separecs a venir s'incliner les premiferes devant la pri- 

maute du Pape incarnee en sa personne, la majeste des 

patriarehes et des 6vfeques des rites unis s'avangant k 

sa rencontre avec toute la pompe orientale; redites la 

croix de Jesus dominant toutes les tetes a travers les 

rues etroites, les chants joyeux des clercs, Tadmiration 

des foules s'inclinant respeclueuses . sous le salut du 

Legal, la flfere attitude des milices turques prot^geant 

la marche, Tenthousiasme de nos ofBciers de marine 

jouissant du triomphe de la France, tout ce cortege 

enfih s'engouflfrant dans les flancs du Sainl-Sepulcre, 

et le faisant retentir du plus ^mouvant des Te Deum qui 

fut jamais chants ! 



356 JEUOl, 26 JUILLET 



Oui, enivrez vos amis du r^cit de ces spleodeurs; et 
pourtant ce ne sera pas assez. Faites-leur surtout 
remarquer que Tid^e que ces splendeurs enveloppent 
est bien plus grandiose encore que le cadre lui-mcnie; 
faites-leur sentir que le Legal qui s'avance au sein de 
cette foule en qui se resume Tunivers, cest le Pape 
lui-m^me, c'est k dire le Chef supreme et unique de la 
religion catholique, le Pape, vicaire de J^sus-Christ, 
reprenant possession en personne de ces lieux sacres 
d'ou les malheurs des temps Tavaient banni, le Pape 
apportant le baiser de paix a de grandes chr^tient^s 
afTaiblies par leur longue separation du centre de 
rfiglise,le Pape les conviant a sceller un nouveau pacte 
d'alliance aux pieds de Jesus-Christ, on lui rendant de 
communs hommages dans le sacrement de son amour. 

Ah! nous le savons, bien des pr6jug6s seculaires 
sont tomb^s des cette premiere heure, bien des esprits 
ont ete frapp^s d*un rayon lumineux, bien des coBurs 
loyaux ont ele remu^s ; el il s*est produit dans ces blocs 
graniliques des races orientates un craquement im- 
mense, un ebranlemenl profond, dont nos neveux ver- 
ront seuls tons les effets. 

« Oui, s'6criait avec raison le patriarche latin, M^' 
Piavi, Jc^rusalem est aujourd'hui le th6Atre d'un 6v6ne- 
ment qui fera ^poque dans Thistoire de TEglise et qui 
s'annonce comme le prelude d'autres 6v<5nements non 
moins heureux, non moins glorieux. 

« Oui, tandis que Tesprit du mal redouble d'efforls 
pour jeter le monde enlier dans Tapostasie, TEsprit de 
Dieu s'agite aussi ; il veille au salut de Thumanite el 
clioisit le moment propice pour susciter dans les 
roeurs des mouvements genereux pour la reslauralion 
de la foi et la r^forme des mceurs. » 



ASSEMBLEE G^JIEBALE — RAPPORTS 3S7 

Le lieu qu*eussent'd^sir^ ious nos coBurs pour y tenir 
le Congrfes, c'etail le G^nacle, c'est a dire le lieu m6me 
ou Notre-Seigneur institua la sainte Eucharistie. Le 
Cenacle, h^las! est aux mains des Turcs, auquel il 
sert de mosqu^e depuis 15S1. A cetle 6poque, les ills 
de saint Francois, ces fiddles gardiens de la Terre 
Sainte, qui ont teint de leur sang tons ces lienx sacris, 
ont achet6 aus Musulmans PSglise de la Colonne, 
dont ils ont fait T^glise du Saint-Sauveur et k laquelle 
les Papes ont transports toutes les indulgences et fa- 
vours spirituellcs jadis attachSes au CSnacle. C'est dans 
cette 6glise du Saint<-Sauveur que s*ouvrit, le 15 mai 
1893, la premiere stance gSnSrale du Congrfes. 

Quel spectacle que cette premiere seance ! Ouvrez les 
veux, Messieurs, et vous verrez dans cette 6troite en- 
ceinte tout I'univers chr6tien en raccourci : 

Un Cardinal, L6gat du Saint-SiSge, 

Deux Palriarches catholiques, latin et grec, 

Dix Archevfrques et Eveques du rite latin d'Occident 
el d'Orient, / 

Quinze Archev^ues et ^v^ques de rites orientaux, 
melchite, maronite, armSnien, syrien, chaldSen et 
bulgare, 

Dix PrSlats, Supdrieurs d'Ordre, AbbSs mitr6s et 
Vicaires g^nSraux de dioctees lointains, 

Deux D^16gu6s officiels des l^glises copte et abyssi- 
nienne. 

Cinq cents prfttres environ, s^culiers et rSguliers, 
d'Asie, d'Europe, d'Am6rique et d'Afrique, 

Et enfin une multitude de fidfeles, venus avec le P^le- 
rinage de penitence, ou accourus des divers points de la 
Palestine ! 

Us sont done Ik prto de quinze cents, reprSsentant 



24 



3B8 . JEUDIy 26 JUKLLET 



toutes les parties du monde. Aprfes la France, quiy tienl 
de beaucoiip le premier rang, la catholique Belgique^ 
rilalie, le Canada y comptent les groupes les plus nom- 
breux ; sans parler des fiddles indigenes ni des schisma- 
iiques qui se joindront h eux pour les stances du Con- 
grfes et pour les solennit6s eucharisliques. N'dtait-ce 
pas le cas de r6p6ter les paroles des Actes des Ap6tres 
au jour de la premifere Pentec6tc chr6tienne: « II se 
trouyait alors ^ Jerusalem des liommes religieux venus 
de toutes les nations qui sont sous le ciel? (1) » 

Que je serais heureux de pouvoir saluer ici par leiirs 
noms ces temoins vivants de la foi apostolique, ces 
repr6sentants de nos traditions primitives, ces vingt 
Eveques orientaux qui firent la force et Thonneur du 
Congriis ! Qu^il me serait doux de leur payer, en face de 
rOccident, le tribut de nos hommages et de notre recon- 
naissance ! Car rhisloire dira un jour quel service ils 
ont rendu par leur empressement, leur charity et leurs 
savants travaux au culte de TEucharistie et a la cause 
de runit6 catholique. Toujours je les verrai devant mes 
yeux, debout k Tautel de Sainte-Anne, autour du vene- 
rable patriarcbe melchite Gr6gorios, offrant ensemble 
le divin sacrifice avec toute la pompe du rite grec, ou 
ranges autour du L6gat officiant pontificalement dans la 
basilique du patriarcat latin, drapes dans leurs amples 
et soyeux v^tements, la t^te orn6e de tiares aux formes 
vari^e^, et la poitrine disparaissant sous la neige de leurs 
barbes plantureuses. Visions trop courles, mais pour- 
tant imp^rissables ! Ainsi, sans doute, Tapdtre Jean, 
dans ses extases k Patmos^ dut contempler les vingt- 
quatre vieillards ranges, dans la celeste Jerusalem, 
autour du trdne de TAgneau. 



(1) Act. n. b. 



ASSEMBLEE 6ENERALE — RAPPORTS 389 

Le Congr^s de Jerusalem devait consister, comme 
tous les pr^c^dents, en une s^rie d'hommages et d'ado- 
rations h Notre Seigneur J^sus-Christ dans le sacre- 
ment de I'Eucharistie, afin de le faire de plus en plus 
counaitre, aimer et glorifier. II prSsentait, h Texclusion 
des autres, ces touchantes particularit^s, qu il offrirait 
ses hommages k J6sus-Christ sur les lieux m&mes ou 
il ^lablit son divin sacrement, qail devait se d^rouler 
sous les yeux d'une population en majeure partie juive 
et Bdusulmane, qu'il se proposait d'allumer une sainte i 

emulation au coeur des Eglises unies, par le d^ploie- 
ment des solennites en usage dans TEglise d'Occident, 
et surtout qu'il ^tait ouvert aux chr6tient^s non unies, 
afin que, sur le terrain de Tamour, TEucharistie devlnt 
le trait d'union entre tous les enfants de Dieu, et qu'elle 
flit vraiment, comme la nomme saint Thomas, le Sacre- 
menl de runiti (1). 

Ce fut done sur le terrain de la charity qu*il se plaga 
et qu'il ne cessa de se maintenir. 

« Je serai le Ldgat de votre coeur, avait dit le Car- 
dinal au Pape, pour faire connaltre votre amour h, 
rOrient. » — Telles avaient 6t6, en effet, les premises 
paroles de sa bouche, en arrivant & Jerusalem: « Je 
voas apporte le coeur du Pape; » telle fut la p6ns6e 
inspiratrice de son discours d'ouverture. 

Dans ce discours memorable, que tout I'univers a 
lu, le L%at chanta les gloires antiques des l^glises 
d Orient, d'ou la lumifere 6vang6lique s^est r^pandue 
sur le monde, dont les martyrs ont, les premiers, 
rendu t^moignage & J6sus-Christ, et dont les docteurs 
ont eclairi, comme des phares lumineux^ la marche de 

(1) S. Thorn, in. LXiu. 2. 



380 lECDI, 26 JUILLET 



Fhumanit6 T6g6nir6e. Au nom du Phre commun dos 
fidfeles, il convia lous nos frferes s6par6s a venir, aver 
les catholiques, rendre k Tenvi leurs homtnages d'ado- 
ration et d'amour h J^sus-Christ qu'ils reconnaissenl. 
comme nous, r6cllement present dans rEucharislie. 

Ces hotnmages rendus par le Congrfes k J6sus-Eucha- 
rislie consisi^rent en deux points principaux : les pro- 
fessions de foi el les soIennit6s ext^rieures du culle. 

Les professions de foi, Messieurs, elles abondenl 
dans tons les Congrfes eucharistiques : 6tudes sur le 
dogme, r6cils d'histoirc locale, relations de miracles, 
merveilles de Tart, comptes rendus de pieux usages 
ou de solennit^s tradilionnelles, rien n'y manque. Sur 
ce canevas g6n6ral, loujours le mftme, chaque Congrfes 
Irouvc moyen de broder quelques nouveaux sujels k la 
gloire de J6sus-Christ et a Thonneur des sieclcs6coules. 

Pour le Congrfes de Jerusalem, il cut cetle singn- 
lifere fortune de pouvoir d6ployer sous nos yeux lo 
plus ravissant panorama de la foi de la primitive 
^glise en la sainte Eucharistie. Quelle belle page il 
ajouta k la Perp4tutt4 de la foi, du grand Arnauld ! 

Dans les six assemblies g6n^ralcs qui se tinrent le 
matin ou I'aprfes-midi, toutes les ^glises de TOrient 
vinrcnt, chacune k son tour, deposcr publiquement le 
t6moignagc de leur foi apostoliquc en la prdsence r6elle 
de J6sus dans TEucharistie, et redire Tanliquiti et la 
pi6t6 de leurs pratiques envers le Saint Sacrement. Par 
la bouche des fivfeques ou de leurs d616gu6s, toulcs les 
liturgies, grecque, latinc-orientale, syriaque, arm6- 
nienne, copto, slave, bulgare, firent leur note dans ce 
merveilleux concert. Et avec quel luxe de preuves, avec 
quelle chaleur de conviction, avec quelle v4h6mence 
d'expressions, je vous le laisse k deviner. 



ASSEMBL^e GENERALE — .RAPPORTS 361 

Si Torgueil est quelquefois permis^ o*^tait bien k uous 
aulres Frangais que revenait ce droit, h nous, k qui il 
etait (]oQn6 d'entendre ces sublimes protestations de la 
foi antique exprimees si chaleureusement par les Orien- 
taux dans notre belle langue. Tous les si^cles, tous les 
grands docteurs d^filaient sous nos regards , avec la 
tranquille majesty du maitre qui possfede, rendaut te- 
moignage au dogme sacre et disant leur amour pour ce 
myst^e. II nous semblait voir se d^rouler, sous une 
autre forme, cetle merveiileuse th^orie de Flandrin, ou 
lous les personnages se meuvent dans uno marche bar- 
mouieuse ei tournent leurs regards pleins d'amour vers 
Jesus qui leur tend les bras et leur ouvre son coDur. 

En m^me temps que, dans les grandes assemblies, la 
foi s'affirmait avec (§clat, que chaque rite proclamait ses 
antiques traditions, et quo les negations de la pr^lendue 
Reforme 6taient mises en d6route, les pretres de TOcci- 
dent et de TOrient, animus de la plus ardente pi6t6, se 
<rroupaient enlre eux dans des rtiunions plus intimes. 
La, avec une cordiality toute fralernelle, ils s'excitaient 
muluellement k Tamour du Saint Sacrement, et cher- 
chaient dans leur experience les moyens les plus propres 
a developper la foi, Tamour et la devotion des fiddles et 
des petits enfants, k ^tablir la pratique de la fr^quente 
communion, et k lui faire produire tous les fruits de 
salut qui y sont renferm^s. Dans les assemblies gen6- 
rales, le r6le principal, TafBrmation de la foi, 6lait 
laissd a TOrient; dans les reunions sacerdotales, c'^tait 
surtout rOccident qui, par ses pretros, communiquait 
a rOrient les saintes industries du zMe. 

Le travail du Congres ^tait done nourri el fecond. 
Mais sa f^condite, il la tirait surtout de la prifere. Car 
tous les Congressistes ^talent bien convaincus que leurs 



362 JEUDI, 26 JUILLET 



efforts resteraient st^riles et impuissants si Dieu ne r^- 
pandait sur eux la ros6e de sd grkce. Aussi, la prifere 
sous toutes ses formes, surtout la grande prifere de 
Tadoration eucharistique, ne cessait de monter jour e( 
nuit vers le ciel. 

La forme la plus solennelle de cette prifere £lait la 
messe^ surtout la messe c^l^br^e pontificalement dans 
tous les rites. 

L'une des plus grandes preoccupations des ifiglisos 
orientales, unies ou non unies au Saint-Siege, est celle 
que leurs riles ne soient pen k peu amoindris, sup- 
primes et remplaces par le rite latin. Cette preoccu- 
pation, fort legitime, mais perfi dement entretenue par 
les ennemis de I'union, forme Tun des principaux 
obstacles au retour de ces chretientes dans le sein de 
rfiglise catholique. Vingt fois les Souverains Pontifes 
ont proteste de leur volonte formelle de conserver a 
jamais cos rites venerables, temoins des traditions pri- 
mitives du catholicisme . Jamais leurs acles, resles 
inconnus k la foulc, n'ont reussi k dissiper les craintes. 

Le Congrfes de Jerusalem offrait la plus belle occasion 
de leur demontrer par des fails quelle est, sur ce point 
important, la veritable pensee de TEglise romaine, 
C'est pourquoi il organisa, dans les divers sanctuaires 
de la Ville Sainte, des of6ces pontificaux dans tous les 
rites de TOrient. Chaque matin, sous la presidcnce du 
Legal, par consequent sous les yeux m^mes et avcc 
Tapprobation du Pape, un 6vfeque de chaque rite, grec, 
syrien , armenien , slave , bulgare , maronite , officia 
solennellement, avec tout le ceremonial de sa nalion. 
Afin de bien affirmer la p^faite union de toutes les 
formes Jiturgiques dans Tuniie de la foi, M^ Dou- 
treloux, dvique de Liege, avail ouvert la serie des 



ASSEMBLEE GENERALS — RAPPORTS 363 

offices pontificatix en c^l^brant selon le rite lalin dans 

V^glise du Saint-Sauveur, et le Ldgat la cl6tura lui- 

m§me en officiant, dans le m^me rite, le jour de la 

Penlecdte, en presence de ions les 6vfeques r^unis, 

dans la basilique du Palriarcat latin. 

Si nos regards ^laicnt charm^s, k nous, Occidentaux, 
par la pompe orientalc, nos esprils n'6taient pas moins 
frapp6s du caractfere 6minemment populaire du saint 
sacrifice. La messe dans loutes ses parties, preparation, 
oblation, consecration, communion, est un dialogue 
continuel entre le pretre qui c61ebre et les fidfelcs pre- 
sents. La traduction frauQaiso de la messe copte, que Ton 
prepare, sera le moyen de fairo connaitre k TOccident 
« les admirables pri^rcs dont se compose la liturgie copte 
el dans lesquellcs la plus haute et la plus exacte th^olo- 
gie et la plus riche po6sie sont conslamment associdos ». 
Chaque soir, k Tapproche do la nuit, avait lieu une 
procession trfes solennclle du Saint Sacremcnt, k laquclle 
prenaient part, avec les douzo ou quinze cents Congres- 
sistes, eveques, prfetres, roligieux, strangers et indi- 
j^tnes, des foules considerables de chretiens de tons rites. 
Du haut des murailles et des terrasses, les infid^les, 
juifs et musulmans, suivaient des yeux, avec une res- 
pectucuse bienveillance, ces tongues files d'adorateurs 
qui se deroulaient k travers les cours et les meandrcs 
(les jardins, au Seminaire de Sainte-Anne, k TOrphe- 
linat de Saint-Pierre, k Nolre-Dame de France, a Saint- 

_ 

Etienne, au Couvent de Marie-Reparatrice, ou admiraient 
les merveilleuses illuminations du clocher de Teglise de 
Saint-Sauveur, qui se prolongoaient jusqu'au lever du 
jour, ou les projections eiectriques dirig6cs par les 
Peres de TAssomption, et qui etaienl pour eux une nou- 
veaute jusque-la inconnue. 



364 JEUDIy S6 JUILLCT 



A ces solennit^s du matin et dy soir qui capiivaieat 
la foulo, se joignaient d*autres adorations plus intimes, 
plus cach^es, mais non moins ardentes ni moins firuc- 
tuouAes. Lc Saint Sacromcnt ^lait expos6 le jour et la 
nuit : lc jour, dans I'^glise du Palriarchat latin, oik les 
adorateurs se succ^daicul sans interruption ; les enfants 
do toutes les 6coles catlioliques, quelle que fut leur 
nationality, s*y rondaient k tour de r6lo, et leur fiili 
naive n*6lait pas la moins touchanto manifestation du 
Congrfes ; la nuit, dans les sanctuaires les plus veneris, 
& la grotte dc TAgonie, au mont des Oliviers, a Bethl^em, 
k r^glise de la Flagellation ; et, sans cesse, aux pieds de 
Jisus, se pressaient les plus fervents des Pterins de la 
piSniteuce, et les &mes les plus Uprises de ramour de 
l*Eueharistie. 

Les Dames elles-mimcs, se mettant au-dessus de 
toutes les fatigues, eiu^nt k cueur d'avoir leur Duil 
d*adoration, k VEcce homo, chez les religieuses de 
Sion. 

Pour meltre le soeau k tant de priferes, tous les Pfele- 
rins Youlureut pareourir en leur particulier la Voie 
doiJouiruse ou Chomin de Ooix. Deux fois m^me, les 
vendrtHlis« cet exeiTice fut fait en commun par tousles 
Pi^lorius ot les Cougressisles. La police turque prote- 
goant leur liberte et suspendant meme a ee moment la 
circulation publique« la population de Jerusalem debout 
sur lo borvt des rues daus un silence d*admiralion« la 
foule des catlioliques priant a haute voix et escortant 
les evf^jues el les pretres qui portaient sur leurs 
epaules la ^rraude croix du pt^leriuage, se peut-il con- 
cevoir do plus emouvunt speclable? 

Jo uo liuirais pas. Messieurs, si j'essayais de vous 
faire repasser par les emotions si variees, si pures. 




ASSiiJIBLBE G^GRALE — RAPPORTS 36S 

que ne cessaient de nous procurer les divers exercices 
du CoDgres. Chaque stance en ajoutait de nouvelles 
aux pr^edentes. Mais peut-^tre n'y en eul-il pas de 
plus saisissantes ni de plus mecnorables que celles de la 
deruifere stance gen6rale. C'esl la que le GardinaULegat, 
daus un discours dune admirable Elevation, tit le plus 
touchant appel h. Tunion, ct jeta les ^mes dans les 
bautes et sereines regions do la paix. C'esl la que les 
acclamations, renouvel^es des premiers conciles, au 
Saint Pere, k la France, k toules les aulorit^s religieuses 
et civiles pr6sentes au Congres, terminerent la s^rie des 
travaux par une cl6ture aussi ^mouvante que grandiose. 

II serait bien juste de rendre publiquement bommage 
a tous ceux qui ont concouru par leurs travaux, leur 
zele, leur piet6, leurs sacrifices, au succes de cet 
evenenient historique,. Or, ici, tous les Congressistes, 
(lisons-le hautemenl, ^v^ques, pr^tres, communaul^s 
religieuses d'hommes et de femmes, ont bien merite 
de la France ct de TEglise. 

Personne toulefois ne nous pardonnerait do ne 
pas avoir un cri du coeur pour ces vaillanls Peres 
Je TAssomption, qui ont jou(S un r6le si important 
dans cette entreprise. ilonneur k ces pionniers de 
la Providence, visiblement suscit^s en ce siecle pour 
combattre a ciel ouvert les combats de la foi, pour 
organiser les pMerinages publics, pour terrasser 
le respect humain et cr6er la presse cbretieune ! 
Sans eux, sans leur esprit d'iniiialive, sans leur 
indomptable confiance en Dieu, jamais le Congres 
n'eut pu se tenir k Jerusalem, ni surlout y elalcr 
ses merveilleuses splendeurs. A eux notre admiration, 
a eux notre reconnaissance ! 

Je ne fais que redire en termes decolores les senli- 



366 JEum, 26 juillet 



menls que Jeur exprimait tout le Congrfes a Theure 
des adieux, k Toccasion de la pose de la premiere 
pierre de leur chapelle k Notre-Dame de France. Peut-on 
jamais oublier, quand on a eu le bonheur d'en 
6tre t6moin, ce banquet general dans lequel de puis- 
sants orateurs firent entendre tour k tour ces vibrantes 
allocutions dont la foi et le patriotisme portferent les 
esprits an plus haut degr6 de Tenthousiasme ? Peut-on 
oublier le tonnerre d'applaudissements qui 6clata, 
lorsque notre Consul general en Palestine, qui s'etait 
dcvoue sans reserve, lui aussi , au succfes du Congres, 
fut decor6 par le L6g-at de la Grande Croix de TOrdre 
de Saint Gr^goire? Oui, tons les Congressisles, 
orientaux et occidentaux, sortirent de ce banquet 
d'adieu, le coeur p6n6tr6 de reconnaissance pour les 
morveillcs dont ils avaient 6t6 t^moins, et pleins 
d'esp^rance pour Tavenir de Tunit^ de Tfiglise. 

III. — Le Congres de Jerusalem, nous ne craignons 
pas de le dire, restera, au point do vue religieux, I'lin 
des ^venements les plus importants de notre 6poque; 
non seuleraent en raison des eclatantes d6monstralions 
failes en Thonneur de la sainte Eucharistie, mais encore 
et surtout k cause des consequences qui en sortironl, 
selon toute apparence, pour le retour de nos freres 
separ^s dans le giron de Tfiglise calholique. 

Sans insister ici sur Textension apport^e au culle de 
TEucharistie dans les figlises dc tons rites, sans insis- 
ter davantage sur le c6t(5 patriotique du Congres, qui a 
releve le prestige de la France et forlifie Tinfluence de 
son protectorat en Orient, tout le monde a pu constater, 
sur Theure, les r^sultats les plus consolants au point de 
vup religieux. 



ASSEMBL^e GENKRALE — RAPPORTS 367 

Le Congrfes a 616, en effel, la plus Hbre et la plus 
sublime manifestation de notre foi en face de rindiflF6- 
rence et de rinfid61it6. 

II a 6t6 une solennelle affirmation de Tunil^ de 
i'%Iise catholique. L'^glise 6tait \k dans son chef 
supreme, represents par son LSgat, elle Stait \k dans 
les divers degrSs de sa hiSrarchie, elle Stait 1^ dans le 
pcuple fidfele, et partout et en toutes circonstances, elle 
a dSployS, sous les yeux de nos frferes s6par6s, sa par- 
faite units de foi et de discipline. 

« C'est Thonneur de Tfiglisc catholique, s'ecriait M«r 
Piavi dans la premifere asscmbl6e gSneralc, de rSunir 
loutes les nations du monde dans une seulc famille^ 
sans rencontrer plus d'obstacles dans la diversity dcs 
moBurs, des caracteres et des usages, que ceux-ci n'en 
opposent k TunitS de Tespece humainc. » 

« II (Stait rdservS k Tfere SvangSlique, disait k son 
lour PSvfeque de PanSas, M»^ Gcraigiry, de rSaliser 
' pleinement le voeu du chanlre royal : Lnudate Domi- 
num, omnes gentes. Jamais lo ooncort de liturgies 
diverses, Iransmises commo un heritage d'amour cn- 
vers Faugusle Sacrement de nos aulels, n*a 6le aussi 
complet que depuis que Jerusalem en est devenu lo 
IhiAtre. » 

Ce Congrfes est venu k Theure providenticlle oii se 
fail partout senlir le bcsoin d'unile. Battues en breche 
par la science moderne qui seduit lant d'esprits, et par 
HncrSduIitS qui s'Stend sur les Ames comme une conla- 
fion funeste, toutes les communautSs chrclieunes que 
le malheur des temps el les passions politiquos ont 
s^parees du centre de la foi commencent a s'apercevoir 
<]u'ellcs sont blessees a morl, et que, laissees a leurs 
seulos forces, elles doivent fatalement s'affaiblir et 



368 JEUDI, 26 JUILLET 



disparaitrc. Aussi, de toutes parts, au Nord et a TOrient, 
apparaissent de vigourcux esprits qui s*attacheut a 
demontrer la necessity ct la possibilile de l*union ; des 
voix 61oqucntes s'elevonl qui y convieiit toules lea 
tglises chretieimes, ct des ^naes saiutes et g^iiiireuses 
forment des lig^ues de prieres pour liAler la realisation 
du vam du Sauveur : <* mon Pere, qu'ils soient un, 
comrae vous et moi nous sommes uu ! » 

De Taveu des eveques les plus (Sclair6s de rOrient, le 
desir de runioii est presque universcl de part et d autre, 
les esprits sout prets, la moisson est blauclie, il ne 
manque que des bras pour la recueillir. Aux ouvriera 
qui deja travaillcnl dans ce vaste champ, il faudrail 
surtout des ressources mat^rielles pour fonder des si- 
minaires qui seraient la p6piniferc d'uu bon clorgft | 
indigene, ct pour bAtir des ecoles et des eg-lises. C'est 
dans Tesperance que nous leur viendrons en aide qu'ils 
tcndent vers nous des mains suppliantcs. 

Si nous ne pouvons dire que le (^mgri^s a realise 
I'union, au moins nous est-il pcrniis de pcnser qu'il 
a fait faire un grand pas a la question, et qu'il pesera 
dun grand poids en faveur de la solution tant desir6e. 

L'Orient a ete edifie par la foi des Pelerins et de* 
Congrcssistes. La cordialite des rapports, qui ne s'cst 
pas un instant demcntie, a dissipe de part et d'autrc de^ 
prejuges <[u'entretenaient les passions politiques c^ 
d'ainers souvenirs des temps lointains. Le souflle d^^ 
pacification sorli du cceur du Pape, et le rameau d'oli^^ 
vier presente par son L^gal, ont fait epanouir les i\me^^ 
des chreliens dissidents, celles surlout de leurs diel^ 
hierarchi(]ues. Nulle part ils n'ont entendu ni allusio 
blessanie, ni recrimination, pas raeme le mot de schis 
matique; parlout, aucontraire, dans les eglises, dansle 



L 



ASSEIIBLEE G^NKRALE — BAPPORTS 369 

jieances d'dtude, dans Ics lieux publics, ils n'ont rencon- 
tre que bienveillance, charity, respectueuse courtoisie, 
avances d^licates qui les ont profondement touches et 
qui ont dispose leurs esprits el leurs cocurs a Tentenle. 
' Nous sommes avec vous, disait le patriarch f3 arme- 
nien, par la foi, par la cliaritd, par TEucharistie ! » 

De leur c6t6, ils ont lemoign6 leur admiration sans 
reserve pour la grandeur du spectacle que leur offraient 
COS reunions d'6v&ques de tous les rites et de tous les 
pays du monde, se traitant avec des 6gards tout frater- 
nels, s'inclinant respectueux sous la benediction du 
I/gat, et donnant un apergu de la majcstueuse unite de 
lEglise catholique. 

Ils ont constate de leurs propres yeux la ferme 
volonte du Pape de maintenir leurs rites dans toulc leur 
intejrrite, el ont pu ainsi se convaincre que Tune de 
leurs principales objections i leur retour dans TEglise 
catholique n'avail plus de valeur. 

Sans doute, les chefs des figlises dissidentes ne sont 
pas venus prendre une part personnelle k nos stances. 
Personne ne s'y attendait el cela n'etait pas n^cessaire. 
Les grandes choses se font lentement et demandent h 
etre pr^parees. Ils ont du moins accueilli avec bienveil- 
lance, et mferae avec joie, I'annonce du Congrfes place 
sur le terrain de Famour envers jesus-Christ ; ils ont 
envoye k nos seances et a nos ceremonies des membres 
de leurs communautes ; ils ont echange avec la personne 
du- Legal, les uns par eux-memes, les autres par leurs 
delegues, des rapports plus que courtois ; ils ont expri- 
me leur complfete satisfaction pour le fond et la forme 
dc ses discours, ou ils etaient heureuxde ne trouver que 
des paroles de paix, d'amour el d'union ; ils ont rendu 
hommage, par leurs deiegues, a la primauie d'honneur 



370 JEUDI, 26 JUILLET 

du Souverain Pontife ; encore un pas de plus dans celle 
voie, qu*ils reconnaissent que cette primaute est, non 
seulement d'honneur, mais de juridiction, ct quelle 
exisle de droit divin, et, toutes les barriferes religieuses 
6tant renversees, les barriferes politiques s'abaisscront 
d'elles-mfemes, et I'union sera consommec, et il n*y aura 
plus qu'un troupeau et un pasteur. 

Kheure appartient k Dieu. Lui seul connait les 
secrets de Tavenir, et peut-fetre n'attend-il que nos 
priferes et nos sacrifices* Mais qu*elle tarde encore, ou 
qu'elle sonne bientdt, ce sera Telernel bonneur du 
Congrfes eucharistique de Jerusalem d'avoir prepare 
les voies k cette grande pacification des ^mes quo 
Pfiglise, avec J6sus-Christ, appelle de tons ses va?ux. 



SALUT A SAINT-ANDRI& 



Les circonstances actuelles ne permettent pas de porter la 
sainto Hostte k travers les rues de la cit^, dans line procession 
gmndiose, mais pour supplier k ce d^faut, les principales 
eglises de Reims verront chaque soir les 6v^ques, les pr^lats, 
les religieux, les pretres nombreux qui composent le Congr^s, 
se reunir aux fiddles des diverses paroisses pour honorer, 
autant que cela est possible, le Dieu de nos tabernacles. Ce 
soir, c'^tait la belle et vaste 6glise de Saint-Andr6 qui etait le 
theatre de cette splendide manifestation : ornee pour la cir- 
constance de guirlandes de fleurs et de lumieres, elle ^tait 
reraplie bien avant Fheure lix^e par unc foule compacte et 
recueillie, et les dignitaires du clerge eux>m6mes avaient peine 
a se frayer un passage pour arriver jusqu*^ TauteL 

M. Tabbe Champsaur, cur6 de la paroisse, entour^ du clerg^, 
a re^u sur le seuil de T^glise les illustres pr^lats qui ont pris 
part a cette belle c^r^monie : 

M^Me cardinal Lang^nieux, archeveque de Reims; M«' le 
cardinal Lecot, archev^ue de Bordeaux ; M«' Stonor, ^v^que 
de Trebizonde ; M«f' Duval, iveque de Soissons ; M«' Doutre- 
loux, ev6qne de Liege ; M^ Marmarian, archeveque de Trebi- 
zonde; M*' Hoyek, archeveque d'Arca; le R. P. Augustin, 
abbe de la Trappe d'Igny. 

NX. SS. les Cardinaux et £veques sont assist^s des pr^lats 
doDt nous avons indiqu^ d^ja la presence, des dignitaires du 
Chapitre de Reims et du Clerge des divers dioceses. 

La fanfare de clairons des Aleves du College Saint-Joseph 
Sonne la marche, et le cortege se dirige vers le sanctuaire. On 
chante le Magnificat, 

Toute Tassistance s'unit au chant de chaque verset, ce qui 
produit un effet grandiose. 

Le R. P. Lemius, superieur des chapelains de Montmartre^ 



372 JEUDI, 26 JUILLET 



6tait Torateur d&igad, et tout naturellemeut il parla du Sacre- 
Coenr, de ses promesses et de ses benedictions divines. Le 
pieux 6veque de Liege a voulu que le Congrds do Reims fut 
place sous la protection de sainte Julienne, dont le nom est 
invoque a Touverture de chaque reunion ; mais la France est 
fiere aussi, et k juste titre, de Marguerite-Marie, la virginale 
apotre du Sacre-Coeur, et il etait juste que le nom et les ensei- 
gnements de la Yisitandine de Paray ne fussentpas oubli^, et 
personne n'avait qualite pour en parler comme T^loquent 
religieux k qui est confiee la garde de la basilique de Mont- 
martre. 

« La devotion au Sacre-Coeur de J^us et k la sainte Eucha- 
ristie, dit-il, sontetroitement enlaces, et parler de la premiere, 
c*est en meme temps parler de Tautre. » Reprenantrorig^ine de 
notre Iiistoire nationale, il montre Notre-Seigneur faisant des 
Francis un peuple ^lu auquel il prodigue ses bienfaits, et 
au diX'Septieme si^cle, il r^vele a une humble religieuse les 
tresors d'amour dont son coeur est rempli pour notre pays, 
et il lui fait les plus magnifiques promesses, k ce peuple, s'il 
est fiddle. 

Sur la colline de Montmartre s'eleve un monument dii a la 
piete des Fran^ais repentants et devours, ce monument est un 
hommage au Cceur de J6sus, et r^pond a Tun des voeux qii^il 
avait formulas k la bienheureuse Marguerite-Marie : « Coeur 
de iisus, source de z^le et d'amour, sauvez la France ! » 

Nous sommes beureux de pouvoir reproduire integralement 
le beau discours du R. P. Lemius. 



DISGOURS DU R. P. LEMIUS 375 

Cceur perc^ sur la croix, tel 6tait le premier, le grand 
dessein de Jesus-Christ sur le monde. 

Mais outre ce premier dessein, il y en avail un autre 
relatif k la France, et ou allait resplendir de nouveau le 
vieil amour de Dieu pour les Francs, amour qui ne 
s*^lait jamais dementi depuis quinze cents ans, amour 
semblant grandir en proportion m^me de notre indiffe- 
rence et de notre ingratitude. 

Quand Dieu veut faire une renovation dans le monde, 
il prend un peuple. Ce peuple, il le prepare, puis il lui 
r&vele sa mission et enfm il fait k sa fideiite des pro- 
messes magniiiques. Le peuple h^breu nous est un 
t^moin du proc6de divin. 

Quelle sera la nation choisie par le Sacr^-Cceur de 
J^sus pour raviver dans I'univers refroidi par Ic jans^- 
xiisme, glace par le protestanlisme^ les filammes d'une 
a^rdente charite? Qui pent le nier, et dans noire pays 
<j\ii pent r^pondre sans se senlir soulev6 par la recon- 
naissance ? C'est notre palrie bien-aim6e, la France ! 

Voila le peuple prepare, le peuple a qui Jesus-Christ 
fail part de sa nouvelle mission, le peuple qui recoil 
les promesscs indicibles. — C'est le peuple du Sacre- 
CoBur de Jesus ! 

Dieu, k travers les siecles, a fait a la France do 
magniiiques dons, en s'associant k ses grandes oeuvres. 
11 lui a donne une ep6e, et cettc ep6e, aux mains de la 
nation chevaleresque, a fait do ses redoutables eclairs 
Iressaillir le monde, reculer les barbares, enncmis du 
nom Chretien. Quand Tepee de la France se reposr, 
Dieu prend notre parole et continue a rcmuer Tunivers. 
Kchappee des Ifevres de nos missionnairosct de nos reli- 
gieuses, elle vole rapide sur loutcs les plages et y 
^^pand avec la foi les tresors de la civilisation. C'est par 



376 JEUDI, 26 JUILLBT 



la languo des Francs que Dieu a fait le plus de 
conqu^tes ; c'est la languc deramiti^, de rSpanchemeot, 
c'est la langue du cceur. 

Le coDur ! c'est le trolsifeme et le plus grand des dons 
que Dieu a fails h, notre patrie, celui qui la pr6parait le 
mieux aux effusions du Sacr^-C(Bur de J6sus et k la 
mission qui lui ^tait r^serv^e. Nous savons k quel point 
cc cceur, lorsqu*il est ^clair^ de la lumifere d'En-Haut et 
purifi6 par la charity chr^tienne, devient sensible, 
delicat, magnanime. Qui pcul dire combien il sait 
entendre le langage de I'amour et du d^vouement, et 
compatir aux cris de d^lresse? c Le ciel est trop baut, 
et la France est trop loin », disait la nation mar tyre. 
Jesus, si vous avcz k jeter un cri d*angoisse, si vous 
chorchez un coeur compatissant pour y verser les plaintes 
amoureuses de votre Coeur broy6, parlez, parlez k la 
France ! 

Comme elle est pr^te surtout k la fin du dix-septifeme 
siecle, le si^cle frangais par excellence ; le sifecle de son 
6p6e plus que jamais glorieuse ; le sifecle de Louis XIV 
ot des grands capitaines ; le sifecle de sa langue perfec- 
lionnee ; le sifecle de F6nelon et de Bossuet ; le sifecle 
ou son cceur est plus tendre que jamais ; le sifecle de 
saint Vincent de Paul ! . . . 

Oui, le ciel a des secrets de douleur et d'amour, le 
Sarre-Coeur de J6sus va parler. 

(rest une heure solennelle dans ton histoire^d France, 
regarde, ecoute ! Jamais un spectacle plus divin ne 
s'cst offert k tes yeux, jamais tu n'as entendu de tels 
accents. 



Au coeur de la France, dans une petite bourgade, 
Fombre d*un humble cloitre vivait une sainte religieuse 



DISGOCRS DU R. P. LEMIUS 377 



Ceite autre Jeanne d'Arc a mission, de par Dieu, d*en- 
tendre les voix du ciel. Notre-Seigneur hii prend un 
joar la t^le et la fait reposer sur son adorable CoBur. 
Pais, il parle : <c Mon divin Coeur est si passionne 
d*amour pour les hommes, que ne pouvant contenir en 
lui-m^me les flammes de son ardente charity, ii faut 
qu*il les rSpande par ton motisn, et qu'il se manifeste k 
eux pour les enrichir de ses pr^cieux tr^sors... Jgt'ai 
cHoisiE pour raccomplissement de ce grand dessein. » 

A qui ces paroles sont-elles adress6es ? Sans doute k 
la vierge fran^aise qui eut le bonheur d*entendre la 
voix. Mais en elle, avec elle, n'est-ce pas la France qui 
re<;oil une nouvelle mission ? N*est-ce pas k notre pays, 
le grand inlerm^diaire de Dieu, que Notre-Seigneur dit : 
Pak ton moten, je veux r^pandre mes tr^sors ; je t'ai 
cHOisi pour raccomplissement d'un si grand dessein ? 
Je ne puis m'emp^cher de penser que le Sacr^-CcBur 
s adressant k la bienheureuse Marguerite-Marie parlait 
au cceur de la France, qu'il choisissait pour etre 
YApdtre de son divin Cceur. 

II 7 a plus qu'une pieuse supposition ; car les &mes 
fraQgaises qui s'approchent de la voyante ou qui sont 
en relation quelconque avec elle sont toutes exhorties, 
stimul^es k devenir des apdtres du Sacr^-Coeur de 
Urns par la parole, par la plume ou par le pinceau. 
Elle devient le centre d'un groupe de z^lateurs, elle 
passe des ann^es k initier les dmes fran^aises k cet 
apostolat nouveau. Oui, c'est a des ^mes frauQaises, 
comme k la Mfere de Saumaise, qu'eile r6pUe de faire 
g:raver des images et de les r^pandre ; k des &mes fran- 
qaises, comme au P. Croiset, d'6crire la th^ologie du 
Sacri-Cfleur; k des &mes £ran<;aises, comme au P. de La 



'STS JEDDI, 26 JUILLRT 



Golombifere, d'etre au delk de la Manche le premier 
missionnaire du Sacr^-CoBur ; k des kmes frangaises de 
faire des inslances k Rome pour riustitulion d'une 
f^te et pr^s du roi de France pour la coQs6cralion natio- 
nals N'est-ce pas le cas de r^p^ter ce mot 6crit apres 
une victoire par un soldat k sam^re : « Yeuillez mander 
partout pour faire remercier Dieu. Car, sans point de 
faute, ila montr6 pour ce coup qu'ilest bon FranQais. » 
II semble done bien clair que le peuple franc, choisi 
de Dieu depuis des siecles pour fetre son soldat et son 
ap6tre, vient de recevoir clairement une nouvelle mis- 
sion : Tapostolat du Sacr6-CoBur dans le monde.^ 

. Le ciel ajoute un troisibme caract^re : il fait a la 
fid^lit^ les promesses les plus magniiiques. 

Les revelations touch aient a leur fin. La bienheu- 
reuse allait bient6t se coucher dans sa tombe. diaii 
en 1689. La voix de Notre-Seigneur se fait plus intime; 
elle verse les confidences les plus myst^rieuses avec 
des promesses ineffables. De quoi est-il question ? — 
C'est de la France et d'un nouveau caractfere national 
qui doit lui 6tre imprim^. 

II faut le remarquer : pendant de longues ann^es, 
Marguerite-Marie, cachee dans son cloitre, ne s'occupe 
nuUement de Thistoire contemporaine. Elle n'est pas, 
commc sainte Catherine de Sienne et sainte Th6rfese, 
au courant des affaires de son temps. Elle est toute 
vou6e k la contemplation. Lisez sa vie, lisez ses lettres. 
Pas une allusion n'est faite ni au protestantisme qui 
6tcnd ses ravages, ni au jans^nisme qui serpentej usque 
dans les cloitres, ni au sensualisme qui corrompt la 
cour de Louis XIV et la soci6t6. Marguerite-Marie ne 
sait pas si la France s*en va vers un ablme. Elle ne voit 



DISCOURS DU R. P. LEXIUS 379 

que son Sauveur^le p^ch^ qui outrage son amouryrinrlif- 

f(^enceet les crimes qui ensangiantent sonCceuradorable: 

Or, voici que tout k coup la vierge de Paray apergoit 

te Sacr6-CcBur et la France face k face. Les revelations 

prennent une extreme solennitg. Des secrets d'Ktat sont 

conG6s k la Bienheureuse ; des demandes, des promesscs 

vont 86 faire entendre. 

La sainte parle « de Tamitie et des benedictions do 
I*&imable CcBur », qui sera « un puissant protecteur pour 
NOTRE PATRiE ». — « II n'cu fallait pas un moins puissant 
«< pour detourner le fiel et la severite de la juste colfere 
*« de Dieu pour tant de crimes qui s'y commettent. Mais 
« j'espfere que ce divin Coeur s'y rendra une source abon- 

<< DANTE ET IN^PUISABLE DE MISI^RICORDE ET DE GRACE, aiusi 

<' qu il me semble qu*il le promit a notre bon P. de La 
« Colombifere (un Frangais), le jour de sa fete. » 

Elle ajoute que « ceci est une precieuse potion qui 
" nous est donnee par notre bon Pfere celeste, pour 

^ DERNIER REMl^DE A NOS MAUX ». 

« Une chose qui me console fort, dit-elle encore, 
'' c'est que j'espfere qu*en 6change des araertumes que 
*' Ce divin Cceur a soufFertes dans les palais'des grands 
** pendant les ignominies de sa Passion, cette d^votiok 

" S't FERA RECEVOIR AVEC MAGNIFICENCE AVEC LE TEMPS. Lb 
" SaCR^CoSUR RltoNERA MALGR^ SaTAN ET TOUS CEUX QU'lL 
'* SUSQTE A S*Y OPPOSER. » 

Le 47 juin 4689, jour de la fete du Sacre-Ca3ur, au 
^ortir d'une extase, la Bienheureuse repete le mot vaiu- 
lueor : « II regnera malgre Satan et ses supp6ts. Co 
^ot me transporte de joie. » 

Voilk la prophetic generate, ficoutez maintenant la 
^6velation quiconcerne la France, et rien n'est plus net 
^plus solennel. 



380 JFXDI, 96 JUILLET 



c< II desire done cntrer avec pompe et mag^iBcente 
dans la maison des princes et des rois^ pour y 6tre 
honors autant qu'il y a 6te enlrav^ et humili^ en sa 
Passion, et qu'il reQoive aulant de plaisir de voir les 
grands de la terre abaiss^s elliumili^sdevanlluiyComme 
il a senti ramerlume de sc voir an6anti k leurs pieds. 

<c Et voici les paroles que j'entendis sur ce sujet : 
f< Fais savoir au fits atne de mon Sacr^-Cceur — parlant 
fie notre roi — que comme sa naissance temporelie a £16 
obtenue par la devotion aux m6rites de ma sainte 
enfance, de m^me il obtiendra sa naissance de grkce 
et de gloire eteruelle par la consecration qu'il fcra de 
lui-mferae k mon Cceur adorable, qui veut triompher da 
$ien el par son entremise des grands de la terre. Il veut 

B^NER DANS LES PALAIS, ^TRE PEINT SUR LES ^ENDARDS ET 
GRAV£ DANS LES ARMES POUR LES RENDRE VICTORIEUSES DE TOCS 
tES ENNEMIS. 

« Le Pere dternel desire se servir du roi de France 
pour faire construire un temple ou serait plac6 le divis 
cffiUR DE SON fils, afin d'y recevoir la consecration et les 
hommagcs du roi et de toule sa cour. » 

Quelles paroles, mes frferes,quelles demandes, quelles 
promesses ! Jamais la France regut-elle du ciel un tel 
message ? Non jamais, ni Clovis, ni Charlemagne, ni 
saint Louis ne furent en presence d'aussi grands des- 
seins congus par la magnificence divine pour la nation 
tres chreiienne. Une aurore nouvelle se Ifeve sur la 
France. Qu'elle consente k acclamer le rfegne du Cceur 
qui I'a tant aim^e, qu'elle peigne le divin coeur de J^sus 
sur ses etendards et ses armcs, qu'elle 6lfeve un temple 
au Sacri-Cceur, que dans ce temple le roi de France 
vienne avec sa cour offrir sa consecration et ses hom- 
mages, el alors que de bienfaits vont se rdpandre par" 



DISG0UR8 DU R. P. LEMIUS 381 

torrents ! Le Sacr^-Cceur sera « un puissan^t protect£Cr 

FOUR NOTRE PATRIE, UNE SOURCE ABONDANTE ET IN^PUISABLE DE 
XIS^RIGORDE ET DE GRACE, DN REMADE A NOS HAUX. » 

Le Sacre-CcFur do Jesus « rendra nos armes victo- 

RIEUSES DE TOUS LES ENNEMIS. » 

Encore un coup, que de promesses ! Quels flots de 
gloire vont inonder notre nation ! 

roi, entends*tu ? Veux-tu devenir « le Fils aJn6 du 
Sacr6-CcBur » ? Le veux-tu? 

Et toi, 6 France, comprends-tu les desseins de Dieu, 
qui t'a pripar^e pour felre la terre b^nie de I'amour 
divin, qui t'a clioisie pour 6tre l'ap6tre de son Sacre- 
C(Bur, et qui a fait u ta (id^iite do splendides promesses? 
Accepte le message avec reconnaissance et un saint 
transport. Proclame-toi la France du Sacre-Coeur de 
Jesus. 



11. 



Rdponse de la France. 

La Monarchie frauQaise a-t-ellc r^pondu k ra[)pel 
divin? Le people frangais a-t-il accepts Thonneur qui 
Ini^tait d6cern6? 

A la premiere question, le coeur se serre dans une 
angoisse et doit constater un silence pro fond. Louis XIV 
fut-il averti par son confesseur des desseins de Dieu ? 
Nous ne le saurons jamais. Ce qui n*est pas douteux, 
c'est qu'il ne fit rien de ce que Ic ciel lui demandait : ni 
lemple, ni consecration, ni image du Sacr6-Coeur sur le 
drapeaa. 

Les soeurs de la bienheureuse Marguerite-Marie 
essayirent de faire parvenir le message k la cour de 



382 JRUDI, 26 JUILLET 



Louis XV. 11 scmble que les desseins de Dieu furent 
connus puisque le dauphin didia une chapelle du cha- 
teau de Versailles au divin Coeur. Mais le roi ne se mil 
en peine de rien : pas de temple, pas de consecration 
royale, pas d'image sur les elendards. 

Louis XVI se consacra et fit un voeu, mais c'^lait:^ 

» 

Irop tard. 

Oui, trop tard ! Et la justice de Dieu passa. Cent ants 
apr^s les revelations de 1689, ann^e pour aunee, l^i 
tempete se dechaina, brisant toutes les institutions, 
entrainant la monarchie dans un fleuve de sang. 

Au xix"* sifeclc, le message divin est toujours Ik, 
attendant. . . 

Helas! toujours le m^me silence, la m^me inactioD.* 
pas de temple, pas de consecration, pas d'image da 
Sacre-Cceur sur le drapeau de la France. 

Nul n'ignore le nouveau cli^timent qui noie dans le 
sang d'unc epouvantable guerre notre nation et semble 
emporter, au moins pour longtemps, une monarchie 
que Jesus-Christ meconnait, parce que i*immense 
amour de son Coeur a ete meconnu. 

Toutefois, au milieu du desespoir qui navre la France, 
une lueur apparait : des Frangais se sont mis k genoux, 
ils ont pousse vers le Sacre-Coeur un cri de repentir, et 
ils ont prononce le Vceu national. . . 

Ici, nous devons nous arrfeter pensifs. Est-il temps - 
encore d'accepter le message? N'est-ce pas un eflfort-:r 
desormais inutile ? Quel bonheur si nous pouvons nou 
convaincre que le ciel attend encore ! 

Puisse-je vous faire partager les convictions d'ui 
grand nombre ! 

Et tout d'abord, ne dirait-on pas que, au moment oi 



DISGOURS DU R. P. LEMIUS 383 

Nol re-Seigneur disait : Je rSgnerai malgri Satan ei ses 
suppdis, il pr^voyait las obstacles : car il ajoute <( qu'il 
regnera avec magniticence avec le temps ». Avec le temps 
II avait done devant ses yeux clairvoyants les refiis, 
les iadiS!§rences, les retards. 

La Bienheureuse a aussi expliquS que Notrc-Seigneur 
aurait pu r6gaer imm^diatemeat, mais qu'il voulait don« 
ner son tr^sor peu a pen pour le faire da vantage estimer. 

Au surplus, nous avons une autre preuve p^remptoire. 
Lc Sacr^-Cceur avait demands que Rome institu4t une 
f^te solennelle en son honneur. Or, qui ne sait que 
Rome, par un dessein de la Providence, usa de la plus 
stricte prudence, et il fallut pr^s de deux cents ans pour 
que la fifete devint obligatoire et univarselle dans T^glise. 
Qu^on ne dise done pas que les demandes de Noire- 
Seigneur furent faites uniquement k Louis XIY. EUes 
posaient des principes, elles ouvraient des sources pour 
riieure ou notre cher pays voudrait en profiter. 

Quoi qu'il en soit^ je nh^site pas k dire que si la 
France officielle a m^pris^ ces sources, la Francc-peuple 
y a lremp6 ses Ibvres de plus en plus. 

Qui, la France a accepte, des le d^but, la d^volion au 
Sacre-CcBur; la France Ta propag6e en s'en faisant 
I'apdlre, Tavocat, etmime le martyr ; la France travaille 
de plus en plus k r^aliser les trois conditions de son salut. 

Elle a accepts. — Quand le Verbe voulut s^incarner^ 
il ne demanda pas un plebiciste d'acceptation. II alia 
droit k r^lue qui devait personnifier le genre humain, 
a la Vierge de Nazareth. Le /iai de Marie fut celui du 
genre humain. De m&me, quand le Sacr^-Coeur de J6sus 
veut se donner, il va droit k la Vierge de Paray, et lui 
demande de I'accepter dans ce coiur virginal qui est un 
coeur frauQais, dans le monast^re qui est un coin de la 



384 JEUDI, 96 JUILLET 



France. Avec quelles benedictions Marguerite -Marie 
d^abord, ie noviciat ensuite, ct enfia tout ce monastfere 
reQoit le divin Coeur de J^sus, qui le dira ? Pourrait-il 
s'exiler jamais de notre pays, celui qui reQut dbs Tabord 
une si chaude et si frangaise hospitality ? 

Du monastfere de Paray, le Sacre^Coeur passe dans les 
autres couvenls de la Visitation que saint FranQois de 
Sales a fondes pour en ^tre le tabernacle ; il y est adore^ 
lou6, console et aime. — Ces cloitres, c'est encore la 
France. 

A travers les grilles, la d6volion se r^pand, et le coeur 
de la France qui est si bien fait, nous Tavons dit, pour 
£tre remue par le spectacle d'un cceur plein d'amour et 
perce de douleur, tressaille et accepte avec enthousiasme 
le culte de Tamour, le culte de la compassion. II serait 
interessant de relire dans Thistoirc cette marche triom- 
phaio de la devotion au Sacre-Cceur. Dix ans aprfes la 
mort de la bienheureuse Marguerite-Marie, plus de cin- 
quante villes ont des sanctuaires vivants du Sacre-Cceur 
et des centres de Confreries oil les chretiens se font 
inscrire avec le plus vif empressement. Dijon possfede 
une de ces confreries, et liuil ans aprfes le decfes de la 
Bienheureuse, elle complo troize mille membres. Le 
clerge, les eveques favorisenl le mouvement, et d6ji 
dans plusieurs dioceses, des mandements sur la devotion 
au Sarre-flcnur sont publics et des f^tes ceiebrees. 

Cependant, un grand coup allait etre frappe, el le 
Sacre-Cceur allait montrer sa puissance. Marseille est la 
proie d'une pesle epouvantable. De Belzunce, inspire 
par celle que Ton a appeiee une autre Marguerite-Marie, 
voue le diocfese au Sacre-Coeur, et le fleau disparait. La^ 
cite phoceenne celebre encore tons les ans le souvenirs 
de eel edatant prodige. 



DISCOURS DU R. P. LEMIUS 388 

Je ne puis raconter comment, grkce h cetle manifegp* 
tation, la devotion, malgr6 les railleries et les sarcasmes 
du rationalisme, les accusations pleines de fiel et dd 
colere du jansenisme, se r^pandit partout au xvni* et au 
xii* siecle. Je vous dirai seulement : Sillonnez la France 
ea lous sens : ne trouvez-vous pas en tout lieu, dans la 
plus humble chapelle comme dans la plus splendide ca-* 
Ih^drale, dans les families chr^tiennes et sur les coeurs 
des fidelesy la devotion du Sacre-Cceur de J6sus? Notre 
pays est tout constell^ de ces images du Sacre-Cceur. El 
i^i nous ouvrions la poitrine des chr^liens, presque tou-^ 
jours nous y trouverions la confiance au divin Coeur de 
Jesus, dernier refuge du p^cheur ct sanctuaire des ftmes 
fervenles. 

Oui, 6 CoBur de J^sus^ vous avez 6t6 accepts en 
France, vous y dies chez vous, en d^pit de toutes lea 
secies^ toujours aim6 et ador^. 

Que dis-je ? Mais, avant vos apparitions, n*etiez-voua 
pas dijk acclam6? A Montmartre, en particulier, on 
chantait d6ja vos cliarmes inSnarrables, vos tendresses 
infiiues, vos inSpuisables mis^ricordes. 

Le jour viendra ou vous franchirez le seuil des palais 
et des parlements, et la France, rede venue chr^tienne, 
Tous proclamera son Seigneur et son Maitro. 

Et c^est la France encore qui vous pr^sente k I'l^glise 
etau monde. EUe est votre ap6tre, votre avocat, votre 
martyr. 

Elie est ap6tre du Sacr^-Coeur. La Bienheureuse n'est 
pas encore morte et d6]k des plumes frangaises out 
plaide la cause du Sacr6'Coeur devant TUnivers cathor 
lique. La sainte elle-m^me, dans des Merits empreints 
d*huniilil6 et de charity, 6crit T^vangile du Sacr^-Coeur 



386 JEUDI, 26 JUILLET 



de J6sus. C'est Ik que viendront puiser tous les th^olo- 
giens et les docteurs. Rome s'iaspirera ioujours de ces 
revelations. 

Dejk aussi, du temps de la Bienheureuse, son direc- 
teur va porter en Angleterre les premieres semences de 
ce grand culte. Plus tard, nos missionnaires porterout 
partout aux peuples sauvages et aux nations civilis^cs 
la bonne nouvelle. » Et vous qui parcourez les mers, 
disait de Belzunce, annoncez k toutes les nations, meme 
aux plus barbares, la gloire, la puissance et les miseri- 
cordes iniinies du Sacre-Cceur de Jesus, qui vient d'ope- 
rer des prodiges en notrc faveur. » 
• La France se fait Tavocat de la devotion au Sacr6- 
Coeur. — L'figlise, comme Dieu, veut pour accorder 
des faveurs qu'on les lui demande. Aussi, Notre-Sci- 
gneur a-t-il voulu, non reveler directement ses desseins 
k son Yicaire, mais les lui faire demander. Qui aura los 
honneurs de ce postulat? Qui parlera, suppliera el aura 
la gloire de pers^v^rer longtemps dans la demande 
d'une fete en Thonneur du Sacr6-CoBur ? Yous le savez 
bien, c'est encore la France, et il lui a fallu deuxcenls 
ans pour obtenir toute la splendeur de ce culte. Du 
vivant m^me de la Bienbeureuse, une premiere demar- 
che est tent^e. Les eveques fran^ais la renouvellent en 
1728. La fete autoris6e par Cl6ment XIII devieni, 
en 18o6, obligatoire et universelle, gr^ce k une sup- 
plique de Tepiscopat frangais r^uni a Paris. Et enlin, 
c'est au Congres eucharistique de Montmartre que uos 
eveques signent une demande pour obtenir que la fele 
soit eievee au rite solennel de premifere classe. La 
France a et6 fidele k son mandat. 

Apdlre et avocat, la France a eu aussi ses martyrs du 
Sacr6-CcBur. Un des meilleurs th6ologieus du Coeur de 



DISCOURS DU R. P. LEMIUS 387 

J6sus en a fait la remarque. II parle du magnifique 
triomphe que la devotion au Sacrd-Coeur a remportS 
en France, « amplissimum Cordis Jesti Christi in Gal lid 
Iriump/ium », et il dit qu'une des grandes causes, c'est 
le grand nombre de martyrs qui donnisrent, pendant la 
Revolution, leur sang pour le Sacr^-Cceur : u MuUos 
samjuinem propter Sanctissimi Cordis Jesu cultum effu-* 
disse, n Combien qui porlferent leur iete sur T^chafaud, 
parte qulls avaient port6 sur leur cceur Timage du 
Sacre-C-oBur ! 

Le Iriomphe n'est pas complete Mais il se prepare, 
gr^ce aux conditions demand^es par Notre-Seigneur et 
que Ton s'empresse d*esecuter. 

Nous Tavons vu, Jesus-Christ a voulu non seulement 
un culle intime, mais aussi un culte public, solennel, 
nalional. 

11 veut le temple national, la consecration nationale^ 
rimage peintc sur les etendards. 

Oil en sommes-noos? Que Caisons-nous ? Ah ! c'est ici 
que notre coeur pent sV^uvrir aux plus radieuses esfie- 
rdDces. Le temple s'acLeve, la consecration r-aimt- dt* 
plus en plus les coeurs. Tidee du Sacre-Orar >ar l-es 
lirapeaux se propage. 

Le temple s'acheve par la g^nerosite jamais lassee de 
uolre pays. La France catholique, deja si chari^iH' 
J'ceuvres de toutes sortes, a su trouver deja vingt- 
sept millions pour £ure un monument splendide, chef 
d'ceuvre d'architeclure , oil Timage du Sacre-Cn^ur 
rayonnera. Ah ! si Marguerite -Marie descendait ai. 
ciel sur la coHine de Monlmartre, comme son from ijri- 
lerait en voyant ce temple qu'elle a tanl desire, comui* 
ellc ehanterait a la France riiymne de resperauc* 



388 I Bum, 26 juillet 



La consecration ! Des millions de Frani^is i*ont pro- 
nonc^e et la renouvellenl souvent dans I'intime de leurs 
coeurs ou dans la solennil6 de nos c^r^monies. Tons les 
dioceses de France tour a tour Tout faite dans des trans- 
ports d'amour.Que faut-il pourqu*une assembl^e quidej^ 
ad^cr^te d*utilil6 pubiique la construction de labasilique, 
decide une consecration ofHcielle? Que faut-il? Un acte 
de la Providence. Notre-Seigneur a dit : « Je regnerai 
malgre Satan et ses supp6ts. » L'heure sonnera oh la 
puissance du Sacre-Cceur se manifestera et jeltera a 
genoux les pouvoirs publics eux-m^mes. Confiance ! 
H^tons par nos prieres ce moment si disird. 

Reste retendard du Sacri-CoBur. -^ Mais esl-ce qu'il 
n*exisle pas d&]k? Est-ce qu'il n*a pas flotte sur nos 
champs de bataille? Est-ce qu'il n'a pas 6i& consacre 
par le sang de nos soldats? 

Souvenez-vous de Loigny, ou, sous le drapeau du 
Sacre-Coeur, se battirent comme des h^ros les zouaves 
du Sacre-Coeur. 

C*est une banniere, si vous voulez. Mais combien de 
FrauQais aiment k arborer T^tendard aux trois couleurs, 
avec rimage du Coeur divin. 

Je ne vous dis pas que demain, que dans un an ces 
transformations s'accompliront comme par enchante- 
ment. Je vous dis que nous marchons en avant, que 
nous devons travailler k faire aboutir les desseins du 
Sacre-CoBur de J6sus, et qu'il faut nous y d^penser avee 
vaillancc et perseverance. 

preires, qui Stes accourus nombreux k ce Congrfes 
eucharislique, prenez Tengagemcnt d'y employer voire 
vie et toutes les industries de voire zele ardent. Soyez 
les ap6tres du Sacre-Cceur. C'est par Lui que la France 



DISCOUHS DU R. P. LEMIUS 389 

redeviendra chr^tiennc et reprendra le r6le providentiel 
queDicu lui a donn^. 

Par le Sacr^-Coeur, vous conqucrroz le pcuple et le 
mcttrez k gcnoux devant le tabernacle et k la table eu- 
charistique. 

Par le Sacr6-CoBur, vous r^pandrez la charit6 et r6sou- 
drez les grandes questions sociales quo ce Gongr^s ne 
veut pas negliger. 

Par le Sacr6-Cccur, vous rendrez la France k Diou! 

Eminence, vos regards sc porlcnt vers cet Orient que 
la sollicitudc du Pasleur des pasteurs vous a confix, vers 
ces muUitudes arrachees au sein de i'^glise, et vos 
va»ux les plus ardents, dans ce Congrfes, sont de leur 
lendrc une main pacifiquectfraternelle. Voire Emmcnce 
ne cesse do dire que la France a un grand r6le k jouer 
dans le rapprochement tant d6sir6. Le Sacre-CoBur est 
le cenlrc de toule union, et c*est Lui qui a jet6 le pre- 
mier cetle priere vers son Pfere celeste : Quails soient un ! 
Puisse la France, k voire imitation, r6pondre de plus 
en plus aux desseins du Cocur de J^sus, s'emparer de ce 
CoBur comme d*un tr^sor pour aller cnsuile le porter aux 
nations s6par6cs et le leur donner comme un gage de 

paix et d'union ! 



390 JBUDI, 26 iUILLET 






Apr^ cette allocution, I'^lise s'illumine brillamment, et 
une procession imposante et recueillie se met en marche entre 
une hale formte par la foule compacte. En tete, des jeunes 
filles en blanc, les jeunes gens du patronage portant leur 
banniere, le clerg^ en habits de chceur, puis le Tres Saint 
Sacrement porl^ par M^''' Stonor, puis S. £rn. le cardinal 
Lecot, NN. SS. les fiveques, les pretres, les lai'ques, hommes 
et femmes, suivent dans un ordre parfait. 

La chorale du Cercle Saint-Andr^ chante les strophes du 
Lauda Sion, alternant ce chant avec les sonneries de clairons 
des el^ves de T^cole Saint-Joseph. 

La b^nMiction du Tr^s Saint Sacrement a eu lieu ensuite, 
et le chant d'action de graces Misericordias Domini in (Pternum 
cantabo. 

Ainsi se termine cette sainte et memorable journee. 



Le doigt de Dieu est Ikl nous le disions hier, en parlant de 
la foule qui emplissait la nef de Notre-Dame au salut d*ouver- 
ture. Le doigt de Dieu est la ! nous ne pouvons que le repeter 
avec plus d'assurance apres la splendide manifestation de 
Saint-Andr^. 

Nul autre que Dieu n'a pu soulever toute cette multitude, 
la pousser tout a coup vers nos 6glises trop souvent, h^las, 
solitaires et d^laiss^es. Rien, que cette irresistible et douce 
impulsion, ne pent expliquer ce flot populaire batlant le seuil 
de nos temples, ce remous aux portes, cette foule qui s'ecrase 
pour entrer, cet entassement d'innombrables lideles dans it's 
nefs, serr^s les uns contre les autres jusqu'a se trouver mal. 

Yoila pourtant ce que chacun de nous a pu voir a Saint- 
Andr6. 

Quelle vision ! Quelle impressionn^nte le^on de choses ! 

La vision, ce n'^tait point la decoration superbe de r^glise, 
Teclat de ses ^'irandoles, Texquise et harmonieuse organisa- 






SALUT A SAINT-ANDRE 391 

^on des choses... Cette vision, elle ^tait en nous. C'^tait le 
spectacle int^rieur de tout ce monde de penstes qu'^veillait le 
^Qtraste entre les choses entendues et vues dans cette b^Ue 
%lise, devant ce tabernacle, et ce que chacun de nous pent 
^oir et ente^^dre au dehors. 

Opposition saisissante entre une France qui reprend cons- 
cience, aux pieds du Christ de TEucharistie, de ses destine 
SlorieuseSy et Tautre, momentan^ment oublieuse de toutes ces 
SloireSy qui m&che de la chim^re, se repait de niaiseries, et 
s*enfonce dans le chaos avec des mouvements convulsifs et 
des tristesses d'agonisante. 

}<ul ne pouvait mieux traduire cette impression que Torateur 
que nous avons entendu k Saint-Andr^, le P6re Lemius, Tar- 
dent ap6tre du Sacr6-C(Bur. 

Quel soulagement pour les milliei*s de bons Frangais entass^s 
^t^tour de sa chaire, remu^s par sa voix qui sonnait dans la 
vctste eglise comme une fanfare, de pouvoirse r^m^morer, en 
l^^coutant, la place d'honneur que notre patrie occupe dans 
1^ plan divin et sa haute destinto en ce monde I 

La France missionnaire du Coeur du Christ, c'est pour notre 
I^strie I'honneur d'annoncer k travers le monde, aux petits, 
^^ui mis^rables, aux delaiss^s, la piti^ infinie de THomme-Dieu, 
mis6ricorde qui s*^meut de leurs souffrances, sa justice qui 
dresse toujours pour affranchir ceux qu'on opprime, conso- 
ceux qui pleurent, secourir ceux qui p^rissent et relever 
^^^ax qu'on ^rase. 

Ce r61e est assez glorieux pour que la France ne songe pas 
^ eD ambitionner d'autre, c'cst le seul qui importe ici-bas, et 
qaaod une nation se prtoccupe de cet unique n^cessaire, le 
^csle lui vient par surcroit. 

Tous les Chretiens r6unis k Saint-Andr^, aux pieds de Notre- 

Seigneur, auront eu Tintuition de cette glorieuse destin^ de 

^France; et ce sera un des fruits du Congr^s d'avoir ^clair6 

nosimes sur le vrai rdle de notre patrie, ranim^ nos espe- 

^ces et rapproch6 nos coeurs du Coeur sacr^ de Jesus-Christ. 



VENDREDI, 27 JUILLET 



k. 



MESSE A SAINT-ANDR^ 



La messe du CongrSs a ^t^ dite le vendredi dans I'^lise 
Saint'Andr^, qui conservait sa gracieuse decoration de la 
veille. 

M«' Hoyek, archeveque d'Arca, vicaire patriarcal de Sa 
B&ititude le Patriarche du Liban, a c^l^bre le saint Sacrifice 
daos le rile maronite ; les ceremonies, les chants ont vive- 
ment interess6 les nombreux fiddles qui remplissaient r6glise. 
L'Archeveque d'Arca a eu la consolation de distribuer la 
sainle communion pendant une demi-beure. Aussi, en 
niontant en chaire, apres la messe, il commenca son allo- 
cution par ces paroles : « J'etais venu pour vous exhorter 
a la devotion k la sainte Eucharistie, et c'est moi qui suis 
fidifie. » Apres avoir parie do Notre-Scigneur au Saint Sacre- 
'Qent, objet de la foi de toutes les figlises orientales, comma 
^c I'Eglise romaine et de tout TOccident, M^"" Hoyek fait 
i'hisiorique de Tfiglise maronite du Liban, qui tire son nom 
^^* Jean Maron, patriarche syrien de la fin du vu* si6cle. Au 
'foment oil les provinces orientales etaient envahies par le 
^^hisme, ce saint ^veque et ses moines, retranch^s dans les 
'^ontagnes du Liban, surent preserver leurs compatriotes 
^^ Terreur et les conserver dans la foi catholique. 

L'£glise maronite est la plus ancienne de toutes les figlises 

^nies d'Orient : elle est aussi la seule qui ne trouve pas en 

'^ce d'elle une Eglise non unie de meme rile. Le peuple 

'Maronite constitue le groupe catholique le plus important 

*6 rOrient ; il compte une population de 3 k 400,000 ames, 

f^roup6es au Mont Liban, a Damas, a Chypre, a Alep. Le 

chef religieux de la nation maronite a le titre de patriarche 

^'Antjoche, et reside au monastere de Kanobin, au Mont- 

L-iban. 

Le rite maronite ditiere du rite syrien pur en ce que la 
'^Qgue liturgique est le syrien mel6 d'arabe. La liturgie a ete 
^^^^^difiee et rapproch^e sensiblement de la liturgie latine. 



396 VENDREDI, 27 JUILLET 



£nfiD, il y est fait usage du pain azyrae, comme dans r£giise 
latine, pour la calibration des saints myst^res. 

M^' Hoyek rappelle ensuite Tamour traditionnei des Bfaro- 
nites pour la France. A T^poque des Croisades, ils furent 
pour les Chretiens d'Europe, et surtout de France, des amis, 
des protecteurs et des guides. En retour, la France les combla 
de privileges et de bienfaits. Les deux nations sont toujours 
demeur^es soeurs dans le patriotisme comme dans la foi, et 
ces g^n^reuses sympathies sont particuli^rement entretenues 
au Liban par le d6vouement des religieuses fran^ises. 

L'attention pieuse des fiddles t^moigne hautement k 
W' TArchev^ue d'Arca que ces details sont accueillis avec 
un intirdt plein de sympathie. 



MESSE A SAINT-JACQUES 

(Rite grec) 

n y avait foule a I'^glise Saint-Jacques pour entendre la 
messe c^l^br^e par Tarchimandrite M^' Homsy. Ce pr^lat, du 
rit grec melchite, est actuelleraent le desservant, k Paris, de 
r^lise Saint-Julien le Pauvre, conc6dee par le Gouvernement 
k la colonie grecque pour la calibration de son culte. U 
repr^sente au Congrds Sa B&ititude Youssef P% patriarcbe 
des Grecs. L'assistance, fort nombreuse, a suivi avec beau- 
coup de recueillement et d'attention les c^r^monies que la 
liturgie grecque present pour la calibration de la messe 
basse. Ce qui frappe plus particulidrement dans ce rite, ce 
sont les b^nMictions nombreuses que le pr6tre donne au 
peuple pendant le Saint Sacrifice, tantdt avec la main, tantot 
avec le calice ou le missel. Les genuflexions sont remplacees 
par des inclinations tr^s profondes. La liturgie grecque, par 
la variety et la majesty de ses ceremonies, aide beaucoup la 
pi6te des fiddles. 



SEANCE DU MATIN 



PREMIERE SECTION 
Foi et Enseignement, Galte et Vi6t6 



PROCfiS-VERBAL 

La stance s'ouvre par la pri6re d'usage, r^cit^e par Son 
Eminence M«' le Cardinal Archev^que de Reims. 

Comme hier, la salle des reunions ressemble au C^nacle 
de la Pentec6te. Les pr^tres et les ^veques de la France et 
de la Belgique sont mis a cot^ de pr^Iats venus de TUrient, 
et les costumes les plus divers so rencontrent sur Testrade de 
la grande salle. Auprds de la pourpre des cardioaux et de la 
robe violette des 6veques, on remarque Tample costume 
oriental, avec sa gravity et sa majesty, et le froc des Fran- 
ciscains y figure a c6te de la blanche tunique des Pr^montr^s, 
des Dominicains et des Missionnaires d'Alger, et de la robe 
noire des Fils de saint Benoit. Mais, quels que soient les 
vetementSy tons les coeurs battent a Tunisson ; toutes' les 
ames se comprennent ; tons parlent le meme langage, celui 
de I'amour envers TEucharistie. Tous, d'ailleurs, se traitenl 
de freres; et il semble que c'est en provision de nos Congres 
que le Roi-Proph^te a chant6 jadis : Quam bonum et qtiam 
jucundum habitare fratres in unum ! 

La parole est donn^e a M, Bernard, directeur au Grand 
Seminaire de Reims, pour lire son travail sur La liturgie et 
tEucharistie. 

Ce rapport tres complet, ecrit du meilleur style, interessera 
vlvement les fideles, trop pen inities en g^n^ral au sens des 
prescriptions liturgiques; aussi, nous le recommandons parti- 



398 VENDRGDI, 27 JUILLET 

culiereinent k nos lecteurs. On le trouvera in extenso daas 
le Compte rendu du Congres. 

Ici devait trouver place un rapport de M. FranqueviUe, 
chanoine titulaire d'Amiens, dont les publications tout ac- 
tuelles et varices sont connues. Le pieux et savant chanoine 
avait k parler de V Assistance a la Messe en seniaine. Mais Tau- 
teur est absent, et Ton sera r^duit a lire seulement son travail 
dans le Compte rendu. 

Passant a un autre ordre d'id^es, M. le chanoine de Leu- 
deville, de Versailles, entretient le Congr6s de la Devotion a 
la Sainte Famille et d VEucharistie. Le rapporteur s'atlache a 
montrer Topportunit^ de cette devotion dans notre si^le 
trouble par Tesprit d'indiflKrence et de liberie. 

Ce rapport, appropri6 k notre ^poque travaill6e par un 
fiSvre d*independance, a provoqu^ de nombreuses observations. 

M. Michel, avocat a Nice, montre que la base de la famille 
a ^te ^branl^e fortement par la legislation qui nous r^giu 11 
serait utile, a son avis, d'appeler Tattention des jurisconsultes 
et des th(^ologiens sur cette question. 11 faudrait travailler a 
rendre k Talitorite paternelle sa force qu'on a cherche a 
6branler et ni6me a d6truire. De \k, utility de reformer la 
legislation sur la question des devoirs et des droits des parents 
et des enfants. II est necessaire, avant tout, de modifier la 
legislation r^volutionnaire de notre temps, faisant du pere 
I'usufruitier et du fils le reel propri^taire. 

M^'' Doutreloux convient que M. Michel a raison en 
principe, mais ces mesures radicales ne peuvent pas encore 
^tre appliqu^es. 11 faudra le temps et Texperience, pour ap- 
porter une modification aussi profonde dans les id^es qui ont 
cours partout. En attendant, il faudrait chercher des raoyens 
plus pratiques : Tassociation des families chretiennes k la 
Confrerie de la Sainte-Famille pourrait commencer a neutra- 
liser les effets funestes signal^s dans le Rapport. 

M. de Nicolay rappelle que ces associations existent en 
certaincs contrees et qu'elles y produisent un bien consi- 
derable. Mais, ajoute-t-il, les classes populaires seules y sont 
entrees ; les classes dirigeantes u'en font gu^re partie. 



PREMIERE SECTION ^ RAPPORTS 399 

Le JR. P. Tesnidre fait observer que cetle devotion k 
VUnion de la Sainte-Famille sera tr6s sympathique en France; 
maiSy ajoute-t-il, ce qui la cimentera, ce sera la communion 
en famille. Ce serait un spectacle d'une grande Edification si 
Ton Yoyait fr^quemment les parents et les enfants s'asseoir 
ensemble k la sainte Table. 

M^ Doutreloux prend occasion de ce qui vient d'etre 
dit pour parler de la preparation chr^tienne k la reception 
du sacrement de mariagc. li y a certaines contr^es en 
Belgique ou, pendant plusieurs jours, les Epoux suivent, 
chacun de son c6tA, les exercices d'une retraite pour se 
disposer k cette action si importante. 

Le R. P. Tesnidre raraSne la question sur le terrain 
eucharistique ct ajoute que c'est la communion fr^quente 
qui opErera le plus eflScacement la restauration de I'esprit 
Chretien dans les families. 

(K Le mariage, qui se scelle k Tautel, ne se pent maintenir 
qu*appuy6 sur Tautel et nourri du pain divin ; sa gr^ce, 
qui est Tamour chr6tien, ne se peut entretenir et se pre- 
server des excis et des defaillances que par le sacrement de 
I'amour et de Tunion. Qn*on profite done du moment du 
Diariage, d'abord pour amencr los fiances a h preparer par 
^3 communion, selon Tesprit de TEglise; puis pour obtenir 
^'eux la promesse de communicr, tous les huit jours, par 
^Xemple, en vue d'obtenir la paix et la prosperity de leur 
^nion, la gr^ce d*avoir des enfants qui soient les fils des 
^ints ! L'Eucharistie est le sacrement de la famille chre- 
*'eiine. » 

Le B. P. Durand, dans une causeric pleine d'esprit et de 
^haleur, vient plaider k son tour la cause de la communion 
^^^equente pour les hommes, les jeunes gens, et les eleves des 
^oll^ges et sEminaires. « II n'y a pas deux cliernins pour aller 
^U ciel, dit-il, un pour les hommes et un pour les femmcs; 
^olre-Seigneur a trac6 k tous la meme route : I'Eucharistie. » 
M. Michel rapporte a ce sujet une parole de Dom Bosco : 
*^ Pour susciter toutes les vocations dont vous etes trnioin, 
<Hsail-il, je fais communier mes enfants tous les jours. » 



400 VENDREDI, 27 JUILLET 

C'est la memo raison, ajoute M^'' Doutreloux, qui permet 
de tenter k Li^ge toutes les oeuvres possibles. (( Avec I'Eucha- 
ristie, disait encore Dom Bosco, on pent tout essay er. » 

Le R.P. Tesnidre prend la parole pour confirmer et com- 
pleter le sujet traits par le P. Durand. 

(( On ne saurait trop combattre les timidit6s, h^ritees du 
jans^nisme, k Tegard de Tusage de TEucharistie. Nous 
sommes tons plus ou moins portes, par un respect mal 
entendu de la dignity du Saint-Sacrement, a croire qu'il ne 
doit et ne peut guere Stre propose, en usage frequent du 
moins, qu'a un nombre restreint d'4mes choisies. C'est une 
erreur. L'Eucharistie est le sacrement de tous, necessaire a 
tous, institu6 pour tons : Accipite ex eo omnes, disait le 
Sauveur en Tinstituant. Elle est, k proprement parler, le 
Sacrement du peuple chr6tien. Gertes, nous n'en devons pas 
exclure les riches, mais savoir que les pauvres en ont besoin 
plus que les riches peut-^tre, et en tout cas, y ont droit par 
leur bapteme, et qu'aucun ne peut s'en passer s'il veut 
conserver ou recouvrer d*une mani^re durable la vie du 
baptSme, gui seule ra^ne a la vie du ciel. Ne voyez-vous 
pas que, pour le rendre accessible k tons, Notre-Seigneur 
Ta institu^ sous la forme du pain vulgaire, du pain de tous 
les jours, des jours ouvriers comme des jours chdm6s? Qu'il 
a voulu, par cette humble forme, le mettre a la port^ des 
plus petits et des plus pauvres? En fait, nous devrions viser 
a ce que tous les Chretiens, k quelque condition qu'ils appar- 
tiennent, communiassent tous les dimanches. Yoila le jour 
vraiment destine a la communion I Jour de repos pour le 
corps et pour Tame : mais y a-t-il du repos sans repas ? Jour 
du service de Dieu : mais le parfait service de Dieu n'est-il 
pas Tacte par lequel Thomme s'oifre, se donne k lui, purifie, 
pour vivre de lui, fortifi6 par lui-meme? Jour de T^me, ou, 
s*affranchissant des dures servitudes du travail materiel, 
rhomme se ressaisit raisonnable et spirituel, frfire par Fame 
des esprits angeliques, et fait k Fimage immat^rielle de son 
Createur. Donnez done k tous ce jour-la, surtout aui 
commerQants, aux travailleurs de la semaine^ le Pain de 



PREMIERE SECTION — RAPPORTS 401 

lame, le Pain des anges, le Pain de Dieii. Enfin, c'est le jour 
du sacrifice public : tous y doivent participer. Que la parti- 
cipation de la foule y soit complete et parfaite : le sacrifice 
n'est parfait que si tous ceux qui I'ofirent participent k la 
chair de la victime pour etre^ par sa manducation, sanctifies 
jusqu^au plus profond de leur etre, et r^unis par un lien 
vivant k ce Dieu avec lequel le sacrifice a pour but de les 
reconcilier dans Tunion d'une paix parfaite. — Pour ces 
motifs, pour d*autres encore, que dans toutes les oeuvres 
ooTriftres, dans toutes les paroisses, on porte les gens du 
peuple, hommes et femmes de toutes les. conditions, k com- 
munier tous les dimanches, et qu'en r^pandant parmi le 
peuple, jusqu'en ses couches les plus profondes et en ses 
regions les plus desh^rit^es, le « Sacrement du peuple », on 
reponde aux ardents desirs de ce Sauveur, n6 dans i'^table, 
grandi dans I'echoppe, qui aimait si sinc^rement, si tendre- 
raent le peuple ! Notre-Seigneur a voulu que tous partici- 
passent k son Saint Sacrement, car aux deux miracles de la 
multiplication des pains, il n'a pas fait une selection de 
personnes. D a done voulu que tous^ meme les plus pauvres, 
communiassent souvent ; par exemple tous les dimanches (1). » 
D faudrait aussi, ajoute M. Michel, que le peuple put se 
Dourrir d'un autre pain, le Pain de la parole de Dieu. II serait 
oecessaire pour cela que chaque fiddle edl entre les mains 



(1) Nous aimons citer k cet ^gard I'admirable commeotaire du 
B. Guerric, abb^ d*Igny : 

Venite, emite absque argento, el absque ulla commutatione, vinum 
it lac (Is. 55). Hodie comedendus est Agnus paschalis; vos beati 
pauperes, filii pauperis crucifixi, vos, inquam, qui non habetis argcn- 
turn, properate, emite et comedite. Promplius omnino et facilius 
emunt bonum illud nihil habentes, quam multa possidentes. Gui 
deest facuitas, sufficit ad emendum bona voluntas, qud plerumque 
sunt ditiores qui rebus sunt pauperiores. Venite, emite absque ar^ 
gehto... Ne recuses ingratus quod tarn gratis ofTertur. Invitat ipse 
Agaus paschalis amicos ad delicias Corporis et Sanguinis : Comedite, 
inqiiieos, amiei, bibite et inebriamini, charissimi (Cant. V). Gibus 
iste et potus, vits est mysterium, immortalitatis medicamentum, 
causa resurrecUonis primae, pignusque secundse. (Sermo 2, de Resur- 
rect.) 



402 VENDREDI, 27 JUILLET 

l*Evangilc, VImitation, etc. ; mais pour cela, les riches de- 
vraient fournir aux pauvres cette petite biblioth^ue. 

M^'' Potron dit que les moribonds surtout ont besoin de la 
communion, et cite k ce sujet des traits admirabies. Pendant 
que nos soldats etaient prisonniers en 1870, H^' Potron, qui 
partageait leur captivite, a &ti temoin des sacrifices les plus 
h^roiques et des morts les plus saintes, dont ii attribue la 
cause a la communion en viatique. 

La parole est donn^e a M. Vabbi Colson, cur6 de Grancey 
(Aube). Narrateur, au precedent Congr^ eucharistique de 
Paris, du role principal de Jacques Pantaloon, — plus tard 
Urbain lY, — dans Tetablissement des f^tes du Saint Sacre- 
ment, M. Golsoii a redige un nouveau m^moire sur son illustre 
compatriotc. Pressentant qu'il ne pourra tout lire, Porateur 
r&ume son travail avec une verve pleine de feu. 11 ^tablit 
qu'Urbain IV n'a pas seulemeut institu^ la Fete-Dieu, mais 
que toutc sa vie il a ete riiomme de TEucharisUe. 

11 demande en termes cloquents au Cardinal Lang^nieux de 
prendre en mains la cause d*Urbain IV, et de glorifier ce 
grand Pape conime il a glorifie le Pape des Croisades, Ur- 
bain II. 

L'orateur est plusieurs fois acclam6. On ne lira pas sans unK~:^n 
vif interet, au Compte rendu, cet eloquent plaidoyer en faveux^^^ir 
d'Urbain IV, et de I'introduction de sa cause. 

M^^ de Lidge remorcie M. leCur6 de Grancey de son SLTdermr:m' nl 
discours. II ne saurait oublier que Jacques Pantaleon fiKi^m "ul 
appele a Li^ge par un de ses illiistres pr6d6cesseurs, poiKi-w «ui 
aider a la sanctification du clerg^ ; 6veque de Li6ge, oil Tar^^sar- 
chidiacre de Troves contribua par sa douce influence k Tin .^nms- 
titution des fetes du Saint Sacrement, il ne pent qu*associ»f rier 
ses desirs aux voeux qui viennent d'etre exprirafe. TovLML-^mite 
rassembleo applaudit energi(juement a ce souhait de glori-i"-ifi- 
cation du grand Pape de TEucharistie. 

Quelques mots d'exhortation de Son Eminence le CardioHr ziai 
Laiigenieux termiuent la seance du matin. 11 est dix heures * et 
demie. 



LA LITURGIE EUCHARISTIQUE 

Par M. Th. BERNARD, Directeur au Grand S^minaire de Reims. 



La liturgie a inspird magnifiquement les lettres, les 
sciences et les arts. Chacune de ces branches de la con- 
naissance humaine a voulu apporter son hommage k 
noire hostie sainte, chef-d'oeuvre de la puissance et de la 
bontd de Dieu, force et consolation de Thomme dans 
son exil. Ainsi, Tagriculturc cultive pour elle ses gerbes 
dorees et ses grappes vermeilles, ses oliviers et ses fleurs 
symboliques ; la patristique, la thdologie, Thistoire, la 
philosophie meme, rduniront les preuves du tdraoi- 
gnage, du raisonnement et des faits pour ^tablir le 
mystfere, Tarchitecture a 6le\6 au Dieu du tabernacle 
des temples superbes, des merveilles toujours admi- 
rees ; TcJloquence et la po^sie ont c6l6br6, en des accents 
immortels, ses bienfaits et sa gloire ; la peinture a pro- 
duit sous les pinceaux de Leonard de Yinci, du Domi- 
niquain, de Raphael, de Rubens, de Guillaume de 
Champagne, de vivantes scenes eucharistiques ; la mu- 
sique a fait chanter les anges autour des autels, sous 
Vinspiration des Mozart et des Beethoven, des P. Her- 
mann et des Gounod. Beau monument 6leve k TEucha- 
ristie k travers les siecles et les espaces, dont Tesquisse 
fut un jour trac6e par nos chers Aleves, dans un manus- 
cril interessant que nous voudrions pouvoir faire passer 
sous les yeux du Congrfes. 

Or, parmi les sciences qui ont exalt6 I'Eucharistie, 
la liturgie occupe le premier rang; la liturgie, toute 
belle d'enseignements, de podsie, de sentiments surna- 
turels. Comme le culte public en est Tobjet, elle a en- 



404 VENDREDI, 27 JLILLET 

tourd le Saint Sacrement de ses soins et de son amour ; 
elle a fait appel, pour les honneurs et les devoirs k liii 
rendre, k toutes les inspirations de sa sagesse ct de 
sa foi, de sa delicatesse et de son enthousiasme. Aussi 
bien, TEucharistie n'est-cUe pas le verbe incarn^, Jesuji- 
Christ, vivant au milieu de nous, pour s'immoler 
chaque jour et se donner k nos kmes ? N'est-elle pas le 
centre de la religion clir6tienne, vers qui tout converge 
dans la Loi nouvelle et d'ou se r^pandent les gr&ces ? 
Mais, comment d6rouler ici, dans un travail force- 
ment restreint, toutes les splendeurs et les magnifi- 
cences de la liturgie cucharistique?Essayons, loulefois! 
Faut-il done renoncer a pcindre T^clat du soleil, a chan- 
ter quelques traits du sublime ! 

Nous savons, mieux que porsonne,nous, les membres 
pieux et d(;voues du Congres, que TEucharistie se pre- 
sente k nous sous trois aspects diff^rents : comme sacri- 
fice, comme sacrement et comme presence permancnte 
de Jdsus au milieu des peuples. La liturgie la considere 
sous ce triple aspect, toujours saintement prdoccupee du 
culte qui lui est du. 

I. — Elle s'occupe d'abord et avant tout de I'Eucha- 
ristie comme sacrifice. Dieu avait r6g\6 les d(^tails des 
sacrifices anciens ; de memo TEglise, par sa liturgie, in- 
terpretant les intentions du maitre, a tout prdvu pour la 
mcsse, Tacte le plus important de son culte: le temple 
et Tautel, le luminaire ct les parfums, les linges 
sacres et les vases liturgiques, les ornements du pretre 
et des ministres infdrieurs, les priferes et les c<5remonies ; 
rien n'est laiss6 k Tarbitraire; tout s'encadre et s*en- 
chaine dans une admirable harmonie. 

D6]k le c6t6 materiel et sensible du sacriQce a son 



PREMIERE SECTION -* RAPPORTS 405 

aspect imposant qui frappe le peuple ei le porte a prier. 
On sent que tout annonce una grande action, que tout 
concourt k entourer d*honneurs Tadorable victime. Mais 
le spectacle est bien plus frappant, lorsqu'on peut f6n6- 
trer le sens, le symbolisme de ces belles c^rdmonies ! 
Alors tout s'anime et parle au coeur ; on y voit qu'une 
profonde sagesse, qu'une suave pi^t6, qu'une foi vive a 
lout inspird. Ainsi, le temple avec sa nef et son transept 
ra|»pellera la victime crucifi^e du sacrifice et TEglise 
f«'<ondde par le sang divin; Tautel avec sa croix, le cal- 
vaire ou Jesus-Christ s'immole; les nappes mystiques le 
recouvrent, nouveaux suaires du tombeau; il est par6 
<lo fleurs alldgoriques chanties par Prudepce et saint 
Paulin de Kole et dispos^es avec amour par sainte Ra- 
(legonde ; la cire offrira les enseignements de sa lumifere 
vive et pure, qui se consume dans son activity : Tencens 
absorbe par la flamme r6pandra le parfum des graces et 
<le la priere ; le linge de fin lin et le pr^cieux m6tal de 
Tor toucheront seuls, k Texception des mains consacrdes, 
a Thostie sainte et au sang du calice ; la soie devra servir 
aux v^tcments sacr6s, dont la forme, les couleurs, la 
In'^nediction disent les grandeurs du prfetre k Tautel, ses 
vertus, le mystere ou le saint honord par le sacrifice. 

Chacune des cdrdmonies de la messe a de m^me son 
>»us particulier et profond,ses charmes pour le coeur, et 
[»«>ur I'esprit, ses graves et touchantes legons. Les parties 
i|ui la composent se relieut ensemble, comme dans un 
ilrame saisissant, et nous rappellent toutes les. phases 
•les sacrifices anciens : c*est d abord la Preparation avec 
-♦s humbles aveux au pied de Tautel, dans le dialogue 
anime du pr^tre et du jeune clerc, que Chateaubriand 
appelait c( une vraie po^sie lyrique », avec ses invoca- 
lions au Seigneur, son cantique des anges, ses oraisons 

27 



406 VENDREDI, 27 JUIM-ET 

qui excitent le repentir et la confiance. — Ulnstntciion, 
par ses pieuses lectures de T^pitre et de Tdvangilc, par 
la recitation du symbole, dispose micux aux fruits de la 
messe et de la communion. — U Oblation doit offrir a Dieu 
le pain et le vin, pour les sanctifier avant leur niyste- 
rieuse transformation et faire le melange syrabolique de 
I'eau, qui nous apprend notre union a la victime offerte. 
— La Consecration amene et frappe la victime par le 
glaive dfe la parole, selon Texpression de Bossuet, apres 
qu'unc preface solennelle Ta annoncde, et au milieu 
des prieres du canon qui 6voquent, avec tous les sou- 
venirs de la terre, du ciel et du purgatoire, les quatro 
fins iiifinics de Timmolation divine. Elle est suivie de 
reldvalion dmouvante, c^l^br^e par M. de Fontanff-^ 
en des vers bien conniis que La Harpe pla(^ait parmi 
les plus beaux de la langue frangaisc. — Da Commu- 
nion, avec la grande prifere du Pater, la fraction mysl*'- 
rieuse de Thostie et la paix qui la preparent. vien! 
donner au sacrifice son int(5grite en nous faisant parti- 
ciper, comme aux temps anciens, k la victime inimob'*o. 
Enfin, r Action de graces, avec ses ^lans de reconnais- 
sance, devait suivre la communion et tout conclure. 

Ce n'est la qu'un rapide apergu des ci^n^monies de la 
messe, ou souvent des particularities plus solennelles: 
I'aspersion, les encensements, le chant de IV^vangile, la 
distribution des eulogies, le baiser de paix, les nielo»lio< 
liturgiques, le son de Torgue etdes cloches, la muliipli- 
cii6 des ministres, viennent ajouter a Tck-lat du sacrifKr. 
Quelle ne fut pas Timpression de Tempereur Valon<. 
dans la basilique de Cesarc^e ou cc^lc^brait saint Basil(\<*l 
plus tard celle de Clovis, devant saint Remy, dans la 
cathedralc de Reims, et de Vittikind, a Atli^nv, dans la 
chapelle royale de Charlemagne ! Mais, chacun de nous 



PREMIERE SECTION — RAPPORTS 407 

connait rensemble de ces riles sacrds qui concernent la 
messe basse et la messe soiennelle ; plusieurs m&me oat 
eu riosigne bonheur de voir se d^rouier sous leurs 
yeux, dans toule leur majeste, les rites si varies de 
rOrient, objet d'eludes int(^ressantes au sein du Congres 
immortel de Jerusalem. 

La messe, avec tous les rites qui Tentourent, ce soleil 
des exercices spirituels, comme Tappelait saint Fran- 
cois de Sales, avec tous ses rayons lumineux, quel 
spectacle pour les yeux du chretien qu'anime la foi^ 
pour celui surtout qui pent, qui sait comprendre ces 
details aussi int^ressants qu'instructifs ! Quel hommage 
rendu k TEucharistie-Sacrifice par nos liturgies orien- 
lales et occidentales, surtout par notre liturgie romaine; 
Ale apparait si belle, dans sa majestueuse simplicity, 
quand, a la lumiere d'une science (^clairee et judi- 
ri*»use,on en possfede, pour la coramuniquer aux autres, 
lexplication historique, litt(5rale et mystique! 

II. — Mais TEucharistie nous apparait encore comme 
le sacrement ineffable de Tamour qui, par la commu- 
nion, nous fait participer au corps et au sang de J^sus- 
Christ; la communion, cette action si grande, si sainte, 
si f^conde de la vie chr^tienne, du culte eucharistique ! 

Aussij toujours pr^occupe^e de Thonneur dii a la divine 
hostie et des dispositions qu'elle r(^clame, la liturgie 
fait-elle encore de rEucharistie- Sacrement son objet 
principal et sacre. Nous ne pouvons que r^sumer ce qui 
concerne la communion des fideles k Teglise et des ma- 
lades chez eux. Autrefois, le diacre avertissait, comme 
on le fait encore de nos jours chez les Grecs, que les 
saints mysteres ne sont que pour les ^mes bien prc^pa- 
rees et non pour les indignes « Sancta Sanctis ». Aussi, 




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PREMIERE SECnON — RAPPORTS 400 

ridentifiant avec chacun d'eux, il r^pfete, avec une hum- 
ble insistance, celles du centenier qui se recoimaissait 
ndigne de recevoir dans sa maison le Messie. La for* 
uule m^me du sacrement dira les effets admirables de 
a communion, que les fiddles recevaient autrefois 
lebout, apr^s que le pr^tre avait d^pos^ dans leurs 
mains le pain consacr^. Que d'anachronismes ne pour- 
rioDS-nous pas relever k ce propos dans riconographie 
rhr^tienne ! La cdr^monie se continue par Tantienne de 
saint Thomas d'Aquin : « sacrum conmvium », « cri 
prolong^ de reconnaissance, dit Dom Gu^ranger, dont 
[a phrase inachevde laisse T&me en suspens sur ces der- 
aiers ^lans d*amour qui ne peuvent trouver ici-bas d'ex- 
pressions suffisantes. » La benediction du pr6tre vient 
tout conclure. De nos jours, les simples fiddles, dans 
TEglise latine, ne communient plus au pr6cieux Sang, 
comme autrefois, avec le chalumeau d'or; seuls, le 
diacre et le sous-diacre le font encore, en souvenir de 
Tancienne discipline, h. la messe chant^e par le Pape. 

Nous retrouvons les m^mes details liturgiques dans 
la communion des malades chez eux^ mais avec des 
particularit^s touchantes. D'abord TEucharistie s'appelle 
ici : M Viatique », secours et provisions celestes pour le 
grand voyage de T^temitd. Le rituel recommande avant 
tout un grand zele pour cette fonction du saint ministfere. 
11 est le fiddle ^cho des traditions antiques, alors que tons 
pouvaient, k d^faut du ministre of&ciel, porter la com- 
munion aux absents, aux malades; t^moin le martyre du 
jeune Tarsicius^ qui a inspire au cardinal Wiseman une 
page si ^mouvante. Puissent les parents et les amis, le 
Chretien qu'oppresse le mal, correspondre toujours k 
Tempressement du prStre ! La liturgie pr^voit ensuite 
les honneurs k rendre au Saint Sacrement dans le trajet, 



410 VBNDREDI, 27 JUILLET 

et les pr^paratifs k faire dans la maison mftme. Pourquoi 
faut-il que trop souvent I'indifTdrence ou l*incr6dulit^ ne 
permettent pas d*observerces recommandations si sages ! 
lis ne soDt plus, les temps ou les rois de France et les 
grands du royaume rendaient publiquement leurs horn- 
mages, quand ils entendaient tinter la clochette du 
Viatiquc ! que, du moins, la foi vive du pr^tre qui porte 
son Dieu, suppl^e k Tabstention des fiddles inconscicnts 
ou distraits, mais qui certes ne se rencontrent pas ici ! 

Le ministre du Seigneur arrive k la chambre du ma- 
lade. II souhaite en entrant la pais : la pais k ce pauvre 
malade en proie, peut-6tre, aux angoisses de la separa- 
tion, aux souffrances du mal, aux terreurs de la mort; la 
paix aux parents, aux amis, qui, anxieux, cntourent le 
lit du moribond ; la paix k cette demeure de la douieur 
et des larmes. Puis Taspersion repousse Tesprit de 
t^n^bres et purifie, de plus en plus, le malade ; « Man 
frere, dit ensuite le prfttre, recevez le Viatique qui vous 
garde et vous protege contre la malice de rennemif et 
vous conduise a la vie Sterne lie. » 

II se retire ensuite, apres avoir fait k Dieu une priere 
opportune et lev^ sur la tete du mourant console le 
ciboire d'une benediction fmale. 

III. — Si le sacrement de TEucharistie est ainsi porte 
. aux malades , c'est qu*il ne consiste pas , comme les 
autres, dans un acte transitoire, mais, qu*une fois cons- 
titue par la consdcration, il demeure a I'etat permanent; 
ce qui nous vaut la presence continue du Sauvcur au 
milieu de nous : presence inefifable, objet nouveau des 
preoccupations liturgiques, soit quand Jesus reste dans 
sa prison d'amour, soit quand la sainte Hostie est exposee 
k nos regards, k nos adorations plus solennelles. De la 



PREMIERE SECTION — RAPPORTS 4il 

ces temples modestes ou magnifiques, mais qui doiveat 
toujours etres dignes de I'Hdte divin; ce ciborium, ce 
d5me imposant que les regies liturgiques voudraient 
voir s'^lever sur tout autel ou reside le Saint Sacrement, 
comme il ombrage le trdne des rois et des pontifes; ce 
tabernacle a Tint^rieur de soie ou d*or qui a remplac^ la 
colombe suspendue, et dont un pieux auteur a dit : « II 
cuQviendrait que toutes les richesses du sanctuaire se 
n'^sumassent dans le tabernacle^ afin que le fiddle, Tin- 
different, rh^rdtique lu&me, en fonlant le pavd de T^glise, 
.s'aperQussent d^s Tabord que la sc trouve la raison de 
redifice tout cntier, que Ik doivent monter toutes les 
prieres, que Ikrdside le Saint des Saints. » De Ik ce cono- 
pee qui doit le recouvrir, comme les riches tentures le ber- 
ceau des princes ; cette lampe du sanctuaire au langage si 
doiix et si eloquent qui ne devrait jamais s'dteindre, que 
nous voudrions toute brillanle de propretd, ct toujours 
suspendue devant Tautel^d'apres une loi fond6e sur les- 
lh(^tique et le symbolisme. M. Olier aurait voulu se consu- 
mer, comme elle, jour et nuit, aux pieds des Tabernacles. 
Que ne pouvons-nous citer ici la po^sie suave d'une 
Trinitaire, qui rivalise avec celle de Lamartine sur le 
m^me sujet, et qu'on pent lire dans les Annales du Saint 
Sacrement (3' ann^e) ! De Ik encore ces recommandations 
iDstantes pour que les hosties saintes soient k Tabri de 
toute alteration; et enfin, ces prescriptions multiples et 
precises, pour tout ce qui concerne la F6te-Dieu, les 
processions eucharistiques, les expositions du Saint 
Sacrement, les adorations perp^tuelles et les saluts. 

Qui dira la recrudescence d'honneurs rendus k TEu- 
charistiey Texplosion ininterrompue de reconnaissance , 
de louange, de reparation pour nos augustes myst^res, 
depuis rinstitution de la F6te-Dieu, due k Tinspiration 



4i2 VENDRKDI, 27 JUILLET 

divine de la Vierge des Pays-Bas I La liturgie a propagp 
d'abord, avec amour, ce bel office de saint Thomas 
d'Aquin, oil Tonclion du coeur le dispute a la precision 
dogmatique; puis, quand cette premifere fete eut sug- 
g6r6 rid^e des expositions solennelles, d'oules quarante 
heures et I'adoration perp^tuelle, Tid^e des procession 
et des benedictions du Trfes Saint Sacrement, la litursrie 
eut encore la meilleure part dans T^clat de ces cen^mo- 
nies eucharistiques. EUe a determine tons les honnears 
d'ornementation, de luminaire, de parfums, de chant? 
sacr^s k rendre au Dieu du tabernacle. Unies aux elan< 
de la foi, de quelle magnificence ces prescriptions si 
legitimes n'entourent-elles pas la divine hostie I Reims 
en off re en ces jours un splendide et touchant spectacle. 

Ainsi, notre sainte et belle liturgie romaino a tout 
prevu pour la gloire et le culte de TEucharistie sacrifice, 
sacrement, "presence permanente. Nous pourrions rap- 
peler encore les ceremonies instructives, sou vent magni- 
fiques et emouvantes, qui constituent la benediction et 
la consecration des pretres et des pontifes, des autels et 
des eglises, des ornements, vases, linges liturgiques, 
lout cela, en vue de TEucharistie. Helas ! nous n*avons 
pu qu'ebaucher des tableaux, qui, executes par (le> 
mains plus habiles, pourraient rivaliser avec les cliofs- 
d'cEuvre consacres au m^me sujet par Teioquence, la 
poisie, les beaux-arts. 

Qu'il nous soit permis, en terminant, d'emettre un 
voBU, celui de voir traiter avec un respect, toujours de 
plus en plus grand, tout ce qui sert au culte du Saint 
Sacrement, de voir les rfegles liturgiques observees avec 
encore plus d'amour et d'exactitude, et les ceremonies 
eucharistiques expliquees de temps en temps aux fidele>. 
qui, les comprenant mieux, y assisteront avec plus de 
foi, d'inter^t et de fruit. 



DE L'ASSiSTANCE A LA MESSE EN SEMAINE 

Par M. le chanoine FRANQUEVILLE, d*Amiens. 



Cest le signe de Dieu, de sa grandeur, de sa bont^, 
d'offrir k notre admiration et a notre reconnaissance 
des institutions merveilleuses d'ou sont ^cart^es les \ 
bornes que le temps et I'espace imposent k nos oeuvres 
humaines pour les restreindre et bient^t les d6truire. 
Chacune des choses qu'il ^tablit parait ainsi marquee 
du sceau de son infinite; il aime sans mesure et sans 
mesure il se donne. Voilk la raison de Thumilit^ de la 
(Teche, du renoncement de Nazareth, des souffrances 
du Calvaire, voilk le motif qui Ta d6termin6, aprfes 
avoir accompli ces prodiges une fois, k les multiplier 
dans Tespace el a les perpetuer dans le temps. Ecce ego 
vobiscum sum omnibus diebus usque ad consiimmationem 
sxciUi, 

n^Ias ! e'est le signe de Thomme, de sa faiblesse et 
de sa durel6, d'etre sujet aux plus tristes changements. 
II ne soutient pas ses efforts, il se refroidit vite dans 
ses affections, et chez lui trop souvent la lassitude suc- 
cede au courage, et k Tenthousiasme une honteuse 
indiff<§rence. 

De \k le contraste p^nible, disons m^me odieux, 
revoltant, qui se manifeste entre la charity immense du 
p^re et la froideur des enfants. 

Ce contraste delate d'une manifere tout particulife- 
rement humiliante pour nous quand apparait notre 
negligence k regard de cet acte supreme du culte 
chr^lien : le saint sacrifice de la messe. 



41 & VENDREDI, 27 JUILLET 



II n*esl pas n^cessaire, dans un Congres eucharislique, 
de rappeler ce que la lh6ologie, les conciles, les saints 
Pferes, ont rep6l6 sur Texcellence de ce que les premiers 
Chretiens, exprimant ainsi la profondeur de leur estime, 
ont appele liiurgie, et les Grecs ay%66v. II semble que, 
dans la primitive Eglise, tant 6tait grande la v6n6ralioQ 
des fiddles pour ce mystfere, on trouve m&\6e aux senti- 
ments d*amour et de respect une reserve presque 
craintive. On ne c^lebrait la messe qu*une fois la se- 
maine, le dimanche. — Au deuxifeme sifecle, le mercredi 
et le vendredi, jours de station consacrds par le jeiine el 
par des exercices religieux, on eut dans certaines eglises 
la liturgie proprement dile, TEucharistie. Pourtant cei 
usage n*existait pas encore au quatrifeme sifecle k Alexan- 
drie, ou, nousapprend Socrate, « on lisait les Ecritures, 
interpretees par les docteurs, ou, en un mot, on faisait 
tout ce qui se fait dans les synodes, moins la celebra- 
tion des mystferes. » Vers le sixieme siecle seulemenl, 
la messe quotidienne est etablie partout. Pratique 
touchante, bien faite pour entretenir dans le peuple 
Chretien une vie surnaturelle active et intense, due aux 
battements du coeur du Sauveur, battements perpetuels. 
comme est perp6tuel le renouvellement du divin mys- 
tfere; pratique dont les Chretiens ont par consequent les 
raisons les plus pressantes de profiter. En dehors 
meme de Tutiliti qu'ils y trouvent, il leur convient de 
rhonorer, autant que c'est en leur pouvoir, par Tassi- 
duite de leur presence. 

I. — Un brillant orateur, parlant un jour dans une 
reunion d'agriculteurs, a qui il s'efTorgait d'inspircr le 
sentiment des beaut^s au milieu desquels ils restaient 
g6n6ralement insensibles , leur disait avec justesse : 



f 



PREMIERE SECTION — RAPPORTS 415 

« Les miracles de la nature ne cessent dc nous ^tonner 
qae parce qu'ils se font tous les jours, nous ne sommes 
ingrats envers ello que parce qu elle est trop prodigue. » 
Cetle variante de Vassueta vilescunt s'applique malheu- 
semenl aussi aux choses d'un ordre sup^rieur k celui 
de la nature. Nous vivons dans un monde surnaturel ou 
^clatent partout des merveilles, et parce que Dieu les y 
& prodig-u^es, parce que nous les rcncontrons constam- 
meat, nous sommes moins impressionnds de la beauts 
qu'elles offrent, de la grandeur qu'elles r6velent, de la 
saintete qu'elles renferment. 
Quoi de plus auguste que la messe ! 
La messe, c'est k dire ie sacrifice de la nouvelle loi, 
ieplus parfait qu'on puisse concevoir, si Ton considfere, 
selon la remarque de saint Augustin, soit celui k qui il 
est offert, cui offeratttr, soil celui par qui il est offert, 
fiquo offeratur, soit ce qui est offert, quid offeratur. 

La messe! c'est k dire, dans le culte chretien, Facte 
capital qui nous permet de rcndre a Dieu un hommage 
v^rilableraent divin. 

La messe ! c'est a dire le renouvellement de ce qui 
s'esl passe sur le calvaire. Nous y avons la mSme vie- 
^iuie, le m^me pr^tre, seul le mode de roffrande difffere, 
^ffirrae le Concile de Trenle : Una eademque est hostia, 
^dem nunc offerens sacerdotuni ministerio, qui seipsum 
^^mc m cruce obtulit, sold offerendi ratione diversd. 

La messe! c'est a dire la presence sur Taulel d'un 

t^ieu qui prie, qui s'immole, et qui, pour raieux parve- 

nir a ses fins, pour nous toucher davantage, a mis en 

^clivil6 les ressources d'une puissance feconde en mira- 

<^les de toules sortes. 

La messe! c'est a dire, le sang divin qui crie misfiri- 
<^orde, le corps de Jesus-Christ qui nous est offert en 
nourriture. 



416 VENDREDI, 27 JUILLET 

t 

Quel 6v^nement pour le monde qu'un fait semblable ! 
Se fiki'il produit une seule fois, cola suffirait k ennoblir 
c^tte petite terre dun jour ou nous nous agitons, petits 
felres d'une heure, d'une seconde,.mais relev6s de notre 
inferiority, et incomparablement, par la dignity du sang- 
r^pandu par le Sauveur. 

Nous devrions consid^rer avec respect la contree 
assez favorisee pour avoir 6t6 le tSmoin de pareils pro- 
diges. II semble que Ik il ferait bon de vivre et de mourir. 

Et si surtout on nous disaU que la croix s'est de nou- 
veau dress6e en un endroit quelconque, et qu'on peul y 
voir J6sus-Christ souffrant et mourant pour nous, quelle 
impatience n'aurions-nous pas de nous y precipilcr! 
Dans notre 6lan vers Lui, sans peine nous quitterions 
tout, dans nos tressaillements pres de Lui nous oublie- 
rions tout. Et justement, car tout, le vrai tout, ne serait- 
il pas Ik ? tout ce que nous pouvons r^ver de plus grand, 
tout ce que nous pouvons d6sirer de plus riche, tout ce 
que nous pouvons concevoir de plus g6n6reux, tout ce 
que nous pouvons imaginer de plus doux? 

Oui, pour pen que nous ayons de foi et de coeur 
nous iprouverions cela. 

Comment alors expliquer que des chr^tiens vraiment 
croyants, que des chritiens r^put^s fervents, se montrent 
si pen assidus a la messe quotidienne, quand rien ne les 
emp^che d*y assisler? Comment caract^riser leur non- 
chalance? £h quoi ! nous dit saint Jean Chrysostome, 
que faites-vous done? Quid facis, 6 homo? L'agneau de 
Dieu est immol^ pour v5us, le pretre prie anxieusement 
pour votre salut, le feu sacr6 est allum^ sur la table 
sainte, le sang jaillit du cdt6 du Sauveur pour vous 
purifier, et quand ces prodiges s*accomplissent en voire 
faveur, vous restez indiff6rents! Et nan confundem? 



PREMIERE SECTION ^ RAPPORTS 417 

Croyez-vous k la dignity sans 6gale de ce qui se passe 
pres de vous, et alors d'ou vient que vous n*y paraissez 
gufere inl6ress6s? Et non confunderis ? Croyez-vous que 
c>st ua Dieu» c'est k dire, celui qui est infiaiment au- 
dessus de tout, qui op^re alors une de ses oeuvres les 
plus divines, si je puis parler ainsi, et alors d'ou vient 
qu'elle vous laisse inattentifs? Et non confunderis? 
Croyez-vous que le ciel regarde avec respect la victime 
de Tautel, et alors d'ou vient voire d6dain pour die ? Et 
non confunderis? Croyez-vous que c'est voire maltre, 
voire bienfaiteur, voire ami qui vous appelle, pour que 
vous soyez avec lui au moment ou il agil le plus active- 
mcnt, le plus eCBcacemenl, le plus h^roiquement, pour 
voire bien, et alors d'ou vient qu'un pareil appel pour 
une pareille cause ne vous ^meuve pas da vantage ? Et 
non confunderis ? 

Prenons garde lorsque nous garantissons si faci- 
lement notre foi i ceux qui nous interrogent sur noire 
croyance. Nous leur repondons : oui, je crois; nous le 
disons des levres^ nos acles r^pondent non. lis le 
r^pondent par notre froideur k Tegard de nos augustes 
mysteres, par notre inconcevable abstention k y parti«» 
ciper, par le discredit que nous jelons parfois sur de 
plus assidus que nous. Cette conduile est inspir^e par 
des tendances gravement r6pr6hensibles , il ne leur 
manque que d*&lre raisonn^es pour accuser en nous un 
commencement d'impi6t6. — Sans doute il convient de 
faire en tout la part de la l^g^ret^ humaine. Distin- 
guons toutefois. S*il s'agissait de Tatlenlion qu'il faut 
apporler au saint sacrifice pour le mieux honorer, nous 
aurions raison de rappeler cette l^gferete a laquelle nous 
sommes tons trop sujets, et d'y Irouver une excuse. 
Mais notre abstention, elle, est volontaire, d^liber^e; 



418 VENDREDI, 27 JUILLET 

ce n'est pas de la legferet6, c'esl de rinsouciance ; cc 
n'est pas ua oubli, c'est de la Uchet6; ce n'est pas une 
^tourderie passag^re, ce peut etre une espfece de nwipris. 

N'enlendons-nous pas la plainte navrante de Celui 
qui, de Taulel ou il se sacrifie, nous ripfete : J'agis pour 
vous, j'lnlercede pour vous, j'oublie ma gloire pour 
vous, je m'immole pour vous et vous me laissez seul : 
Torcular calcavi solus et de genlibus non est vir mecum, 

Nos pferes avaient plus que nous, sous ce rapport, 
rinlelligence des choses de la foi. lis avaient moins de 
d6votions, mais ils appr6ciaient mieux celles qui sunt 
essentielles. lis ne croyaient pas perdre leur temps 
quand ils en employaient une partie k remercicr Dieii 
qui le leur avail donn6 et k lui rendre leurs homma^res. 
On est maintenant surpris de constaler de quelle 
manifere les premiers chreliens passaient la semaine, 
remplie d*exercices religieux dont la longueur parailrait 
excessive k la plupart des meilleurs fiddles de nos jours. 
Et pourtant, nous affirme un savant auteur, M. Tabbe 
Duchesne, les reunions de culte du dimanche, du mer- 
credi, du vendredi, des fetes, avec leurs services noc- 
turnes ou diurnes. n'epuisaient pas toutes les ressources 
de la piet6 des fidJjles, ni meme toutes leurs obliga- 
tions. L'ideal de la vie chr6tienne 6tait une perpeluelle 
communion avec Dieu, entretenue par une priere aussi 
fr^quenle que possible. — Plus tard, cette ferveur se 
refroidit, mais la pratique de Tassistance k la messe, 
pendant la semaine, devint commune. A Texemple donne 
de haut par les cours, ou la messe quotidienne comp- 
tait parmi tanl d'exercices d'un genre, helas ! Ires 
different , beaucoup de personnes tenaient a joiii«liv 
chaque matin leurs prieres a relics du pretre. 

Ces pieuses habitudes tendent malheureusemeul ii 



PREMlfeRB SECTION — RAPPORTS 419 

disparaitre, et avec ellcs la vie vraiment chrdtienne 
dont elles sont la manifestation et qu'ellcs aident k 
eTiiretenir. 

Pourquoi faut-il que la pluparl des enfants du siecle 

soient plus sages dans Icur conduite que les enfants de 

lumifere ? Les courtisans d'un prince ne se lassent pas 

dans leur empressement k servir leur maitre. En 

France, on enviail jadis Thonneur d'assister au lever 

du roi, et plus d'un grand seigneur s'enorgueillissait 

de compter au nombre des quelqucs centaines de per- 

sonnes admises a voir le souverain passer son haut- 

de-chausses ou prendre de T^m^tique. Le lever du roi 

^tait pour les courtisans leur office dn matin. lis en 

allendaient Theure avec impatience. Le moment arriv6, 

lis entraient non sans s'^lre recueillis. lis allaient s'in- 

cliner avec respect devant le prince, s'ingeniaieni a 

obtenir un de ses regards bienveillants, et, s'ils avaient 

r^ussi, se retiraient joyeux. Pendant la journ6o, ils 

saisissaient egalement toutes les occasions de se mon- 

trer et ils se gardaient de ne pas se trouver aux reunions 

plus ou moins solenhoUes qui termin(Mit la serio de 

leurs labeurs d'hommes de cour, z61es qu'ils etaiont a ne 

point manquer leur office du solr. Ces pratiques etaient 

loin de leur paraitre pueriles, et Tun iVvxw se vantait 

df? n'avoir pas nc^glig^ vingt fois en quaranto ans de se 

^*ietlro en mesure de remplir ces devoirs esseiiticls du 

»on courtisan. 

Ce que le desir pueril des honneurs, un interet gros- 
^ier, la vanit6 imposent a un courtisan do ilemonstra- 
^lon ridicule, quand on en considere robjct, laniour 
^Tai ne doit-il pas nous i'inspirer a TcL-anl non pas 
^ un homme souvent pou estimable. malf:iv sa position 
^levee, mais de Dieu, le Maitre parfait ? <« (.)h ! s'ecriait 



420 VENDREDI, 27 JUILLET 

avec amertume sur son lit de mort uq homme illustre, 
qui avail singuliferemeat contribu^ k la splendour du 
rfegne de Louis XIV, je n'ai pas servi Ic vrai roi. C'est 
le vrai roi, cependant, qu'il est indispensable de servir. » 
Or, comme le proclamait un jour Massillon devant le 
cercueil de celui dont on avait tant exalte la grandeur, 
Dieu seul est grand, a Dieu seul il faut s'attacher. Et 
lorsque, surlout, il vient k nous avec mansuetude, 
humble, et, selon la parole de TEvangile, d^sirant plutdt 
nous servir que d'etre servi, les mains chargecs de 
b6n(^dictions qu'il tient a repandre, nous serions plus 
qu'insenses, nous serions odieusement ingrats si nous 
le negligions et si nous ne participions pas dans la 
niesure de nos forces, a ce qu'il vient op^rer en notre 
favour, oui, en vue, rien qu'en vue de notre folicite. 

Noire inleret, en elfet, en m^me temps que celui de 
la gloire de Dieu, nous excite a assisler a la messe, 
pendant la semaine, autant que nous le pouvons. 

II. — « Notre-Scigneur, a ecrit saint Ccsairc, arche- 
v^que d' Aries, devant remonter an ciel et se d^rober a 
notre regard, voulul elablir en notre favour le sacrement 
de son corps et de son sang, afin de nous fairc venerer 
constamment dans son divin mystere ce qu'il a offert 
ime fois pour notre rant^on ; car, puisque, sans aucunc 
interruption, le prix de facte redempteur s'applique 
aux Ames pour leur saliit, il conviont que se renouvelle 
aussi, sans aucune interruption, le sacrifice d'ou vient 
lant de verlu, et que la victime sainto soil toujours pro- 
sente k Tesprit des honimes par la perpetration du saint 
mystere, <le meme qu'elle est toujours presente k leur 
Ame par linfiision de la grjlce : liostie vraiment unique 
«M parfaite qu'il faut juger d'apres la foi, non d'apres 



PREMlilie SECTION — RAPPORTS 421 

ies apparences; qu'il faut regarder non des yeux du 
(Torps, mais des yeux du cceur. » 

De mime qu*il n'y pas une seconde ou rhumanild 
\\dL\l le besoin le plus pressant des graces de Jesus- 
(Ihrisl, il n'y a pas une seconde ou le sacrifice de la 
Redemption qui nous Ies a merit^es ne se renouvelle 
pour Ies repandre abondamment. II est ofTert en Europe 
el en Afirique depuis le matin jusqu'a midi; en Am^ri- 
que, depuis neuf heures de notre matin jusqu'au soir; 
en Oceania, depuis quatre beures environ du soir jus- 
quk minuit; ct en Asie, depuis dix heures du soir jus- 
quau matin. Ainsi,quand le soleil atteint chez nous son 
z^nhhy et que se terminent dans nos contr^es Ies milliers 
de messes qui y ont 6i6 c^l^br^es^ ses rayons vont 
eveiller de nouveaux Chretiens qui se rendent k leur 
tour pres de Tautel : Ortus est sol et congregati sunt, II 
& y a aucun moment, de ce que nous appelons sa course, 
oil sa lumiere ne donne le signal du sacrifice et en m&me 
temps de )a diffusion d'une bienfaisante chaleur com- 
munique a toutes Ies &mes, nee est qui se abscondat 
a colore ejus, et plus propre k Ies ranimer, que ne Test 
la chaleur mat^rielle k ranimer la nature apr^s Ics 
longueurs de la nuit. Mission glorieuse que celle dont 
il s'acquitte alors ! Mouvement admirable que celui qu'il 
determine ! Houvement plein de force qui doit faire tres- 
saillir la ierre et dont nous devrions^ nous, sentir Ies 
saints frimissements. Si la mer, qui ^Ifeve ses vagues 
pour Ies porter plus loin sur le rivage, nous ofTre uu 
spectacle grandiose devant lequel le Psalmiste, saisi 
demotion, c^lfebre la grandeur de Dieu,combien, devant 
ies forces imp^tueuses qui pr^cipitent sans cesse k tra- 
vers le monde de nouveaux courants de graces, ne de- 
vons-nous pas nous ^rier, avec Tenthousiasme de la 

23 



422 VENDREDI, T] JUILLET 



reconnaissance : Admirable est la puissance de cet 
oc^an, admirable est le Seigneur qui commands k ce&^ 
flots et en dirige le cours pour notre bien ! MirabUes^ 
eiationes maris, mirabilis in attis Dominus. 

Et nous qui sommes si faibles, si impuissants pa 
nous-m^mes, nous qui ne savons que trop par notr^c^ 
experience combien nous sont n^cessaires les secours d^ 
Dieu, nous n*irions pas chercher auprfes de Lui notr*e 
force quotidienne contre des perils quotidiens, implorer 
notro pardon quotidien pour nos vieilles fautes quot:i- 
dicnnes? rendre des actions de graces quotidiennes pour 
des bienfaits quotidiens? 

Car c'est tout cela, nous le savons, et il est inutile de 
nous etendre k ce sujet, c*est tout cela que nous assure 
le sacrifice de Tautel. 11 est, en m^nre temps qu'un holo- 
causte, un sacrifice d'actions de graces, de satisfaction, 
d'imp^tration, et renferme ainsi au plus haut degr6 ce 
qui est le plus capable de plaire a Dieu, et, en apaisant 
sa justice, de nous valoir ses bont6s. 

Assur6ment tons les fideles participent h, ces bienfaite 
de la messe, qui multiplie dans le monde les moyensd^ 
salut, mais ceux qui y assistent y ont un droit special- 

La theologie nous offre sur ce point de magnifiquese* 
touchants apergus. « Les Chretiens, dit un savant auteur. 
offrent lo sacrifice en quelque sorte conjointement avec 
le pretre. Je sais bien que la puissance desacrifier reside 
proprcment dans les pretros, comme vicaires de J^sus- 
Christ, comme deputes expressement par TEglise, comme 
consacres pour cet office. Mais je crois pouvoir dire rai- 
sonnablomcnt que tous les chr6tiens en general, lors- 
qu'ils assistent k la messe, participent en quelque 
faQon, quoiqu'en un (leg re bien 61o4gn6, k cet auguste 
ministere, et qu'ils offrent conjointement avec ces minis- 



PREMlfeRB SECTION — RAPPORTS 423 

trcs publics cette pr^cieuse victime, soit parce qii'ils sent 
membres de I'figlise au nom de laquelle le pretre pre- 
sente le sacrifice; soit parce qu'ils consentent k son 
offrande par la presence qu'ils rendent a son autel; soit 
parce qu'ils joignent leur intention^ k la sienne. D'oii 
vient que le prfetre, parlant des assistants, dit qu'il oflFre 
pour eux le sacrifice et qu'ils Toffrent eux-m^mes : Pro 
fuibus tibi offerimiis, vel qui tibiofferunt. Et le pape Inno- 
cent III remarque que pour cette raison, il dit si souvent : 
Offerimus^ nous presentons, parce qu'il parte au nom de 
" toute TEglise et singuliferement de ceux qui sont presents 
^t qui offrcnt avec lui. Excellent office des Chretiens, 
?Ue nous pouvons appeler, avec saint Pierre, un sacerdoce 
Ji'oyal, regale sacerdotiuniy mais qui leur impose une 
^ouvelle obligation d'assister saintement k ces mysteres, 
Puiqu'ils les ofiFrent par leurs propres mains. » 

Des graces precieuses sont done attachecs k notre 
Assistance k la messe. Outre le fruit general et le fruit 
^J>ecial du sacrifice, appliques Tun k tons les hommes et 
P^rliculierement k la societe chr^tienne, Tautre, a ceux 
^U profit desquels le pretre determine son intention, il y 
^ un fruit tres special reserve au c61ebrant et aux fideles, 
^ui, comme nous venohs de le voir, en s'unissant a lui, 
c^lfebrent d'une certaine manifere avec lui. 

Les bons chr6tiens estiment ces avantages et se mon- 

trent avides de se les assurer. Comme la mere de saint 

Augustin, dont son fils dit « qu'elle ne manqua aucun 

jour d'assister k Tautel )>, ils ne negligent ricn pour 

sanctifier de la sorte le commencement de leur journ6e. 

Ont-ils des occupations nombreuses, ils se levent de 

meilleure lieure et rendent ainsi leur action plus meri- 

toires. « Chascun jor, beaul doulx fils, la saincte messe 

aurras, » recommandait le pere k son enfant, a Tepoque 



424 VENDREDI, 27 JUILLET 

de la chevalerie. G'6tait la un usage constant, nous 
affirme M. L^on Gautier, dans le bel ouvrage qu'il a 
consacr^ k cettc ^poque. De nos jours encore ces pieuses 
prescriptions sont comprises et pratiquees par nombre 
d'hommes de coeur. Pendant son s6jour k Laghouat, le 
g^n^ral de Sonis, dont GalifTet disait : cc Personne ne sait 
mieux que lui et tres bien commander et trfes bien ob6ir, » 
ne manquait jamais d'assister k la messe. » A six heures 
et demie ou sept heures, ^crit un oflicier attache a sa 
personne, il s'y rendait silencieusement. Je Vy accom- 
pagnais. Je me souviens, qu*en traversant la grande 
place qui s^pare Thdtel du commandant de T^glise de la 
ville, il m'arrivait souvent de le faire sourire par quel- 
ques propos juveniles. II m'en reprenait ensuite, me 
faisant remarquer que les musulmans ^taient s^rieux 
quand ils se rendaient k la prifere, et que ma gaiete 
d'enfant pourrait 6tre d^plac^e k leurs yeux. » Cette 
habitude ne rempftchait nuUement de remplir les im- 
portants devoirs attaches k ses fonctions. Au contraire, 
il ne s*en trouvait que mieux dispose k s'acquitter de sa 
t^che, comme on Test toujours lorsqu'on a la paix dans 
la conscience et la joie dans le coeur. « La meilleure 
manifere d'^conomiser le temps, ^crivait Ozanam, c'est 
d'en perdre tons les matins une demi-heure k la messe. 
Que de causes de dissipation ne retranche pas, en effet, 
pour le reste de la journ^e, cette seule demi-heure cons- 
ciencieusement perdue ! » La Rochejacquelin, traduisant 
la m£me pens^e dans son langage militaire, disait : 
a Quand j'ai perdu ma messe le matin, je suis toujours 
un pen canaille le reste de la joumSe. » L'illustre 0*Cod- 
nell, malgr^ sa vie surcharg6e, resta constamment fiddle, 
lui aussi, k cette pieuse habitude; et le dominicaia 
Burke afiirme que ce qui a contribu^ k faire de lui un 



PREMIBRB SECTION — RAPPORTS 425 

pritre, cela a 6t6 de voir Tattitude, pendant la messe, 
de ce grand orateur. Dc semblables exemples nous sont 
offerls par tons les hommes d'oeuvres dont on a ^cril la 
vie, et qui ont tous su allier k une exactitude scrupu- 
leuse dans Taccomplissement de leurs devoirs profes- 
sionnels une assiduity admirablement ^difiante aux 
exercices publics du culte chr6tien et particuliferement 
k la sainte messe. 

Sans doute, cette assiduity n'est pas possible au m6me 
iegri k tous, et Ton conQoit que parfois, assez rarement, 
du reste, elle paralt quelque pen incompatible avec cer- 
taines obligations d*6tat ou de famille. D^jk, au temps 
de saint Jean Chrysostome, des laiques se r6criaient en 
entendant les ardentes exhortations du saint prddicateur. 
Est-il possible, objectaient-ils, qu'un homme du monde, 
enchain^ aux affaires des tribunaux, par exemple, se 
derange trois fois par jour pour aller prier k I'dglise? — 
En effet, ce devait 6tre difficile k plusieurs, au moins en 
quelques cas, car chaque exercice se faisait k une heure 
d^termin^e, qui ne laissait aucun choix. Quand il s'agit 
de la messe, de nos jours on pent choisir son heure, au 
moins dans les localit^s importantes, et dans les cam- 
pagnes il est rare qu*on soit occupd de mani^re k ^tre 
empich^, s^rieusement, si Ton est dispose a se g6ner, 
d assister k la messe. Nous disons : si Ton est disposd 
a se gftner, car, en g^n^ral tout est Ik. 

H6Ias ! on se gtoe pour mille choses qui n^attirent 
qu'ennui et remords. On se g^ne pour passer le soir 
quelques heures dans des plaisirs ; on se gkne pour aller 
enfin voir quelque chose d'insignifiant ; on se g^ne pour 
itre en mesure de prolonger une conversation, parfois 
futile, sinon coupable, qui flatte la curiosity, quand elle 
ne donne pas une criminelle p&ture k la m^chancet6 et k 



426 VENDREDI, 27 lUILLET 

Ten vie. Et Ton ne se general t pas pour goilter le bonheur 
d'etre avec J6sus-Christ, pour contempler le spectacle 
divin de sa supreme bonte dans son supreme sacrifice, 
pour s'entretenip avec lui d'une manifere intime au 
moment ou il agit davantage pour nous ! On ne se gene- 
rait pas, quand il s'agit de garantir les int^rets les plus 
chers, les plus precieux du temps et de r^ternit6 ! On 
ne se g^nerait pas pour recevoir plus abondamment le 
sang sacre que le Sauveur verse si g^n6reusement pour 
nous communiquer sa force et sa gloire ! 

Certes, il semble bien que ceux qui ont un peu de foi 
doivent avoir besoin moins d'etre excit(§s k assister k 
une c6remonie si grande et dont ils tirent si grand pro- 
fit, que d'etre consoles, lorsqu'ils ont 6t6 emp^ch^s dV 
prendre part. 

Disons, pour ceux qui se trouvent dans ce dernier cas, 
que si Ton ne pent disposer de son temps, on peut dis- 
poser de ses sentiments, et Dieu, nous ne le r^peterons 
jamais trop, b^nit surtout la bonne volont^. Les chefs 
de la famille retenus cliez eux par des obligations im- 
pericuses n'ont pas pour cela k rester strangers a ce 
qui se passe k T^glise. Du moment ou la cloche se fait 
entendre k eux, sinon pour les inviter k abandonner 
• des travaux qu'ils ne sauraient quitter sans incon- 
venient, qu*au moins ils s'unissent aux pr&tres et aux 
fiddles rdunis dans Tdglise, aiin d'attirer sur eux et 
sur les leurs, sur leurs chers enfants en particulier, la 
benediction divine et qu'ils repfetent du fond de leur 
coBur : honneur et gloire a TAgneau qui s'offre pour nous 
en victime sur Tautel : Sedenti Agno in throno, honor et 
gloria ! 

Que de choses il reste k dire sur un sujet des plus 
fiiconds ! Nous n'avons parl^, en effet, que de Thonneur 



PREHliSlE SECTION — RAPPORTS 427 

du i un DIeu qui s'immole, et de Tutilitd que nous reti- 
rons de ce sacrifice; nous aurions k rappeler encore 
'esprit de I'^glise, dont les institutions et les exhorta- 
tions nous manifestent les vifs d^sirs; le devoir de T^di- 
fication qu'il convient de donner surtout de nos jours 
pour ranimer partout la vie chrdtienne, qu'il convient 
^e donner principalement si, par la position dont oa 
jouit, on est en mesure d'exercer autour de soi une heu- 
f'euse influence. Bien d'autres considerations encore se 
'^pportent & cet objet si important, mais notre travail 
^st d6ja trop long et d'autres, plus savants et plus 61o- 
^Uents, sauront supplier h ce qui ne merite d'indul- 
Sence qu'a cause de notre bonne volontd et de notre 
^ouhait ardent de voir mieux honord le sacrifice de nos 
^utels. 

Puissent les bons chritiens s'inspirer toujours davan- 

*^ge des sentiments de la foi et de la charitd, ne rich 

l^igliger pour que Tholocauste quolidien soit bien le 

leur, et leur attire des graces copieuses, selon le mot du 

prophete, holocaiisttim tuinn piayiie fiat; eviter de laisser 

la victime sainte dans une solitude injurieuse pour elle 

et scandaleuse pour les gens du monde port6s assez jus- 

tement a concevoir de la d(5fiance, du m6pris poiir 

ceux qui, faisant profession de croire a d'augustes rays- 

tferes, offrent le spectacle indigne d'une conduite con- 

traire k leurs belles theories. Croyons et agissons; c'est 

la vraie maniere de ranimer le respect pour nos 

croyances, de ne pas laisser de doute sur notre siri- 

c6rit(5, et surtout si nous vivons saintement, de faire 

dire avec admiration k la vue des vertus qui doivent 

kive les effets du sacrifice : Ubiciimque fuerit corpus, illic 

congregabuntur et aquilae. 



ABRfeGfi DU RAPPORT 



sar 



LE CULTE DE LA SAINTE FAMILLE 



ET l'eUCHARISTIE 



Par M. Yahhi de LEUDEYILLE, Ghaaoine de Versailles. 



Afin de manager les heures tix^es pour les stances du 
Congrfes, je lirai seulement un r^sumd du rapport que 
j'avais pr^par^ sur le culte de la Sainte Famille et 
TEucharistie. Ce rapport, que j'ai fait imprimer (1) pour 
les personnes qui d^sireront mieux dtudier le sujet, a 
pour fond trois id^es principales. 

II expose d'abord succinctement les relations que la 
Tres Sainte Eucharistie et la Sainte Famille ont entre 
elles. 

En second lieu, il exprime la pens6e que Tesprit de la 
Sainte Famille, resume pratiquement dans Tamour ct 
Tob^issance envers Dieu, comme J^sus, Marie, Joseph 
en ont donn6 I'exemple, doit servir de base k I'adoration 
des fiddles. 

Enfm, il explique comment le culte de la Sainte Fa- 
mille semble rdserv^ providentiellement k notre ^poque 
pour servir de lien d'union aux catholiques, en leur 
faisant mieux comprendre cet esprit fondamental et sa 
pratique. 

(i) Rapport sur le Culte de la Sainte Famille et V Eucharistie ^ 
par M. Tabbd de Leudeville, brochure in-8°. Bar-Ie-Duc, impri- 
merie de Saint-Paul, 1894. 



PREMlibRE SECTION — RAPPORTS 429 

I. — Premiferement, la sainte maison de Nazareth 
doit fttre consid^r^e comme le prototype de T^lglise et 
de tous les sanctuaires eucharistiques, puisque c'est 1^ 
que le pain vivant, le pain de vie pour les hommes, a^t^ 
divinement form^ de la substance de la Trfes Sainte 
Vierg-e; Ik aussi que le pain mat^riel^ fruit du travail de 
Saint Joseph, a fait croitre J^sus jusqu*^ I'^ge parfait, 
pour qu'il fut ce pain supersubstanTiel qu'on mange 
dans la Trfes Sainte Eucharistie. 

Mais comment ce pain donne-t-il la vie aux hommes ? 

Ce n'est pas seulement parce qu'il est la chair da Fils 

de rhomme, c'est parce que cette chair divinis6e en 

Jesus-Christ ne fait plus qu'un avec Tesprit, lequel, sui- 

vant rfivangile, esi seul capable de vivifier. Or, Texemple 

de la Sainte Famille prouve que Tamour est ndcessaire 

pour donner i cet esprit son aliment, et que Tobdissance 

ii Dieu est sa rfegle, comme il r^suite de cette parole du 

Seigneur : « Ma nourriture est de faire la volont6 de 

Celui qui m'a envoys et d'accomplir son oeuvre. » 

II. — Non seulement la Sainte Famille est le berceau 
de THomme-Dieu, et c*est en elle qu'il a form^ sa chair 
eucharistique, mais la vie de cette Famille toute sainte 
est particulierement V^cole sublime de V adoration en es- 
prit et en v4rit4. Marie et Joseph avec J(5sus n'avaient 
pas, en effet, d'autre culte que celui de Tamour obdissant 
k la volont^ du Pfere celeste, et cette m^me volont^ 
r^glait aussi toute Tadoration de Marie et de Joseph 
envers J^sus. Trente ann^es, durant lesquelles ces trois 
augustes personnes ont concentre leur vie dans la pra- 
tique exclusive de I'amour obdissant, nous semblent bien 
determiner quel est le vrai caracttere de leur esprit, et ne 
laisser aucun doute sur ce point, qu*on doit considdrer 



430 VENDREDI, 27 JUILLET 

cette pratique comme Tid^al de la religion chr^tienne. 
On pent done dire que la Sainte Famille, k present mise 
en relief par la succession des faits religieux et par le 
D^cret de S. S. L^on XIII, qui donne k son culte une 
extension universelle, parait providentiellement destin^e 
a raviver le veritable esprit de foi dans le monde sous 
cette forme adoratrice. La Sainte Famille de Nazareth 
est le moule divin qui donnera au si&cle Aouveau cette 
religieuse forme, et Jdsus, Marie, Joseph seront ainsi le 
centre et le lien de Tunion universelle. 

III. — Avant d'aborder ce troisifeme point du rapport, 
il convient de signaler un fait remarquable, c'est qu*au- 
jourd'hui la devotion chr6tienne a trois objets principaux 
intimement li^s entre eux : le culte du Trhs Saint Sacre- 
ment, celui du Sacr^-Cceur de Jdsus et celui de la Sainte 
Famille, lesquels ont pour commune base V amour et le 
sacrifice. On pent en conclure que ces trois cultes, quoi- 
que distincts, doivent former un tout dans la d<SvotioD 
des fidfeles, parce qu'ils tendent, chacun dans leur sens, a 
une m^me fm, qui est d'unir les hommes k Dieu par une 
amoureuse adh(^sion a la Volont6 divine. 

Si Dieu se plait a rattacher ainsi ces ceuvres capitales 
entre elles, c'est sans doute pour fixer Tattention des 
hommes de notre temps sur la pens^e d'union. Non 
seulement 11 daigne par \k montrer combien est f^conde 
la simplicite mise dans les voies multiples du salut, 
mais II veut surtout faire comprendre aux fidMes qu*ils 
doivent tendre tons k Tunit^ d'action, m&me ext^rieure, 
par Tadh^sion k un m^me esprit; or, nous avons bien 
constats que Texemple de cette conformity d*actes et de 
sentiments ne se trouvait nuUe part aussi ciairement 
exprim^ que dans la vie familiale de J^sus, Marie, 



PREIUERE SECTION — RAPPORTS 431 

Joseph k Nazareth; on est done autoris^ k conclure que 
tous les efforts des catholiques dirigds maintenant vers 
Tunion, par les avis pressants et les soUicitations r^it6- 
rees de S. S. L^on XIII, doivent converger vers la 
Sainte Famille pour y prendre son esprit d'amour ob^is- 
sant comme lien de cohesion, afin de donner k leur 
action commune la puissance du nombre centupl^e par 
Tattachement de tous au m^me principe. 

IV. — Le rapport indique deux moyens sp^ciaux pour 
^tendre Tunion. C'est d'abord une oeuvre cr6^e en 1876 
sous forme de confr^rie et destin^e a rdpandre Tesprit de 
la Sainte Famille. Le Bref que S. S. L^on XIII a daign^ 
accorder au Promoteur de cette oeuvre nous dispense 
d'en faire T^loge. Ce Bref, qu'on trouvera textuellement 
cite comme appendice au rapport, est la plus magnifique 
demonstration qu'on puisse faire de la prcSf^rence qu'il 
convient de donner a I'amour ob^issant comme moyen 
de reforme pour notre sifecle. 

Nous n en citerons que ce passage : 

« Dans le temps present oil la charitd s'est ^teinte ou 
refroidie dans un grand nombre, nous croyons souve- 
raincment opportun et utile que des hommes de bonne 
volenti, par I'emploi de nouveaux stimulants, s'enflam- 
ment d'un d^sirplus vif de pratiquer ces vertus (d'amour 
et d ob^issance) avec plus de perfection et de s'adjoin* 
dre le plus grand nombre d'associ^s unis dans la pour- 
suite du meme but. » 

A ce moyen de faire Tunion dans toute la force de 
son principe, le Saint-Pfere a derniferement ajoutd V Asso- 
ciation des families consacries a la Sainte Famille de 
Nazareth, moyen puissant pour agir tout a la fois au 
point de vue religieux et social en amdliorant les fa- 



432 YENDRRDI, 27 JUILLET 

milles. Ces deux oeuvres sont comme deux colonnes sor 
lesquelles on peut appuyer Y esprit d'amour obiissctnt 
pour I'opposer directement ii la frano-maQonnerie, union 
satanique, laquelle ne recuiera que devant Tesprit de 
Dieu, quand il aura, par ces moyens, repris possession 
du CGBur des hommes. 

V. — Tons les chr^tiens devraient s'empresser de 
concourir k cette oeuvre de defense catholiquc; mais ne 
serait-ce pas k ceux dont la devotion tient de plus pr^s k 
la personne adorable du Verbe Incarn^ qu'il incombe de 
donner la plus vive impulsion Jl ce mouvement d'union 
gdn^rale ? C'est aux amis du Sacrd-Coeur de J^sus et aux 
z^lateurs du Trfes Saint Sacrement que je m'adresse. lis 
pourraient, je crois, sans nuire k la devotion sp^ciale, 
prendre en mains les inWr^ts de cette oeuvre, souveraine- 
ment opporturie et utile^ comme vient de leur dire le 
Vicaire de Jdsus-Christ, et puisqu'ils ont d6ji de nom- 
breux comit^s bien constitu^s, ils trouveraient la un 
moyen facile de propager Tiddc de Tunion universelle 
sans faire aucun tort au but que vise leur attrait parti- 
culier. 

En terminant, je cite le dernier paragraphe du rapport 
qui conclut en ces termes : 

On fait maintenant de trfes belles oeuvres pour rappro- 
cher les diverses classes entre elles : c'est fort utile, c'est 
trfes louable, mais on ne touche sou vent qu*k T^corce de 
Tarbre social quand il faudrait porter le remfede au cobut, 
C'est Tesprit qui forme le coeur pour le rendre bon ou 
mauvais, qui le vivifie; nous I'avons reconnu pr^c^dem- 
ment, c'est par Tesprit que dans TEucbaristie mftme 
J^sus-Christ communique a nos ftmes la gr4ce de son 
amour obdissant. Quelle gloire et quel m^rite pour ceux 



PREMIERE SECTION — RAPPORTS 433 

qui se d^voueront aujourd'hui h vulgariser Temploi de 
ce principe divin, marque du regne de notre bon Sau- 
veur ! Mais comme c'est rceuvre la plus mis^ricordieuse 
du Sacr^CoBur de J^sus de donner a present pour centre 
a Tunion des families, des individus et des peuples la 
Sainte Famille de Nazareth, dont lui-meme est insepara- 
ble, on peut assur^ment conclure que le cultc eucharis- 
tique ga^era toujours a la plus large extension de celui 
dont le but est de faire connaitre et aimer davantage 
Jesus, Marie, Joseph, manifestos dans la gr^ce rOgOnOra- 
trice de leur admirable union. 

Dans Tespoir qu'un exposO si incomplet a pu nOan- 
moins laisser une bonne impression dans T^me des 
bienveillants auditeurs de cette notice, Tauteur du rap- 
port sur le culte de la Sainte Famille et TEucharistie 
exprime le dOsir que la religieuse assemblOe des Con- 
gressistes veuille bien consentir it formuler le vceu 
suivanl : 

U Congres eucharistique de Reims imet le vceu qu'une 
supplique soil prisentie a Sa Saintet4 Uon XIII pour 
quEUe daigne itendre a touie Ftglise F Archiconfririe 
dite Union dans la Sainte Famille, laquelie n'est jusqu'd 
prisent atUorisie que pour la France. 

Le Congres croit que cette extension serait tres utile au 
developpement giniral de I'esprit d'union parmi les 
fideles. 



DE U COMMUNION FR^QUENTE POUR LES HOMMES 

Et specialement pour les Hommes d^OSuvres 



Par le R. P. DURAND. 



Eminences, 

Messetgneurs, 

Messieuks, 

Que voulons-nous , que cherchons-nous dans nos 
Congrfes eucharisliques, si ce n'est le triomphe complet 
de notre divin Roi, present et vivant dans la sainle 
Eucharistie ? Oui, nous voulons que Noire Seigneur 
J6sus-Clirist rfegne sur les &mes et sur les peuples, 
parce qu'U en a le droit ; parce que nous avons besoin 
de pain el de bonheur, et que Lui seul est Tauteur de 
tout bien ; or, nous nous ^crions avec saint Paul : II 
faut qu*il rfegne ! Oportei ilium regnare ! 

Done, k ce pauvre monde qui s'6gare de plus en plus 
hors du bon cliemin ; qui retourne aux t^nebres de la 
barbaric, en d6pit de ses pr6lendues lumiferes ; enfin, 
qui se meurt an milieu de violentes convulsions, nous 
avons la haute pretention de rendre J^sus-Christ, la 
voie, la v6ril6, la vie. Mais pour donner Jesus-Christ, 
il faut le poss6der : on ne donne pas ce qu*on n'a pas. 
Pour faire ravonner autour de soi la lumifere et ramour, 
pour repandre le parfum du Christ, il faudrait que Ton 
puisse dire comme TApdlre : Ce n'est pas mot qui vis, 
c'est JhtiS'C/irist qiiiviten moi, Mais encore, comment 
cette merveille s'accomplira-t-elle ? Vous pressentcz 



PRRMlfeRE SECTION — RAPPORTS 435 



bien la r^ponse^ c'est par la communion et la commu- 
nion fr^quenfe seulement. Voilk le moyen, et ii n'y en 
^ pas d'autre. Dieu merci, il est k notre portee, il est 
facile et plus pratique qu'on ne pense. 

Permettez-moi d'attirer votre attention sur ce point 
capital de nos pieuses deliberations, et de vous parler 
rfe la necessity d'une communion plus friquente pour 
'es hommes, et surtout pour les hommes d'oeuvres, si, 
rfans leurs efforts, pour r6g6n6rer la soci6te, ils veulent 
obtenir des r6sultats s^rieux et durables. 

Cest 1&, me semble-t-il, la question eucharistique 
^fale par excellence. La majority des hommes conti- 
^Oera-t-elle k deserter la sainte table ou k n'user qu'avec 
P^rcimonie du Pain de la vie etemelle, ou bien compren- 
dr^a-t-on enfin que c'est dans Tunion au Christ vain- 
^i:ieur du p6che, de la morl et~ de Satan que se Irouvent 
'^ force, le courage et le secret de la victoire? Tout 
^stli! 

I. — Dans cet appel, je m'adresse particulierement 

*^"ux hommes, parce qu'ils ont plus besoin que les femmcs 

^^'fetre stimulus, parce que, helas! ce sont surtout les 

^^ommes qui font la sourde oreille aux cris d'amour qui 

^'echappent du Cceur sacr6 de J^sus. 

Et d'abord", permettez-moi de m'6lonncr d'une chose 

vraiment curieuse, quand on Texamino k fond. Ce 

fait extraordinaire qui semble si d6fmilivement enlr6 

dans les moeurs de notre epoque qu'on n'y fait plus 

attention, c'est que les Chretiens memo pratiquants 

communient dix fois moins, que dis-je? cent fois inohis 

que les femmcs! Que signifie done ce myslere? Y aurait- 

il deux lois diff^rentcs par rapport au [)recepte de la 

communion, une pour les femmes, uoe autre pour les 



436 VENDREDI, 27 JUILLET 

homines ! Y aurai(-il deux chemins difT^Tents pour alter 
en paradis, ou bien les hommes ne seraienl-ils pas de 
la nieme nalure que les femmes? Auraienl-ils par hasard 
moins de passions a vaincre, moins de diRicull^s k sur- 
monler, plus de force morale pour Iriompher du mal 
que leurs epouses, leurs filles, leurs soeurs? Je no vois 
rien dans TEvangile, rien dans Tliistoire, rien dans 
Tordre nalurel des choses qui m'aulorise k pcnser de la 
sorte. 

Eq y r6flecliissanl, je comprendrais une conduiie 
out opposee, c'esl a dire les hommes communiani plus 
souvent que les femmes. En effel, le sacrement de I'Eu- 
charislie les honore tout parliculiferement et a 61^ insli- 
iu^ pour eux avant tout, puisque c*est k des hommes^ 
aux douze ap6tres, qu'une main divine a distribu^ la 
premiere des communions, puisque c*est par des hom- 
mes, uniquement par des hommes, que le divin Sauveur 
a r^solu de se donner au monde jusqu*k la fin des sifecles. 
Quoi de plus? Les hommes ne sont-ils pas g^n^ralement 
plus exposes que les femmes, au point de vue du salut? 
N*ont-ils pas plus de responsabilit6 ? Ne sont-ils pas les 
chefs de la famille et de la society ? Ne les voit-on pas k la 
t^te de toutes les grandes entreprises? A tons ces litres 
ils devraient aussi arriver les premiers et les plus nom- 
breux k la salle du festin. Mais, hSlas! ne faut-il pas 
ajouler qu'ils sont encore et surtout les premiers quand 
il s'agit de blasphemer et de se r6volter conlre Dieu, 
son Christ et son figlise ? Ne sont-ce pas les hommes qui 
inventent les schismes et les h6r6sieg ; qui corrompent 
les niopurs par le theillre et les mauvais romans; qui 
font les revolutions et les gouvernements impies et per- 
secuteurs?Dc la pour eux, avant lout, Tobligation rigou* 
reuse d une immense reparation, reparation qui ne peut 



PRCMIERE SECTION — RAPPORTS 437 



s'accomplir qu'au pied des autels, dans runion r6elle, 
dans la communion enfin a la divine Victime, k I'Agneau 
toujours immol^y s'offrant chaque jour pour le salut des 
pecheurs. Et c'est pourquoi je ne comprendsVien ni k 
retle apostasie presque universelle des liommes par 
rapport a la fr^quentalion des sacremenls, ni a cetle. 
privalion si grande de la plus substantielle des nourri- 
lures. que s'imposent tant de braves chr6tiens qui 
auraient besoin de force surnalurelle et d'une Anergic 
morale exceptionnelle au milieu des combats de la vie 
raoderne. 



II. — Quoi qu'il en soit, point n'est besoin d'une longue 
observation pour constater que les hommes, el particu- 
lierement les hommes d'oDuvres^ ne communicnt pas 
assez. En g^n^ral, les membres des ceuvres catlioliques 
et ceux qui les dirigent se contentent trop facilement 
iVwn certain minimum de communions, dont les resultats 
sonl aussi ires minimeSy quand ils ne sont pas tout a fait 
nuls. Je ne crois pas me tromper en affirmant que dans 
la plupart des maisons d'education calholique, la 
moyeniie des communions, pour la majority des elfeves, 
osl de tons les mois ou de tons les quinze jours en y 
njoulanl les grandes fetes, et que c'est la minority qui 
('omiDunie tons les huit jours, ou plus souvent; que dans 
les patronages et les cercles catholiques, qui sont des 
ipuvres sociales au premier chef, les communions sont 
»*iicore plus rares. Je pourrais citer de grandes oeuvres 
de jeunesse k Paris et ailleurs ou la plupart des jeunes 
ij:ens se contentent de communier deux ou trois fois Tan 
*'t quelques-uns k Piques seulement, tres humblement^ 
irop humblcment k mon avis. 



2» 



438 VENDREDI, 27 JCILLET 



Eh biciil Messieurs, ce n est pasavecun pareil regime 
que Pon formera des temperaments chr^tiens vraiment 
robustes, de ces hommes de caractfere, de ces vaillants 
Intteurs comme il en faudrait, non seulement pour nous 
d^fendre contre les attaques de la franc-maQonnerie et 
dn socialisme, mais encore pour attaquer, nou&-memes, 
combattre et terrasser enfin nos ennemis les plus puis- 
sanls. 

No savons-nous pas du reste que TEucharistie est le 
principe generateur du devouemenl et du sacrifice ; que 
plus la communion est en lionneur dans unc famille, 
une cpuvre, une paroisse, plus Dieu les benit? que plus 
on seme dUiosties dans le champ des c\mes, plus on y 
r^collo do vocations, de saintet^, d'heroisme? 

N'esl-il pas de toule evidence que nous n'avons tlt» 
valeur que par Notre Seigneur Jesus-Christ, que sana 
Lui, nous tie pouvons rien, que plus nous lui serons 
unis plus nous porterons de fruits? 

Mais alors, pourquoi done ne pas communicr plus 
souvent ? pourquoi, selon Tenorgique expression du 
P. Eymard, ne pas faire travailler davantage le Sainl 
Sacromcnt ? 

hommes d'oeuvres qui m'enlcndez, -communie/ 
done plus souvent, je vous en conjure ; imitez au moins 
d'aussi pres que possible quelques-uns de ces hardis 
pionniers de Taction sociale, trop rares encore, qui 
avoucnt franchemcnt qu'ils doivent tout a la communion 
quotidienne, et leur intelHgence pratique des horames 
et dos choses, et leur sainle audace, et les raerveillos 
dont ils sont les heureux instruments. 

Dans les travaux qui vous incombent, vous avez 
besoin d*un courage surhumain ; co n*est pas avcc des 
ennemis ordinaircs que vous avez k vous mesurcr; le 



PREMIBRB SECTION - RAPPORTS 439 

noDde moderne est en quelque sorte poss^de par le 
d^moQ, il ne peut 6lre vaincu que par des hommes 
pos$idis de J^sus-Christ, que par des adorateurs et des 
((nnmuniants, 

flommes d'4tudes,qui cherchez sincferement k 6clairer 

h queslion sociale, venez done k J6sus-Hoslie, nour- 

rissez-vous de sa doctrine et de son amour en vous 

ftpprochant du soleil eucharistique , en mangeant le 

pain de la lumifere, et au contact briilant de son coeur; 

pleins de piti^ pour les masses, vous comprendrez et 

vous chercherez a faire comprendre a d'aulres que 

''Eucharistie est vraiment le pain du peuplc ; que si les 

pauvres et les travailleurs manquent de resignation et 

sont trop avides des jouissances lerrestres, c'cst qu'ils 

^nl oublie que le Mailre el le Cr^ateur des mondes, 

present et vivant dans TEucharistie, fut aussi riiumblo 

2*1 le pauvre ouvrier de Nazareth ; que si les riches 

ttianquent si facilement a leurs devoirs, c*est qu'ils ne 

v^iennent pas assez k T^coledu tabernacle, oiiils appren- 

draient la g6n6rosit6 avec ThumiUt^ et la simplicite. 

fSfudiez, scrutez le fond des choses, et vous vcrrcz que 

la queslion sociale est inlimemenl liee k la question 

eucharistique, et que la solution de toules les difficullds 

(jui s'v rallachent est loujours dans le Christ, comme 

disail Tertullien, de son temps : solutio omnium diffi- 

cultatwn Christ us. 

Que veul en efifet le socialisme, si cc n'esl la ruine do 
la propri^te, la destruction de la famille, raneanlisse- 
ment de toute id^e religieuse ? Eh bien 1 Irouvez, si 
vous le pouvez, quelque moyen plus artif ct plus puis- 
sant que le Trfes Saint Sacremenl, compris el aime 
pratiquement, pour inspirer plus forlemenl le respect 
des personnes et des choses ; pour relever, forlilior. 



440 YENDREDI, 27 JUILLET 



f6conder la famille chretienne, pour impr^gner les ftmes 
de religion ct de pi^l^. 

Qu'est-cc que le socialisme ? c'est le Iriomphe de 
r^goismc, c'est une oeuvre de haine. Qu'est-ce que 
rEucharistie ? c'est le Iriomphe du d6vouement, c'est 
TcBuvre d'amour par excellence. 

Done c*est en vous plongeant dans celle fournaise 
d'amour qu'est le Tres Saint Sacrement que vous pourrez 
osperer de vaincre le socialisme. Au radicalisme de la 
haine opposez le radicalisme de I'amour : Vince in bono 
tnaltim, 

III. — Mais eufm, me direz-vous, Messieurs, combien 
de fois devons-nous communier? Je ne vous r^pondrai 
pas : comruuniez tons les huit jours on tons les mois ou 
chaque jour. Je vous dirai simplemeut, avec un th^olo- 
gien de marque, Frassinetti, que Pie IX de sainte 
m^moire eslimait comme Tun des meilleurs de noire 
epoque : Communiez tant que vous pourrez avec la 
permission de votre directeur et aspirez a communier 
rhaque jour ; ne vous estimez heureux que lorsque, 
dans le tours de rann^e, il n'y aura qiCun seul jour 
ou vous ne puissiez pas communier^ le vendredi saint, 
Ces paroles sont de Frassinelti. 

MediLez-les, Messieurs, et failes-en votre profit. De 
grikce, ne reglez pas de telle sorle vos rapports intimes 
avec Notre-Seigneur que vous ne lui ouvriez plus la 
porle de votre coeur qu'k des dates fixes, immuables. 
liombien de braves chretiens ont pris, h telle Epoque, 
la resolution de communier aux grandes fttes et le pre- 
mier vendredi du mois, par exempler, et, toute leur vie, 
iis communieront aux grandes fttes el le premier ven- 
ih:edi de chaque mois ; et ils n'auront jamais Tid^e de 



PREMIERE SECTION — RAPPORTS 44i 

■ 

sortir de cetle routine. Ah ! cerles , je suis loin de 
bl^mer ceux qui ont cette bonne habitude, ct plaise k 
Dieu que tons les chr^tiens en soient 1^ ! Mais enfin, 
pourquoi resserrer en des limites plus ou moins 6troites 
Toc^n du divin amour qui voudrait ftlre sans rivages 
comma il est sans profondeur ? £t si un bosoin plus 
pressant du celeste remade se fait sentir ? El si une 
soif plus ardente du sang pr^cieux vous brule inlerieu- 
rement ? pourquoi vous exposer a mourir de soif ou 
d'inanition ? Ne voulez-vous plus jamais faire Tombre 
d*un progres dans Tamour de Dieu ? Et ne savez-vous 
pas que Tamour tend k Tunion ? 

N'oubliez done jamais ce grand principe qui devrait 
tout r^gler en cette adorable mati^re, c'est que lout 
Chretien est fait uniquemenl pour P6ternelle commu- 
nion du ciel, et que sa vie tout entifere doit «Mre uae 
preparation, un acheminement h. ce tcrme divin. II 
8*ensuit que rien n'est plus dans la logique des choses 
surnaturelles que la communion fr^quenle et surlout 
quotidienne, et qu'il avail bien raison eel liomme de 
Dieu, ce saint homme de Tours qui disait iin jour : 
« Si je cormaissais quelque part une paroisse dans 
laquelle il fut permis de communier quatre fois par jour, 
vite je ferais mes malles et je prendrais le premier train 
pour y oiler ! » 

Que si vous n'fetes pas encore convaincus, apres lout 
ce que je viens de vous dire, de la n6cessit6 d'un relour 
k une communion plus fr6quente, k noire 6poque, et si 
vous Irouvez cette pratique extraordinaire, je vous dirai 
pour terminer que nous sommes dans un temps extra- 
ordinaire, et qu'k des maux extraordinaires il faut appli- 
quer un remfede extraordinaire. C'est par la commu- 



'442 VENDREDI, 27 JUILLET 



nioQ que les premiers Chretiens ont triomph^ da 
paganisme antique, c'est par la communion que les 
Chretiens du vingtifeme sifecle Iriompheront de la Revo- 
lution, parce qu*il n'y a pas deux sauveurs du monde 
ni deux triomphateurs de Satan, il n'y en a quun^ le 
Christ J^sus, & qui soit tout honneur et toute gloire aux 
sibcles des sibcles ! 

VcEu : Le Congres eucharistique de Reims imet le vcsu 
que les hommeSy et particulierement les hommes d'ceu- 
vresy communierU plus souvent pour avoir plus de force 
et de courage dans leurs entreprises^ et pour assitrer 
davantage le triomphe du bien sur le maL 



URBAIN IV, DE TROYES 

ARCHIDIACRE DE LAON 

Rapport fait au Gongr^s par M. rabb6 G0L80N, 
Gur6 de Grancey (Aube). 



« Jerusalem Campanix. 

n II viendra de Jerusalem le flls de Ghampagoe. » 

(Parole* de S. Malacbib lar la sacceMioa d4s Papes.) 



Eminences, 

Messeigneurs, 

Messieurs, 

L*heure de la Providence divine ne semblc-t-elle pas 
cnfin venue, oii les unanimes acclamations de cette 
<rrande Assemblde vont attirer Tattention du monde 
caiholique sur Tun des plus grands pontifes de la Chaire 
sacree, sur Tun des plus illustres fils de Champagne. U 
anin droit souverain k la v^n^ration de tous les amis du 
Tr^s Saint Sacrement. II est du devoir de ce Congr^s de 
lui clever un trdne de reconnaissance et de gloire. 

N'est-ce pas k Urbain IV que nous devons, depuis six 
Slides, ces fetes incomparables dont cette noble Eglise 
dc Reims est aujourd'hui l^gitimement fidre, ffttes n^es 
de Tardent amour de Jacques Pantaleon pour Notre 
Seigneur Jdsus-Christ, v^ritablement present k Tauguste 
Sacrement de nos autels. Beaucoup de fiddles ne con- 
naissent ce Pape que bien imparfaitement. Beaucouf 
ont cru jusqu*^ ce jour que nous ne lui devious que Tinsti- 
tution de la F£te-Dieu pour TEglise universelle, ce qui 
sufBrait A&]k k lui m^riter notre reconnaissance, tandis 



441 VENDREDI, 27 JUILLET 

qu'en r^alit^ on peul dire, sans exag^ration aucune. 
qu*ilfut, d^s ses plus lendres ann^es, notre modele et 
notre matire dans les di verses maniferes d'honorer Tado- 
rablc Eucharislie. 

ATroyes, k Laon, durant son patriarchal de Jerusalem 
comme sur le si5ge de Pierre, au milieu des plus dures 
ipreuves, Urbain IV prepare, assure « au Roi immorlel »>, 
indignement outrage dans la « plus grande merveille 
de son amour », des triomphes grandioses et de solen- 
nelles reparations. 

Au Congr^s de Paris, un enfant du pays d' Urbain IV 
nous a racontd Tenfance de Jacques Pantalton de Troyes, 
retrace h grands traits sa vie. Ce r^cit est insert 
au Compte rendu dti Congres Eucharistique de Pari$ 
de 1888 (1). 

Aujourd'hui, nous examinerons specialement lamour 
d'Urbain IV pour J^sus-Hostie, k Laon, k Jerusalem, 
pendant son pontificat et k Troves, sa chfere patrie. 

Si nous ne parlous pas longuement de Liege, c'est 
parce que nos vaillants fr^res de Belgique ont dopuis 
longtemps racontd les travaux d'Urbain IV k Li6go (^n 
feiveur du Culte eucharistique; c'est parce que, nons 
apportant Tappui de sa haute et sainte personnalite pour 
la glorification du Pape de TEucharistie, notre bien- 
aime President general, M*' Doutreloux, a b^ni et en- 
courage nos efforts et racontd les actes de Jacques 
Pantaloon a Li^ge. 

Jacques Pantaloon & Laon. — II est nomm6 archi- 
diacre. — L'enseignement donn^ par Jacques Panta- 

(1) Nous renvoyons k ce compte rendu du Congres de 1888 
ceux de nos lecteurs qui voudraient connaitre Thistoire des pre- 
mieres annees d'Urbain IV. 



PREMIERE SECTION — RAPPORTS 445 

Uon dans la grande Universite do Paris avail aliird sur 
\iii\es regards des plus hauls prelats. Beaucoup d'entn* 
eux tentferent de renlover k son Eglisc do Troyos pour 
leiixer dansleur dioc^so. Ce fut Anselmo do Maulmv, 
n4 i Bercenay-le-Hayer, dv^quo de Laon, son codioco- 
sain, qui eut la pr^Krenco. Avec Tautorisalion do son 
^vfique, Jacaues de Troyos dovint th^ologion ol arclii- 
diacre do PEglise de Laon. 

Son humilitc^ profondo fit qu'il fut juslomont effrayo 
de se voir le premier dans ce ('liapitre do Laon, regards 
alors comme un dos plus distingu(^s de Franco par la 
iioblesse et r^ducation. Aussi, Tarchidiacro s'o(TorQa-t-il 
degagner raffoclion do tons par une bonto si grando et 
^ne modestie si cliarmante, qu'il fit oublior qu*il clait lo 
siip<5rieur, se rappelanl que los esprits durs ot liautains 
peuvent bien inspirer la crainte, mais no savent jamais 
gagner la confiance des coours. Aussi, tous se sonl(»nt 
Jitliros vers lui, le regardent comme un maitre rompli 
de sagesse et de Tesprit de Dieu. 

Son ardente devotion envors la Tr^s Saiiilo Euclia- 
rislie semble le trait caracl(^risliqiie de la vio du clia- 
noine Pantaldon. Au rapport de tous sos liislorions, 
«< jamais il n'olTrait le saint Sacrifice sans nu>lor sos 
« larmes a cellos de Tauguste victime d(»s autels ». 

Son cflBur enflammo s'opanclio dans do delicioux 
coUoquos, dans do mysloriousos intimites avoc ril6to 
divin du Tabernacle ; aussi, semblo-t-il pluldt un sora- 
phin qu'un homme. II parait, h cos moments, contom- 
pler comme face k face le Sauveur souffrant ot mourant 
d amour sur la croix. 

Dans ses promenades sous los arcoaux gothiques du 
cloilre, il n'a pas de plus douce joie que de s'entretenir 
de Fauguste iddal qu*il doit realiser plus tard par Tins- 



4&6 VENDREDI, 27 JUILLET 

tiiution do la F6tc-Dieu. II prelude sur le th^^lre 
treini de KKglise de Laon, en atlendanl qu*il puisse 
ordonner dans le monde entier. 

Gnlcc a son g^nie, Jacques Pantaloon a l*intuilioa 
qu*il manque unc f^le au cycle liturgique de TEglise, 
tandis que de son c6le la Bienlieureuse Julienne de 
Li^ge en a, pendant vingt ann^es consecutives, la r^v^ 
ialion. 

Nous songions k rappeler co que fit k Laon le pieux 
archidiacre Jacques Pantaleon pour Thonneur el le culte 
du Saint Sacrement; comment il sut, parses exemples, 
devclopper dans le coeur des chanoines la devotion i 
rEurliaristio; faire connaitre la pieuse five, que la Pro- 
vidence devail associer a Toeuvre de Tinstitution de It 
F(}le-I)ieu ; raconter comment le futur pape Urbain IV, 
des Tannee 1233, provoqua par ses sollicitations 
pieuses, Tetablissement dans rKglise de Laon des pre- 
mieres manifestations eucharistiques qui sont devenues 
le caractore j^lorieux et tradilionnel de la F6le-Dieu. 

Mais COS details avant et(3 trailes, avec autant de 
science que d'inter^t, par I'un de nos ven^rableset 
honores confreres, nous n'y reviendrons pas (1). Sui- 
vons Jacqu(»s Pantaleon sur d'autres theatres moins 
explores. 

Depart de J. Pantal6on pour Rome et Lyon. — 
n contribue k r^tablissement de la F6te-Diea i 
Li6ge, 1240. — II est nomm6 6v6que de Verdun. — 
Envoye plusieurs fois a Rome, Jacques fut retenu 
par Innocent IV, qui en fit son chapelain et le tresoricr 

(1) Voir le rapport de M. le chanoiiie Baton, archipr^tre de 
Laon, siir les Ohijincs de la devotion an Saint Sacrement et de la 
V^le-Dieu a Ijion. 




PREMIERE SECTION — RAPPORTS 4i7 

de Teglise Yaticatie. Le Pape remm^ne & Lyon en 
1243, pour Taider pendant le Concile qu'il vient d'y 
convoquer. II le consulte souvent, I'honore de toute 
sa confiance. Les Ev^ques viennent souvent, eux aussi, 
faire appel aux lumi^res et aux conseils si ^clair^s 
du chapelain du Souverain Pontife. 

Parmi les Pferes du Concile se trouvait Robert 
Torolle, evfique de Li^e, parent de Thibaut V, roi de 
Navarre et comte de Champagne. Ce pr^lat distingu^ 
avail appris par five la recluse, Isabelle la b^guine de 
Hue, et surtout par sainte Julienne, la grande d^votion^, 
lamour immense de Jacques Pantaloon pour le Tr^s 
Saint Sacrement, et tout ce qu'il avait accompli dej& k 
Laon pour faire honorer Notre-Seigneur au Sacrement 
de son amour. II venait d^admtrer la science thdologique, 
les grands talents oratoires, la profonde intelligence et 
r^minente saintetd de Jacques de Troyes. II r^solut'^e 
venir lui ouvrir son coeur et lui exposer les grandes 
diflicult^s qui existaient dans TEglise de Li6ge relati- 
vement aux revelations de Julienne pour Tinstitution 
de la F6te-Dieu. Pendant pr6s de seize ans, tons rdsis- 
taient aux pressantes sollicitations de Julieane, qui 
soutTrait beaucoup du retard apporte k la realisa- 
tion des voBux du Sauveur. Robert Torotte, k la suite 
des entretiens qu'il eut avec Tdminent homme de Dieu, 
Jacques de Troyes, sur le grave sujet de la F6te-Dieu, 
fiit compldtement gagn^. Se souvenant que Julienne lui 
avait d^clar^, comme k five, que « celte solennite serait 
institute par Tentremise des humbles », il crut recon- 
naitre dans ce ills d'ouvrier Thomme providentiel 
design^ de Dieu. Sainte Julienne n'avait-elle pas dit, 
en parlant de Tarchidiacre Pantaloon, k qu'il viendrait 
audegr^ souverain de TEglise ». 



448 VENDREDI, 27 JUILLBT 

La F6te-Dieu 6tablie k Li6ge grftce aux efforts d^ 
Jacques Pantal6on, 1246. — Robert Torotte, plein^ 
ment convaincu dc la volont^ de Dieu, de retour j 
Li^gc apr^s le Concile de Lyon, vint revoir Julienae 
pour la consoler : « Ma fiUe, lui dit-il, j'ai regu de Diea 
a un bienfait singulier par lequel il a daignd me mani* 
« fester sa tr^s sainte volontd et m'intimer son ordre 
« supreme siir Tinstitution de la F6tc du Saint-Sacre- 
« ment de TEucharistie. Autrefois, je ne r^pondais k 
« Tdvidence de vos motifs qu'en vous disant que je les 
a croyais justes, mais aujourd'hui mes doutes sent 
« dissipes. Mon ind(5cision est chang^e en certitude. Je 
« pense done main tenant que ricn ne pent contribuer 
(c da vantage k la gloire de Dieu et au salut du prochain 
« que Tdtablissement d'une ffete solennelle du Sacrf 
« Corps de Notre Seigneur J ^sus-Christ (1). » Ce bien- 
fait singulier, n\»st-ce pas la faveur insigne de cescnlre- 
tiens dans lesquels les doutes de TEvfeque de Li^e sont 
dissipds grAce aux lumi^res de Jacques Pantaloon? Bi 
effet, Tannde suivanle, Robert Torotte convoque un 
Synode de son diocese ; les rdponses du pieux ArcW- 
diacre font voter la c(5l(5bration de la Fftte-Dieu k Liege. 
Et commc pour bien indiquer que Jacques de Troves 
avait 616 le promoteur choisi par Dieu pour cette 
grando ceuvrc, Robert Torotte le charge de r^diger le 
Mandement ordonnant la celebration de cette f^te dans 
son diocese de Li6ge, et d'en composer ToRice. De lit 
vient que nous retrouvons plusieurs passages semblables 
dans la BuUe d'institution de la Fete-Dieu pour TE^lise 
universe! le et le Mandement de Li^ge sur ce m&me 
sujet, puisque leur autcur a 616 Jacques Pantaldon, 
devenu le Pape Urbain IV. 

{\) FisEN, Origo prima Festi Corporis Ckristi. 



PREMIERE SECTION — RAPPORTS 449 

Innocent IV, appr^ciant de plus en plus les qualitds 
remarquables de Jacques de Troycs, eut recours k cette 
epoque k ses services dans des affaires des plus impor- 
tantes a trailer en AUemagne. Le Pape le nomine son 
legal en Pologne, en Prusse, en Livonie et en Pom6- 
raiiie. Malgr^ les diflicult^s extremes, apr^s les plus 
Jurcs ^preuves et les plus laborieux travaux, Jacques 
reussit dans ses missions au delk des esperances d'ln- 
nocent IV. Aussi, k son retour, le Souverain Pontife, 
pour le recompenser de la solution favorable qu'il ve- 
nait de donner aux n^gociations ddlicates dont il 
i'avait charge dans ces pays, nomma Jacques Pantaloon 
eveque de Verdun. Toutefois, le Sainl-P^re ne voulut 
pas se separer de lui, et Tdv^que prit possession de son 
diocese par un procureur. 

r^ ne flit qu'Jt la mort de ce Pontife, arrivde peu 
apres, que Jacques de Troyes vint dans son diocese 
de Verdun. Quoique son sejour y ait 616 court, sa 
memoire est toujours rest^e en benediction dans ce 
beau diocese, ou Ton sent le passage de Jacques Panta- 
leun, ouTon retrouve son amour pour le Dieu de TEu- 
charistie, dans la splendide Confrdrie du Trills Saint 
Sacrement, toujours si vivante, qui existe dans Teglise 
cathedrale de cette ville. 

Un service solennel a 616 fonde en reconnaissance des 
lib^ralites de Jacques de Troyes aux chanoines, service 
qui devait etre c6l6hT6 chaque annde pour Ic repos de 
Hme du Pontife, comme en fait foi la charte munie du 
sceau de Jacques, conservde aux archives de la ville de 
Verdun. 

A peine Alexandre IV a-t-il svLCc6d6 k Innocent, qu'il 
s'empresse de rappeler Jacques ^ Rome. 

Ce fut avec une profonde douleur que Jacques de 



480 VENDREDI, 27 JUILLET 

Troyes s'^loigna de son diocese, auquel il §tait attache 
par toutes les fibres de son 4nie ; il aurait bien voulu 
ne jamais quitter I'^pouse mystique que Dieu lui avait 
donnde et qu'ii n'oublia jamais dans la suite. 

Jacques iiomm6 patriarche de Jerusalem. — Alexan- 
dre IV, qui avait admird le gdnie diplomatique diploji 
par Jacques de Troyes pendant sa longue legation en 
Alleniagne, Tongage a se demettre de son dvfeche, et, en 
ddcembre 1235, il le nomme dix-huiti^me Patriarche 
de Jerusalem, sueccsseur du dernier titulaire, qui venait 
d'etre mis a mort. 

C'etait k cette epoque une position tr^s importante, 
mais bien dange reuse, que celle des Patriarches de 
Jerusalem. Fort do la force divine qu'il puisait au pied 
du Tabernacle, Jacques Pantalton ne se laisse pas 
6branler par les sinistres cWentualitds qui allaient se 
produire. 11 ne craint pas, malgre ses soixante-dix aDi»<r 
d'entreprendre le long et perilleux voyage de la Terr« 
Sain to. 

II dobarquo lo 22 mars 1236 a Ptoldmais, aujour^ 
d'hui Saint-Joau-d'Acre. Los chrctiens de Palestine 
sentonl lours Amos rojouios do Tarrivde du nouveaU 
Patriarcho. lis n'ont d'osporanco quVn lui. Jacques 
Pantaloon ost bion dos fois oblige d'imitor lo bon 
pastour do IKvangilo ot d'oxposor sa vie pour son trou- 
poaii. II oproiivo do j^nandos trislossos et de grandcs 
donlours. 11 s<» rotrompo aux piods do rEucharistio. Son 
courago, sa saintot(5 ranimont la foi, ram^nont la con- 
(iaiKM* dans Ics o(i»urs, ot riinion, troubloo dopuis si 
longt(»mps, s(» rofait sur sos consoils au sein dos divorses 
famillos roli^iousos. 

II est beau do voir co Ponlife septuagdnaire, portant 



lot 



partouU an prix 4ifs |Jss ^ramk^ btigues. dos consola- 
tions ; s^assocaaBl a loines les iofortunes. pmrhant a 
tuus Toiibii des njores. coarant au chevet des iualade$« 
^*incliDallt sor k«r coocbe pestifenee pour entendre 
la confiK^ion des moarants. Tons se felicitent d'avoir 
pimr pasleur et pour pere un si lK»n et si intivpide 
Patriairiie. « JVtais vieux. diUil lui-meme. niais j*ai 
vieilli bien davanta^ au milieu des travaux dans 
lesquels TaiBCHirqoe je dois a Dieu a seul pu me deter* 
miner a me consumer. » 

Lne des premieres eeuvres que Jacques Panlaleon 
sVfforce de realiser. consiste dans la restanration du 
culle divin dans realise du Saint-Sepulcre. 

Dieu lui reservait toutefois une grande jt»io. Ainsi 
qu il avait suscite saint Remy, il appelle le patriarche 
Pautaleon a cunvertir et ^ baptiser FIoulagoiK chef 
de la dynastie persane des Tartares. Comme un autre 
Uovis, ce prince barbare. adouci par la verlu et les 
legons de Jacques, baisse la tete sous le joug du Sei- 
gneur. Iladore ce qu'ila brule et briile cequ'il a adore. 
11 devient pour no temps fallit^ fidMo des Croisos 
centre les Musulmans. 

C/est a celte epoque que le fervent Patriarche visite 
lessanctuaires marques par les pas de son divin Maitre. 
Jacques Panlaleon sent son ^me sefondre de plus en 
plus de gratitude, d'amour et d'adoralion. II exprime 
les sentiments dont son ea»ur deborde, dans la phis 
subHme paraphrase que Ton connaisso du Attsrrrre. 
Jamais, peut-etre,C(Eur huraainn'a ete pluselocjnent, ne 
s'est exprime en tormes plus pieux, plus remplis d'uiie 
incommensurable humilile. La purele d(» la doctrine le 
dispute a I'elevation du sentiment. Lame esl ravio ! 
Quel puissant sujet k livrer aux meditalions des adoru- 



45^ VBNDREDI, 27 iUILLET 

teurs du Saint Sacrement! Traits sublime de la vie 
int^rieure empreint du plus pur mysticisme. 

Au retour de son p^lerinage, Jacques consigne ses 
impressions intimes dans une relation ample, d^taill^e, 
et tellement exacte qu'elle fut presque enti^rement 
copi^e par Tabb^ Christian Andrichomius, dans son 
iiel^bre ouvrage inlituld Theatrum Terrx Sanciae, Les 
ecrivains modernes ont souvent consulte avec profit ce 
savant ouvrage sur les pMcrinages en Terre-Sainte. 

Jacques Pantaloon, obligd de retourner en Occident 
pour y recueillir des secours et subsides pour ses chre- 
tientds d^Orient, revint ^ Viterbe, ou se trouvait la cour 
pontiOcale. II y fut rcQu par le Pape et les cardinaux 
uvec les plus grands tdmoignages d'amour. Tous lui 
promirent de Taider largement. 

Mais il allait en fetre autrenient, car peu de temps 
apr6s rarrivde du Patriarche, Alexandre IV mourait, 
le 2S mai 1261. 

Jacques Pantaloon 61u Pape. — C'est alors que, sur la 
proposition de Gaetan des Ursins, les suffrages una- 
nimes des Cardinaux se port(^rent sur Jacques Panla- 
leon, bien qu'il ne fut pas revMu de lapourpre romaine. 
Tous les membres du Sacr<5 College savaient que le 
Patriarche elait aussi remarquable par la solidity de sa 
doctrine, Theroisme de son courage, que par son emi- 
nente piete. Jacques Panlal(§on prit le nom d'UrbainlV, 
en souvenir du Pape dont on faisait la f^te ce jour dans 
I'Eglise. 

Le monde chr6tien apprit cette election avec grand 
bonheur, car on connaissait les qualites eminenles du 
nouvel dlu. Le clerge et le peuple firent entendre 
leurs acclamations d*allegresse. INotre chfere Champagne 



PREMISE SECTION — RAPPORTS 4$3 



fut justement fi^re d'un tel honneur. Heureuse, elle 
felait d'avoir d6ja donnd un chef k l*Eglise dans la 
persoane du bienheureux Urbain II, le pape des 
Ooisades, auquel. Eminence, votre pi^td et votre 
zMe ont fait restituer le culte des autels. Ah ! T^me 
(le ce saint Pontife dut trossaillir, en voyant s'as- 
seoh- sur le si^ge de Pierre un autre Pape des Croi- 
sades ! 

La ville de Troyes, plus que loutes les autres, frdmit 
il un indicible enthousiasme, car elle donnait son cher 
(ils Pantaloon a T^glise universelle. Urbain comprenait 
bien ces sentiments de sa patrie, quand il lui disait : 
* Et toi, cite de Troyes, tu n'es pas la plus petite entre 
f les cit^s fameuses de la France; de toi est sorti le 
•< chef qui doit diriger et gouverner le peuple chre- 
' tien ! » 

Quand tous claient dans la joie, un seul bomme 6tait 
Hans la Iristesse, c'dtait le Pape Urbain IV. Dans les 
ronjonclures terribles oil setrouvait TEglisede Dieu, ce 
Pontife ^claire sentait mieux que lout autre le redou- 
table fardeau qui allait peser sur ses 6paules, et son 
humility etait dmue ; il ne croyait pas meriter ces hon- 
ncurs. 

Une fois de plus pour lui se realisait la prophdlie de 
saint Malachic sur la succession des Papes : Jerusa- 
lem Campanise, puisque Jacques Pantaleon, le patriar- 
clie de Jerusalem, ce fils de Champagne, venait d'dtre 
^In Pape. « Ce n'est point un merite de naitre noble », 
disait souvent Urbain IV a ceux qui vantaient les 
hommes n^s d'une famille illustre et voulaient lui fa ire 
<*stimer avant tous les autres litres celui de la noblesse 
d'origine pour leur confier des places. « C'en est unde le 
devenir », mot sublime dans la bouche de ce fils 

80 



4ll4 VEMmEDl, 2? JUILLGT 

d'ouvrier, et qui resume bion -d'an trait sa vie lout 
emigre (1). 

Urbain IV, une fois nomm^, voulutque sa premiere 
pens^e Mt pour le m^lropolitain de Reims et pour ses 
saffragants. II leur ^crit, pour leur notifierson election, 
une letlre pleine d'affection et d'humilite ; il reclame 
avec instance le secours de leurs pri^res, les assure 
de sa tendresse toute particuli^re. 

D^sireux de s'assurer les suffrages perpetuels de la 
Sainle Eorlise, il s^adresse h son ami Nicolas de Brie, 
dv^que de Troyes, lui onvoie une somme considerable 
d'argent pour fonder quatrc anniversaires dans quatrn 
6glises ou chapelles troyennes qu'il d^signe, el termini 
par nn tonchant salut h cette Cath^drale, « qui a ^te 
pour lui une bonne m^re et une nourrice si devouee >». 

II agit de m^me avec sa ch^re Cath^drale de Verdun 
et son Kglise bien-aimee de Laon, qu'il aime aussi 
comme une autre tendre ^m^re qui lui a conf^r^ les pre- 
mieres dignites. Le Chapilre de Laon reQoit d'Urbain IV 
plusicurs privileges insignes. 

On conQoit facilement ces instantes et pieuses recom- 
mandations du Pontife, quand on consid^re que son 
Pontiticat s'annonQait comme Tun dcs plus orageux du 
moyen Age. Urbain IV se propose de lenir d*unemain 
ferme le pouvernail do TEglise. II a besoin d'une assis- 
tance sp^eiale de la grAce divine pour surmonter tons 
les obstacles. Disons qu'il fut a la hauteur de sa mission 
et que Dieii le soutinl admirablement. 

Urbain quitle Vilerbe, qui n^etait plus une ville assez 
sure, et transporte sa cour k Orvieto. Son arrivi^e dans 
cette ville, ou il est recu en triomphe, ranime la vie o\ 

(1; Abbe Eticiine Georges, Vie d'Vrbain IV. 



PREIfl&RC SECTION — RAPPORTS 4S5 

les travaox dans celte antique ciW, et y developpe 
Tamour du Dieu de rEncharistie. 

D^fensenr intr^pidc des droits de Pierre, il s'efforce 
de reconqu^rir dans son int^grit^ le territoire pontifical. 
Sage ad minis traleur, il cooible le d^flcit du tresor 
public ; vigilant, ii prend dans Tltalie centrale touies 
les mesures que la prudence lui sugg^re pour ne pas se 
laisser surprendre par le perfide et implacable Manfred. 
Sa fermet^ in^branlable ne lui fait redouter aucun devoir. 
Autre Gr^goire VII, avec la mSme fermet^, il r^prime 
tous les abus. Son activity est sans bornes. Toutes les 
E^Iises ressentent les cfTels de sa sage et paternelle 
affection, mais il a surtout des tendrcsses inou'ies pour 
ramener les Eglises dissidentes. 

Urbain IV 8'efforoe de travailler & Tunion des deux 
Eglises. — II faut entendre les touchants accents du 
ca?ur d' Urbain IV pour exprimer son ardent d^sir de 
voir la reunion des Eglises d'Orient. II faut lire scs 
nombreuses lettres, admirables de bont^, maintes fois 
adress^es h. Pal^ologue. Citons ce passage au hasard, il 
faudrait les lire loutes :""« Ce que T^glise romaine a 
« toujours desire, ce qu'elle s'est toujours efforc6e d*ob- 
« tenir, c'est que TEglise des Grecs fut ranimdc par le 
» lait de sa douceur raatemelle, et alimentee par la 
u surabondance de sa charite, en sorte que le troupeau 
« du Seigneur, sous le gouvemement d'un pasteur 
« unique, regfit la nourriture de la doctrine du salul, 
« et qu'il invoquAt plus utilement et plus salutairement 
« le nom du Seigneur sous un seul et mdme dogmc de 
« la vraie foi. >» 

Quel regret de ne pouvoir lire toule cette lettre et 
d'autres aussi touchantes, ou Lrbain IVJd^veloppe 



486 VENDREDI, 27 JUILLET 

TOagnifiquement les divines prerogatives de Tfeglise 
romaine , ou il s^attache a faire ressortir les avantages 
que TEglise grecque relirerait, dans Tordre temporel 
comme dans Tordre spirituel, en revenant au bercaiK 
en rentrant dans le sein de TEglise catholique ; elle goA- 
lerait alors TinelTable douceur des consolations de cetle 
m^re, et les faveurs inepuisables de son assistance. On 
croirait entendre parler le Divin Maitre lui-m^me dans 
son magnifique discours apr^s la c^ne. 

Le cceur du Pontife d6bordc de reconnaissance quand 
Paldologue lui promet de revenir : « Dans notre joie, 
« nous avons, avec nos v^nerables fr^res, oflfert en 
« holocauste Fencens de nos actions de graces au P^re 

« des lumi^ros ; nous nous sommes unis dans 

« un sacrifice de louanges parce qu*il a ouvert 

« nn chemin court ct facile pour vous de revenir dans 
« Tancienne et paisible voie de la primitive unite de 
« r^glise romaine. » 

Ne nous sontons-nous pas ^mus nous-m^mes du 
touchant rapprochement qui se produit, a six sifecles 
de distance, entre ces manifestations des tendresses 
dXrbain IV et de celles de L^on XIII ? Notre illustre 
Pontife, glorieuscment regnant, raconte que lui-m6me, 
archevfique de Pdrouse, il aimait h venir s'agenouiller 
et prior au tomboau d*Urbain, qu'il conservait et v^nd- 
rait dans sa cath^drale. N'est-ce pas un ^cho de ce tom- 
beau, redit par la voix puissante de Leon, qui ^meut si 
fortement et si suavement les deux Eglises et rapproche 
les coeurs en ce moment? V6n6rable Urbain, soutenez 
votre Successeur et son L^gat ! 

C'^tait encore pour preparer cette union qa'Ur- 
bain IV avait appel^ pres de lui, dfes 1261, Frfere 
Thomas d'Aquin. Leurs deux grandes ^mes, leurs deux 



ir 



PREMISE SECTION — REPORTS 457 



g^nies sublimes ^talent bien fails pour les plus hautcs 
conceptions de {'intelligence, leurs coeUrs pour com* 
prendre et sentir les tendresses du divin CcBur de J^sus 
en son Eucharistie. 

A ia demande d'Urbain IV, saint Thomas 6crit la 
Somme theologique; toujours sur Tordre du Pontife, 
le docteur publie la Chaine d'or. Et I'ang^lique Maitre 
d^die k Urbain son commentaire sur saint Matthieu : 
u Daignez raccueillir, ... et de niSme que Tordre de le 
« composer est venu de vous, qu'ainsi Tappr^ciation 
u definitive de sa valeur soit egalement prononc6e par 
t< vous, de telle sorte que les fleuves retournent k la 
« source d'ou ils sont sortis. » Se peut-il imaginer 
un plus bel ^loge dans la bouche du plus grand des 
Maitres, k Tadresse du plus illustre des Pontifes ? 

Urbain IV prepare Tinstitution de la F6te du Trdft 
Saint Sacrement. — Les travaux si considerables de la 
charge apostolique ne laissaient pas oublier a Urbain 
les pieuses pens^es que, depuis si longtemps, il nour- 
rissait dans son cceur, ce premier sanctuaire, comme 
nous Tavons d^jk dit, de la fete du Tres Saint Sacre- 
ment. Dieu ne semblait-il pas avoir marque lui-mSme 
que rinstant etait arrive, on le Pontife supreme devait 
mettre la demiere main k la plus glorieuse de toutes 
ses oeuvres, oeuvre qui devait k jamais immortaliser 
son nom et le rendre cher ^ tons les coeurs ? 

Le miracle de Bolsena venait d'etre comme le signe 
determinant, envoye par le Seigneur, de sa volonte 
manifeste. Urbain avail fait solennellement transpor- 
ter dans la calbedrale d'Orvieto, pour Tavoir plus pres 
de lui elle venerer plus facilement, le precieux corporal 
ieint du sang divin. 




4S8 VENDREDI, 27 JUILLCT 

II avail demands k saint Thomas d*Aquin et h saiBt 
Bonaventure de preparer Toffice du Tr^ SainI Sacre 
meni. 

Lcs trois hommcs de Dieu, on pent dire les trois plu 
grandcs intelligences et les plus vertueux personnage 
de leur temps, se rdunissent au jour fix^. Urbain I 
ordonne au frfare Thomas de donner le premier lectu 
de sa composition. Semblable k un s^raphin chanta 
les splendours cdlestes, redisant k la terreles cantique^s>^> 
des cieux, le savant religieux laisse tomber de ses l^vr^^s 
les sublimes accents de sa foi puissante et de so xr 
ardent amour : hymne magnifique, hommage soleniie/, 
doctrine (^lev<5e et simple tout k la fois, que Ton croiraii 
cmprunti^s k une extase ang^lique! 

Bonaventure, pendant la lecture de ce chef-d'cBuvre, 
ne pent retenir son (Amotion profonde ; sa touchante 
humility, atteignant les plus hauls sommets de la per- 
fecli(m, pour se confondre avec celle du divin Maitre, 
jolte sous les pieds du Dieu de TEucharistie, comme 
nn royal tapis, lo troph^e de son n^ant, el comme sur 
les pas de Dieu la main de Tenfant jette des fleurs 
embaum6es, ainsi la main du docteur seraphique 
effouillo et s^me son prdcieux manuscrit qu'il rdduit en 
morcoaux ; les larmes d'attendrissement qui d(5coulenl 
de ses yeux sont comme autant de perles precieuses qui 
onchAssent Topuvre de fr^re Thomas, exallant les 
Iriomphos de I'Agneau divin. 

Urbain IV, ip6n6lr6 d'admiralion, ne sait que louer 
davantage, la modestie de Bonaventure ou le sublime 
genie de Thomas. II voulait riScompenser celui-ci par 
les plus grands honneurs : mais Thumilit^ du saint 
les refusa. 

De son c6le, le Souverain PontiCe ilait loin d'etre 



pnemBEK sEcntioN — aAVPORTs kS/9 

resl^ inactif. Un grand nombre d'auteurs lui atlribueat 
la composition du chant de Toffice du Saint Sacrenaent, 
musique pleine de noblesse et de sublime simplicity, oil 
semble se retrouver la nature du Pontife , p^n^lr^ tout 
ontier par Tideal divin et emport^ dans la contemplatioa 
de i infini. 

Sanctuaire eucharistique 61ev6 k Troyes par Urbaia Vf. 
— Mais sa munificence avait pr^par^ une oeuvre de 
predilection : la fondation d'un sanctuaire du Saint Sacre- 
ment : « Voulant rendre, dit-il, k jamais memorable Tea- 
« droit ou est situ^e noire maison paternelle, nous avons 
« r^solu de transformer cette demeurc, qui fut le lieu de 
« aotre naissance et le temoin de nos premiers pas dans 
<' le p^lerinage de cette vie, en un temple consacr6 au 
« Dieu de rEucharistie. » Le 20 mai 1262, Urbain IV 
adresse de Viterbeune lettre pleine de bont^ et d'onction h 
Tabbesse et aux religieuses de Notre-Dame aux Noa- 
nains de Troyes, h qui appartenaient Templacement de 
sa maison natale et les terrains environnants. Anim^ dos 
sentiments les plus patriotiques, de la plus vive gratitude 
envers Dieu qui Tavait tir^ de Tobscurit^ pour le placer 
parmi les princes de son peuple, il leur annonce qu*il va 
doter sa bien-aim^e patrie d*un temple sacr^. II envoie la 
somme de 10,000 marcs sterling d'argent fin, qui repr^- 
sente 3,532,535 francs de la monnaie actuelle, mettant 
ainsi le comble h sag^n^rositd, reconnaissante des solas 
donnas par ses concitoyens h son enfance. 

Tous les vrais Troyens ont toujours entoure d'uQe 
veneration sp^ciale cette ^glise b^tie par un Pape, Iwr 
concitoyen et leur frhre, 

De nos jours m^me, TEtat, qui porte le plus grand 
inier&t k ce monument bi^torique d'uae merveiUewe 



400 VENDRBDI} 27 iUILLBT 

l)eautd, a ouvert un credit d^jk de plus de 322,887 francs. 
De son c6te, la ville de Troyes etson Conseil municipal, 
justement fiers d'un monument qui a pour tons un carac- 
l^re si patriotique,n'ont pas recul^ devanl des sacrifices 
considerables : pr^s de 200,000 fr. onl d6]k 6i6 donnas, 

Les offrandes des chr^tiens, amis vdrilables du T^^s 
Saint Sacrement, commencenl aussi k arriver de toutes 
parts pour aider k achever la restauration de ce bijou 
religieux, « reliquaire admirable du Tres Saint Sacre- 
ment, qu'il faudrait couvrir non pas d'or, mais de dia- 
mant ». 

II n'y a qu'une voix parmi les connaisseurs, les archi- 
tectes de toutes les nations, pour proclamer r^glise 
Saint-Urbain de Troyes un chef-d'ceuvre d'architec- 
ture, et le bijou de Tart ogival, au t^moignage do^ 
M. VioUet-le-Duc. 

Ravissant sanctuaire k trois nefs, destine a devenir Ir 
ir6ne d'honneur du Tr^s Saint Sacrement, ce monument 
se fait remarquer par lahardiesse desa concept ion, Tliar- 
monie de ses lignes, T^l^gance et le fini de ses details. 
Tordre parfait et eclatant qui fait dire de lui que rien 
n'y manque. Mais pour caract^riser F^difice de Sain(- 
Urbain, nous dirions volontiers : c'est la podsie d<' 
Tarchitecture. La podsie saisit dans Vkme les senti- 
ments les plus ddlicats, les plus dlevds, les plus purs, 
les plus grands, les plus doux, et elle les exprime on uii 
langage cadencd et mesurd qui donne aux sentiments, 
par la musique dont elle se revfit, une expression 
parfaite, charmante pour Toreille. On pent dire d»» 
Saint-Urbain que c'est un po6me. 

L*habile architecte, inspird sans doute par UrbainlV, 
n'a pas fait seulement parler la pierre, il l*a fait 
chanter. En voyant el en entendant, pour ainsi dire. 



PRRMIERE SBGTION — RAPPORTS 46f 

son OBuvre, Ykme est prise par les cdt^s les plus d^li- 
cals et jusqu'a ses profondeurs les plus intimes. EUo 
est vraiment transporWe et ravie. 

Le Pape a tout pr^vu ; il fera de son ^glise un centre 
eucharistique : comprenant la ndcessit^ de rdchauffer 
sans cesse la p\6i6 des fidMes, il institue, en Tan 1264, 
en m^me temps que la fete du Saint-Sacrement, la 
premiere de toutes les Confr^ries, enrichie des ' plus 
pr6cieuses indulg-ences. Pour elle, il ouvre largement 
les tr<5sors de TEglise : « C'est un tr^sor cach^, dit- 
« il, dans T^glise eucharistique de Saint-Urbain de 
« Troyes. » 

Cette confr^rie, type exemplaire de tant d'autres, a 
son histoire ; elh3 garde le d6pdt de ses ri chesses spiri- 
luelles, avec le souvenir de son illustre fondaleur. 
L*an 1652, Pierre-Frangois de Benoit, pr&tre d'Avignon, 
protonolaire du Saint-Si^ge, venu k Troyes pour pr^- 
cher r Octave du Saint Sacrement dans T^glise de 
Saint-Urbain, atteste solennellement Texistence de cette 
belle Confr^rie du Saint-Sacrement. II en rappelle les 
nombreuses buUes et chartes d'indulgences constiluant 
I'un des plus riches tr^sors spirituels de la chr(Slienle. 
Les registres de la confr^rie attestent en efFet le grand 
nombre des associations qui^ de tons c6t^s, venaient se 
faire inscrire, etles offrandes genereuses qu'on d^posait 
dans cetle ^glise au pied du Tr^s Saint Sacrement. II 
nous a laiss^ toutes ces indications dans un livre 
intitule : Le tresor spirituel cacM dans Ciglise de Saint- 
Urbain de Troyes^ dont Tauthenticit^ est attestee par 
Pothier, greffier du Chapitre, Nivel, Gansonnet, Guilyot , 
notaires apostoliques. N'est-ce point faire acte de justice 
que de rappeler ici, sommairement, les privileges et 
tilres de noblesse de la premiere confr^rie canonique 



46i vi;NORfiDi, 27 juiuet 

qui fut ]a gloirc de la ville et du diocese de Troyes 
jusqu'a nos jours? 

Urbain IV accorde^ pour ceux qui assistent a lout 
office du Saint Sacrament, six cent cinquante jours d'in- 
dulgence pour les jours de Kte, sans pr6judice de cent 
quarante jours f»our les v^pres et complies de la veilleel 
de cliaque jout* de Toctave ; une autre indulgence de 
quarante jours h ceux qui visiteront la dite eglise. « Le 
<c raeme bienheureux Pontife Urbain quatri^me, dil 
« encore Pierre-Frangois de Benoit, a concede en outre, 
a par une buUe speciale, indulgence pl^nifere a perpe- 
« luite a la dicle Saint-Urbain, le jour de la fete du 
« Saint Sacremenl. » 

Nous voyons successivement les Souverains Ponlifes, 
successeurs d'Urbain IV, ouvrir les trdsors de TEglise 
en favour de cette Confrtrie. 

Clement i V donne deux cents jours k ceux qui, con- 
fesses et communi^s, visiteront T^glise Saint-Urbain le 
jour de la f^te du Saint Sacremenl. 

Innocent V en accorde aussi deux cents aux m^mes 
conditions. 

Nicolas IV lui concfede un an et quarante jours. 

Pie V accorde aux confreres du Saint Sacremenl de 
la Confrerie de Saint-Urbain deux cents jours k leur 
entree, cinq cents jours k leur mort. 

Sixte-Quint concfede , lui , Tinsigne favour pour les 
confreres de pouvoir se feiire absoudre le jour de la f^le 
du Saint Sacremenl et tous les jours de Toctave, de 
tons les pdch^s, reserves m^me k Tdveque, pourvu quele 
confesseur choisi par eux fut approuv6 par TOrdinaire, 
et cent jours en r^citant Thymne Sacris solemniis. 

Gregoire XV a oonc^^ deux cents jours k tous les 
confreres qui diraient 10 salutaris Hoitia^ et deux cents 



PREHrCRE SECTION — RAPPORTS 463 

auf res jours quand on le dir?i, devant le Tr6s Saiat Sa- 
creinent. 

Paul V, cent jours aux confreres qui disent Adoramus 
le, Chrisie. 

Trbain VIII, trois cents jours les jeudis, en faveur 
de> confreres qui recitent le Pange lingua, et vingt jours 
ptmr la recitation de ces paroles : « Lou^ soit le Trta 
Saint Sacrement de Tautel ! « 

Enfin, apr^ les Papes, nous voyons les prelats, pa- 
iriarches, cardinaux, archev^ques et 6v6ques conc6d^r 
specialement plusieurs privileges et indulgences aux 
confreres de la dite society. 

De plus, qualorze des plus grands prelats de France 
ont donn^ a tous ceux et celles qui visiteront Tdglise 
Sainl-Urbain, le jour et pendant Foctave de la fcle du 
Saint Sacrenient,^uarante jours de pardon chaque fois, 
d Jean d*Auxois, dv^que deTroyes en 1350, a dlargi k 
lous les bienfaiteurs de cette dglise quarante jours de 
pardon h. chaque fois qu'ils feraient une part de leurs 
libtTalit^ & cette dglise papale. Ainsi se trouve resumd 
briovement le livre de Jean-FrauQois de Benoit. 

Cette confrerie primitive, gr4ce au zele et a Factivitd 
des pieux curds de la paroisse, MM. les abbes Mechin et 
Jossier, et de Tenfant de cette paroisse, auteur de ce rap- 
port, futdlevde par N. T. S. P. Ldon XIII, le 6 mai 1881, 
au rang d'Archiconfrdrie du Tr^s Saint Sacrement, avec 
conHrmation des anciens privileges et indulgences, et 
concession de nouvelles faveurs spirituelles et de nou- 
velles indulgences, h. la demande de M^' Pierre-Louis- 
Marie Corlet, dv^ue de Troyes. 

BuUe d'instittttion de la Fdte du Saint Sacrement. 
-* Urbain lY ayant tout prdpard pour assurer le succ^ 



464 VENDREDI, 27 JUILLCr 

de son ceiivre immortelle, mil la demi^re main i k 
publication de la Bulle d*institution de la F^le dn 
Saint Sacrement, monument v^ritablementremarqiiable 
ou le Pontife traduit si ^loquemmcnt les sentiments 
de son Ame, Teldvation de sa pensde, T^lendue de sa 
tcndresse. II faudrait la citer et la relire, mais le 
temps nous manque en ce moment. Cctte Bulle etait 
datde d*Orvieto, 8 septembre 1264. 

Urbain IV avait bien conipris le coeur du peuple; 
aussi, cette f^to est-elle Tune des plus populaires, des 
plus gracieusos, des plus ravissanles, cclle qui parlele 
plus h TAmo ct au ccpur, la plus salutaire pour 
raviver la foi. Les ennemis de la religion Tont bien 
compris, aussi en ont-ils fait de nos jours Tobjet de 
leurs plus vigourouses attaques. 

Le grand Pape avait entrevu les tendresses du CcBur de 
Notre-Seigneur et dejJi rdpondail aux appels pressantsde 
reparation et d'amour que le divinSauveurdevailfaire 
entendre quelques sifecles plus tard. 

Le P^ro c(f»loste avait conduit son fils Urbain IV par 
les chemins de reprouvo, aussi Tlieuredela recompense 
allait-elle sonner pour le « bon servileur » qui vcnait 
d'accomplir TttMivro de Dieu, apr^s avoir combattu tous 
les bons combats do la foi. Dieu lui m(^nageait un der- 
nier lilrc dcgloire en posant sur son front Taumde du 
martyre, car, d'apres la tradition constante, le Pape 
mounit victime du poison que les ennemis de TEgUso, 
dont Manfred dtail le chef, lui avaient pr6par6. 

Rion no faisait encore pnH'oir cette fin prochaine. 
tant sa sanld etait prosp6re, sa constitution robuslo. 
Frappd tout a coup d\in mal dlrange causd par h 
poison, CO fut avec peine que le v^ndrable Ponlif«» 
put arriver k Pc^rouse, ou, console et fortifie par les 



PREMIERE SECTION — RAPPORTS 4f>S 

Sacrements de TEglisc, il s*cndormait dans le Seigneur 
le2 octobre 4264. Tons le v^neraient comme un dlu de 
Oieu. Sa mort fut un deuil universel. P^rouse lui fit des 
fun^railles qui furent un vrai triomphe, et lui (ileva un 
superbe tombeau. Sa mdmoire est restee en bi^n^diciion. 
Sans cesse il demandait la science de bien vivre, et 
cclle de bien mourir ; aussi esl-ce pour cette raison qu il 
avait inscrit an bas de ses armoiries : Recordare novissi- 
monim, II avait fait graver sur son sc^au parliculier 
celte devise : Fac meawi^Dominey signum in bonum. Le 
pieux Pontife avait pour embleme un cceur dans une 
couronne d'^pines. Tel fut ce grand Pape de TEucharis- 
lie, ce Pontife selon le cteur de Dieu. 

Conclusion. — Maintenant que nous connaissons 
mieux la vie et les OBuvros si fecondes dX'rbain IV, il 
nous est plus facile de montrer Taction de Dieu prd- 
parant, nous semble-t-il, la gloriQcalion de son servi- 
Wr. La Providence divine, qui conduit si visiblenient 
«>n Eglise, avait placiS d'abord sur le si6ge de Perouse 
ioacliim Pocci, le futur Pontife de Rome, lui confiant 
^nquelque sortc, avec Tadministration de colte noble 
%lise, la garde d'honneur du tombeau d'Urbain IV. 
Bien sou vent, nous le savons, le pieux cardinal Pecci 
simait a venir prior pr6s de ce tombeau que Dieu, 
4 son heure, se reserve sans doute de reudre glorieux, 
et nous souhaitons que cesoit par son vicaire Leon XIII. 
iVous ne savons tout cequi a pu se passer d(^ mysterieux 
enlre Vdtne dX'rbain IV et celle de eel illuslre Arche- 
v4que de Pdrouse, devenu la lumiere de son si^cle. 
Mais n'est-ce pas un 6cbo puissant sorli du coeur du 
Pape de TEucharistie, de TEucIiaristie lien divin dela 
<:harite, qui inspire k la grande 4me de L(5on XIII son 



466 TENDRBDI, 27 iCILLBT 

raofymparable encyclique aux ouvriers ? N'eetrce pas prto 
in tombeau <lu file de Tartisan troyen que le cgbuf da 
noble comte Pecci se sent p6n6ir6 encore darantage 
d'amoiir pour les petits, qui lui ttooignent leur grt- 
titudc par le nom glorieux de « Pape des om^iers? » 

N'est-€e pas encore k ce tombeau d'Urbain lY que 
L6on XIII recuoille, comme une rose ^panouie de (^ 
ril6, sortie du coeiir du pieux et ti&\€ Pontife Iroyen, 
cette sublime pens^e de la reunion des Eglisesd'Orieat? 
N*admirez-vous pas la main visible de Dieu ? C'est pei* 
dant son patriarchal i\ Jerusalem que Jacques Pantaleon, 
le futur pape de TEucharistie, sacremeui de Tunion, 
commence a s'occuper de cette grande oeuvre. Et c'est 
h, Jerusalem qifa lieu cc Congrds c^l5bre des Giluvm 
eucharistiquos qui prepare le rapprochement des Eglises 
non unies. Et ce sera le metropolitain de Reims qui 
aura la gloire de conlinuer k Reims, dans un nouveaa 
Congr^s eucharistique, I'ceuvre merveilleuse qu'ilest 
all6 commencer k Jerusalem. 

Voili des raisons pour lesquelles il nous a paru que 
Dieu reservait a votre Congr6s Thonneur et la faveur de 
travailler h h(iter la glorification d'Urbain IV. II n y a 
plus aucunc Jiesitalion possible. 

A coux qui nous domandcraient : mais pourquoi 
avoir iittondu des si^clos pour entreprendre la glorifi- 
cation d'Urbaiii IV? nous r(5pondons : parce que Dieu 
reserve ses dons et les proportionne aux besoins Jes 
temps ; or, d(» nos jours, la cause de beatifical ion 
d'Urbain IV est opportune : 

t° Parce qu'il est n<^cessaire de montrer aux petils cl 
aux ouvriers, aux humbles et aux d<§sherites, si indi- 
gnenient et lArhement trompes il notre epoque par les 
sophisnies et les declarations mensongferes des ennemis 



PREMllaiB S8CTI0N — RAPPORTS 467 

de TEglise, qiie, bien loin d'etre line cnnemie, Tlfeglise 
est v^ritablement Tamie des pel its et des pauvres, puis- 
qirelle exalte mfrme les plus bumbles d'entre les en- 
lants do peuple : t^moin ce ills d'un pauvre cordonnier 
troyen dont elle fait un grand Pape. 

2* Parce qxih Theure ou les ennemis de notre foi ont 
intordit nos fMes encharistiques ext^rieures et nos 
belles processions si populaires, il est utile et n^cessaire 
de rappeler que ces fttes nous les devons k un fils de 
France qui a voulu qu'elles eussent leur berceau dans 
sa palrie ; que c'est un titre d'honneur pour nous et 
qnil ne convient pas de laisser plus longtemps, par la 
privation douloureuse de ces Ktes, les coeurs des catho- 
liques tristes et d^courages. \ 

3* Parce que c'est grAce k UrbainlV que nos Congr^s 
oucliaristiques peuvent rendre k Notre-Seigneur ces 
hommages et ces reparations incomparables qui conso- 
len( son Ceeur et lui ^l^vcnt dans toule la chretienle des 
trdnes niagniiiques. 

A son tour, du tr6ne de son amour, Jdsus-Hoslie fait 
r<*jaillir sur la noble el belle figure d'Urbain IV un 
ravon dc son divin soleil, et entoure sa tdte comme d*une 
aureole ^clalante. Dieu le prdsente aux Congr^s, voulant 
que ceux-ci deviennent, par reconnaissance, aupres du 
\icaire de Jdsus-^Ilhrist, les avocats de la glorification 
<le celui que les si^cles ont appele le Pape dii Tres Saint- 
Sacrenient. Dieu sc plait k exalter ceux qui ont travaille 
a le faire honorer dans sa personne, dans ses mysl^res, 
dansses ceuvres: temoins saint Thomas, sainlc Julienne, 
Marguerite-Marie, etc. Et pourquoi, je vous le deman<lo, 
ne glorifierait-il pas Urbain IV, qui a tant contribue a 
fairo honorer el aimer son Fils Jesus-Christ dans eel 
adorable Sacrement ? 



468 VENDREDI, 27 JUILLET 

4" Nous avons demands au Gongrds de Paris le retour 
(les cendres du Pontife de Troyes dans sa belle eglise 
eucharisUque, parce qu'k Toccasion du retour de ses 
cendres, Dieu manifestera par des bienfaits la veriu et 
la gloire d'Urbain IV. Nous obtiendrons ce retour en 
crdanl un courant puissant d'opinion ; et par suite un 
grand bien en rejaillira pour le peuple de France. 

Ne parail-elle pas amenee par I)ieu, cette heure pro- 
pice do la glorification du grand Pape, inslituleur et 
propagateur de la devotion du Saint Sacremenl ? Et 
n'6les-vous point designe par la m6me Providence pour 
exalter Urbain IV, comrae vous avez nagu^re gloriiie 
Urbain II, le Pape des Groisades ? 

N est-il pas aussi votre fils, cet Archidiacre de TEglise 
do Laon dont vous 6tes Theureux m^tropoUtain? 

Ne ful-il pas en Orient le Ic^gat des Papes, comme 
vous avez die Tillustre L<5gat de L<5on XIII ? 

II fut Patriarche de Jerusalem, et vous avez ^t6 en 
ces Lieux Saints Tenvoyc^ du Ponlife de Rome. 

II fut le plus grand ami de rEucharistie, et vous ^tes 
pour la seconde fois, a la joie de tons, le President 
eclair^ du Congres eucharistique. II travailla et depensa 
ses forces et son activite pour la reunion des Eglises 
d'Orient a celle de Rome. G^nte ceuvre aussi vous est 
ch^re, et, pour gagner TOrient. vous lui avez porte le 
copur de L<5on XIII. 

Urbain IV etait le fils d'un pauvre ouvrier, et tous, 
dans ce diocese et dans la France, vous saluent de ce 
beau litre de Cardinal et Pere des ouvriers. 

Tons deux, enfin, vous etes la gloire de la Cham- 



PREMIKRE SECTION — RAPPORTS 469 

]»agne el de la France, la joie de TEglise, Tobjet de 
noire action de gn\ce. 

A tous ces litres, Eminence, il vous appartient d'entre- 
prendre el de r^aliser la glorification d'Urbain IV ; el . 
vous aurez pour auxiliaires dans celteoBUvre les v^ndr6s 
Ponlifos qui forment en ce moment votre couronne. 

VCEUX 

(bnsidt^rant que les Bollandistes, dans leurs Acta 
Snnctoriwi (tome 48, edition Palme, Praetermissi 30 
>optembre, page 260, B.C.), d^clarent que : « A pluribus 
" inter Venerabiles [Urbanus IV) tit prseclarus Pontifex 

memoratur ; » et qu'un t^^s grand nombre d'liis- 
toriens le regardent comme Bienheureux: 

Nous proposons : 

r Que cetle supplique soil adressee h. Notre Saint 
PtTe le Pape Leon XIII : 

Tres Saint Fere, 

lues membres du Congres eucharistiqiie de Reims, /mm- 
hinnent prosteni^s aux pieds de Votre Saintet4y deman- 
dant la reconnaissance du titre de Venerable pour lepape 
I'rhain IV et r introduction de sa cause de Beatification. 

IP Que le Congrds de Reims renouvelle les voeux 
Miivants du Congres de Paris : 

I" Retoiir des cendres d'Urbain IV dans Viglise de 
Snint'Urbain de Troijes, elevee par ses soins; 

"J" Concours des fideles pour I'achevement de la res- 
hmration de cette eglise eucharistique, siege de Varchi- 
cunfrerie canonique du Tres Saint Sacrement; 

31 



470 VENDREDI, 27 JtllLLET 

5* Realisation du vceu Ants au Congres de Paris par 
Mfi^' DouTRELOUx, ivfque de Liige : 

«... J'ose vous proposer d^Mger a Montmarire^ a 
« edtS de la statite du B. Vrbain II, celle (PUrbain IV, 
tc I'immortel instituteur de la F4te-Dieu dans VEgli^e 
« catholiqtie, et je demanderai humblement Fhonneur 
« de voir figurer sur son socle, a cdii des fleurs de lys de 
m la France et de Veciisson des villes de Troyes et de 
« Paris, le lion beige et Pantique pennon liigeois sur- 
u monte de sa croix ; 

4"* Que Nosseigneurs les Ev^ques de France et de 
Belgique, unis a V Eminent Cardinal President, interpretes 
des voeux de tons les Congressistes, demandent a Rome 
la reprise de la cause d'Urbain IV. 



REUNION SACEROOTALE 



PROCES-VERBAL 

La seance est ouverte k onze heures sous la pr^stdence 
de Jf^ Doutreloux, evSque de Li^ge, assist^ de M^** Pd- 
nard, du R. P. Tesnidre et de plusieurs notabilitds du 
dergi d'Orient. 

I. — La premiere question k Tordre du jour est : VEtisei- 
gnement de CEucharistie aux enfants. 

I^ parole est donn^ au R. P. Tesnidre, sup^rieur des 
Peres da Saint-Sacrement. 

Avec autant de science que de concision, le Reverend Pere 
constate : 4^ Tabus de certains catechistes, qui ne parlent de 
TEucharistie aux enfants que quand le cours du catechisme 
appelle des explications sur ce pointy c*est k dire vers la fin 
de Tannee pr^paratoire k la premiere communion ; 

2* fait ressorlir combien ce dogme de TEucharistie, 
expliqu^ avec simplicity, est accessible a Tintelligence des 
enfants mime tout petits ; 

3^ n montre, par des eiemples, combien ces explications 
sent en rapport avec les dispositions sumaturelles des 
enfants. 

Puis, s'autorisant de son experience, le v6n6rable Superieur 
propose, comme moyen pratique, de rappeler dans chaque 
seance de catechisme la pens^e de la presence r^elle de Notre- 
Seigneur au saint tabernacle ; au commencement par quel- 
qries paroles onctueuses ; a la fin, par quelques conclusions se 
rapportant k la sainte Communion. 

Un grand nombre d'ecclesiastiques donnent des avis divers 
en cette importante discussion. 

Le R. P. Durand raconte, k Tappui des assertions du 
B. P. TesnlAre, Thistoire d'une enfant de cinq ans qui avait 



472 VRNDREDI, 27 JUILLET 

si bien compris.le dogme eucharistique qu'elle voulatt^ 
malgr^ toutes les observations, communier, or afin d'etre, 
disait-elle, avec le Bon J^sus ». 

M'^ Doutreloux recommande d'accoutumer les petits 
enfants a la communion spirituelle, en leur faisant faire des 
actes de d^sir pour la sainte communion. 

II. — (Jne seconde question se pose naturellement : apr^ 
avoir excite dans les jeunes enfants Tamour de TEuchartstie, 
comment y repondre et comment Tentretenir apr&s qu*ils ont 
eu le bonheur d'etre admis a la premiere communion ? 
Gonvient-il de les admettre d la communion freqtiente? 

Jf. B&ton, cur<^ de Notre-Dame de Laon, conjure ses 
confreres, pour assurer la perseverance des enfants qui 
Yiennent de faire la premiere communion, d*etablir la com- 
munion mensuelle, et de Tannoncer le dimancbe precedent, 
au prone de la messe paroissiale. 

Un pr6tre de Saintr-Dii affirme qu'il assurait, par le 
moyen indiqu^ ci-dessus, la pers6v<irance des enfants pendant 
au raoins quatre ans. 

M, rabbi Wagnart, cure de Warmeriville (diocese de 
Reims), au sujet de la conununion mensuelle, fait observer 
que Tobstacle vient le plus souvent des parents. 

M. Colson, CUT& de Crancey (Aube), repond que cet obs- 
tacle peut etre surmonte en insistant, en toute occasion, 
aupres des parents, pour envoyer leurs enfants; 11 a essay^ 
de ce moyen et il a r^ussi. 

Un cur6 de hyon indique que, pour la communion 
mensuelle des enfants des ^coles communales laiques, il 
serait bon d'exercer les enfants a une courte preparation; 
Yoici le moyen qui lui a reussi : il r^unit, le jeudi qui 
precMe la communion mensuelle, les enfants des ecoles 
communales laiques, et leur fait une instruction sp^ciale. 
M^thode excellente quand elle est possible. 

1^22 pr§tre de Reims fait observer que la comraunioD 
mensuelle n'cst bonne que eomme pis aller, et qu*il serait 
preferable d'habituer les jeunes gens a remplir leurs 



REUNION SAGBRDOTALE 473 

^^~'*— ■ - - - ^ -■ ■ - ■ ^ ■ . 

devoirs — confession et communion — plus souvent, et de 

learpropre initiative, sans attendre qu'ils y soient obliges par 

r^h^nce du mois ou Tavis, et, pour ainsi dire, Ic comman* 

dement du maltre chr^tien, du directeur de Patronage ou 

de YOEuvre de Jeunesse. 

Ifgr r6v6que de Li6ge resume les d^bats de rassemblto, 
et 6met le voeu : Que les enfants, apres la premiere com- 
munion, communient au moins chaque mois, laissant au 
z&le des pasteurs le choix des moyens et des industries 
pour les y amener et les y preparer. 

III. — Au programme du jour figure celte interessante et 
pratique question : Messe des ilcoles^ — des Confrerics^ etc. 

Cn important M^moire, redige sur ces matieres par M. Tabb^ 
-AllsLUtaz, vicaire a la cathedralo d'Ainiens, eut nieritd les 
^onneurs d'une lecture attentive et d'une discussion s6rieuse. 
Tout y est examine : Que penser de la Messe des Ecoles, et 
^uelsen peuventetre les avantages? Une telle messe est-elle 
possible ? Quels jours convient-il de T^tablir ? Et cjuels moyens 
Pi^ndre pour en assurer les fruits s^rieux et durables? — 
Autant de questions dont la r6ponse est facile en theorie, mais 
plus difficile dans la pratique. M6me examen au sujet des 
Besses de Confreries, 

M. le Rapporteur est absent; son travail serait long a lire. 
»-'assembl6e en vient immediatement a la discussion des voies 
61 moyens pratiques. 

Est-il avantageux d'instituer une Messe sp^cialement reser- 
vfeaux enfants? 

Bon nombre d'eccl^siastiques de la campagne font observer 
que le cur6 de campagne etant seul, et souvent oblig^ a un 
service de binage, est dans Timpossibilite de realiser cette 
institution. W en est cependant qui ont fait quelque chose en 
ce sen?, en plaint les enfants dans une partie de Teglise qui 
leur permette de voir Fautel ; d'autres^ en donnant a la Messe 
du jeudi le caract^re special de Messe des Enfants, 

M. Gillet, archipretre de Gharleviile, expose sommaire- 
ment ce qui se fait dans sa paroisse par rapport a la Messe des 



&74 VENDRBDI, 27 JUILLBT 

enfants, celdbr^ chaque dimanche k huit heures, araot la 
Messe paroissiaie, avec chaats de cantiques, allocution sp»- 
ciale, etc.. . 
Le R. P. Tesnidre a vu la meme chose k Saint-£Uenne« 

— Elle est fond^ a Saint-Jean-Baptiste, de Reims. 
M. VArcbipritre de Sainte-Menebould a mis sa messe 

«p^ciale des eafants le jeudi. 

M. Vabbi Fageon propose un choix de cantiqaes sur la 
sainte Eucharistie k faire chanter pendant la messe, « c'est le 
Recueil de cantiques du B. de Montfort ». 

De nombreux eccl^siastiques prennent part k la discussion, 
chacun faisant part de ses industries et reclamant divers 
moyens d'interesser les enfants ^ la messe. 

La paroisse Saint-Tbomas de Reims parait avoir reaUs^ 
tons les desiderata de Tassembl^e : Depuis deux ans, une 
messe d*enfants r^unit chaque dimanche, k neuf heures, 
dans r^glise Saint-Thomas, plus d*un millier d'enfants. 

On reclame pour les enfants qu*ils voient Tautel : la tous 
sont dans la seule nef qui existe en face de Tautel. 

Les uns demandaient des chants; d*autres, des prieres se 
rapportantau saint Sacrifice; quelques-uns, un accompagne- 
ment; certains, une predication. Or, voici ce qui se passe: 

Tous les enfants de toutes les ^coles congrSganistes et 
laiques sont r^unis dans Teglise, les congr^ganistes sous la 
surveillance de leurs maitres et maitresses, les enfants laiques 
sous le regard vigilant des pr^tres de la paroisse. 

Pendant que le pr^tre dit fa messe, un autre fait clianter, 
un autre tient Torgue, un quatrieme surveille. Les chants, la 
. recitation des prieres de la messe, les actes, la pri^re du ma- 
tin, une dizaine de chapelet, recites tour a tour, de fa^oa k 
revenir tous les mois, occupent le temps. 

Une predication appropri6e leur est faite; elle a eu pour 
objet, depuis deux ans : les ceremonies de la messe, )§ bonne 
tenue k T^glise, les ^vangiles du dimanche, les vertus et les 
defauts des enfants, etc. 

(juant aux messes de Confreries ou d'AssociatianSp on oe 



REUNION SAG&RDOTA.IJ: 47S 

^urait assez, avec M. AUantax, en recommander ou I'^ta* 
bltssement ou le maintien fidele. 

n n'est gu&re de paroisses de ville, et indme de campagne* 
ou il o'existe quelque association, sous une forme ou sous 
une autre : Patronagas, Associations d'Enfants de Maiie, 
Archiconfrerie de Notre-Dame des Victoires, Confr^rie d« 
Kosaire, f^tes de Corporations ou de Metiers, Associations de 
Notre-Dame de VUsine, de V Atelier, ou des Champs, etc.... 
Qui ne comprend que la reunion k V^glise sera le plus fernie 
lien entre les membres ou associ^s, et que la messe donne k 
toutes les fetes des Associations leur veritable caract^re reli- 
gieux et chr^tien ? Pour quelques-uns, ce sera I'occasion de lea 
attirer au pied des autels et de les faire participer aux fruits 
du sacrifice; pour beaucoup, un moyen de briser avec le 
respect humain ; pour tous, I'occasion d'une bonne parole, 
d*une ardente priSre, de gen^reus: sentiments et de f^oondos 
resolutions. 

IV. — OEuvre des Premises Communions et de la Persevi^ 
ranee. — II appartenait au R. P. Chapoiif mariste k Sainte- 
Foy-les-Lyon, d'Mifier Tassembl^e sur les industries du lOe 
sacerdotal pour Foeuvre, aujourd'hui plus que jamais capitals, 
de la preparation des enfants au grand acte de leur premiere 
communion, comme aussi de Finitier aux plus utiles moyens 
pratiques de la Perseverance. 

Le temps ayant manqu6 pour cette ^tude, nous voulons du 
inoins ne pas priver totalement le Congres de precieux ren* 
seignements que nous e&trayons du m^moire du z^le rrit- 
gieui : 

i"" Au Congres d' Avignon, un voeu f ut ^mis sur la demande 
d'un p^re de famille, a savoir : que quelqu'un compos^t un 
Opuscule sur Timportance de la premiere communion et sur 
les moyens pratiques pour les parents de seconder Paction du 
clerg^ dans Tinstruction et I'Mucation religieuse des enfants. 
Un essai a ete tentS dans ce sens ; c'est un opuscule de ceat 
dlx-huit pages qui a pour titre : VApostolat de la Premiere 
Communion dans les temps actuek. est offert aux pasteurs 
des ames, aux parents chr^tiens et aux cat^histes z^Ms. 



476 VENDREDI, 27 JUILLBT 

- *t Une revue mensuelle, le Parterre de Notre-Dame de la 
Premiere Communion, parait depuis trente ans ; c*est le bul- 
letin des Annates de V Archiconfrerie de Notre-Dame de la Pre- 
mise Communion, qui a ^t^ plusieurs fois lou^ par divers 
Gongres. Gette publication se recommande k la jeunesse chre- 
tienne comme un excellent auxiliaire de TCEuvre de la Pre- 
miere Gommunion et de la Perseverance (1). 

^"^ Ghaque ann^e, des la reprise des catechismes, on est 
k la recherche d'un livre nouveau de premiere communion. 
U est, en eifet, utile d'offrir un manuel special aux premiers 
communiants ; mais il est peut-^tre dangereux de courir 
apr^s la nouveauU et de delaisser ce qui a cependant fait ses 
preuves? Parmi tant de manuels et d'opuscules qui se recom- 
mandent, nous aimons k mentionner le Livre d'Or des Pre- 
miers Communiants, s^rieusement approuv6 par plusieurs 
6veques. II a vingt-deux ans d'existence, et il est devenu das- 
sique dans plusieurs etablissements. 

4® Pour aider k la preparation de la premiere communion, 

- il y a plusieurs archiconfreries ou associations pieuses qui 
fonctionnent dans un certain rayon. J'ai d^ji nomme \e Par- 
terre. Mais il y a aussi une Union de priires speciale, etablie 
entre tons les premiers communiants du monde catholique. 
Gette Union est couQue dans un sens plus large, plus gen^ 
ral, plus universe!, et elle puise tQute son etficacite dans Ic 
dogme si consolant de la Communion des Saints ; elle s'eta- 
blit d'elle-meme, sans retribution, sans inscription, par \k 

' m^me qu'elle est connue et adoptee. Gette Union de prims 
sp^iale entre les premiers communiants a ete developpee dans 
un rapport, au Gongres d'Avignon ; elle est repandue aujour- 
d'hui, non seulement en France, mais k Tetranger et dans les 
missions lointaines. Pour la propager plus efficacement, une 
Image symholique a ete faite, traduite qu plusieurs langues, et 
repandue de tons c6tes. 

5** Pour la Perseverance, il existe aussi une Image symboligue. 
C'est un pieux souvenir auquel plusieurs ecciesiastiques ont 

(1) L'abonnement annuel est de 2 fr. 50, et il suffit de s'adresser 
au Sup^rieur du Petit Seminaire de FeUetin (Greuse). 



REUNION SACBBDOTALE 477 

travaill^ et qui reproduit les Grands moyens de Perset^Srance. 
Cette nouvelle image, revalue de Vimprimatury merite d'etre 
examine et recommand^. 

A ces indications, quMI nous soil permis d'ajouter celle de 
TeiisteDce de la Croix de VEnfance et de celle de la Perseve- 
ranre^ deux petites croix peu couteuses/que les enfants sont 
beureux 4e porter k ieur cou,et qui leur devient en mSme 
temps une protection et un enseignement. 

V. — Catechistes volontaires. — Mff^ rtv6que de Li6ge, 
president, attire Tattention de Tassemblf^ sur Texcellence de 
hmtitution des Catechistes volontaires. 

M. Brincourt, sup^rieur du Petit S^minaire de Reims, 
rappelle Tinstitution dans le diocese de Reims d'un Pro- 
gramme d'Enseignement religieuxet d'Examensdonnant droit 
a un diplome de Catechistes volontaires. L'institution fouc- 
tionne : done Toeuvre est possible; dejk elle a port6 ses fruits ; 
done elle pent etre encourag^e. L'examen a deux degr^s : le 
premier, tr^s accessible, donne droit k un dipldme ou brevet 
elementaire sufBsant pour enseigner ; Tautre, plus difficile et 
ayant pour but de stimuler le travail et T^tude, donne droit 
au dipldme ou brevet sup^rieur. Les maisons d'Mucation 
trouvent \k un moyen d'emulation dans T^tude de la religion ; 
et HM. les Cur^s auront dans leurs catechistes volontaires, 
serieusement instruits, de pr^cieux auxiliaires. 

Jf. le Cur6 de Villers-Cotterets fait part des resul- 
tats merveilleux qu'il a obtenus gr^ce aux Catechistes volon- 
taires. 

Jf. Gautbier de Cbaubry, cure de Saint -Jean-Sain t- 
Frangois, de Paris, confirme cette assertion par les r^sultats 
obtenus a Paris par TQEuvre des Catechistes volontaires, qui 
a servi de type k diverses institutions analogues. 

Jf. Collignon, archipretre de Notre -Dame de Reims, 

expose le fonctionnement de VGEuvre k Reims, k la Cathe- 

(irale, a Saint-Jean-Baptiste, k Saint-Andre et k Saint-Thomas, 

ou rOEuvre semble le plus parfaitement organisee. 

Jf. rabbi MignoB, cure de Guignicourt, ancfen vicaire 



478 VENDREOI, 27 JUILLKT 

de Saint-Quentin, a vu, dans cette ville, des homaies faisaot 
les foDCtions de catecbistes volootaires. (On applauditj 

Sur la proposition de M^' VivAque de LiigSt president, 
TAssembl^e sacerdotale ^met les Voeux suivants : 

1^ Que dans toutes les paroisses ou c'est possible, une 
messe sp^ciale d'enfants soil institute avec tons les moyens 
dont dispose le clerg6 de la paroisse ; 

t° Que les messes de Confreries ou d* Associations soient 
facilities et encourage ; 

S*' Que VCEuvre des Cat^chistes volontaires soit etablie dans 
toutes les paroisses importantes, sous la direction du clerge 
paroissial. 

La stance est lev^e HI heures 5S, aprSs la pri&re d*usage. 



SEANCE DE L'APRES-MIDI 

d deux heures 



TROISIEME SECTION 
L'Orient et I'Eucharistie. 



PROCES-VERBAL 

La seance est ouverte a deux heures. Son Em. M^' le 
Cardinal preside. 

Les travaux de la troisi^me Section sont dirig^s par le 
K. P. Charmetant, qui fut Tauxiliaire et le bras droit de 
S. £. le cardinal Lavigerie dans TCKuvre des £coles d^Orient, 
et qui est aujourd'hui Finteliigent et z61^ directeur de cette 
(JEuvre si catholique et si fran^aise. 

Le Comity lui a donn^ pour assesseurs le R. P. Tondini 
DE QcARENGHi, Ic savant religieux barnabite si verse dans 
la connaissance de la situation actuelle de TEglise russe, et 
le R. P. Don Gerard van Caloen, moine b^nedictin de 
Maredsous, non moins erudit que d^vou^ ^ la cause des 
£glises orientales. 

Au bureau du secretariat si^ge le R. P. Michel, des P^res 
BlancSy qui assistait au Congres de Jerusalem. Son long 
sejour en Terre-Sainte, au Seminaire de Sainte-Anne, a pu, 
s'ajoutant a rintelligence et aux Etudes refl^chies, Tinitier 
savamment aux choses d'Orient, dont lui-m^me va nous 
entretenir dans un Rapport de tons points remarquable. 

La presence de M' ** Lecbaptois et de quelques Pires 
Blancs, celle du R. P. Baiily, le z6\e directeur des p^lerinages 
de Terre-Sainte et de Lourdes, et du P. Ignace, comme lot 
religieux de I*As6omption ; de M^'' Potron, ev^que de J^ricbo, 
et du R. P. Jerdme, franciscain de Jerusalem, etc., donne k 



480 VRNDREDI, 27 JUILLET / 

cette stance un cachet special dont les Congressistes ont com- 
pris I'int^r^t : car Icur nombre est considerable, et sur tout 
les visages se rev^^le une avide et pieuse attente. Ed effet, 
c^estrOrient Chretien qui, a bien juste titre, attire i'attention: 
k Reims, cctte annee, tout parle de Jerusalem, la cit^ sainte, 
et surtout des ^mes si nombreuses qui sont endormies i 
Tombre du schisme, et que le grand coeur de Lton Xn 
voudrait ramener a I'unique bercail du Bon Pasteur. 

M'" Cauly, vicaire general de Reims, remplace M"" Deb, 
archev^que de Beyrouth, pour lire son Rapport sur les RHuIr 
tats du Congres de Jerusalem. Ces rc^sultats sont important. 
Plus d'un prc^juge est torab^ dans ces reunions, ou ontet6 
entendus tant de discours reraplis de sagesse et de lumiere. 
Le r6sultat acquis deja pour le rotour a Tunite ne fera que 
s'augmenter, car les paroles si pleines d'autorite du Cardinal 
Ldgat ont eid une semence qui portera ses fruits. 

Le R. P. J6r0me, franciscain, se demandait s'il devait 
donner lecture de son travail sur le Congrte de Jerusalem. 
En entendant hier M*** P^chenard, il 6tait tent^ d'iniilflr 
saint Bonaventure, qui d^chirait son manuscrit sur la Sainlff 
Eucharistie, pendant que saint Thomas d'Aquin lisait le sien. 
II dit Tentree triomphale faite au Cardinal L6gat k Jerusalem. 
Juifs, musulmans, schismatiques, s'inclinaienl rcspectueuse- 
mont sur son passage, et Tenthousiasme n'a cess<5 de regner 
pendant ces fetes inoubliables. On aurait cru Tunit^ accom^ 
plie, mais ce but desir^, grice aux pri^res de tous, sera pou^ 
suivi etatteint. 

Commo complement <lu Rapport du P. Jerdme, M. Vabbi 
Gamier^ qui vient d'arriver, presente quelques observation! 
prati(jues dans le but de d^velopper TOEuvre des Seminaires 
et des Ecoles en Orient, et de travailler, par des articles d 
journaux'bienveillants a legard des nations orientales, a s 
concilier leurs sympathies. 

M^'^ Doutreloux, eveque de Li^ge, tout en rendant hon 
mage a la pens6e de Thonorable M. Gamier, observe qc 
Toeuvre dont il parle sera I'objet d'un Rapport special, et qi 
toute discussion k cet 6gard serait pr^matur^e. 



TROISIEME SECTION — PROC^^VERBAL 481 

Le R. p. Hornby, archimandrite, revenant sur les bienfaits 
du CoDgr^^ de Jerusalem, est lieureux de constater Timpression 
pnxjuite sur les Chretiens soumis aux rites non unis. II 
emet le Yoeu que les plus belles pri^res du rite oriental soieDt 
traduites ea fran^ais et inserees dans les formulaires de 
pheres a Tusage des fiddles, et que dans les S^minaires une 
place soit faite k I'Stude compar^e des dilferents rites. 

jftf^'' Doutreiouxappuiece dernier vceu. « Toutefois,ajoute- 
t-il, il serait difficile d'obtenir dans les Seminaires un cours 
special sur ces diff(§rents rites. Le programme des Etudes 
ecclesiastiques absolument indispensables est d6}k plus que 
sutiisamment charge. Mais peut-^tre pourraitron parvenir a 
en (lonner connaissance, ou tout au moins a inspirer le ddsir 
dune etude plus complete, par des tableaux, albums, pan- 
cartes, etc. » 

S. tm. le cardinal Lang6nieux engage les congres- 
sistes a se livrer a T^tude des rites orientaux, sinon ignor^, 
du moins peu ou mal connus. 

M^ Pichenard indique des ouvrages traitant ces matidres, 
6t qui donneront aux S^minaristes une connalssance sufiisante. 
M. i'abJb^ Gamier propose une priere speciale en vue 
d'obtenir Tunion des £gtises d'Orient et d'Occident. 

\ji R. P. Tondini sollicite des Chretiens dans leurs commu- 
nions, et des prdtres au Memento de la messe, un souvenir 
devant Dieu pour I'union des Eglises. 

S. tm. le Cardinal Lang6nieux dit que, pour entrer 
dans les vues de Lton XIII, il i'aut s'unir a sa voionte et aux 
iDOveDs qu'il jugera les plus propres k realiser Tunion des 
tglises, et que toutes les prieres doivent etre faites a cette 
intention. 

M''' Doutreloux remercie le Cardinal de ses vues si ^le* 
Tees, et il dit aussi que Lton XIII a la plenitude de la gr^ce 
pour le choix des moyens qui peu vent realiser I'union. 

Dom Girard van Caloen, b^nedictin de Maredsous, 
lit un Rapport tr^s remarquable sur V Union des tiglises 
(I^Occidetit et d*Orient. En terminant, il emet le voeu que 
tous les orateurs et publicistes parlent des Eglises d'Orient 



V^ VENDRBDI, 27 JUILLET 

sf ec respect, et remplacent le mot de (( schismatique », qui est 
legard^ comme blessant, par celui de a non uni 9. 

Lb jr. p. Tondini donne au sujet de la Russie des details 

^ qui permettent de penser que le rapprodiement entre TEglise 

ruBse et TElglise latine se fera dans un avenir prochain. II a 

/ Yialt^ une laure russe. Le superieur lui exprimait hauternent 

le desir de voir TOglise latine prier pour Tunion. 

Vn autre membre du Congris raconte que» dans un 
voyage qu'il fit en Orient en 1881. il fut re^u par un ^vequp 
oriental ^g^ de 93 ans, qui lui demandait instamment des 
pri^res pour Tunion des flglises. 

W le Cardinal Langinieux cite, k cet ^rd, des 
souvenirs consolants. Le R. P. AbM du moi^tst^re grec de 
Grotta-Ferrata lui racontait que, dans une visite au Moot- 
Athos, il avait lui-m^me constat^ un ardent d^sir des £glis^ 
orientates de voir Tunion s'accomplir : ces voeux ont &\j^ com- 
muniques a L^on XUL 

Le H. P. Michel, comme exemple de ce rapprochemeDt. 
rappelle que le synode grec a r^lu que le bapteme de la 
princesse Sophie d'Allemagne, martee k un prince de la 
famille royale de Gr^ce, ne serait pas renouvele. 

M^*" Potron, ev^que de Jericho, dit qu'il a toujours vu, 
dans sa contree, les non unis soumettre les catholiques a un 
second bapteme. 

La nouvelle decision constituerait done un veritable pro- 
grte accompli dans le sens de Tunit^. 

Le H. P. Charmetant rappelle, dans un int^ressant Rap- 
port, les voeux du Congr^s de Jerusalem. Ce qu'il faut pour 
gagner TUrient a Tid^e catholique, ce sont les Scales^ les Semi- 
naires, la Presse. Les pr^juges sont nombreux et diificiles a 
vaincre, et ne pourront ceder qu'a deux moyens : la charite 
douce et pr^venante, et T^ducation de Tenfance par les ecoles 
et les s^minaires. 

L'heure avanc^e oblige Thonorable Rapporteur a remettre 
k demain la suite de son interessante ^tude, que nous don- 
nons in exteuso dans le Compte rendu de cette joumee, pour 
B'en point briser I'ordre et Tharmonie. 

La seance est lev6e a quatre heures. 



lUmRT SOR LES RfSilLTATS DU CONGR^S DE JERUSALEM 

et le$ moyens d employer pour amener VUniotif 

Par Kb* Joseph DEBS, Archev6que maronite de Beyrouth. 



r 

Eminence, 

Messeigneurs, 

Messieurs^ 

J'ai et6 tres heureux d'apprendre que le Congrfes 
6Qcharistique va se r6uiiir encore cette ann^e sous la 
prudence de Voire Eminence, et dans la belle ville de 
Beims. M. de Pelerin, le digne Secretaire du Comity 
permanent des Congrfes eucharistiques, en voulant bien 
Die communiquer cette heureuse nouvelle, m'a demands 
d*4crire quelque chose sur les r^sultats du dernier Con- 
gres tenu k Jerusalem, sous la pr^sidence de Votre 
fiaiinence comme repr6sentant de Sa Saintete Timmor- 
W L6on XIII. Oui, Eminence, je ne puis oublier qu'il 
y a environ un an, Mk' Elienne Aouad et moi nous 
ivons eu I'honneur et le plaisir d'etre vos hdtes h 
Reims, et si les annees parviennent k me faire oublier 
i^tte belle ville et votre admirable cath^drale avec ses 
l^eaux et grands souvenirs, elles no sauraient jamais 
-ffacer de ma m6moire le doux souvenir de votre accueil 
»i cordial et de votre bont6 toute paternelle. Aussi aurais- 
e bien desir6 avoir Thonneur d'assister encore cotto 
rinee au Congrfes eucharistique r6uni sous les bons 
ispiccs de Votre Eminence. Ccpendant, ne pouvant 
elre de corps, j'y serai de coeur et d't\me. 
JEn reponse done aux aimables avances du digne 



484 VENDREDI, 27 JUILLET 

Secretaire, j*ai voulu presenter ce modeste rapport, 
dans lequcl je parlerai des r^sultats du pr^c^dent Con- 
grhs de Jerusalem, et des moyens que je crois utile de 
prendre pour Tunion tant d6siree des Eglises d'Orient. 

I. — R68ultats du Congrds de Jerusalem. — II nVst 
pas b. douter que les r^suUats de noire Congrfes de 
Jerusalem aienl il6 tres importants et fort avanta- 
^eux. En effet, le souvenir de ce Congres, encore vivace 
dans les ca^urs do tons les Orientaux, les accompagnera 
jusqu'a la tombo, et Thistoire en conservera la m^ 
moire h lours enfant s. 

Certes, grande fut la consolation des catholiques 
orientaux do lous riles, en voyanl que pour se faire 
representor parmi eux, le Pontife des pontifes envoyait 
Tun des plus eminents princes de TEglise calluolique. 
Ce Cardinal elail encore accompagne d'un grand nombre 
d'ev^ques, de superieurs d'ordros, de prfitres et de 
notables do loules les contr6es de TEurope et princi- 
palemenl Je la France. lis sont venus tons voir leurs. 
freres dans la foi ralliolique, s'informer de leurs besoins 
el faire lout liMir possible pour I'union de leurs freres 
separes a rEt^^lise roniaine, mere el mailresse de loutes 
les Eglises, elainsi rendre a I'Orienl son ancien eclat el 
sa gloire passee. 

Grande ful aussi r^dification de mes frferes separes 
en voyanl les eve(|ues, les pretros el les fideles occiden- 
taux el orientaux lous unis en Dieu dans les memes 
<Toyances et les niemes tendances. lis passaient le 
temps enlre les t(»uchantes prieres el les belles pro- 
ressions. Cos inaj^nifiques demonstrations religieuses 
porlaieiil Irs .Musulmans el les Juifs meme a venir k 
renvi y assisler avec respect et edification. Nous en 



TBOISIBHG SBCTlON — RAPPORTS 485 



etions tous l^s l^moinA oculaires ; et si Torgueil et • 
V amour-propre ou d'autres motifs humains emp^chcmi i 
les dissidents de i'avouer ouverlcment, il n*est pas k 
<loulcr qu'ils ne le confessent devant leur conscience. 
(!ar on ne pent pas se soustraire a I'iniluence d'une 
cause si naiurelie. En v^ril6, quel bon el salutaire effet ' 
a produil sur les coeurs des fiddles et des infidfeles la • 
vue. je ne dis pas des ^v^ques, mais de tous les pfelerins • 
occidentaux et orientaux , hommes et femmes^ tous 
cnUammes d'un amour ardent de la religion et em-* 
porles par le courant de la ferveur chr6tienne h la pra- 
tique des difierentes devotions et aux visites r^it^r^es 
Aes lieux pleins des souvenirs sacr6s de notre Redemp- 
tion, avec une modestie et une reserve admirables ! 

Que dire encore des avantages lieureux deces reunions 
oil etaient prononces ces 61oquents discours pleins de 
lumieres et de sagesse ? 

Ces avantages furent en effet grands et varies : avan- 
tagf^s pour la religion, pour la science, pour les Occi- 
(leutaux et pour les Orientaux. Quoi de plus avantageux > 
pour la religion que ces discours dogmatiques qui d6- 
moQtrent les verit^s de notre sainte religion et exhortent 
les fiddles k s y attacher et a agir conform^ment a ses 
luis? Quoi de plus profitable a la science eccl^siastique 
que ces discours qui parlent des rites, des liturgies et 
<les oSices, puisque leurs auteurs parlaient tous ex 
professo et chacun dans ce quit savait le mieux de son 
rile et de la liturgie de son lilglise? Les Occidentaux onL 
profite, en prenant connaissance de sources certaines^ ^ 
<les liturgies et des rites orientaux, et en voyant par 
eux-mfemes et sur place I'^tal actuel de TOrient. Le& 
Orientaux out profite enfin en faisant connaissance avec 
leurs freres les Occidentaox, en ies initiant k leuritai. 



32 



486 VBNDREDI, 27 JUILLET 

et en leur montrant k quel pris: ils ont pu conserver 
intact le d^pdt de la foi de leurs peres. 

Ces discours ont fait tomber plus d'un pr6jug6 que 
Ton faisait valoir aux yeux de simples s6par6s: par 
exemple, que T^glise romaine tend k abolir Ics rites 
orientaux et Prendre latins tons les chr^tiens. On y 
demontrait jusqu*k P^vidence combien ii tient k eceur 
aux Souverains Pontiles de conserver les rites orieu- 
taux ct combien ils ont defendu et d^fendent encore 
de changer ces riles, puisqu'ils les consid^rent, avec 
raison, comme des perles dans Fecrin de TEglise catho- 
lique. Je suis certain que lorsque les actes de ce Cod- 
grfes seront publics, ses avantages seront plus 6tendus 
et se coQserveront k jamais. 

II est impossible que le Dieu bon et mis^ricordieux 
ne tienne point compte de tant de priferes ferventes el 
de sacrifices mystiques offerts sur les plus saints des 
autels et dans les plus pures intentions. Non, non, 
Dieu ne saurait d^tourner sa face de tant de belles 
actions dignes de sa grandeur, et si nous ne sommos 
pas encore exauc^^s, nous no devons point desesperer 
de r^tre, car Dieu nous ordonne de prier avec instance. 
Parfois meme il retarde le temps de nous exaucer pour 
nous porter a prior davantage. 

Aussi, suis-je port6 k consid^i*er les actes du dernier 
Gongrfes comme le grain de stoeve dont parle TEvan- 
gile. Nous n'en voyons pas encore la tige, il est vrai ; 
n6anmoins je suis persuade qu'il sera un grand arbre 
sous les branches duquel viendront un jour s'abriier 
tous lessepares de notre cher pays; et dans ses rameaux, 
ils feront leurs nids, c'est k dire ils croitront et se mul- 
tiplieront dans la sainte foi catholique, Je craindrais, 
Messeigneurs, de blesser la modestie de Son Eminence 



TROlSli^tfE SECTION — RAPPORTS 487 

M ^ H IT I -.. J 

le Cardinal Lang^nieux, si je venais vous d^crire la 
haute intelligence avec laquelle il s'est conduit dans la 
direction des importantes alfaires confines k sa sagesse ; 
mais je ne crains point d'aflirmer que le doigt de Dieu 
Hait la. En v6ril6, les difficultes qui menagaient d'en- 
Iraver et d'emp^cher le succfes de ce Congres elaient 
si grandes et si multiples, m6me de la part de ccrtaiues 
puissances, qu'un croyant intelligent ne doit en attri- 
buer le triomphe qu'k la main de Dieu par Tinter- 
mediaire de Son Eminence, et ne pent s'emp^cher de 
s'toier : Dieu le veut ! Dieu le veut ! 

Nos freres les d^sunis se sont s^par^s de Tfiglisc 
catholique, les uns depuis dix, les autres depuis quinze 
siicles environ. lis ont done vieilli dans leur desunion, 
elalors, quoi d'6tonnant quails ne s'unissent pas aprfes 
une seule annee de travail ! Oui , la divine Provi- 
dence, pour des motifs sup6rieurs de Tordre general, 
mullipliait les miracles au commencement de Thistoire 
du peuple h^breu el au d6but de son Eglise ; mais dks 
lors,les miracles deviennent rares. En outre, nous cons- 
talons que la Providence, meme en operant des miracles, 
se servait le plus souvent des forces naturelles, soil en 
y ajoutant una puissance qu'elles n'ont point, soil en 
detournant leur cours ordinaire. Eh bien! nous est-il 
permis, dans le cas present, de compter sur un miracle 
conlre nature pour Tunion de nos frferes separ^s, en si 
peu de temps et par les priferes de quelques-uns seule- 
ment? Cerles, non ! Pour une oeuvre si grande, si im- 
portante, il faut employer beaucoup de moyens eflicaces, 
depenser bien des efforts, demander des priferes gene- 
rates, pers^virantes et publiques. 



488 VENDREDI, 27 JUILLGT 

II. — Moyens utiles k prendre pour ronion des 
Chretiens s^par^s de Ti^glise catholique en Orient. — 
Les moyens que je crois utile de prendre pour celle 
grande oeuvre, outre les prieres et la confiance en Dieu, 
son! : 

i** Les divulgations de la vraie science et des bons 
principes parmi les separcs, el la bonne education de 
leurs enfants des deux sexes, parce que le plus fort lien 
qui les retienne dans leur separation est Tignorance et 
principalement celle des sciences religieuses et eccle- 
siastiques. II ne possedent point de grands s^minaires 
pour la formation des eccl^siastiques, ni en Asie, ni en 
Afrique; et les ecoles primaires qu'ils y possedent sont 
insuffisantes. On n*y enseigne point la philosophie, ni 
la tli^ologie dogmatique ou morale, ni Tex^g^se. Les 
questions religieuses n'y trouvent point de place; et 
souvent il suffit k un laique de quelques mois d^^tude 
pour etre ordonn6 pretrc, tandis que leurs jeunes gens 
la'iques, habitants des villes, apprennent les langues 
etrangeres et ont certaines notions de geographic, 
d'histoire, d*arithmetique, de math^matique, et lisent 
les mauvais livres qui nous viennent de TEurope; il 
rdsulle de Ik plus de mal que de bien, et TefFet nature! el 
inevitable de ce manque d'^quilibre est le m^pris du 
clerge de la part des lai'ques qui se voient dans un ni. 
veau de science plus 61eve que celui de leurs prStres, 
Alors le pretre ainsim^prise ferme la bouche,n*a aucune 
influence et se trouve dans Timpossibilite de dispenser 
rinslruction. 

Repandre done Tinstruction vraie et solide parmi les 
s6par6s par les bons livres et les journaux catholiques 
est v^ritablement utile. Mais il est encore plus utile 
d'instruire leurs petits enfants et de leur donner une 



TROISlfeME SECTION — RAPPORTS 489 



education catholique, blen que nous n'exigions pas alors 
leur union k la foi. Aussi, nos colleges cathoUques k 
Beyrouth : ceux des RR. PP. Jdsuites et de la Sagesse, 
que j'ai pu fonder grAce au sccours d*En-Haut, celui 
d'Anloura, sous la direction des RR. PP. Lazaristes, 
du Patriarcat Melkite Catholique et aulres colleges pour 
les garQons el les filles en Syrie et en figypte, dans 
TAsie-Mineurc et la M^sopotamie, coniptent tons sur 
leurs bancs un grand nombre d'61feves s6par^s. II est k 
souhaiter que les direcleurs de ces maisons d'education 
fassent apprendre k leurs 61feves le cat^chisme proiiv6 
et espliqu6, afin d'inculquer dans les coeurs de ces cn- 
fanls les v6rit6s de la religion. II serait aussi fort utile 
que les ^mes charitables et les bonnes oeuvres consa- 
crent une partie de leurs aumAnes k cette niagniPique 
OBuvre. Les colleges indigenes ont plus besoin de pareils 
secours et sont, k ce point de vue, d'uno plus grande 
influence sur les esprits des enfants et des parents, que 
Tespoir de ces secours stimule a s'unir k TLglise. 

2* Ceux qui publient des livres ou des articles dans 
les journaux ou revues doivent bien se garder de bles- 
ser, de quelque manifere que ce soit, Tamour-propre 
des s6par6s, de leur adresser des paroles piquantes et 
de les appeler her6tiques ou schisraatiques. Tout cela, 
en effet, les eflFarouche et les eloigne davantage et n'aura 
d'aulres r^sultats que de fomentcr leur haine et de r6- 
veiller leur rancune contre les catholiques. lis ferment 
alors les yeux pour ne pas voir et bouchent les oreilles 
pour ne point entendre. Les ^crivains et les pr6dica- 
teurs doivent done les traitor avec toute sorte d'6gards, 
les attirer k lire leurs ouvrages ou k entendre leurs 
Merits ou leurs discours, par les bonnes paroles et les 
expressions affectueuses. Qu'ils se contentent de leur 



/ 



490 VENDREDI, 27 JUILLCT 



montrer la vdrii^ simplement et dans un esprit humble 
et tout Chretien. 

J'ai public, en 1869, un petit volume en forme d'6piire 
aux chefs spirituels de nos freres ies s^par^s, les exhor- 
tant k r^pondre a Tinvitation que le Souverain Pontife 
leur faisait au concile du Vatican. Dans ce petit ouvrage, 
j'ai t&ch^ de leur montrer le plus simplement et le plus 
charitablement possible, les dogmes contest^s par eus, 
et de leur ^num^rer les avantages tant spirituels que 
temporels qui resulteraient de leur union k T^glise, pour 
eux particulierement et pour TOrient. Get ouvrage a 
paru les int^resser vivement et a reuni les suffrages 
unanimes de leurs 61oges. J*ai Tintention de r66diter cet 
ouvrage ou de le publier par chapitres dans notre jour- 
nal Ahnosbah, que je consacre au service de cette cause; 
j'ouvre aussi ses colonnes k tous ceux qui voudraient 
^crire sur ce mSme sujet et dans le m^me esprit. II est 
de toule n6cessit6, k mon avis, d'avoir un journal arabe 
sp^cialement consacr6 k cette cause si importante, 
puisque tous les separ^s de T^gypte, de la Syrie et de 
la M6sopotamie parlent Tarabe. 

3° L'assistance du clerg6 catholique de TOrient, soil 
de la part du Sifege apostolique et de la Sacr6e Congre- 
gation de la Propagande, soit aussi de la part des 
bonnes oeuvres et des ^mes charitables de TEurope. Car 
vous n'ignorez point, Messeigneurs, que les s^par6sde 
rOrient et de TOccident appellent les catholiques les 
esclaves du Pape ; mais ceux-ci savent leur r^pondre que 
les Souverains Pontifes s'appellent les serviteurs des 
serviteurs de Dieu. Et malgr6 la haute autorit^ dont ils 
sonl revetus, ils traitent tous les chr^tiens comme leurs 
enfants, et les ^v&ques comme leurs frbres dans Tapes- 
tolat, ainsi que Pierre se conduisait vis k vis des autres 



TROISl^B SECTION — RAPPORTS 40f 

ap6tres. La meilleure r^pliqae qu^on puisse faire aux 
separ^s est, sans coalredit, la codsidSration du haul 
clerg^ oriental de la part dn Saint-Si^ge et les secours 
maleriels et moraux qu*on pourrait lui accorder. J*ai eu 
CD 4887 un entretien k ce sujet avec Son Eminence le 
Ordinal Parocchi, vicaire de Sa Saintet6. Ce prince de 
TEglise, dont Tintellig^nee est encore plnsdlev^e que sa 
haute dignity, m'a dit k ce propos : « Si nous devious 
accorder k un i^v^que d'Occident un degr^ de considera- 
tion, nous en devrions accorder cinquante k un iSvgque 
d'Orient, k cause de leur situation. » Qui, Messeigneurs, 
la situation des ^v^ques d'Orient est fort critique et res- 
semble k un long martyre. lis doivent en effet s'occuper 
de tout, de la construction et de rameublement de leurs 
^glises, de la fondation des ^coles dans les villes et les 
campagnes, des orphelins et des veuves et des traite* 
ments des cur^s. lis sont obliges encore de penser aux 
moyens de vivre selon leur rang, k gerer les biens de 
leurs sieges respectifs. Ces biens sont souvent insuf- 
iisants et parfois manquent compl^tement. En outre, les 
fldeles out recours k eux dans leurs difficuU6s et leurs 
besoins; ils se reposent sur eux du soin de leurs int6- 
r^ts vis a vis du gouvernement, et si par malhear 
les 6v6ques viennent k leur manquer en n'importe quoi, 
ces fidfeles, pour s'en venger, s'6loignent de Tfiglise et 
vont se Jeter dans les bras des protestants ou des autres 
h^r^tiques. Ces ^v^ques m^ritent done tout inter^t de 
la part de la Propagande et des bienfaiteurs de t'Eu- 
rope. D'ailieurs, cette assistance aura double effet : sou- 
tenir les ev6ques dans la consideration des fidMes et 
attirer les s^parSs k Tunion. 

En effet, lorsque le olerg^ s^par^ voit le clerg6 oatho- 
lique respects et honors de son chef supr&me, secouru 




192 VB?rDRED1, 27 ioillct 

dans ses besoins et assists dans ses difBciilt^s; lorsqu*i 
voit que les catholiqiies de i'Europe s'int6rcssent vive- 
ment k Icurs freros les Orienlaux, viennerit en aide 
ieurs pr^tres^ contribiient k rornemenlation de leui 
iglises, ^levcul les enfants, alors une sainte ^mulatioi 
s'emparo tout naturellemcnt de Ieurs coeurs el les porl€ 
k s'unir k Tfifjlise catholique. Car ils seront sftrs de con 
server la consideration et le respect dont ils jouissent e 
«e trouveront attires par TappAt de pareils secours. 

Je n'ignore point que la foi est une gvkce du Ciel, 
qu*elle doit 6tre voulue et clierch6e pour elle-m^me 
pour Dieu ; mais personne ne conteste que plusieu^ 
commencent par le corps. Souvent m^me nous voyoams 
que Dicu se serl des int^rets mat6riels comme moyc3o 
pour accorder sa grAce. Je nMgnorc point non plus to-vif 
ce que les bonnes ceuvres et les Ames charitables ^c 
I'Europe donnent aux catholiques d'Orienl. Aussi, je 
les reniercic vivement de tons les bienfaits reQus. De 
mftme j'apprecie beaucoup le bien que font parmi novs 
les missionnaires de dilTerents ordres et je leur ofTfp 
au nom de lous nios compatriotes mes meilleures actions 
de grAces. Mon inlonlion n'est aucunemcnt de reslrein- 
dre a leur e^^ard les secours habituols, mais seulement 
d'atlirer Tatlention des donateurs sur les 6vAques indi- 
genes, parce qu'ils sont les seuls responsables de lours 
ouailles devant Dieu et devant les hommes, et con- 
naissenl plus que personne les besoins de Ieurs enfanls. 
Bien plus, il ne convient nullement qu'on laisse apor- 
rx^voir la moindro mefiance a regard des evfeques calho 
liques d'Orient; ce serait blesser leur dignity et Ic 
amoindrir aux yeux des s6par6s. D'ailleurs, les evfequ 
d'Occident ont vu de Ieurs propres yeux, et c'ost la 
des nombreux avantages du Congres de J^rusalt^ 



TROISIESIE SECTION — RAPPORTS 493 

qu'U y a en Orient des evfeqaes dig-nes de leurs hautes 
charges et capables d'Mre pr^posds k la garde des Ames. 
Eh bien! ces m&mes 6v6ques ne seraient-ils pas digues 
d'etre commis k la garde des secours accord6s aux 
Eglises orientales? Je ne dis point cela, Messeigneurs, 
dans riniention de soUiciter quelque chose pour moi 
ou pour mes freres, les 6vftques d'Orient ; mais unique- 
menl parce que je Tai juge n^cessaire k mon sujel et 
pour confirmer ce que le Comite permanent des Congres 
eucharistiques a insure dans son programme k ce sujet. 
4** Un autre moyen a prendre est la protection poli- 
tique dont le Gouvernement frangais pourrait 6tcndre 
le bienfait aux non catholiques d'Orient. La France a 
ele toujours et deraeure, grAce a Dieu, la Fille ainee do 
TEglise, et son gouvernement, sous toutes ses formes, 
a proteg6, dans tons les temps, la religion catholique 
en Orient. Notre bien-aime Sultan respecte encore les 
traditions de certains Etals de rEurope,et permet qu'on 
veille sur les int^rfets des clir6liens ses sujets, auprfes 
de ses fonctionnaires. Sa Majesty Imp6riale laisse d^ail- 
Icurs k tons ses sujets le libre exercice de leur religion 
respective et les traite tons avec la m^me justice. Si 
done le gouvernement frangais prenait pour principe el 
comme ligne de conduite, de recommander k ses fonc- 
tionnaires, dans Tempire Ottoman ou ailleurs, de pro- 
t^ger les catholiques et de montrer des egards pour les 
dissidents de n*importe quelle secte, en leur prelant 
lear appui soit aupres des gouvernements locaux, soit 
dans la capitale, et en les traitant de la meme manifere 
qa'ils traitent les nations couvertes de leur protection, 
il y aurait Ik une belle chance de gagner ces dissidents 
a Tunion avec Ffiglise, de procurer un grand bien k la 
cause catholique, qui est la cause de la France, en 



494 YE^DReDI, 27 juillrt 

m^me temps qu'un grand honneur et une exleosion 
d'influence pour leur noble pays. 

II nous resie, Messeigneurs, un cinquifeme moyen ou 
plutdl des moyens multiples, des plus puissanls et des 
plus efficaces, mais donl cependant je ne connais que 
Ic principe et la source. 

Nous avons le bonheur de poss^der un Ponlife donl 
Dieu a marque le front du sceau d*une sagesse incom- 
parable, pour en faire le g6nie de son sifecle et Torgueil 
de tout catholique. C'est lui qui est le dipositaire par 
excellence de toute revelation de TEsprit Saint. Les 
moyens que Sa Saintet6 congoit ou approuve sont 
done les meilleurs et les plus efficaces. 

Pour nous, nous ne pouvons mieux faire pour secon- 
der les vues du Saint-Pfere,^ dans une question d'une 
si haute importance, que de provoquer par toute PEglise 
Tunion des priferes ferventes, d'exhorter les prfetres 
d6vots k offrir de temps en iemps le sacrifice de la 
messe, et les pieux fidfeles h s'approcher du tribunal de 
la penitence et de la Table Sainte, le tout en vue d'ob- 
lenir de la bont^ divine raccomplissemtent des inten- 
tions de Sa Sainlet6, et en particulier pour la question 
qui nous interesse, la gr4ce de la conversion de nos 
frferes dissidents k Tunite de TEglise leur mfere, d'oii 
les avaieni fait sorlir Tambition, Torgueil ou Terreur de 
quelques chefs. Par la, le troupeau redevenant un, sous 
la conduite d'un meme chef, notre Orient, jadis le 
berceau de Thumanit^ et de la religion, le th64lre de 
la r6v6lation, la terre natale du Sauveur, des prophfetes 
el des ap6tres, Tautel ou des milliers de martyrs se 
sont sacrifi^s, recouvrera enfin*, Dieu le veuille ! et sa 
gloire el sa grandeur pass6ee. [Chaleureux applatKHsse- 
merits.) 



LE CONGRtS DE JERUSALEM 

RMt historiqm at-^signes d'esperances 

Par le PAr« JfiROME, Franciscain de Terre-Sainte. 



Eminence, 

Messeignedrs, 

Messieurs, 

En entendant, hier, M^ P6chenard, j*6tais tenl6 
d'imiter Texemple de saint Bonavenlure, qui dechirait 
son manuscrii pendant que saint Thomas parlait, et ce 
qui me decide k lire mon rapport, c*est la pens6e que 
nacs faibles paroles feront appr6cicr davantage les 
beaul6s de son remarquable discours, 

Veuillez done m^accorder, Messieurs, un peu de votre 
bienveillante attention. 

Le souvenir du dernier Congrfes, dont j'ai suivi atten- 

tivement les diverses p6rip6ties, est profondement grav6 

<ians ma m^moire et surlout dans mon coeur de pretre. 

Get acte public de foi quimarquera, dans notre siecle, 

cx)rarae le plus remarquable monument elev6 en I'hon- 

^^eur de Jesus-Hostie, a eu, quoi qu'on en disc, un grand 

relentissemenl, et ne manquera pas de produire des 

^^suliats dignes de nos legitimes esperancos. Dieu Ta 

feret6, et il s'est accompli, malgr6 les obstacles que 

Satan a suscit6s. Mais Satan et ses satellites se sont 

^nlis impuissants k refouler son mouvement parti de 

/'Occident, et, du fond de Tabime, a retenti ce cri de 

rage et de d^sespoir : Tu as vaincu, Nazar6en Les 

contradictions que nous subissons, me disait le digne 



496 VENDREDI, 27 JUILLET 

M. de pterin, secrdlairc g^p^r^l, semblenl dodhar one 
nouvelle impulsion k Toeuvre que nous poursuivons. 

I. — Lorsque fut prise la resolution de riunir k 
Jerusalem les membres du Congrfes, et que la nouvelle 
se repandil dans la sainte cit6, les sectes dissidenles 
mirenl tout en ceuvre pour faire ^chouer ce projel. Ne 
pouvanl y r6ussir, ollcs se d6cidferent k former un Concile 
afin dc conlrcbalancer Tinfluence de T^glise latine et 
de montrcr par Ik, k leurs coreligionnaires, leur toule- 
puissance; mais leurs efforts furent vains, car Tentente 
ne pent exister 1^ ou n'existe pas Tuniti de vucs et 
de sentiments. Son Eminence le cardinal Lang^nieux 
n'ignorait pas ces basses intrigues, ces lutles intestines 
qui tendaient k rendre infruclueuses ses nobles resolu- 
tions. Dieu seul connait les amerlumes donl fut abreuvi 
son crt)ur pendant son s^jour k Lourdes, ou, 6crivait-il,il 
6tait alle serecueillir pour remplir dignement la mission 
que L6on XIII, glorieusement regnant, lui avait confine; 
mais la Vierge Immaculde vint au secours de son fidfele 
serviteur. Bientdt, la lumifere brilla dans les l^nfebres; 
les nuages se dissipferent et le ciel Tinvestit d'une force 
invincible qui lui a valu la plus ^clatante des victoires 
qu'on ait jamais vue dcpuis les Croises. 

L'enlree dans la cite sainte fut un vrai Iriomphe. 

L'aspect de Jerusalem, d'ordinaire si trisle et si severe, 
paraissait tout riant. A Text^rieur comme k Tintfirieur, 
des grappes humaincs couvraient les remparts, les Icr- 
rasses et les fen^tres; les collines avoisinanles^ qui 
s'elfeventcn amphitheatre au-dessusdelaVasqueroyalc, 
itaient enti^rement cachees sous les couleurs diaprees 
des costumes orientaux. 

Son Eminence, mont^e sur un cheval blanc qu'uu 



TROISltME SECTION — RAPPORTS 497, 

negre de haute stature, k Fair martial, tenait par la 
bride, s'avanQait lentement k travers la foule. A son 
approche, Juifs, Musulmans, Schismatiques, semblent 
avoir oubli^ toute aulre pr6occupalion, s'inclinerit res- 
peclueusement sur le passage du Cardinal qui b^hit et 
binit toujours, le visage rayonnant dc bonlieur. 

Le Consul g^n^ral de France precedait le cortfege 
ofBciel ; puis, venaient a sa suite, les repr^sentants 
des autres nations, quelques pr^tres, des pfelcrins de 
la Penitence et un grand nonibre d'indigfenes. La c6r6- 
monie religieuse de reception eut lieu k la porte dc 
Jaffa. Apres avoir r^pondu k Tallocution de Son Excel- 
lence Mfc''' Piavi, qui Tattendail, revfetu des habits ponti- 
ficaux, entoure du clerg6 s6culier et regulier , des evfcqucs 
etdes dignilaires strangers, le L6gat s'approche du Pa- 
triarcbe et lui donne Taccolade fratcrnelle. A Tinstant, 
des acclamations partent indistinctemenl de toutes les 
poitrines. Le miracle de Tunion parait accompli par cet 
acte fraternel dont le caractere de spontaneity n'dchappe 
i personne. 

Bienldl, le chant du Te Deum retentit sous les voiites 
auiiques de la basilique du Saint-S^pulcre, et chacun 
se retire 6difi6 et rempli de reconnaissance envers le 
^ivin Maitre, qui a bien voulu nous menager de si 
<l^>uces consolations. 

Le lendemain soir, dimanche, le Veni Creator fut 
<^hante au Saint-S6pulcre. A partir de ce moment, lo 
Congres tint r^guliferement ses seances. Les mille voix 
de la presse en ont fait connaitre les details aussi briU 
iaots que consolants, nous no nous attarderons pas k 
des redites fastidieuses. Mais nous, Franciscains, nous 
sommes l^gitimement fiers de voir que toutes les cer6- 
uonies de la premiere journ6e ont eu'lieu dans notre 



498 VENDREDI, 27 JUILLET 

belle ^glise de Saint-Sauveur ; cela lui 6tait bien du, 
puisque loutes les indulgences du Cenacle y on( H^ 
tfansf6r6es. 

Vous avcz lous hi le beau discours de Son ]l6minence, 
se pr^senlant au nom du Souverain Pontife et appor- 
tant k tons la pais du Dieu ressuscit^ ; retragant d*une 
faQon magisirale les gloires de TOrient, qui a ^t^ le 
berceau de la lumifere remplissant le monde, qui a 
donn^ k Tfiglise ces legions de Pontifes, d'anachoretes 
et de vierges, qui a lenu ces grands Conciles ou la foi 
de TEvangile a 616 veng^e des attaques de Th^rosie. 
Mais le iriomphe de cette premiere journ^e a 6te la 
procession du Trfes Saint Sacrement porte par Sa Gran- 
deur Mk' rfivique de Li6ge, k travers les cloilres et les 
cours int6rieures du convent. Plus de 300 prtlres y 
assislaient en surplis, en chape, en chasuble. Tons 
chantaient Thymne Pange lingua , alternant avec le 
canlique Y Eiichamtie , dont le refrain Deo gratias, sur 
Tair de YAve Maria de Lourdes, remuait profondement 
les coBurs en faisant revivre le souvenir de la mere palrie. 

D'ailleurs, je dois reconnaitre qu'aucunc coniniu- 
naul6 n'est rest^e en arrifere dans ce mouvemenl ascen- 
dant vers TEucharistie, et elles nous Font prouvd par 
le zfele et le d^vouement qu'elles n'i)nl cess6 de d^ployer 
durant la dur^e du Congrfes. 

fleureux moments passes k Tombre du sanctuaire, oil 
se v6riiiaient, k la lettre, ces paroles du Psalmisle: 
Ecce qiiam bonum et qitam jucundtmi habitare fratres 
in unvm, (Ps. cxxxii, 1.) Melior est dies una in atriis im 
super millia, (Ps. Lxxxni, 4i.) 

Oui, 6 prophfete, nous les avons savouries, ces delices 
ineffables qui 6taient comme un avant-goiit des d^lices 
dont nous serons enivris dans le ciel quand nous aurons 



TROISIEME SECTION — RAPPORTS 499 



le bonheur de voir face k face, de conlempler sans voile 
Celui que nous adorons dans le Sacrement de nos 
autels, cach6 sous les apparences du pain et du vin. 

II. — Ici, devrait se terminer ce que j'appellerai mes 
impressions relativement h Tensemble du Congrfes eucha- 
ristique. Quelles en seront les consequences? Je r^pon- 
drai brifevement a celle question en rapportant trois 
fails caract^ristiquos qui, k eux seuts, suffiront pour nous 
faire comprendre qu'on n'a pas suivi les seances du 
Congres avec insouciance et inattention. 

Plusieurs families riches de la colonie grecque 
avaienl plac6 leurs enfants au pensionnat des Dames de 
Sion, gardiennes du sanctuaire de VEcce Homo, Inim6- 
(liatement aprfes le Congrfes, les pferes de ces enfants, 
effray6s, sans doute, voulurent imposer des conditions 
a la R^v^rende Mfere !6l6onore, sup6rieure de celte 
communaute. Elle r6pondit par une fin de non rece- 
voir : « Jamais, en presence du devoir, elle ne c6derait 
aux instances des' parents et rien ne serait change 
dans Tenseignement qu'elle avail donn6 jusque-la k ses 
eleves. Et plut6t que de modifier le rfeglement de la 
maison en favour des scbismatiqucs, elle prdferait 
renoncer aux benefices de la pension. » 

Cette leQon^ n'en doutez pas, a produit un excellent 
effet, car on s'est aperQU que ce n'est pas Tinter^t mate- 
riel qui est le mobile des catholiques, mais uniquement 
la gloire de Dieu et le salut des dmes. S'il y a des excep- 
tions dans le camp de nos antagonistes, elles sont rares. 
Je vous demande pardon d'employer ce mot dans celte 
enceinte sacr6e ou le parfum de la cliarite s'exhale de 
Ions les coBurs, mais dans cette circonstance, il a, ce me 
semble, sa raison d'^re... 



500 V£NDHEDI, tl JUILLET 



Rappclez-vous le meurire qui a €\k commift a Beth--' 
leem dans la grotte do la Nativite. le 26 octobre 1893^ 
a quelques ccutimfetres de la creche^ 1^ ou les ange^ 
ont aiinonc^ la paix aus hommes de bonne volont^. 
N'est-ce pas la rage infernaleqiravait provoqu^e, parmL 
les disciples de Pholius, le succes du Congrfes, qui a. 
fourni a Tassassiu Paraic meurtri^re dont il se serviL. 
pour frapper a mort le frere Liberal, notre sacrislain. 

Le present est sombre, mais la clartg, apparailra bieii — 

161. Le sang des martyrs est la semence des cbr^tiens 

Ayons coniiance. Ne nous lassons pas de combatlrc e^^ 

la vicloire est k nous Nos va*ux sont ceux d^^ 

Leon XIII, le seul representant imm^dial do J^susib.— 
< jhrist sur la terre. Son desir nous est connu. Fasse le cic^i^ I 
que par nos otlorls incessants nous en h^tions la r^alisa^^- 
lion : Ut omnes unum shit, stent tii Paler in me et ego mjn 
te, ut et ipsi in nobis unum sint: ut credat mimdus quma 
In me mists ti ! « Qu*ils soient tous une seule cho^e 
*< comme vous, nion Pere, eles en moi et moi en voas; 
« qu'ils soient de m^me une seule chose en nouas, 
« comme nous nous sommes une seule chose. (S. i^j^n^ 
u ch. XVII, 21.) 

Apres les deux fails que je viens de rapporter, vaici 
line lettrc bion consolante que je me reprocherais de ne 
j)as vous coinmuniquer. Elle m'a ele envoyee d*Alexan- 
drie ces jours derniers: 

tc II est bicn des personnes en France, je crois, qui 
pensent qu'a Alexandrie il y a pen de religion. 11 me 
semble, au conlraire, quelle est une des villes les plus 
religieuses du monde. Tous les jours, neuf messes a des 
heures ditlerentes se celebrent dans notre ^glise de 
Saintc-Catlierine, el a chacune de ces messes assisteni 
de nombreux iideles, parmi lesquels, aux premieres 



k 



TROISIEHE SECTION — RAPPORTS 5M 



messes surtout, on remarque plus d'hommes que de 
femmes. 

« Vous le savez, je remplace k Alexandria le 
T. R. P. Urbaid. L'association du Sacr^-Coeur de J^sus 
qu'il a si merveilleusement d6velopp6e, comptc quinze 
cents membres, dont la pluparl font la communion du 
premier vendredi du mois, et chaque jour j'ai de nou- 
velles adhesions. Aussi, la fete du Sacr^-Coeur, que nous 
avons c^bree le 1*' juin, a-t-elle 6l6 ravissante par le 
nombre et la bonne tenue des fiddles qui ont assiste aux 
offices, et par les communions qui, ce jour-la, je crois, 
ootd^passe le chiffre de mille. 

(I J*ai dit plus haut que les hommes assistent nom* 
breux aux messes ; dans Tassociation du Sacr6-CcEur de 
Jesus, ils sont plus de trois cents. Plusieurs, parmi eux, 
communient tons les jours ; un plus grand nombre plu- 
sieurs fois par semaine, beaucoup communient tons les 
Diois. 

( Vous voyez, mon Tres Reverend Pfere, qu'on aime 
ici Notre-Seigneur . Aussi, je vous en prie, d^fendez a 
roccasion nos Chretiens d'Alexandrie, que j'aime deja 
beaucoup, et affirmez^ sans crainte de vous tromper, 
qu*ils valent bien les catholiques d'Europe. » 

A mon humble avis, pour obtenir un r^sultat pratique 
el durable^ nous devons commencer par travailler Tindi- 
vidu, et, par lui^ nous introduire dans la famille. La con- 
version de rOrient, en masse, kmoins d'un miracle, me 
parail impossible, du moins pour le moment. 

Quelle doit done fetre notre ligne de conduite?... 
1° Engager le missionnaire h p^netrer avec prudence 
dans le foyer domestique, afin de gagner le coeur de 
Teafant ; 2** favoriser Tceuvre des 6coles en utilisant le 

33 



602 VENDREDI, 27 JUILLET 



concours des pr^tres indigenes qui, eux, connaissent 
les mceurs et les usages du pays ; 3* sous la direction 
bien entendue de missionnaires europ^eus,' qui devront 
les visiter et rendre compte des progrts des ^Ifeves k une 
commission constitute ad hoc, par Tenseignement et le 
bon exemple, inculquer, goulte kgoutte, dans les jeunes 
adcptes, les principes de la morale chr^tienne sans 
froisser publiquement les convictions de leurs parents. 
L'oriental a une nature trfes sensible, et, quand on sait 
le prendre, il devient maniable et susceptible de conce- 
voir Tespril de sacrifice et d'abn^gation qu'impose notre 
sainte religion en vue des destinies 6ternelles. D'ailleurs 
les schismaliques qui ont \6cvl en contact avec nos 
missionnaires reconnaissent noire superiority et savent 
6lablir la difference notable qui exisle entre leurs popes 
et nos pr^tres. 

Voil^ pourquoi je ne crains pas de r6p6ier : Courage 
et confiance ! L'avenir est k nous. 



L^GLISE GRECQUE UNIE 

Souvenirs et impressions 

Par IL H0]IST,repr6sentant du Patriarche grec catholique de I'Orient. 



Eminences, 

Messeigkeurs, 

Messieurs, 

Appel6 k prendre part aux travaux du Congrfes coming 
repr^sentant de Sa Beatitude, M*' Grigorios Yussef^ 
palriarche calholique de Tfiglise grecque d'Antioche, 
de Jerusalem, d^Alexandrie et de tout rOrient, j'ai 
rhonneur de porter k cette illustre et pieuse assemblee 
lesvoBux de mon v6n6r6 Patriarche, de I'fipiscopat, du 
Clerg6 et des fidMes de noire rite, heureux de montrer 
nne fois de plus Tunion des cceurs catholiques de la 
vieille £glise d'Orient avec Tfiglise romaine, et de 
saluer en leur nom Tillustre Cardinal Lang6nieux et les 
membres du Congr^s de Reims, plus particuliferement 
ceiix qui ont fait le p^lerinage eucharistique de Jeru- 
salem, qu'on retrouve ici en grand nombre,qui ont tant 
^difie nos frferes d'Orient par leur pi^t^, leur zMe et 
leur charity : Saluta eos qui nos amani in fide. Gratia 
Domini nostri Jesu Christi cum omnibus vobis. Amen I 

Bien que le compte rendu des assemblies et des 
fetes eucharistiques de Jerusalem ne nous soit pas 
encore parvenu, la presse catholique en a reproduit 
quelques 6chos, ce qui me permet de dire, — ^'moi, 
qui n'ai pas eu le bonheur d'y assister,^ — qu'il ne me 



504 VENDREDI, 527 JUILLET 

reste plus rien k ajouler k ce travail, au sujet du culte 
que rflglise orientale a rendu de lout temps k la divine 
Eucharistie et touchant les formuies de priferes qui 
servent a exprimer leur devotion au Saint Sacrement. 

Nos figlises et les assemblies ou r6unions de nos 
fideles ont 616 de tout lemps le buisson ardent et r6cole 
de cette riche expansion du coeur en Thonneur de la 
Sainte Eucharistie. Ces gracieuses et fervenles expres- 
sions sont la plupart tir6es de notre Typicon, qui est 
comme le formulaire ou mieux dit le Br6viaire de notre 
antique liturgie. Ces prieres ont 616 r6unies dans ce 
livre par un c6lebre patriarche de J6rusalem nomme 
Sophrone, honor6 de raur6ole des saints, 

Le chanoine de Laon devenu archidiacre de Liege, 
et plus tard patriarche de J6rusalem, avait nourri durant 
son s6jour en Terre-Sainte sa grande d6votion au Saint 
Sacrement dans les pieuses r6unions des iidMes et des 
pblerins de la Yille Sainte. Et quand, plus tard, sousle 
nom d'Urbain IV, il sera 61ev6 sur le sifege de Pierre, il 
6lendra ce culte k toule Tfiglise, aprfes avoir charge 
saint Thomas d'Aquin, Tun des plus savants disciples 
de saint Dominique, dQ rediger un office digne en tout 
point du dogme qui a toujours conserv6 dans T^lise 
^ecque, m6me parmi nos frferes s6par6s, toute la 
vigueur et la splendeur de la primitive J^glise et de la 
ferveur apostolique. 

Dans son discours k la premiere assembl6e eucha- 
rislique de J6rusalem, M^"^ Gr6gorios Yussef, mon v6- 
n6r6 Patriarche, a donn6 la traduction des principals 
priferes liturgiques dont Tfiglise grecque se sert pour ex- 
primer sa foi el son amour envers Notre Seigneur J6sus- 
Christ, pr6sent dans la Sainte Eucharistie. Sa B6alitude 
a laiss6 entrevoir que ce 6ulte antique et toujours aussi 



TROISI^E SECTION — RAPPORTS 50S' 

suivi et pratiqud dans notre rite, meme paries Chre- 
tiens eioign^s encore de Rome, sera un des pressants 
motifs d'union et le lien qui rapprocherade nouveau ces 
%lises du sihge de Pierre et r^tablira 1' unite bris^e depuis 
longlemps. La divine Providence prepare aussi de longue 
main ce rapprochement tant desire,grdce aux precieuses 
relations que FAuguste Prisonnier du Vatican a su reta- 
blir avec Sa Majestd le Grand Sultan de Constantinople, 
par les gracieuses d-marches faites a Jerusalem par 
rintelligent entourage de Son !^minenee le Cardinal 
Lang^nieux : visites de M*' TEvfeque de Lihge, de 
Mk^ Pechenard et de M. de Pelerin aux Patriarches et 
aux ^viques dissidents de Jerusalem ; visite surtout 
faite au Caire par le Cardinal Ldgat au patriarche 
Cophte, qui, le premier, avail ile saluer le repr6sentant 
de rimmortel L^on XIII aus inoubliables assises eucha- 
ristiques de Jerusalem, ce dont le Legat tint k le remer- 
cier lors de son passage en figypte, a son retour de 
Terre-Sainte, avant de renlrer k Rome el en France. 

Ces diverses d-marches ou visites rcQues ou rendues 
oot laisse la meilleure impression, tanl sur les popula- 
tions indigenes que sur le haul Clerg^ non uni. Ces 
moines et. ces ^v^ques onl constate avec bonheur la 
pi6le franche et vive, la convcnance de tons les pfelerins 
sans exception ; la bienveillance, Tameniie ainsi que la 
chariie dont le Legal el tons les membres du Congr^s 
eucharislique onl accucilli nos freres separes. Ces rela- 
tions, si elles sont intelligemmenl conlinuees, aplaniront 
bien des obstacles et donneront les resultals que tons 
les cosurs catholiques app^llent depuis de longs si^cles 
par leurs priferes. Elles hdteront, je I'espfere, le retour 
de nos freres sous la houlette de Pierre. 

Je ne veux point priver celte pieuse reunion d'entendre 



506 VENDREDI, 27 JUILLBT 

la lecture des travaux s^rieux, plus 6rudits et plus int^ 
ressants que tout ce que je pourrais dire, pr^parSs ad hoc 
par certains membres; mais avant de terminer, je desire 
formuler un vobu et faire une modeste prifere k la direc- 
tion du Congrfes. Cette pensee que je desire 6meUre a 
616 dans un autre ordre d'id^es Tobjet d'une des reso- 
lutions du Congrfes de Jerusalem. Si ma m^moire est 
fiddle et si les 6chos de cette pieuse manifestation ont 
^t^ exacts, il a 6i6 demands que les plus belles priferes 
des liturgies orientales fussent traduites en frangais et 
introduites dans les formulaires de priferes des fidMes, 
afin de ieur faire connaitre Tesprit religieux, la foi et 
Tamour qui animent les chr^tiens d'Orient, pour mettre 
en relation d'oraison les catholiques d'Orient et d'Occi- 
dent, afin qu'ils ne fassent plus comme dans les temps 
apostoliques qu'un cceur et qu'une ^me devant le Dieu 
de nos autels : Cor unum et anima una, 

Je vais plus loin; j'exprime le voeu qu'on fasse dans 
chaque s^minaire et dans toutes les ^coles eccl^sias- 
tiques un cours de liturgie comparee des rites orientaux 
et de leurs relations avec le rite latin, pour faire con- 
naitre les us et coutumes, les ornements, les priferes et 
la manifere de dire la Sainle Messe, d*adminislrer les 
Sacremetits, dans les difF6rent8 rites orientaux; les usa- 
ges de chacun d'eux, la distinction du costume s6culier 
et liturgique des pr^tres des diff^rents rites unis. 

Dans plus d'une circonstance, mes confreres et moi- 
m^me avons 6t6 trait^s de schismatiques, non seulement 
par de pieux lai'ques, mais m^me par des pr^tres fort 
distinguSs qui ignoraient que le catholicisme avait per- 
s6v6r6 en Orient an sein du schisme de Photius, des 
Russes, des Nestoriens, etc., etc. ; qui se faisaient 
encore un scrupule, aprfes notre profession de Foi on ne 



TROISIEMB SECTION — RAPPORTS 507 

peut plus catholique, de nous confier des messes parce 
que nous nous servions encore du pain le\6 et que dans 
notre rite les fidMes communiaient sous lesdeux espfeces 
eomme chez nos hhres s^par^s. 

Jc voudrais que le cours d'histoire de T^glise^ qui est 
fail dans chaque Grand S^minaire, s'^tendit davantage 
sur les origines et Fantiquit^ des diff^rents rites, car 
]*ai renconlr^ des Eccl^siastiques qui soutenaient que 
tous les pr^tres orientaux ^taient sSpar^s de Tj^glise 
Romaine, que les Latins relevaient seuls du Saint-Si6ge 
et que tout le reste du c)erg6 6tait entache de schisme 
s'il n'^tait pas d^jk tax^ d'h^r^sie, qu'ii ^tait depuis 
longlemps retranchd du corps de Tfiglise universelle. 

Dans son discours de cidture du Congrfes de Jerusa- 
lem, llUustre L6gat du Saint Sifege, que je salue et 
remercie de nouveau pour tout le bien que son passage a 
fait en Palestine et dans tout rOrient^l'^minent Cardinal 
Langenieux disait, traduisant ou plutdt paraphrasant 
celte parole de Tapdtre : Non enim est distinctio Judasi et 
GriPci, nam idem Dominus omnium, dives in omnes qui 
invocant ilium, qu'il n'y avait devant lui en ce moment 
el devant le successeur de Pierre, le Pontife universel, le 
Papc L^on XIII, que des CatholiqueSy sans distinction de 
langue et de rile, adorant le m^me Dieu, professant la 
m^nie Foi, recevant les mfemes Sacrements et unis par 
la mime charity et le m^me amour. Omnes enim vos 
nnum estis in Christo Jesu. 

Dans le Christianisme^ dit saint J<§rdme, il n'y a plus 
de distinctions : nous sommes un par la foi ; et par la 
charity, ajoute saint Anselme; les membres d'un seul 
el mfme corps ^ continue saint Thomas. 

C'esl dans T^tude et la connaissance approfondie des 
liturgies de saint Jacques, de saint Basile et de saint 



908 VENDREDI, 27 JUILLET 

Jean Chrysostome, en usage parmi les orienlaux, m^me 
s^par^s, reconnus par le Saint-Sidge et c6I6br^s par le 
vigoureux et noble langage de Gr6goire X, d'Eugfene IV, 
de Benoit XIV et tout dernierement par les doquentes 
encycliques de Pie IX et de L^onXIII, que nous appreD- 
drons k aimer davantage nos frercs s^par^s d*Orient, et 
k demander pour eux, au pied du Saint Sacrement, leur 
retour au magistfere de Pierre. 

Depuis que le Gouvernement frangais a mis k la dis- 
position de la petite colonie grecque, r^sidant k Paris, 
I'eglise Saint-Julien-le-Pauvre, non loin de Notre-Dame, 
et que le pieux cardinal Richard y a autoris6 le culte 
public du rite grec, ainsi que T^tablissement de 
r^cole orientale de saint Jean Chrysostome pour la des- 
servir, une foule d*4mes pieuses^ parfois quelques per- 
sonnages illustres et des curieux, viennent chaque 
dimanche se m^ler k nos orientaux pour s'^difier et 
faire pratiquement connaissance avec nos belles cere- 
monies, y admirer nos amples et grandioses ornements 
liturgiques, y ^couter en grec et en arabe nos chants sa- 
cr^s, executes par les Aleves Syriens de notre Ecole 
apostolique, pepini^re de futurs missionnaires en Orient. 

En priant les uns pour les autres et en cherchanl a 
^tendre de plus en plus le r^gne de Dieu dans les kmes, 
nous nous retrouverons devant le Saint Sacrement tous 
fr^res en J^sus-Christ. Nous pourrons alors benir en- 
semble le Dieu des mis^ricordes d'avoir rdalis^ la parole 
du divin Maitre aprfes bien des si^cles d*attente : fiat 
vntim ovile et uniis Pastor ^ gr^ce au pieux concours et 
aux g^nSreux sacrifices des membres du Congrfes eu- 
charistique. 



SUR L'UNION DES ^GLISES 

Par Dom G£RARD VAN GALOEN, B^n^dictin de Maredsous. 



Messeigneurs, 
Messieurs, 

Si un humble fils de sainl Benoit prend a son tour la 
parole dans cetle enceinte pour vous parler de I'Orient 
et de Tunion des figlises, ce ne sera que pour prononcer 
une fois de plus cette devise de son Ordre : Pax! La 
Paix! 

Au Congrfes de Malines de 1891, j'ai pr^ch^ la paix et 
la charity k F^gard de nos frferes d'Orient. J'ai demande 
que Ton facilite aux Orientaux le retour k Tunit^ catho- 
lique des ^ges passes, en cessant toute attaque contre 
eux, toute recrimination, tout reproche. Les luttes 
byzantines sont surann^es^ TOccident en est fatigu^, 
les intelligences les plus droites de I'Orient en recon- 
naissent, eiles aussi, Tinanite. L'union doit se faire pra- 
tiquement d'abord, par la charite, par les bons precedes 
reciproques, par les rapports personnels, par Tabsence 
de toute attaque dans la presse ou ailleurs, et parFoubli 
de toutes les querelles pass^es. On sera bien pres alors 
de Tunion dogmatique et veritable, car elle est dejk dans 
les coeurs, et un imp^Heux besoin s'en fait sentir, en 
presence des ravages croissants de rincr^dulite. 

Un pas immense a ^t^ fait dans cette voie Tan pass6, 
au Congr^s eucharistique de Jerusalem, ^v^nement me- 
morable dans les fastes de T^glise. L'Orient y a entendu 
la parole de paix de I'Occident^ et aucune bouche plus 



510 VENDRRDI, 27 JUILLET 

autoris^e que cellc du doux et pacifique L6gat du Sainto 
Si^ge, que cette illustre J^glise de Reims a le bonbei^ 
d'avoir pour pasteur, ne pouvait la lui aonoDcer. II y « 
r^pondu par un sympathique accueil. 

La Paix, c'est aujourd*hui le mot d'ordre. Elle doit 
pr^c^dcr Tunion^ proclam^e n^cessaire dans les deux 
camps. L'ere de la reconciliation esl ouverle. A nous, 
Messieurs, de ne pas enlraver cet beureux mouvement 
par quelque relour imprudent aux agressions du passi, 
ou encore par trop d'empressement k vouloir arriverau 
but. L'cpuvre de la reconciliation sera lenie et progres- 
sive si elle doit fetre durable. 

II y a longtemps, Messieurs, que je m'occupe avcc 
predilection de la question de Tunion des Eglises. 
Volontiers, j'aurais continue h me consacrer a cette 6tude, 
qui est d'une importance capitale pour I'avenir des 
peuples chr6tiens. Peut-^tre m*eiit-il 6l6 donn6, dans ce 
cas, d'apporter aujourd*hui a vos Iravaux quelque lo- 
mifere nouvelle. Mais la volont6 du Souverain Poalite 
m'en a distrait. Je reviens du Br6sil, 11 y a liuit jours k 
peine, et la mission que j'ai eue k y remplir m'a absorM 
depuis un an. C'est vous dire, Messieurs, que la question 
orienlale a 6l6 forc6ment chez moi relegu6e a Tarrifere- 
plan, et que je n*ai pu me tenir au courant des derniers 
6venemenls qui la concernent. Aussi, ne serais-je point 
venu vous importuner, sans une invitation trop bienveil- 
lanto de Son Eminence le Cardinal Archevfeque. 

Puisquo je dois dire un mot de I'Orient, permetiei- 
moi, Messieurs, de toucher k deux points particuliers de 
la question, d'attirer votre attention : 

1° Sur le mouvement favorable k I'union qui com- 
mence a se produire au sein de TEglise russe ; 

2"" Sur le r6le des moines, et particuli^rement des 



TROISIAmE section — RAPPORTS 511 

koines noirs, Basilienset B6n6dictins, dans TcBuvre de 
I'uQioD des £glises. 

I.— C^est un prfetre de Tfiglise russe, catholique de 

^ur^ qui va nous d^peindre cet heureux mouvement 

^ers Tunion dans T^glise russe, mouvement dont il est 

Ini-m^me Tun des principaux initiateurs. Voici quelques 

f^cents extraits de sa correspondance avec un pr6tre 

latin : 

Le i2 Janvier 1893, il ^crivait : 
H II y a parmi nous quelques hommes qui approfon- 
dissent Thistoire de rjfiglise, cherchent la v6rit6, jettent 
on regard au del^ de leur pays, et qui n^cessairoment 
arriveront k reconnaitre la v6rit6 et la catholicit6 de 
I'^glise romaine, et la n^cessit^ de s'unir k Elle, la seule 
sjunte et apostolique. lis commencent a chercher les 
preuves n^cessaires pour se confirmer dans ces disposi- 
tions et pour combattre les quelques doutes qui ne sont 
pus encore compl^tement dissip^s dans leur esprit. lis 
80Dlarriv6s k voir qu'il n'y a jamais eu d'acle de s6pa- 
^alionentre Tfiglise russe et celle de Rome, et que, par 
con8(5quent, ils peuvent s*unir k Rome sans abdication 
^c foi; que bien au contraire, leur foi memo les pousse 
^ le faire, mais que les forces qui sont liors de I'Eglise, 
forces politiques et laiques, les en emp^chent ; qu'ils ne 
^ont pas les sujets d'une figlise rebellc, mais d*une 
%lise retranch^e de Tunit^ par une force exterieure. 
£d consequence, ils se sentent appel^s a degager leur 
%lise, leur Mfere, de cette dependance, et k la ramener 
m centre eccl^siastique. 

« On ne pent engager ces hommes k faire un acte 
'abjuration. lis verraient en cela une contradiction avec 
id^e propre qu'ils ont de Tunion. lis sont persuades 



512 VENDREDI, 27 JUILLET 

que toute lour £glise doit ^trc unie k Rome ; et lould'ua 
coup, ils se verraient dans la n^cessitd de reDoncerk 
leur Eglise pour s*unir pcrsonnellement k Rome. Ne 
serait-ce point Ik un aveu que leur Eglise est vraiment 
schismalique et ne pourra jamais faire partie en entier 
de TEglise calholique. Ce n*est pas avec la b6n6diciioD 
de leurs sup6rieurs, 6v4ques et confesseurs, qu*ils pour- 
raient faire cela, mais par un acte de revoke centre 
eux. 

« Le jour ou le g-ouvernement russe sera dispose en 
faveur du Vatican, et ce jour est proche selon mes 
provisions, on trouvera pas mal de monde, si ce nest 
le plus grand nombre, qui sera dispose en faveur de 
Tunion ; en effet, Ics adversaires sont des indiffOrents, 
qui croienl comme on le leur commande. Alors, ce sera 
le moment d'agir, mais, de haul en bas, et non de bos , 
en haul. On n'aura pas k craindre des troubles, de 
nouveaux schismes, des protestations ; car le peuple, 
grkce aux livres liturgiques qui lui parlent sans cessc 
du Pape et de Rome, est 6lev(5 dans cette idOe. » 

Co passage caract6rise bien la situation religieuseen 
Russie. 

Quant aux sentiments personnels dont est anim^ 
Tauteur do cette correspondance, ils nous sont r^velfe 
par cotte belle profession do foi, 6crite le 29 novem- 
bre 1892 : 

« Je vois en Punion avec Pierre un dogme necessaire 
au salut, et je regarde tons ceux qui se s^parent ou se 
sont separes volontairement de Rome, ou maintiennenl 
cette separation, comme coupables et ennemis de Notre- 
Seigneur, qui a dit : « Multi ab Oriente et OccidenU 
venient et recumbent cum Abraham et Isaac et Jacob in 
regno coelorum, » (S. Math, vni, H); et encore : « Tu 



TROISI^ME SECTION — RAPPORTS 513 

/\N Peirus, €i super hanc petram wdificabo Ecclestam 
meam. » Ainsi, c est Evident, le monde enlier, I'Orient 
romme I'Occidenl doivent reconnaitre le seul Pasteur, 
qui est celui auquel Notre-Seigneur a dit : « Pasce 
ngnos meos », et la vraie £glise est celle qui est fondle 
sur cette pierre qui est Pierre ! » 

II ecrit encore, le 28 d6cembre suivant : 

•< C*est avec rautorisation et la benediction de mon 
confesseur que je m'engage de nouveau a me consacrer 
a VcBuvre de Tunion. Je m'y suis d6jk engage devant 
Dieu, le jour mSme de ma premiere messe. Chaque 
fois que je la dis, je la dis dans cette intention, et 
chaque fois, je fais m^moire du Pape. Quand je n'avais 
iMicore que I'Age de seize ans, j*ai signe le Symbole du 
(^oncile de Trente, que j'ai soigneusement copi6 et tra- 
duit en slavon. A present, j'affirme de nouveau ma 
croyance par 6crit. « 

Ce prStre anime de Tesprit de Dieu trace enfin un 
vrai programme des matiferes k traiter par les ecrivains 
catholiques, au nombre desquels il se compte lui-m^me, 
pour feclairer et convaincre ses frferes, les membres de 
I'Eglise russe. 

« 11 faut commencer, dit-il, par detruire les calomnies 
qui ont cours contre Tfiglise romaine. 

« Puis, il faut prouver qu'elle contient la foi ortho- 
doxe,catholique, intacte et conforme k TEcriture Sainte, 
aux Peres et aux Conciles oecumeniques. 

« II faut prouver ensuite qu'elle est la m^me qu'avant 
la separation, et que la faute qui amena cet evenement 
u est pas de son c6te. 

« Puis, il faut dire que, dans les tentatives d'union, 
ce ne fiirent pas les Grecs qui jouferent le beau r6le. 

» II faut enfin prouver que I'ignorance seule ou des 



514 VENDRBDl^ 27 JUILLBT 

« 

vucs antichr^tiennes et politiques nous tieiment s^pat^ 
du centre eccl^siastique. En effet, tons les saints, toatei 
les autorit^s morales, nos livres liturgiques eux-mimes 
Gonfessent TUnion avec Rome et la foi catholique telle 
qu'elle est profess^e k Rome : Ubi Peirus, ibi Ecctem. 
Suis-je dans Terreur? » 

II n'est personne parmi nous, Messieurs, qui n'ac- 
cueille avec joie ces signes avant-coureurs, esp^rons- 
le, d'une union religieuse tant d^sirSe avec une nation 
d^jk si sympathique k la France. 

La Russie est une puissance conservatriee et forte; 
Tavenir lui parait r6serv6. Et qui ne voit quel immeose 
surcroit d*influence lui serait acquis du coup, si elle 
faisait partie de la grande famille catholique ! Au8sit6t 
tomberait la muraille qui s^pare la Russie de TEurope 
occidenlale ; des millions de catholiques lui tendraient 
les bras, ravis de voir un grand empereur chr^tien mar- 
cher, la main dans la main, avec le grand Ponlife, 
Yicaire de J6sus-Christ, dont il serait devenu le prolec- 
teur temporel, lui permettant de remplir libremcnt sa 
sublime mission de Pasteur et docteur de Tunique trou- 
peau du Christ ! Les temps de Charlemagne seraient 
revenus. 



II. — J'en viens. Messieurs, pour terminer, au r6l 
qui parait r6serv6 aux moines, et surtout aux moine- 
noirs, dans Toeuvre de Tunion des Eglises. 

Personne n*ignore que le clerg6 monastique a tou' 
jours occup6 dans les Eglises orientales une place pre-" 
pond^rante. Les Basilions et les B6n6dictins paraissent 
appeles aujourd'hui a reiever les traditions glorieuses 
du monachisme en Orient. Tous ceux qui connaissent 
ces contr^es ont pu constater combien le moiue noir est 



k 



TROISI^MC SECTION — RAPPORTS 515 

fljrmpathique h TOriental. Le moine noir catbolique doit 
done s'employer aujourd'hui k servir de trait d'union 
eolre rOccident et rOrient. V4tu de la livrie cliere aux 
OrientauXy marchant sous la banniferc des Patriarchcs 
Basile et Benoit^ dont les noms sont v^n^r^s en Orient 
comme en Occident, pratiquant la vie religieuse h la 
manifere dont Font toujours vu pratiquer les Orientaux, 
n'hisilant pas h adopter les rites v^n^rables de TOrient, 
li ou les circonstances le demandent, rites que TEglise 
romaine a toujours aim^s et proteges, ils 6tabliront en 
Orient, quand I'beure sera venue, de grands foyers de 
vie monastique et catbolique k la fois, de science eccl6- 
siastique et profane, d'education, d'enseignement, de 
pr^ication, d'ou se r6pandront dans ces contr6es si 
chores k tons les coeurs cbr6tiens une foi pure et une 
science eclairie. 

Dijk les Basiliens se pr^parent k cette oeuvre^ dans 
leur antique abbaye grecque de Grotta-Ferrata, pres de 
Rome ; ils ^Ifevent une jeune generation de moines des- 
tines k rOrient. 

Les Ben^dictins, Dieu le veuillc, les suivront bient6t. 
Tel est le desir de notre glorieux Pontife L6on XIII ; 
cest Ik Tun des motifs qui lui font Clever en ce moment 
surTAventin la vaste abbaye de Saint-Anselme ; il veut 
voir sortir de Ik des ouvriers 6vangeliques pour TOrient, 
ainsi qu'il I'a dit et 6crit publiquement. 

Ah ! Messieurs, soyons tons et toujours dociles a cette 

voii bdnie du Pontife Supreme. Quand il parle, ecou- 

tons-le avec respect, quand il nous invite au travail, 

volons-y. On nous dit qu'il va de nouveau parler h 

rOrient, au monde catbolique; preparons nos coeurs a 

recevoir cette parole, qui sera, k n'cn pas douter, une 



5i6 VENDREDI, 27 JUILLET 

parole de paix. Alors, nous, ses enfant s, nous n^auron 
plus qu'k nous taire et k recueillir des Ifevres de Pierr 
les regies qu'il nous tracera, les euseignements qui 
nous donncra ; et, sous son 6gide paternelle^ tous, nou 
Iravaillerons, nous conformant k ses vues, k Tceuvres 
chfere a son coeur de V Union des Eg Uses, 

Voici la conclusion que je propose k Tassemblee : 

Le Congres imet le vceu de voir les ecrivains, les ora- 
teitrs et tons les catholiques en gineral^ s'inspirer de k 
plus grajide chariti et estime a Vigard des Orientauxrm 
unis, dam leitrs ecrits, discours et conversations. 

II desire que le nom de Schismatiques, dont les Orien- 
taux se sent en t offenses, soit toujours remplaci par ceba 
de non unis. 



LES VCUX DU CONGR^S DE JERUSALEM 



Par le R. P. GHARMETANT. 



Eminences, 

mcsseigneurs, 

Messieurs, 

Voire v6n6r6 President, M^' Ffiveque de Li6ge, nous 

disait iDcidemment hier qu'uno dos sections Ics plus 

imporlantes de ce Congrfes 6lait cellc qui avail pour 

mission d'dludier quelles seraient les suites a donner au 

Cmgres de Jerusalem, en vue de Tunion des figlises, 

pour r^pondre au vceu supreme de Nolre-Seigneur, qui, 

quelques heures avant de mourir, et au moment d'insti- 

^iier Fadorable Eucharistie, resumait toute sa sublime 

prifere k son pfere dans cetle formule testamentaire : ui 

^mum sint.,., qu'ils soient viiy commc vous ct moi ne 

sommes qu'ww/ A Jerusalem, apres avoir assiste aux 

inoubliables journdes historiques dont M*?'' Pechenard 

^ous parlait si 61oquemment hier, aprfes avoir entendu 

J'inl^ressanles discussions et de savants rapports, le 

Congres 6mettait des vodux qui sont la vraie base des 

unites a donner au Congrfes de Jerusalem et des moyens 

i employer pour obtenir Tunion des Eglises. 

Ces voBux concernent : le d6veloppement des Ecoles 
pour r^ducaiion des generations nouvellcs ; la creation 
de Sdminaires orientaux pour la formation d'un bon 
c/erg6 indigene dans les difT^rents riles ; la necessity de 
^enir plus efficacement en aide aux figlises orientales ; 
3 maintien des bonnes relations stabiles par le Congrfes 



518 VENDREDI, 27 JUILLCT 

enlre Orienlaux et Occidenlaux ; Ic dcvcloppement <i 
pfelcrinages, des publications qui s'occupent des qiic 
lions religieuses orienlalcs, en vue de Tunil^, et evfi 
des associations de pri^rcs pourTunion des figliscs. 

Je passerai sommairement en revue ces diven 
moyens indiqu6s par les voeux 6rais k Jerusalem, poui 
m'appuyer davantage sur TQiluvre des tlcoles et des 
Seminaires indigenes, parce quece sont les deux ceuvres 
les plus capables d'amener la realisation des voeux do 
Congrfes et des d6sirs reiteres de Leon XIII. 

I. — Toules les nations de la lerre ont ressenli le 
bienfait des hautes solliciludes du grand Pape qucDieu 
a donne a son figlise ; mais il en est deux qui sont I'objcl 
de ses attentions plus suivies : c'est la France el cVsl 
rOrient. 

Dfes les premiers jours de son pontifical^ le regard de 
L6on XIII s'est tourn6 avec tendresse vers ce pauvre 
Orient, berceau de noire foi, et vers ces grandes figlises 
jadis si illustres et si fecondcs, et aujourd'hui si 
desolecs. II a pris en pilie ces cent millions de chreliens 
dissidents qui ont la m6me foi et les memes sacrements 
que nous et qui ne sont separcs du catholicisme que 
par des pr^juges ou par une organisation politique, 
sociale et eccl6siaslique, que rOccident ne compreuJ 
plus ou qu'il condamne le plus souvent sans la con- 
naitre. 

11 y a quelqucs jours a peine, dans son admirable 
Encyclique du 20 juin, ou Ton remarque un si sincere 
desir de cetlc [)acification qui est Tidce mailresse de 
tout son regne, Leon XIII so tourne de nouveau vers les 
Orientaux, et, apres avoir rappel6 les rapports de cor- 
dialit6 que le Congres de J6rusalem avail suscites entxi 



TROISIEMR SFXTION — RAPPORTS 519 

^ccidenlaux et Orienlaux, il adresse a ces derniers 
3 plus paterncl et le plus pressant appel a Tunion : 
< Consid^rez bien ce que nous vous dcmandons, leur 
f- dit-il, pesez-le inurement devant Dieu : nous vous 

It DEMANDONS LE ^RAPPROCHEMENT ET L*UNION ". UOUS entCU- 

<< dons une union parfaile et sans reserve, » Puis il 

ajoulc aussitdt : « L*union veritable entre les cbr6tiens 

« est celle gu'a voulue et instituee Jesiis-Christ, et qui 

M consisle dans I'tinite dc foi et de gouveniement ; mais 

« il n*est rien qui soit de nature a vous faire craindre, 

« comme consequence de ce retour , une diminution 

« guelconque de vos droits , des privileges de vos pa- 

« triarcats, des rites et des coutumes de vos Eglises 

« respectiveSy car il fut et il sera toujours dans les inten- 

« lions du Si^ge apostolique, comme dans ses traditions 

« les plus constantes, d'avoir egard, dans une large me- 

« sure, a ces coutumes. Tout au contraire, que I'union 

« vienne a se rdtablir, et il sera certainement merveil- 

" leux le surcroit de luxe et de grandeur qui, sous Tac- 

< lion de la grAce divine, en rejaillira sur vos Eglises. » 

On ne saurait Irop admirer, Messieurs, Topportunit^ 

etla sagesse de ces graves paroles. Les deux points que 

Uon XIII precise si neltement, il est essentiel de bien 

les^tablir, afin de rassurer les Orienlaux. En effet, par 

suite de circonstances qu'il serait trop long et peut-etre 

dilicat de rappeler ici, les Eglises dissidentes redou- 

lent par dessus lout I'inlrusion dans leurs affaires de 

lel6ment latin. Elles liennent essentiellement k leur 

autonomic, a leurs coutumes, a leur discipline speciale, 

en un mot, k tout ce qui conslitue leur rite. Or, chez 

ies Orienlaux, le rite c'est la nationalite ; c'est en 

quelque sorte ce que le drapeau est pour nous, Occi- 

dentaux. Voili pourquoi ils y liennent tanl, voila pour- 



520 VENDREDT, 27 JUILLET 

• 

quoi ils sont tres ombrageux contre tout ce qui pourrail 
y porter la plus I6gfere atteinte. 

C'est la, Messieurs, et pas ailleurs, la vraie source des 
divisions qui existent entre eux et nous. Si Ton 6ludie 
les causes du schisme, on constate qu'il s'est produit a 
l^occasion d'une discussion th6ologique trfes subtile; 
mais c'est Ik le pr6texte, car, en r6alit6, la cause d6ter- 
minante a 6t6 non la question th6ologique, mais une 
question de supr6matie ; et, aujourd'hui surtout, meme 
parmi les dissidents lettr^s, on n'en trouverait pas un 
sur mille qui serait en 6tat de discuter s^rieusement 
sur la procession du Saint-EspriL Cette question, jadis 
irrilantc, leur 6chappe presque compl6tement aujour- 
d'hui. Par contre, il n*en est pas un seul qui, confon- 
dant latinisme avec catholicisme, declare qu'il ne veul 
pas changer de religion parce qu*il veut garder sa 
nationality. 

C'est Ik, assur^ment, un concept qui ^chappe Jiceux 
qui ne connaissent pas les choses de TOrient. En Occi- 
dent, nous comprenons trfes bien qu'on puisse fetrecatho- 
lique, tout en 6tant Anglais, Beige, Frangais, AUemand, 
Italien, Espagnol; mais, en Orient, la vie religieuse est 
tellement identi(i6e k la vie civile, et r6ciproquement, 
que les deux n'en font qu'une : Un Arm6nien ou un 
Chald6en, par exemple, ne se dil pas Chald6en ou Arm6- 
nien parce qu^il habite un territoire s6par6, sous un 
gouvernement distinct, avec une legislation sp^ciale. 
Non ! I'un et Tautre sc proclament sujels turcs et profes- 
sent pour le gouvernement du Sultan ia plus grandc, la 
plus complete fid6lil6. S'ils se disent Arm^niens ou Chal- 
d6ens, c'est parce qu*ils prient dans la langue arme- 
nienne ou chald6enne, et qu'ils assistentaux c6r6monies 
du rite qui est sp6cial k leur nation. Celui qui passe 



TROISIEME SECTION — RAPPORTS 521 



d'un rite h un autre est done considere, sinon comme 
u.n apostat, au moins comme un transfuge, et une note 
iufamante est imprimde h cette sorle de desertion. 

Ce sent Ik des subtililes, si Ton veul, mais des sus- 
c^ptibilites tres r^elles, et j'ajoute : tres legitimes, 
quand on connait bien Tclat politique et social de 
VOrient, que nous avons pour devoir de respecter. 
Le Saint-Siege Ta si bien compris qu'il renouvelle, 
presque a chaque pontificat, la defense de passer d^un 
rile dans un autre, au point qu'un Oriental ne peut pas- 
ser au rile latin sans qu'une autorisation formelle lui en 
ait ele accordee par le Saint-Siege lui-raeme. 

Celle disposition, inflexiblement mainlenue a Rome, 
esld'aulant plus sage qu'elle nous permet d'etablir par 
des fails, aux yeux des Orientaux, que I'autorite du 
Ponlifc remain n'a et ne peut avoir pour cux rien 
dabsorbant ni de conlraire a la discipline ou aux pri- 
vileges s^culaires des tglises orienlalcs; que lapapaule, 
comme Ta si bien definie Son Eminence le cardinal 
Langenieux dans son magistral discours-d'onverture du 
(iODj^res de Jerusalem, r/ia* la Papautr n'("<l ni rjrccfjiic, 
^Ualinc, 31A1S lniyeusklli: , et que le Papc, au lii^i 
detre un dominaleur pour ses Eglises d'Orient, sera au 
conlraire le plus fidele et le plus puissant protecteur de 
leur autonomic, de leurs usages venerables, de leur 
existence politique et sociale. 

Ce n'est que lorsque les Orientaux auront bien com- 
pris ces Veritas et ces fails que TUnion pourra se faire 
pratiquement ; et TUnion seule pourra rendre a crs 
pauvres figlises, aujourd'hui si desolees, et comme 
cristallisees dans leur schisme millenaire, la uluire et la 
fecondite des anciens jours. 



522 VENDREDI, 27 JUILLET 

II. — Mais quels moyens pratiques avons-nous de 
faire p6n6lrer ces v6rit6s chez les Orienlaux, de fa^n 
a les amener enfin a TUnion ? 

Ces moyens, indiqu^s, je le r6pfelc, par les voeux 
acclam6s au Congrfes de Jerusalem, peuvent se r^duire 
k deux : 

1* Travailler k la diiTusion de Tidfie catholique en 
Orient par Tficole, par la formation d'un bon clergi 
oriental dans nos Seminaires indigenes, et par la 
Presse ; 

2° Faire mioux coniiaitrc les clioses d*Orient aTOcci- 
denl, qui les ignore, surtoul ce qui constitue rorgani- 
sation speciale, les privileges, les prejuges si Ton veut, 
des Eglises et des nalionalitds orientales. 

Les pr6jug6s I ah ! Messieurs, voili, entre Orientaux 
et Occidentaux, une barriere que mon experience de 
vingt-cinq ann6es de travaux me r6vele comme mille 
fois plus difficile a renverser que Terreur elle-mftme. 
L'erreur, on peut la combattre par la parole, par la 
discussion, par Tcxposilion luminouse de la v6ril^ ; 
mais avoc les prejuges inv6ler6s de races, de religion, 
de nationaIil6s, d'educalion, comme ceux qui, depuis 
plus de mille ans, separent de Rome les Orienlaux, 
loule discussion est inutile, la predication doit sorlir do 
Tordinaire. Ce n'est qu'a la longue qu'on peut les faire 
disparaiire, et pour cela, il n'y a que deux moyens : 
la cliarile, une charitc douce, patiente, prevenante, 
vis a vis des adultes, et I'education des enfants, par 
TKcole, qui transformo peu a pcu les generations nou- 
velles et leur donne d'aulres id6es, d'autres sentiments, 
d'autrcs points de vue. 

Leon XIII I'a si biencompris qu'il ne manque jamais, 
dans les audiences qu'il accorde aux Missionnaires 



TROISIEME SECTION — RAPPORTS 523 

•rOrienl, dc rdclamer d'eux la creation de nombreuses 
Kcolos, en m^mc temps qu'il recommande, en toutes 
circonslances, a la charit<5 des fidfeles TQiluvre sp^cia- 
l<»mont ctablie par le Saint-Siege pour recueillir les 
auinones deslinces k soutenir les Ecoles d'Orient. 

Ces ficoles, notre OEuvre en compte aujourd'hui prfes 
(Ic huit cents, rdpancfues dans tout le Levant, et ce 
chiffre pourrait fetre considcSrablement augments si 
nous pouvions repondre aux demandes nombreuses qui 
sent adress^es de tons c6t6s, par les populations indi- 
genes, a notre clerg6 uni et aux vaill antes congrega- 
tions religieuses qui travaillent en Orient. Malheureu- 
sement, les ressources nous font d^faut, et nos pauvres 
Missionnaires sont dans la douloureuse situation du 
moissonneur qui voit sa rcScolto compromise ou rava- 
;:eo, parce qu'il n'a pas les fonds necessaires pour la 
faire entasser dans ses greniers ! 

Si done nos ressources sont insufiisantes, meme pour 
maintenir ce qui existe d6jk, comment pouvons-nous 
songer k fonder des Ecoles nouvelles dont le besoin, 
rliaque jour plus pressant, se fait sentir partout? C'est h 
la charity calholiquo a r6soudre ce probleme, car « il 
n'y a pas d'illusion possible, 6crit le P. Michel dans 
son recent ouvrage, COrient et Rome [\)\ il faut que 
des 6coles catholiques s*61event partout pour combattre 
partout la propagande protestante, sous peine de voir 
rOrient chrelien devenir la prate des sectes qui, elles, 
nc manquent jamais de ressources pour repandre le 
poison de Terreur, au profit de Tinfluencc anglaise, qui 
ropresenle Hi-bas le protestantisme, et au detriment de 
rinfluence frangaise qui y repr6senle le catholicisme ». 

(1) Page 339. 



524 VENDREDI, 27 JUILLET 



C'est pour cela que le Congrfes de Jerusalem, p6n6tre 
de CCS besoins ct s'inspirant des saints d^sirs du Pon- 
life supreme, a 6mis le vobu : « Que les Ecoles calho- 
liques de TOrient, destinies k sauvegarder la foi des 
enfanls si aim^s de J^sus, soieat dSvelopp^es la ou 
elles existent, cr66es on elles n'existcnt pas encore, et 

< que, pour atteindre ce r6sultat capital^ V(X!uvre des 

< ilcoles d Orient, tant de fois b^nie par Pie IX el par 
( L^on XIII, soil propag^e et plus abondamment se- 

< courue. » 

L'Ecole est done, en Orient, le moyen le plus effi- 
cace pour faire p6n6trcr Pid6o catholiquc dans ces 
masses et pour attirer k nous les generations nouvelles, 
en les instruisant et en les 61evant dans les idees 
d^union. Mais nous ne devons pas oublier que, par ce 
moyen, notre action ne s'excrce qu'en detail sur les 
indigenes : nous ne les gagnons, pour ainsi dire, qu'uD a 
un; tandis que, dans nos Seminaires, nous formons, 
pour cliaque rite, de futurs pasleurs qui cr6eront eux- 
memcs leurs troupeaux. 

Connaissant mieux que nous, non seulcmen! la 
langue, mais sur lout les coulumes, les usages, les 
iddes, la vie intime de leurs frferes, ils seront mieusi 
prepares et plus aptes h. les gagner, quand ils auront 
puise aupres de nous, dans nos s^minaires indigenes, la 
science, la vertu, la flamme apostolique et le devoue- 
mcnt au Saint-Siege et a Tunite romaine. 

Chaque rite possfede aujourd^hui son seminaire indi- 
gene. C'est au cardinal Lavigerie que revient Tlion- 
neur d'avoir fonde le premier, il y a quinze ans, a 
Sainte-Anne de Jerusalem, pour la formation d*UD bon 
clerge oriental de rite grec melchite. 

Depuis, les Dominicains out etabli k Mossoul un semi- 



TROISI^E SECTION — RAPPORTS 528 

naire syro-chald^en ; les Lazaristes ont^ k Ourmiah, un 
seminaire chald^en pour la Perse, et prfes de Salonique 
un seminaire bulgare ; les Capucins ont, k Saint-Louis 
de P£ra, k Conslantinople, un seminaire oriental pour 
les diff(6renls rites, de meme que les Pferes de 1* Assomp- 
(ion ont celui de Phanaraki, sur le Bosphore, et un 
seminaire bulgare k Caragatebe, prfes Andrinople. Eniin 
les J^suites ont au Caire un seminaire pour les coptes^ 
et, k Beyrouth, un seminaire oriental aupr^s de leur 
belle University. 

On le voit, tons les rites et toutes les regions, sauf 
une, sont pourvus de s^minaires indigenes. L'Asie-Mi- 
aeure, en effet, n*a pas de seminaire grec pour la forma- 
tion de pr&tres hellfenes. II est particuli^rement urgent 
d en creer un, soit k Smyrne, soil dans PArchipel. II 
uy a que deux ou trois pr&tres hellfenes catholiques, de 
langue et deritegrecs; si doncquelquesgroupes impor- 
tants d'Hellfenes demandaient k se faire catholiques, en 
ce moment, il serait impossible de les recevoir, car on 
naurait pas de pr^tres k leur donner. D'ailleurs, le 
mouvement de retour cesserait aussit6t, si on n'avait 
pas un clerg^ indigene catholique k mettre k la tSte du 
troupeau qui demanderait k rentrer dans Tunion. 

C*est ce qui est arriv^ pour les Bulgares, en 1861-62, 
lorsque ce peuple, presque tout entier, demanda, pour 
des motifs politico-religieux qu'il serait trop long de 
rappeler, k rentrer dans Tunit^ catholique. Ce mouve- 
ment, qui ^tait k peu prfes g6n6ral, fut brusquement 
arriti parce qu*on n'avait pas de pr&tres catholiques 
bulgares k leur donner. Depuis, les Lazaristes, les 
Peres de TAssomption et les R^surrectionistes se sont 
mis k ToBuvre avec le plus ardent et le plus pur d6voue- 
ment apostolique ; mais, malgr^ tout leur zele, ils n'ont 



526 VENDREDI, 27 JUILLET 

encore obtenu que des rdsultats parliels, et au prix de 
quels sacrifices, dc quelles depeuses !... Eux seuls poar- 
raient le dire. 

Cette n6cessil6 d'avoir, en Orieut, dans chaque rile, 
un clerg6 nombreux el capable, s^rieuscmont form^ala 
vie sacerdolale et aposlolique, a 61& confirmee par Won 
XIII, il y a un an, dans la forme solennelie d'unc ency- 
clique qui ordonnait la creation de S6minaires indigenes 
dans les Indes orientales. 

Dans sa liaule sollicitude pour toutes les ifiglises, et 
en vue d'assurer Tavenir des chr6tienl6s nouvelles. Ic 
Pontife supreme veut que, dans toutes les missions, les 
prelres strangers, les missionnaires, s*appliqucnt plus 
sp^cialement a la formation d'un bon clerg6 indi- 
g-ene. 

Voici les principaux passages de cet important docu- 
ment, qui s'applique, point par point, et a fortiori^ ^ 
Tcpuvre que nous poursuivons en Orient, pour doler 
chaque rite, chaque nation, d'un clerg^ oriental serieu- | 
sement forme a la vie sacerdotale : 

« La conservation de la foi catholique chez ccs peu- 
« pies n'cst pas assuree et la propagande restera inccr- 
« taine, lant qu'ils n'auront pas un clerg^ indigkn^ 
" pre|)are aux charges saccrdolales, qui non seuleraen* 
« vienne en aide aux missionnaires etrangers, mais qui 
« piiisse gorcr lui-memc les inter<^ts du Christianisme 
« dans l(uir propre patrio. 

t< Ti'lh^ elait la ponsee de saint Francois Xavier : il 
<« niail ([u 'on puisse solidement etablir le Chrislianisnie 
« dans I'Indo, sans !<• concours constant de prt>tres indi- 
« genes picux et arlifs. 

'( Ce qu'il comprit si bien s'explique facilemenl : 
« beaucoup d'obstacles contrarient le labeur des mis- 



TROISIEME SECTION — RAPPORTS 527 

« sionnaires qui viennent de TEurope, surtout Tigno- 
« ranee de la languc indig-fene, qu*il est Irfes difficile 
« d'apprendre, el la nouveaut6 dcs itistitutions et des 
« moBurs, auxquels on ne s'habilue qii'avec le lemps; 
« de telle sorte que les missionnaires europdens restent 
« toujours des Strangers aupays. C*est pourquoi, alors 
« que le peuple s'cn remct difficilement k des strangers, 
« ilestclair quo Taposlolat des pretres indigfenes sera 
« de beaucoup plus fructueux, car ils connaissent h 
« fond les gouts, le caractfere, les mopurs de leur race. 
« lis sauront le moment de parler, il sauront le moment 
« de se taire ; enfin, des indigenes pouvcnt se meler 
" auxautres indigfenes sans aucune m^fiance. II est k 
« peine utile de dire combien ce point sera important, 
« surtout dans les questions brulantes. 

« II imporie ensuite de remarquer que les mission- 
" naires venus de I'^tranger sont de beaucoup trop peu 
" nombreux pour suffire aux groupcmcnts chr6tiens 
« qui existent dtyk. 

« Mais si dcja les missionnaires ne pcuvcnt suffire 

" aujourd'hui aux soins desj\mes, que sera-ce plus tard, 

'^ quand le nombre des chrcticns aura augments, car il 

" ne faut pas esp^rer que Ic nombre de ceux que TEu- 

" rope envoie augmcnte en proportion. Done, si Ton 

" vent 6tablir, csperons-le, pour toujours, le nom clire- 

" lien dans ces vasles regions, il est n6cessaire de clioi- 

'< sir Jes indigenes qui, apres une s6rieusc preparation, 

'^ sacquitteront des charges et fonctions sacordolales. 

« En troisieme lieu, il ne faut pas oublier ce qui est 

g^eneralement en dehors de toute vrai semblance, mais 

qui, cependant, personne ne pourrait le nier, pent 

arriver^ il pent survenir, en Europe ou en Asie, des 

circonstanccs telles qu'elles obligent les missionnaires 



528 VGNDREDI, 27 JUILLET 

« strangers h abandonner ces rdgions par force et ne- 
« cessit^. Alors, s'il n'y a pas de clergg indigene, qui 
« pourra sauver la religion, personae ne pouvant plus 
« administrer les sacrements ni donner une direction? 
« L'histoire des Ghinois, des Japonais et des Ethiopiens 
<( dit assez haul ce qu'il adviendrait. 

« Par exemple, plus d'une fois, chez les Japonais el 
« les Chinois, k la suite des haines et des persecutions 
a qui s'abattirent sur le nom ciir6tien, tandis que Irs 
« prelres elrangers dtaienl iu^s ou jel<Ss en exil, la vio- 
« lence des ennemis epargna les prelres indigenes: 
« ceux-ci, connaissant parfaitement la langue et Irs 
« mceurs de leur patrie, forls de leurs liens de pareule 
« et d'amitie, eurent toule facility, non seulemont de 
« rester dans le pays, raais de g^rcr les interits reli- 
« gieux et de remplir librement, dans toutes les pro- 
« vinces, les devoirs qui concernent la direction des 
« kmes. Tout an contraire, en ^thiopie. ou Ion 
« compiait dejk environ deux cent miile chreliens. 
w quand les missionnaires europeens furent tu6s ou 
« chassis, Torage subil de la persecution d6truisil li» 
« fond en comble le fruit d'un long travail. 

« Enfin, il faut jeter un regard sur le passS, et ce qui 
" fut autrefois utilement 6tabli, il faut le conserver reli- 
ct gieusement. D6jk, les ap6tres, dans raccomplisse- 
« ment de leur mission, commengaient par enseigner 
« les preceptes chr^tions h la multitude, et bientdl ils 
« choisissaient quelques bommes pour les elever au 
« sacerdoce et jusqu'a T^piscopat. 

« Tel fut Tusage 6tabli et suivi par les ap6lres. Les 
« Pontifes remains ne manqu^rent pas de suivre leur 
a exemple, et ils ordonnferent aux bommes apostoliques 
« de faire tous leurs efforts, dans Iqs regions ou Tas- 



TROISlftME SECTION — RAPPORTS 829 

9 

« sembl6e des chr^tiens 6tait assez nombreuse, pour 
« rccruler le clerg^ parmi les indigenes. 

€ Afin de conserver intacte, de propager davantage le 
« nom Chretien dans ces contr6cs,il est done n^cessaire 
« d*6lever des indigenes au sacerdoce. lis pourront eux- 
« memes, n'importe k quelle Spoque, distribuer facile- 
« ment les sacremenis etrester k la t^te deleurs fiddles. )> 

En lisant ces instructions si formelles et si precises 
(le L^on XIII pour la formation d'un bon clergd indi- 
gene dans les pays de mission, on comprend mieux 
labsolue n6cessil6 d'avoir, dans chacun des rites orien- 
laux, des pasleurs z6l6s, vertueux et instruits qui assu- 
reront Tunion des Eglisesdissidentes.LeprStreindigfene 
connait mieux que le prfetre latin la langue, les usages, 
les pr6jug6s ou les repugnances de ses compatriotes, et 
il lui sera plus facile qu'k nous de les gagner k la cause 
calholique. 

Entrant pleinement dans cette voie, le Congrfes de 
Jerusalem a formula ainsi son cinquifeme voeu : 

« Que des S^minaires ou sera form6 un clerg^ oriental 
« de liturgie, de coutumes et d'usages, soient 6tablis 
« pour chacun des rites, sur place, autant que possible; 
« el que les ^tablissements de cette nature d6}k exis- 
<< tants soient encourages et soutenus, afin que, nou- 
« veaux c^nacles, ils donnent k TOrient les apfttres qui 
« lui feront retrouver son antique splendeur. » 

Le troisifeme moyen de propagande de Tid^e catho- 
lique en Orient, c'est la Presse. C'est par elle qu'on pent 
repandre auprfcs des adultes du rite oriental les id6es 
d'Union. Diff6rentes publications paraissent en France, 
loutes m^ritent d'etre encourag6es ; mais je dois signa- 
ler plus particuliferement k votre sollicitude le seul 
journal catholique de langue grecque qui paraisse en 



530 VENDREDI, 27 JUILLET 

Orient. C'esl rAvaroivj, de M. Nicolas Calavasi, a Syra. 
Cette feuille est menac6e de disparaitre, parce que son 
z61e directeur iie peut r6aliser, chaque ann^e, les liuil 
ou dix mi lie francs qui lui sont necessaires pour la 
fairc vivre. II aurait besoin d'etre aide, et c'cst d aulant 
plus desirable que si ce vaillant journal doit cesser de 
paraitre, nous n*aurons plus aucun moyen d alteindn* 
les dissidents de langue grecque pour vulgariser parnii 
eux les idees favorablcs a TUnion. 

Et maintenant que nous avons indiqu6 les principaux 
moyens de propagande parmi les Orientaux, nous sera- 
t-il permis de trailer ici la question plus delicate de la 
propagande a faire parmi nous pour amener les Latins u 
mieux connaitrc nos frferes d^Orient et leurs antiques 
liturgies? — Nous deplorons a bon droit le prejuge qui 
met en garde les Orientaux contro nous, et nous esti- 
mons que ce prejuge disparaitrait bien vite s'ils nous 
connaissaient/mieux. 

Avouons-le, cet argument peut etre retourne conlre 
nous, Occidentaux. Nous ne connaissons point ces 
Eglises d*Orient ; nous ignorons en quoi consistent leurs 
rites venerables, puisqu'ils remontcnt presque aux 
temps apostoliques. Nous ne savons presque rien de 
leurs belles liturgies, de leur antique discipline, de leur 
constitution politique et sociale, de tout ce qui pourrait 
enfm nous permettre de leur faire plus de bien, en les 
connaissant mieux. 

Et cependant les 6v6nements se precipitent. Dieu 
semble les multiplier a dessein pour nous montrer que 
peut-etre les temps sont proches oil cette question de 
r Union des Eglises sera serieusement posee : hier, 
c'etait le Congres de Jerusalem ; aujourd'hui, c'est le 



TR0IS1KMR SECTION — RAPPORTS 531 

rapprochement dc la Russie et dc la France qui semble 
vouloir s'accomplir en d6pit de tons les obslaclcs, et par 
une force inconnue que rien n'arrele ! 

Ah ! la Providence a son heure, et son heure peut 
blenl6t sonner. C'est a nous a kite prets I d'autant phis 
que, chez le peuple russe, ses aspirations, meme poli- 
iiques, sonl toujours des aspirations religieuses que 
noire France ofBcielle ne comprend pas assez, mais dont 
nous devons tenir compte. Pour ne citer qu'un fait 
entre mille, avez-vous remarqu^ Tadressc envoyee par 
les dames russes aux dames frauQaises, a Toccasion des 
feles de Tan pass6, et dans laquelle elles proposaient 
(I'unir les femmes des deux pays par une liffue deprieres, 
la ligue de XAve Marian commune aux deux EgHses ? 

Studious done la Russie, sa situation rcligieuse et so- 
ciale, son sysleme de gouvernement, et nous verrons que 
bien des choses qui nous surprennent pcuvent s'expliquer . 
Pourquoi n'6tablirait-on pas, dans les Seminaires et 
les Universitcs catlioliques, sinon un cours special du 
droit canon el des liturgies orientales, mais au moins 
quclques legons traitanl ces questions speciales, afin de 
permellre a notre jeunessc de repondre ci Tappel dc 
Dieu, s'il se produit bient6t? 

Je le repfeto, Messieurs, ne nous laissons point sur- 
prendrc par les 6v6nements providentiels qui se prdci- 
pilent. Soyons, comme toujours, le soldat de Dieu, ou 
son missionnaire, si, ce qui n'est point impossible, Dieu 
veut encore se servir de la France, pour faire ce grand 
el nouveau geste dans le monde ! 



ASSEMBLEE GfiNERALE 



PROCES-VERBAL 

La seance s'ouvre par la priire. Sont presents au Bureau : 

Lo cardinal Langemeux, president d'honneur. 

Le cardinal Lecot, archeveque de Bordeaux; M^^ Doutre- 
Kiux, eveque de Li^ge; Ms"" Stonor, archeveque de Trebi- 
zonde (latin) ; M«' Marmarian, archeveque de Trebizonde 
niimenien) ; M'f'' Hoyek, archeveque d'Arca, vicaire de Sa 
Beatitude le Patriarche des Maronites d'Antioche et de tout 
r( Orient; M*?' Duval, 6veque de Soissons; M**" Potron, eveque 
*ie Jericho ; R. P. Dom Augustin, abbe d'lgny; M»' Pechenard, 
M*'" Cauly, M^^ Juillet, protonotaires apostoliques ; M«'" Puyol, 
\icaire general de Beauvais ; M^' Cartuyvels, pr61at de la 
Maison de Sa Saintete, vice-recteur de l'Universit6 de Louvain ; 
Le R. Archimandrite Hoinsy, representant de Sa Beatitude le 
Patriarche grec catholique ; R. P. Charmetant, directeur de 
rUEuvre des £coles d'Orient ; M*'' Bernard, vicaire aposto- 
licjue; M. I'abb^ Gamier; le R. P. Michel; le R. P. Bailly; 
M. Paul Leconte; M. Leon Harmel; M. le vicomte de Damas; 
It* R. P. Dehon; R. P. Jerome, f rauciscain ; M. le chanoina 
Lemann ; M. le D*^ Guermonprez, de Lille ; plusieurs Religieux, 
Jrsuites, Capucins, Ben6dictins, Premontres, etc., etc, 

Huit cents personnes environ assislaient a la reunion. 

Son Eminence dit que le but du Congrrs est notre sancti- 
tication, et que Tacte le plusefficace est la sainte communion* 
Pour faciliter les confessions, Monseigneur donne a tons le» 
jHvtres etrangers, ayant le droit de confessor dans leurs 
•iiocAses respeclifs, la faculte d absoudre a Reims pendant la 
•luree de leur sejour. 

\je R, P. Durand, des Pretres du Tres Saint Sacreraent, 
4ians une charmante causerie, fait part k TAssembUe des 



3& 



534 VENDRGDI, 27 JUILLET 

pri^res faites par les petits enfants et des sacrifices qu'ibat 
sont imposes pour le succ^s do Congrte. Nos enfants d$ 
Reims se sont surpass^. 

Le H. P. Bouet, de Poitiers, lit un Rapport sur le SaiU , 
Viatique et les Solidaires. Les SbUdaires sont une secte infer* 
nale dont les membres ont pris I'engagement de se fairs 
enterrer civilement et de travailler k eloigner le pr^tre dei , 
inourants. Une association de Chretiens s*est formte poor 
cornbattre les agissements de la secte impie : c'est YAnkh 
ronfrerie de la Bonne Morty a laquelle il engage les cbr^ieos " 
a sattilier. 

M . Le Conte, de Paris, ancien magisti*at, membre tris 
actif, parle sur la Participation de la Society de Saint-YinceiU * 
de Paul aii.r mitres eucharistiques. \ 

La parole est ensuite donn^e a Tun des professeurs de 
rinstitut catholiqiie de Lille, M. le D^ Guermonpret, ] 
dont la vibranle allocution a conquis toutes les sympathies de 
rauditoiro. Le savant docteur parle a Taide de simples notes, j 

Le Coniite dn Congr^s regrette vivement que cette harangue , 
improvisce, si pleine de foi, d*elan chevaleresque et de ^ 
veritable eloquence, et d'ailleurs uourrie de .faits et de j 
chittVes, n'ait point et^ stenographi6e. Prives de ce secouw, { 
nous avoris pile M. le D*" Guermonprez de vouloir bien recons* 
tituer, porn* le Comptc rendu du Gongres, ce discours ^niou- 
vant et plein d'edilication. 

LVl()(jiient orateur, soit uiodestie excessive, soit obstacle 
veim (le ses graves et multiples occupations, ne nous a point 
donne cette satisfaction, que tous eussent desiree. 

Nous en souimes r^duits a donner le squelelte tout aride 
d'un discours plein de charme et de vie. 

Et d'abord, M. le D"" Guermonprez le rap[>elle avec une 
noble licrle : n Lille a etc le siege du premier Congres eudia- 
risticpie. et c'est dans la ehapelle de Flnstitut catlioiique, 
frequentee par les eleves, que le Tres Saint Sacrement a ete 
expose. CVst done en realite dans la ehapelle de rUniversil^ 
lilloise (pie les Congrtl's eucharistiques ont pris naissance, 
pour s'en aller ensuite — de 111 en aiguille — a Iravers 



ASSEMBLI^E GEiNERALE — PROC^VCRBAL 535 



VEarope et jusqu'^ Jerusalem, pour revenir a Reims. Ce fait 
iporti bonheur aux Facult^s de Lille, qui depuis lors ont 
' grandi k travers les orages, soutenucs et b^nies par Ic Dieu 
' del*Euchari$tie qui y est aim6 et ador^ par les maitres comma 
par les etudiants. Ayant avec elle Celui qui commande aux 
reals et aux temp^tes, cette belle et vaillante institution ne 
poarra done que prosp^rer et grandir. 

« Non seulement I'lnstitut a sa chapellc ; mais chacune 
des Maisons de famille a aussi sou oratoire, son autel, son 
tabernacle. J^us-Christ, en son sacreinent, en est en quelque 
sorte le Maitre et le Pere. Chacune aussi a sa Congregation ; 
les Membres aiment k se grouper sous la protection tout 
aimable et tout efficace de la Viergc Marie, gardienne de 
TiDDOcence et de la vertu. 

« L'Eucharistie est tres honoree par nos etudiants; les 
eomrounions sont nombreuses et frecjuentes et les adorations 
diumes et nocturnes tres suivies, et c'est pour nos etudiants 
Qne force conti'e les tentations du dehors. 

« Les professeurs donnent Texeinple et considerent oomme 
la meilleure source de leurs lumieres et do leur influence 
cette divine Eucharistie a laquelle saint Thomas sc recon- 
naissait redevable de toute sa science, et saint Ik^naventure 
de son amour pour Dieu et de sa charite pour ses IVeres. 

« Comment nos etudiants catlioliques pourraient-ils ecliap- 
peracette sainte contagion de i'exeniple et dc j'aniour pour 

feus-Christ? Aussi bien, non contents dc prrler le 

concours de leur presence aux fetes eucharistiques de I'lnslitnt 
et de la Cite de l.ille, ils ont plnsieurs fois dele^rie a Mont- 
niartre quelques-uns d'entre eux, pour les representer a 
I'oeuvre d'adoration et de reparation dont le^^lise du V(pu 
natioual est devenue le centre. lis out tenu a faire partie de 
cette France que la foi et le repentir ont jetee aux pieds du 
Sacre-C(eur : Gallia p(enitens et derota ! 

Quand nos etudiants voient Tun de leurs caraarades sur 
/a penle du mal, il s'etablit entre eux une sorte de conjura- 
tion qui eonsisle k prier, a comniunier, pour arracher leur 
frere an mal. 



536 YENDBFDI, 27 JUILLET 

i 

« C*est la communion reparatrice dans ce qu'elle a it 
plus touchant, de plus fraternellement h^roique! . .. Qui din 
les perils conjures, les repentirs provoqu^s, les retoun 
accomplis par le merveilleux effet de cette conspiration it 
la pri^re et de la charity ? 

« line autre devotion de notre Institut, qui brise le respeet 
huinain et unit les ccBurs, les volont^s et les vies dans in 
meme sentiment de foi, de courage Chretien et d'^ergie 
virile, c*est la presence de nos ^l^ves aux Procemom Ai 
Saint Sacrement. Qu'elles s'accomplissent dans le domaifle 
de rinstitut ou dans les rues de la catholique cit^, les pro- 
fesscurs et les ^ludiants y assistent en corps, donnant a la 
ville et a la province cet imposant spectacle de Fran^ais et de 
Chretiens voues a renseignement ou a T^tude de toutes les 
sciences huroaines, et faisant liumbleraent profession de 
croire au Mystere de TEucliaristie, de Tadorer, et de voukir 
la servir et la glorifier. » 

Eniin, Texcelient Docteur passe ce qu'il appelle <c la retti 
de rUniversit^ de Lille », et il nous signale : « 80 maltres 
du corps universitaire et enseignant, et au cours de Tann^ 
scolaire qui s'ach^ve, 543 etudiants, dont 270 appartenaoti 
la faculte libre de medecine, et les autres' aux. faculty de 
theologie, des lettres, des sciences, et du droit, tons aimant 
Jesus-Christ, tous revant de relablir son regne social sur la 
France qui est son heritage. » 

« L'histitut de Lille a delegue au Congres de Reims, — 
conclut le D*^ Guernionprez, — Tun de ses humbles manda- 
taires, non point pour venir presenter des requetes, ni solli- 
citer des faveurs, mais pour saluer J^sus-Christ, roi de ce 
Congrrs, et pour deposer riiomniage de sa veneration et de 
son respectueux devouement aux pieds du Legat de Leon XW 
a Jerusalem et de ses freres dans Tepiscopat, de TOrient etde 
rOccidont. Cet hommagc, je vous I'apporte, conclut I'ora- 
teur, au nom de I'lnstitut catholique de Lille et de tous ceui 
(|ni constituent aujourd'hui son armee, sortie de ses flancs, it 
savoir : iOi gradues en theologie, 447 licencies et 35docteuTS 
on droit; 4'4 licencies et G docteurs es-scieuces; 96 licenci^ 



J 



ASSEMBLEE G^ERALE — PROGES-VERBAL 537 



1 1 docleur fe-letlres ; 366 docteurs en midecine et 152 offi- 
iers de sant^. Get horamage, je vous Toffre au nom des 
.000 ^tudiaots qui, depuis sa fondation, ont passe par notre 
her et glorieux Institut I » (Applaudissements prolongesj 
M^ Doutreloux remercie chalcureusement les deux rap- 
K)rteurs qui viennent de se succeder, pour les consolantes 
ieclarations qu'ils soot venus faire. La nation qui reQoit des 
Conferences de Saint-Vincent de Paul, sur tous les points de 
•on territoire, et de Tlnstitut catholique du Nord, de si nobles 
iiemples et de si salutaires enseignements, n*est point une 
lation desheritee : TEucharistie, qui est sa lumi^re et sa 
force, sera certainement son salut. 

Le A. P. Bailly, soliicit^ de prendre la parole, ^difie 
'assemblee en rappelant le pelerinage de Lourdes, ou se fait 
ivec tant d'edilication la procession du T. S. Sacrement, qui 
chaque ann^e produit des miracles, et le pelerinage de Jeru- 
salem, ou s'accomplissent des actes de foi, si merveilleux, et 
de penitence, si salutaires pour la France et pour Ti^glise. 

l\ est heureux de signaler I'achat qui vient d'etre fait et 
lappropriation qui s'ex^cute de la nef de Notre-Dame du 
Maty bateau spacieux et solide qui servira desormais d'6glise 
ambulante, portant dans ses flancs le Tabernacle et TEucha- 
hstie, dressant chaque matin sur le pont Tautel du sacrifice. 
Go y a menage un palais pour le L^t du Pape, une instal- 
lation confortable pour de nombreux pelerins. Le ze\6 et 
couliant — quelques-uns disent audacieux, — initiateur des 
p^lerinages de Terre-Sainte offre a tous les Membres du Con- 
gres de Reims I'hospitalit^ de son navire. (Applaudissements,) 

Le R. P. Michel, des Peres Blancs, nous ram^ne en Orient. 
H donne lecture d'un travail tr^s complet sur la Situation 
artuelle des Eglises unies d'Orient en face du schisme grec et 
du protestantisme. 

Tout ce rapport est k lire : nous aurions scrupule d*en faire 
Tanalyse. Nos lecteurs voudront le parcourir et m6diter au 
Cmpte rendu. 

Avant de clore la s&mce, M^'' Doutreloux annonce la 
reponse faite au t^l^ramme que le Congr^, a sa premiere 
seance, avait envoy6 au Souverain Pontife. 



538 VRNDREDI, 27 JUILLET 



C'est debout que tous les Congressistes ont icouti It 
reponse envoy^ par Sa Saintet^ L^n XIU, par le tdl^ramme 
suivant : 

(( A Son £m. le Cardinal Lang^bux, Reims. 

(( Le Saint Pire a In avec une particuliire saiisfaction le 
telegramme de Voire Eminence; Vaffluence nombreuse da 
membres distingues du Congrh eucharistique lui cause une 
rive joie ; il en accueille les hommages avec bonheurn et il en 
coficoit le donx espoir que ce Congres donnera une impulsion 
pnissante aux idees et anx vceux snr V Orient et V Occident ^qu^H 
a exprinm dans la demise lettre apostolique aux Princes et 
aux Peuples, 

a A cette fin, Sa Saintete accorde avec ufie patemelle afic- 
tion la benediction apostolique aux CardinauXy aux iviq^ 
aux Prelats et a tous ceux qui font partie du Congris. 

a Cardinal Rampolla. » 



AprAs cette lecture, cjui a 6t6 6cout<5e avec les marques du 
plus rcligleux respect, on acclame Lion XHI, dont la solKci- 
tude est tou jours si patemelle et si tendre. 

Son tm, le cardinal Langinieux dit que demain une 
adresse sera specialenient signie pour remercier le Saint-P4w« 

La priere terniine la seance : il est prfes de six heuns 
et demie. 




LE SAINT VIATIQUE ET LES SOLIDAIRES 

Par le R. P. BOn£, J^suite, k Poitiers. 



l^MINENXES, 
MfiSSElGNEURS, 

Messieurs, 

« B^ni soil Dieu le Pfere de Notre Seigneur J^sus- 
« Christ, le Dieu de toute consolation (1) », du noble 
dessein qu'il a inspir6 k I'illustre fivfeque de Li6ge, de 
provoquer ces assemblies solenneiles en Thonneur du 
Tres Saint Sacrement de Pautel ; dessein aussitdt 
approuve hautement par le Fkre commun des fiddles ; 
applaudi et accepts par nos Pontifes, nos pr6tres et 
lous les vrais Chretiens. Preuve que cette grande oeuvre 
venait k son heure. Quand, de nos jours, en efTel, les 
hommes de lous les 6tats el de loules les professions 
ferment des congr^s pour trailer de leurs inl^rels tern- 
porels, alors surlout que lanl d'aulres^ inspires par lo 
genie de I'enfer, multiplient leurs conciliabules l^n^- 
breux, elaborent les projels les plus pernicieux pour la 
religion et pour la soci^t^, dans le but avoud de ravir a 
Jesus-Christ ses adorateurs et d'^lever sur les mines de 
son £glise Tempire de Satan, ne convenait-il pas que 
Kolre Seigneur et Mailre eut ses assemblies solenneiles, 
ses pan^gyristes, ses ap6tres, son parti, sa gloire? 

Elles sont utiles encore, on mieux elles sont n6ces« 
saires, ces saintes assemblies, avec leurs doctes ensei- 

{{} I. ^p. aux Corinth., 1, i3. 



/ 



840 VENDREDI, 27 JUILLET 



^ 






gnements et leurs inoyens pratiques, pour soustraire U 
Chretiens aux seductions de riinpi6t6 contcmporaiae e 
les raniencr au Dieu du tabernacle quails ont abai 
donne. Car, c'est le Tr^s Saint Sacrement de nos auleh 
et surtout la sainte Communion qui a 6t^ de tout lemps^ 
et qui est sp6cialement de nos jours Toccasion des plus 
sanglants outrages pour le Dieu de rEucharistie, et li 
cause la plus commune, peut-6tre, de la perte ^ternelk 
des Chretiens sans coeur et sans foi, dont les uns 1( 
renient ou Tinsultent, les autres le d^daignent et \f==^ 
repoussent. 

I. — Ce Mailre g6n6reux, jaloux de notre bonheur ^ 
nous invite, nous presse, que dis-je? il nous fait un com — 
mandcment exprfes, sous la menace de la mortetemelle 9 
de manger sa chair et de boire son sang. (Joan, vi, 54. ) 
L'figlise, pour assurer la gloire de son celeste Epoux e* 
le salut de ses enfants, nous invite k son tour h partici — 
per souvent au divin banquet; mais en m^me temps , 
voulant poser h rindiff^rence et kla paresse une limit, c 
extreme, joar deld laquelle est la rivolte et la mort, ell^ 
porte un d6cret solennel, toujours en vigueur(du moii^s 
dans ce qu'il y a d'obligaloire), t que tout fidele de Tlm n 
« et Tautre sexe, lorsqu'il a attcint Vkge de discrilioKi, 
« communie au moins k Piques chaque ann^e, sinoQ 
« qu'il soit exclu de Tfiglisc pendant sa vie, et prive , a 
« sa mort, de la sepulture chr6lienne (1). » Mais (^I/e 
ordonnc aussi, sous les m^mes peines (et voilk le point 
qui doit nous occuper dans ce moment), de commua ier 
lorsqu'on est en danger de mort, c'est k dire dans un 
danger probable et prochain de mort. 

Ces peines, il est vrai, ne sont que comminatoiras, 

(1) Couc. de Lat. 1215. Sess. XIII, can. 9*. 



ASSEMBLE G^ERALE -* RAPPORTS 541 

mais de tout temps, et jusqu*k nos jours, Tl^gliso les a 
souvent iaflig^es k ceux qui avaicnt refuse les derniers 
sacrements^etnous savons la puissance efficace qu'elles 
exerQaient sur le cceur des chr^tiens, m^me les plus n6- 
gligents de leurs devoirs religieux. 

Pendant les deux premiers tiers de ce dix-neuvifeme 
siecle qui s*est ouvert aux retenlissements des sarcasmes ' 
et (les blasphemes de Voltaire et s'est train^ pendant de 
loDgues ann^es dans une indifference glaciale pour 
loutes les choses de Dieu et de TAme, il 6tait rare de 
voir un chrdtien repousser le prStre de son lit d'agonie, 
siooD toujours par un reste de foi, du moins par la 
crainte d'une sepulture d^shonorante. Et pendant plus 
de soixante ans, les convois volontairement civils ^taient 
chose presque inouie. Plus d'une fois mSme, on a essaye 
de violenter T^figlise pour lui faire b6nir des sepultures 
indignes. 

Mais que les temps sont changes parmi nous depuis 
Irenle ans ! ou nous voyons d'innombrables chr6tiens, 
non seulement deserter a Piques le banqu^et eucharis- 
tique, mais encore se priver volontairement du saint 
Viatique au moment de franchir le seuil de r^ternite et 
de lomber entre les mains du Dieu vivant. (H6b. x.) 
Les uns se privent du saint Viatique et des derniers 
sacrements par des d^lais coupables, les autres les 
repoussent par une impi^t^ formelle ; d'autres enfin leur 
font une guerre satanique. 

Des Chretiens honn^tes et croyants, mais strangers 
aux devoirs les plus essentiels de la religion, des fiddles 
mimes habituds k la communion^ s'ils sont atteints d'une 
maladic grave, loin d'appeler k etix J6sus-Christ pour 
metlre en surety leur salut ^ternel, retardent de jour en 
jonr et meurent souvent sans sacrements. 



542 VBNDREDI, tl jmLLEt ' 

Ce qui est plus di^plorable encore, et pourtant tris 
frequent, des m^decins promeltent la sant6 au malade 
qui porte d^jk la mort dans son sein. Des families chre- 
tiennes, des Spouses, des mferes, par une fausse ten- 
dresse que j'appellerai cruelle, altendent pour averlir 
le pretre que le malade soil k Textr^mit^ et m^me sans 
connaissance, de peur, disenl-ils, de lui causer une 
penible 6motion... Ah! Tinforlun^ !... il va 6prouver 
une bien autre Amotion au tribunal de Dieu ! et vous 
porterez jusqu*au tombeau la crainle legitime d'avoir, 
par votre faute, compromis son salut ^ternel. 

II est cependant un mal plus eiFrayant et non moins 
cx)mmun peut-6tre que la n6gli^ence k recevoir le saint 
Viatique ; c'est le refus formel de recevoir ce secours 
divin par esprit d'impi^t^ ; et ces causes se multi- 
plient tons les jours. Ah ! si la charity de vos prfetres 
leur permettait de vous rev61er les secrets du lit d'ago- 
nie^ vous seriez effray^s du grand nombre de ces morts 
sans Dieu, dans les rangs les plus ^ievds de la soci^te 
comme dans les plus infimes. lis vous diraient, comme 
ils nous I'ont rep6t6 cent fois, les uns qu'ils apprenncnt 
la maladie de leurs paroissiens quand on vient leur 
commander la sepulture, ou bien qu'on les appellc 
quand on est assure que le moribond impenitent Q*est 
plus en 6lat de refuser les derniferes priferes de r%lise. 
D'autres, qu'ils administrent h, peine un malade sur dix, 
sur vingt. Et ce bon Cur6 de campagne, 6cbo de tant 
d'aulres, nous disant les larmes aux yeux: « Jamais, 
malgr^ mes recommandations et mes priferes, je ne suis 
appeie auprfes des malades en danger, et quand je me 
presente, je suis repouss6. » — « Tons mes paroissiens, 
nous disait un autre, se font encore enterrer religieuse- 
menl, mais pas un seul ne m'appelle k son lit de mort! ») 



ASSEMBLEE 6ENERALE -^ RAPPORTS 543 

Cest k dire qu'on nous prcnd les dimes et oa vous laisse 
les corps qu'on vous ravira bientdt. On est plus avancd 
dans ce canton dont le Doyen ne peut obtenir la pre- 
sence des corps k r6glise qu'a la condition de se charger 
de tons les frais de sepulture, m^me du luminaire ? 

Vous ai-je r^v^le lous les dangers auxquels est expos6 
lesalut de nos frferes k la mort, en vous signalant I'in- 
curie des parents ou le refus formel des mourants ? Non, 
je ne vous ai pas dit le grand crime de nos jours ; crime 
inoui dans tons les sifecles passes ; crime le plus efficace 
pour d^peupler Tfiglise et le Ciel, et remplir les enfers ; 
on pourrait Tappeler k bon droit le chef-d'oeuvre de Sa- 
tan. C'est rinfernale association des Solidaires de la mort 
sans Dietiy dont le but avou6 est de ravir k J^sus-Christ 
les Ames, k la vie, a la mort, et jusque dans r6ternit6. 

On connait la devise do ces proffes de Satan et les 
Irois VGBUX sacrileges par lesquels ils scellent leur dam- 
nation ; eux qui attaquent avec tant d*acharnement les 
VQBux sacr^s par lesquels le religieux cherche k assurer 
son salut : Plus de proves, ni k la naissance, ni au 
ff^riage, ni surtout k la mort ! 

« Ils s'engagent en particulier, 6crivait M«'' Plantier 
septembre 1865), par le vceu solennel et solennelle- 
^enl jure, k ne pas permeltre que les minislres d'au- 
cun culte approchent de leur lit d^agonie, et k fetre 
inhum6 sans aucun rite religieux ; c'est a dire k vivre 
^n ath^es, k mourir en r^prouv^s, et a se faire enfouir 
^mme des brutes. » 

Cette secte abominable parait etre n6e en Belgique, 
<>u }\^ Malou, 6v£que de Bruges, la fletrissait dfes le 
<^mmencement de 1863 et oil se dresse encore, nous 
^-l-on dit, la statue du premier auteur. De Belgique, 
«lle passa bientdl en France. 



544 ' VENDREDl, 27 lUILLBT 

En effet, k Paris, la loge de VAvenir instituaii au 
mois de juin 1865 le Comile des Libres-Penseurs^ qui 
s'engagent par 6crit k se prfeter main-forte, pour mourir 
en dehors de toute religion. 

lis ont dresse des statuls que nous avons entre les 
mains, par lesquels ils pr^tendent imposer aux adeptes 
des obligations plus irrevocables que les engagements 
sacr^s du Bapt^me. 

Ce n'est done pas sans raison que M** Dupanloup, 
dans une lellre pastorale (oclobre 1866), s'6criait : « Et 
ces Ltbres-Penseurs, comme ils s'appellent, se livrant 
corps et kme au Comite, abdiquent entre ses mains la 
raison, la conscience et tons ses r^veils possibles : et le 
Comity par le plus odieux despotisme, les declare li6s 
ct obliges envers lui, de telle sorte que c'est lui, lui 
seul qui veillera k leur chevet d'agonie ; et il n'y aura 
\k pour le franc-magou, k sa dernifere heure, ni p^re, ni 
mfere, ni enfants, ni lien quelconque de la famille el de 
la religion : plus rien que ce Comit6 et sa tyrannie. 
Vous fetes 6tonn6s, Messieurs ; eh bien ! sachez-le, ce 
despotisme impie est le dernier mot, le but souverain 
de la democratic irr^ligieuse et socialiste ; et c'est la, a 
mes yeux, une des plus grandes menaces de Theure 
pr^sente... » 

On n*en est plus aux paroles et aux doctrines ; on agit, 
on s'organise avec une cynique audace, pour soustraire 
rhomme k la religion, dans tons les moments de la 
vie : (( baptfeme, education, mariage, et surtout k Theure 
la plus solennelle, k Theure de la mort. » 

Et aprfes Tavoir enchain6e pendant la vie, par Tint^ret 
ou par la crainte, ils continueront leur violence morale 
sur la victime expirante, en se courbant sur son lit 
d'agonie pour comprimer la prifere sur ses Ifevres et 



ASSEMBLEE GENERALE — RAPPORTS 5IS 

chasser le repentir de son cceur. Puis, compl^tant 
leur victoire par un ignoble enfouissement civil, its 
iront, sur sa tombe d^shonor^e, c^l^brer la mort 6i6r- 
nelle. 

A I'apparition de cette oeuvre satanique, les meilleurs 
esprits, pr&tres et laiques, ne daignaient pas mSme s'en 
preoccuper, la regardant, nous disaient-ils, comme trop 
monsirueuse el trop absurde pour n'Stre pas repouss^e 
par le bon sens frauQais. Helas ! Messieurs, Satan avail 
bien choisi son heure ; et il a trouv^ la France, la Fille 
ainee de TEglise, assez abaissee dans la foi et la morale 
pour lui assurer les plus eiTrayants succes. 

Au d^but^ les enterrements civils ^talent m^pris6s, 
lion sculemenl chez les catholiques, mais dans tons les 
rangs de la soci^t^ ; aujourd'hui, non seulement ils 
sent acceptes, mais a eux seuls sont r^serv^s les hon- 
neurs publics. 

Alors, on reconnaissait aux families le droit de dis- 
poser des funeraiUes de leurs d6funts ; maintenant, le 
moribond, se fut-il r^concilie avec Tfiglise, eut-il ex- 
prini6 sa volont6 d'etre inhume religieusement, a moins 
d un dcrit authentique signe de sa main ou d'un acte 
notari^, sa depouille appartient de droit a la secle. 

Le mal s'est propag6 de la capitale dans la province^ 
et jusqu'au fond de nos campagnes. Que dis-je? il a 
franchi toutes les fronti feres, travers6 tons les oceans. 
II ne se trouve peut-fetre pas de nos jours dans le 
monde, un seul pays chretien, pas meme un seul dio- 
cese eu France qui n'ait ele temoin de ces morts impies 
el de ces convois scandaleux. Nous pourrions en citer 
un grand nombre si la prudence nous le permettait. 

A Paris, oil nous avons pu suivre ses progres et 
conslaler quelques chiffres officiels, le nombre des 



8&6 VeNDREDI, 27 juillet 



enterrements civils a 6tg de 600 (1), en 1873. En iSS/, 
un auteur s^rieux et bien renseign^ (2), dit que le no m- 
bre s'esl 61ev6 a 10,040, non compris les morls-n65. 
En 1884, il est de 11,700 (3). Enfin, en 1888, au O/k 
grfes eucharislique de Paris, d'aprfes un rapport qui 
n'a pas 616 conleste, le nombre de ces ignobles cnfouis- 
sements s'6tail 61ev6 au chiffre effirayant de 16,000 : 
c'esl presque le tiers des morts (56,000). Le rapporteur 
faisait remarquer que le plus grand nombre (10,000) 
6tait sorti des h6pitaux. II ne nous a pas 616 donn6 de 
constat er les chiffres des six derniferes ann6es. 

Mais ce que nous savons et ce que vous ne pouvez 
ignorer, c'cst que dans une partie notable de la France 
se multiplient les mariages civils, les morls sans sacrc- 
menls, en meme temps qu'on voit diminuer les pre- 
mieres communions et m^me les bapt6mes. 

Or, jc vous le deraande, Messieurs, si cet affrcux 
d6sordre continue, sans rencontrer un conlre-poids 
puissant, que va devenir parmi nous le ministere sacer- 
dotal el la religion ello-nienie ? Ne sont-ils pas comme - 
annihil6s ? 

Vous avcz mission, bons pretrcs, de donner des^ 
enfanls a Dicu par le saint bapteme, et voila qu'on leu^^ 
refuse le bapleme chr6tien ; on le remplace meme pa~ _ 
le bapleme civiL Vous apprenez a vos enfanls. avec u- 
zfele au-dcssus de lout elogo, les saintes veriles de 
religion, et a cole de vous on leur enseigne une ni 
rale en dehors de lontes revelations et de ttattes confe^ ^:$ 
sions. 



(1) Paiis-Jounml', 22 juin 1873. 

(2) Othemn d'l\\i:^so7i\'iLLEy Ret i(p des DcuX'MonJes, octobre I8^3i. 

(3) VUnivers, 7 seplenibre 1884, 



ASSEMBL^B GENERALE — RAPPORTS 547 



Vous les conduirez avec une joie toute c61este au 
banquet eucharislique ; vous les enlendrez renouveler, 
a la face des aulels, les promesses de leur Bapt6me ; et, 
trop souvent, h61as I T^cho du temple redira encore 
leurs sermenls d'eternelle fid61it6 a J6sus-Christ, et 
deja ils iront les violer impudemment ! Leurs Ifevres, 
encore leintes du saug de TAgneau prononceront d'hor- 
jibles blasphemes ; et, quelques jours apres la com- 
munion, ils auront abandonne et les sacrements el 
Teglise. Que dis-je ?. . . il y a, k celte heure m6me, 
dans certaines villes de France, des associations dia- 
boliques ayant pour but d*6loigner les enfants du cat6- 
chisme et de la premiere communion. 

Quand les reverrez-vous ? peut-etre h Tepoque du 
manage, oii ils viendront vous arracher un permis de 
profanation, un laisser-passer de sacrilege!. . . ou meme 
on leur apprend a d6daigner ce gi'and sacrement. 

Que vous resle-t-il done du fruit de vos longs et peni- 
bles Iravaux? Une derniere esperance de recueillir du 
moins une partie de la moisson a Theure de la mort. Or, 
voici que les supp6ts de Satan reunissent aujourd'hui 
lous leurs efforts pour vous ravir les cimes k ce moment 
supreme. Ainsi se realise en partie le voeu sacrilege de 
rimpiele triomphante : Plus de prelres ni a la naissance^ 
ni au manage, ni a la mort ! 

Voila, Messieurs, le grand mal et le grand danger de 
rheure presente : vous ne le nierez pas ; vous ne nous 
accuserez pas d'exag6rer le peril, dans le dessein de 
vous 6mouvoir ; nous vous avons cite des fails, apport6 
des chiffres qui onl bien leur eloquence ; vous avez pa 
reconnailre vous-memes ses progres elTrayants depuis 
Irente ans. 



348 VENDREDl, 27 JVILLET 

II. — II est pourtant un autre danger plus k redouter 
que les progrfes m6me de I'oeuvre satanique. Ce serait 
noire inerlie k la comballre, et m^me noire insensibilite 
44«t-wie de ses ravages iucessants. Trop souveni, en elFet, 
il arrive qu'aprfes avoir jele des cris de lerreur a la viie 
de ces morts impies et de ces convois scandaleux, on 
s*y habitue bientdt eomme au spectacle de la mort et 
des sepultures ; on se conlente de gdmir quand il fau- 
drait agir. Voila trente ans que Foeuvre n^fasle existe et 
continue ses affreux ravages. Qui la combat aujour- 
d'hui? Ou sont ceux qui en parlent meme ? 

Mais que faire ? nous demandera-t-on? Imiter nos 
ennemis : i< car les enfants de tenebres, dit le Sauveur, 
sont plus pvudentSj plus actifs que les fils de lumiere. 
A cette guerre infernale, ne faut-il pas opposer une croi- 
sade de salut ; k cet apostolat de Teufer et de la mau- 
vaise mort, lapostolat du ciel et de la bonne mort? Les 
ami^de Dieu ne doivent-ils pas rivaliser avec lessupp6ls 
de Satan? Voudraient-ils reeter au-dessous de cette 
infernale anlcur? Et puisque Tunion fait la force, pour- 
quoi nefornn'raient-ils pas une association vaste comme 
le monde, ainsi que les y invitait naguere L6on XIII, 
afin d*opposrr une digue plus infranchissable au torreal 
de rimpi6t(i ? 

Mais c'csl la, nous dira-t-on, encore une devotion 
nouvelle coinme il en parait chaque jour, qui surcharge 
la pi6t6 de.s fiddles. L'objection, du moins, n'est pas 
nouvelle; ello s*est dressee conlretoutes les plus saintes 
pratiques qni fleurissent aujourd'hui dans rEglise. On 
n'a pas oublie que la devotion au Sacre-Coeur de Jesus, 
la fete menic du Trfes Saint Sacrement, ont 6le accueil- 
lies par des altaques du meme genre. 

Vous re( unnaltrez surlout que cette devotion n'est 



ASSEMBLEE GENiSrALE — "RAPPORTS 549 

pas itrangfere au but du Congrfes eucharistique. EUe 
coinprend la plus grande gloire de J^sus-Christ dans son 
sacrement et le souverain inl^rfet chrelien. 

II est bon, sans doule, de r^parer par nos larmes et 
nos amendes honorables, les outrages que Nolre-Sei- 
gneur regoit dans son sacrement, de la part des impies 
et des mauvais Chretiens. Mais ce qui est mille fois plus 
efficacc, plus glorieux pour lui et plus salutaire pour 
oous, c'est de privenir Ic mal avant qu'il arrive ; c'est 
d'epargner k Jesus-Christ le supreme outrage du m6pris 
de son pardon, de son sacfement et de son paradis, et la 
ruine de tous les fruits de la redemption. 

Mais ii est unc r6ponse plus directe et plus p6remp- 
toire : quand un nouvel adversaire so Ifeve contre 
TEglise, Dicu a coutume de susciter un nouvel auxi- 
liaire. Et voici que TEnfer inspire un genre d'attaque 
inoui, donl le but avou6 est la perte iinale des ^mes. 
L'impiete moderne a organist la solidarity de la mau- 
vaise mort, A cette invention nouvelle de Tennemi, ne 
devons-nous opposer un secours d'un nouveau genre, 
la solidarite de la bonne mort ? Si nous ne faisons pas 
plus que par le passe, alors que le devoir religieux 
§tait du moins en honneur, notre conscience ne nous 
reprochera-t-elle pas cette coupable omission, en face 
de Tactivit^ d6vorante des ennemis du salut? 

Gvkce k Dieu, Messieurs, cette croisade hdroique, 
cette grande association catholique existe aujourd'hui 
avec son double element de vitality f6conde, c'est k dire 
son Archiconfr6rie compos^e des divers membres de 
I'Eglise militante, chr^liens et religieux, prelres et Pon- 
tifes, puis son institut religieux ou de nobles victimes 
simmolent au salut des agonisants. 

Noire Seigneur J^sus-Ghrist, donl la Providence sail 



550 VENDREDI, 27 iUILLET 

toujours placer Ic remede a c61d du mal, ne pouvait 
manquer b. son Eglisc dans un si grand danger. Mais, 
chose admirable ! el bien digne d'etre remarquie : apris 
avoir inspire longtemps d'avance k un fiddle servileur 
celte grande CKuvre de salut, il lui a donn6, par son 
Vicaire sur la terre, la sanction des choses divines, an 
an avant I'apparilion de VOEuvre des Solidaires libr^ 
penseiirs (1864). Puis quelques ann^es plus lard (1867), 
le meme Ponlife, I'immortel Pie IX, T^levait au rang 
d'archiconfr6rie pour le mondo entier. En recevanl notre 
m6daille : « Voila, s'est-il 6cri6, TcBuvre du jour; voila 
ma m6daille! J 'en porlc peu, mais celle-ci, je la porlerai 
jusqu'a la fin. » 

Enfin, par une attention delicate de sa bont6, etsans 
doul(^ pour attirer plus puissamment nos coeurs, le 
Sauveur a donne pour signe et pour drapeau k noire 
Arcliiconfrerie son divin Cccur agonisant ; il luiaassi- 
gn6 pour centre el pour sibge Jerusalem, sous la haute 
direction de son Excellence le Patriarche de la ville 
sainle. Jerusalem ! IheAlre de sa double agonie el desa 
morl; Jerusalem I d'ou le salul est descendu une pre- 
miere fois sur le monde, el d'oii il nous viendra de 
nouvoau, je Tcspfere, si nous savons r(5pondre sincfere- 
ment par nos acles aux desscins de notre Dieu. 

En 1893, ci I'epoquo Ju Congres eucharistique dans la 
cilo sainle, nous nous projiosions d'adresser le present 
rapport, pour el re lu au siege meme de notre Archicoii^ 
fver'ip. dti Cauir aijonisant de Jesus, pres de la sainle 
grolte el du Calvaire. C/eul ete pour nous une belle 
occasion d'ollVir, avec nos liommages, Texpression de 
noire reconnaissance a son Excellence le Patriarche de 
Jerusalem, direcleur general de noire Arcliiconfrerie. 
Nous sommes heureux de lui offrir de loin Texpression 




ASSEMBLi^.R GGNERALE — RAPPORTS 551 

do notre reconnaissance pour rinterfet qu'il porte k cette 
(jpuvrc b<5nie. En 1882, Sa Saintet6 L^on XIII, heureu- 
sement regnant, dont on voulut savoir la pens^e toucliant 
cette grande oeuvre de salut, fit cette reponse bien conso- 
lanlc : « Formez line vasie association en faveur des 
« agonisants el vous troiwerez le Saint-Siige trds porti 
« irenrichir de prfcieuses faveiirs. » 

Elle a 6t6 b6nie et approuv^c par neuf cardinaux 
franijais et par plus de cent archevfeques et ^vfeques de 
la calhoHcili. Elle compte par centaincs de millc ses 
associes : pretres, religieux et laiques, qui, outre les 
prieres quotidiennes, font la supplication et la commu- 
nion mcnsuelles. Gr&ce aux cotisations volontaires des 
associes et au concours des prfetres, elle fait oflfrir plus 
de 6,000 messes par mois, pour tons les agonisants du 
jour, el surtout pour les associes eux-mfemes, vivants et 
deced6s. 

Mais, si cette ArcUiconfrerie dtait plus connue et 
mieux appr6ci6e, nousne doutons pasqu'elle no complAt 
bient6t dans ses rangs tout ce qu'il y a de prfitres et de 
fideles saintement jaloux de la gloire de Dieu et du salut 
de leurs frferes; et notre sainte croisade croitrait dans la 
mesure mfemc que s'accroisscnt de jour en jour et les 
efforts des Solidaires libres-penseurs, et le nombre des 
morls impies et scandaleuses. 

C'est pourquoi nous conjurons dans le Seigneur nos 
veneres freres du sacerdoce, vouds au salut des 4mes, 
d'etablir dans leurs (5glises, parrai les pieux fidfelos qui 
leur sont confies, la Confrerie du Cceur agonisant de 
Jesus, si Ics premiers pasteurs daignent les y autoriser. 
Quelle assurance pour vous, 6 bons prfetres, au moment 
de livrer k Tenfer Tassaut decisif, d'avoir sous la main, 
dans vo8 pieux associes, de fiddles messagers qui vous 



852 VENDREDI, 27 JUILLET 

pr6parent Ics voies en disposant le moribond k vous recc- 
voir, taudis que de nombreux Moi'ses tienneni leurs bras 
suppliants elev6s vers le Coeur ag-onisant de J6sus pour 
en faire descendre sur vous et sur voire penitent d*abon- 
dantcs b6u6dictions qui assurent le triomphe de la grace! 

Pour la m^me raison, nous prenons la liberie, tout 
en restant dans le sentiment du plus profond respect, 
de supplier humblement NN. SS. les fivfeques de dai- 
gner I'examiner altentivement ; et si, dans leur sagesse, 
ils la jugcnt opportune et salutaire, de vouloir bien lui 
donner leur approbation, la recommander et en promou- 
voir r^tablissement dans leurs dioceses respeclifs. Un 
mot d'encouragement de leur part contribuera plus 
efficacement que no sauraient le faire tons les discours 
k la propager en pen de temps dans un grand nombre 
de paroisses et de communautes. 

Mais, no Toublions pas. Messieurs, nos pontifes et 
nos pretres ont un besoin ab.so1u, pour le succfes de leur 
sain to mission, du concours de tons les vrais chr^tiens 
dans la mesure de leur influence : concours effectif, 
ardent et par dessus tout persev^rant, condition qui 
manque trop souvent aux plus nobles entreprises; de la. 
la st6rilile et bient6t la ruine. Car, de bonne foi, si nous 
avions le memo zfelc et surtoul la meme Constance que 
nos ennemis, pensez-vous que nous n'obtiendrions pas 
de vrais succfes, ayant pour nous la plus noble des causes 
et toute la force de Dieu ? 

Done, Messieurs, enr6lez-vous, vous et vos amis, 
dans cette divine Ci'oisade ; ne craignez pas surtout de 
deroger a voire dignite, en vous inscrivant dans une 
pieuse association pour sauvegarder votre Religion et 
sauver vos maUieureux frferes des feux elernels ou 
ils se pr6cipitent en aveugles ; surtout quand vous 



ASSEMBLEE G^NERALE — RAPPORTS 553 

voyez h c6t6 de vous des hommes de toute condition, et 
m^me du plus haul degr6 de i'echelle sociale, se faire 
un litre de gioire d*avoir ieurs noms inscrits parmi les 
valets de Satan et les pourvoyeurs de I'Enfer. 

Si cepeodant, tant et de si puissants motifs ne suffi- 
saient point poup entrainer vos coBurs au secours d*un 
malheur sans ^al, ne soyez pas du moins insensibles a 
vos plus chers int6rets. 

A votre dernifere heure, quaud lo Seigneur sera pres 
dVnlrer en jugement avec vous, savez-vous quel sera 
le supreme et puissant motif de mis^ricorde que T^^glise 
fera valoir en votre faveur ? — Votre fermel6 dans la 
foi, et surtout votre zele pour la gioire de Dieu, comme 
aussi pour le salut de vos frferes. D*ou nous pouvons 
conclure avec confiance que vous inscrire parmi les 
protecteurs des mourants, c'est prendre une inscription 
sur le ciel, suivant cette promesse de Jdsus-Clirist : 
« On vous fera la m4me mesure (c'est a dire la meme 
faveur) que vous aurez faite aux autres. (Luc, VI, 38.) 

Le Congrfes eucharistique do Reims 6met done le vcbu 
que tous les chretiens so fassent inscrire dans I'Archi- 
coufrerie du coeur agonisant de Jesus. 

OBSERVATIONS 

V Archiconfririe du Coeur agonisant de Jesus et Notre- 
Dame des Douleurs a pour but : 1° d'honorer d*un culto 
special le Coeur agonisant do Jesus, surtout au Jardin 
des Olives, et le Coeur compatissant de Marie lransperc6 
dun glaive de douleur durant la Passion de son divin 
Fils ; 2" d'obtcnir par les mysterieuses agonies du Fits 
el de la Mere la grdce d'une bonne mort aux cent mille 



554 VENDREDI, 27 JUILLET 

—— ^— ^»— »i— > ■ ^— i^ ^— — ^■— ^^^■^^■^ 

personnes environ qui, chaque jour, dans le monde 
enlior, rendeul le dernier soupir, et la consolation chre- 
tienne k tons les afflig^s. 

Conditions et pratiques. — Nulle n'oblige sous peine 
de p6ch6 m6me v6niel, mais on doit remplir esaclemenl 
les conditions prescrites pourgagner les indulgences. 

Pour etre associe et pour participer aux privilfeges 
de TArchiconfrfirie, il est nicessaire ; 1* d'felre inscrit 
ayecplein consentement (nom et prdnora) sur le regislre 
d'une Confr6ric diimcnt affili6e a rArchiconfr^rie de 
Jerusalem ; 2** de reciter chaque jour, du moins habi- 
tuellement, la prifere : Ires misMco?*dieux Jesus.,, ou 
bien un Patej' et un Aiie. 

Mais de plus, on recommande instamment aux asso- 
ci6s, suivant Tusage 6tabli : 1** de consacrer chaque 
mois un jour enlier aux agonisants et aux affligds, en 
offrant pour eux loules leurs oBuvres spirituelles el 
temporelles et en faisant une demi-heure de supplica- 
tion (ou de prifere) et la sainte communion : 2' de pro- 
curer selon leur pouvoir aux moribonds de leur entou- 
rage la reception dcs derniers sacremenls, ay ant soiu 
que ce secours arrive a temps ; 3" de contribuer, suivanl 
leurs moyens, par une offrande annuelle ou unique, 
aux bcsoins de Toeuvre, mais principalement k la cele- 
bration fr6quenle du Saint Sacrifice pour les agoni- 
sants et les associes coop^rateurs, et meme k la fonda- 
tion de Messes d perpituiti^ pour conlinuer ce secours 
et en profiler eux-m6mes aprfes leur mort. Les prelres 
associes disent au moins une messe par an, avec Tin- 
tention secondaire chaque semaine. 

AvANTAGES SPiRiTUELS. — Les prfitrcs et les fidfeles 
qui remplissent les conditions ci-dessus enoncees, outre 



ASSEMBLEE GENERALE — RAPPORTS 555 

les pr6cieuses indulgences qu'ils peuvent gagner (elles 
sent iadiqu6es daus le Manuel) parlicipent aux fruils 
Je toutes les messes c616brees chaque jour dans rArclii- 
confrerie (environ 72,000 par an) m6mc aprfes leur d^ci^s, 
s'ils renaplisscnt leurs engagements jusqu'a la mort. 

N,B, — Pour se faire inscrire dans rArchiconfrdrie, 
recevoir les documents : Manuel^ abreye du Manuel^ 
cachets d'association..., etc., s'adresscr : 

I'* A Jerusalem, au Patriarchal latin ; 

2" A Lyon, au Monastfere du CoBur-Agonisant,3, Aux 
Qualre-Maisons ; 

3* A Paris, au Directeur de TArchiconfr^rie, 35, rue 
do Sevres ; 

4' A Poitiers, au Pfere Fulgence Boue, promo teur de 
rtEuvre ; 

5* A Tournay (Belgique), a M. le Cur6 du Sacr6- 
Cojur; 

6" A toule Confreric, dument affiliec spdcialement k la 
Chapelle de Marie Reparatrice, 16, rue de Naples, Paris. 

Pour recevoir les dlpl6mes d'affiliation des contraries 
ii celle de Jerusalem, les demander aux quatre pre- 
mieres adresses ci-dessus indiquecs. 

Cceur agonisarU de Jhus, ayez piti4 des mouranis ! 
Cwur compatissant de Marie, priez pour les agoni- 
sanls et les affligis ! 



-i 



DE LA PARTICIPATION DE LA SOCitTf DE SAINT-VINCENT DE PAUL 

AUX CEUVRES EUCHARISTIQUES 

Par M. LE GONTE, 

M«mbre de la Soci6l6 de Saint-Vincent de Paul de Paris. 



Eminences, 
Messeigneurs, 
Mesdames, 
Messieurs, 

TJn de nos premiers fondateurs, Ozanam, a pos^ ce 
principe parfois oublid, que « rhumilite est obligatoire 
pour les associations comme pour les individus »,etil 
a proposd cette formule k ses confreres : « Ne point se 
faire voir, mais se laisser voir. » Les rddacteurs de nos 
annales ont suivi et au de\k la legon du Maitre, car ce 
n'est qu'avec une extreme discretion qu'ils ont livre a 
votre Rapporteur les traces de la participation de la 
Society de Saint-Vincent de Paul aux ceuvres eucharis- 
tiques. Nous nous en consolerons en nous disant qu'une 
statistique qui aurait la pretention de chiffrer les acles 
des 4,000 conferences de Saint- Vincent de Paul disper- 
s^es dans le monde, courrait Ic risque d'etre intermi- 
nable sans 6tre jamais complf^te. Nous avouerons que 
rinstrument nous manque pour mesurer, m^me approxi- 
mativement, le concours apporte par laSocietf deSainl- 
Vincent de Paul aux oeuvres eucharistiques, et nous 
nous bornerons k extraire de nos bulletins quelques 
faits de nature tant k nous edifier qu'k servir d'exemple 
aux Conferences de bonne volonte. 

Le monde, enclin k juger les institutions parleurs 



ASSEMBLIEE G^NI^RALE — RAPPORTS 557 

cdtds ext(5rieurs, ne voit souvent dans notre association 
qu une « cBuvre de charity ». La d^finir ainsi, ce serait 
en m^connaitre la porWe. Ouvrez le Rfeglement, et dans 
I'article 1*' vous lirez que la Society reQoit dans son 
sein tons les jeunes gens chr^tiens qui veulent s'unir de 
prieres et participer aux mfemes oeuvres de charity. 
Done, piei^ et chariiS, voili le double objet de Tassocia- 
tion, et si, entre ces deux vertus, il peut exister une 
priority, c'cst k la pi6t6 qu'elle est ddvolue. La pri^re 
qui prdcMe chaque stance doitfetrefaite, ditTarticle 15 
du m6me R^lement, avec la plus s^rieuse attention, le 
but de la Conference n'^tant pas moins d'entretenir la 
piete des membres que de soulager les pauvres. La 
pi(^t6, la sanctification de ses cnfants, c*est la vie de 
notre oeuvre, et ou, mieux que dans les devotions eucha- 
ristiques, chercher I'atmosphftre et les aliments propres 
a son d^veloppement ? 

I. — Processions. — Le temps n'est plus ou Tadmis- 
sion aux processions £tait brigu^e comme un honneur, 
ol ou les questions de prds6ance dans ces solennit6s 
engendraient entre les divers corps des rivalitds s^cu- 
laires, 

L'audace des seclaires arrdtant ce concours, 

En des jours t^n^breux a change ces beaux Jours. 

La foule des fidMes se dispersant sous la fdrule du res- 
pect humain, seuls les hommes de coBur ont continue k 
rendre au Dieu de TEucharistie les hommages publics 
qui lui sont dus. Nos premiers fondateurs ne devaient 
pas faillir k ce devoir. Simples ^tudiants, on les voit, 
(i^s la premifere ann^e de Toeuvre, en 1834, se rendre k 
Nanterre^ aux BatignoUes, dans d'autres paroisses 



S58 YENDREDl, 27 iUILLET 

encore de la banlieue qui avaient conserve I'usage des 
processions du Saint Sacrement, et prendre rang dans 
la pieuse escorte de Notre-Seigneur. Get exemple ne 
fut pas perdu. En 1852, les processions ayant 6i6 rela- 
blies a Liile, les Conferences de cetlc ville y assist^reiit 
en corps. 

Les membres de cellc de Fieulaine portent le dais a 
la F6te-Dieu. Les jeunes etudiants de la (^nferenco 
Saint-Louis de Gonzaguc, a Rcnnes, cl^vent et ornent 
de leure mains de magnifiques reposoirs. A ChAlons-sur- 
Marne, la procession du Saint Sacrement ^tant interdite 
sur la voie publiquc, la Confdrencc et le Cercle catholi- 
que lui offrent Thospitalitd, le dimanche du Sacr6-Cceur, 
dans les cour et jardin dependant de leur si^e ; elle 
s'y diploic sous les yeux de 2,000 personnos, parmi les- 
quelles les hommes sont en majority. Mais c'estsurtout 
aux processions de Notrc-Dame de Paris que nos 
confreres sc portent avec le plus d'elan. Qui ne se 
souvient des origincs de cette imposante manifestation? 
C'dtait en 1871, aux plus sombrcs jours de ia Commune; 
nos modcrnes Vandales avaient rdsolu de faire subira 
la c(3l6bre basilique le sort des autres monuments, et 
d^jk ils s'appr^taient a la livrer au feu, lorsqu'on leur 
fit observer que Tincendie ne manquerait pas d'altein- 
dre rH6teI-Dieu et de faire p^rir les malades qu*il ren- 
fermait. lis recul5rent devant T^normite du crime. Ce 
salut inesp^r^ marquait Taction visible de la Provi- 
dence. Quatre membres de la Conference de Notre-Dame 
en furent frapp^s et voulurent qu'un tdmoignage de 
reconnaissance perp^tu^t le souvenir de ce bienfait. lis 
convoqu^rent les membres de notre Society de Sainl- 
Vincent de Paul et ceux de TAdoration nocturne pour 
la cldture de TAdoration perpdtuelle ; 150 a 200 membre:) 



ASSEMBLEE GENERALE — RAPPORTS 559 

■ 

de ces (Euvres rdpondirent k ce premier appel. Avec le 

^emps, ils sont devenus legion. Cost iin spectacle inou- 

Wiable que celui de ces milliers d'hommes de tout Age, 

de toute condition, animus d'une m6me foi, marchant 

surles pas de leur Dieu, non plus en simples lignes, 

'Jiais en masses profondes, sans autre insigne qu'i la 

main un cierge dont la flamme symbolise leur amour 

pour TEucharistie. 

Mais cet actede foi, quel qu'en fut Teclat, m^me au 
d^but, ne pouvait suffire k la \\i6\6 de ses promoteurs. 
Non contents de grouper une fois Tan, autour du divin 
Maitre, une phalange de trois mille coeurs chrdtiens, 
ils ont voulu que tons Ics mois une asscmbl^e de 
m^me nature servit k vivifier leur ferveur. Chacune 
des Conferences de Paris envoie, le troisi^mc dimanche 
du mois qu'elle a choisi, une delegation k cette pro- 
cession mensuelle, et contribue, par ses olTrandcs, aux 
depenses considerables du luminaire. 

D^ 1876, la Confreric d'hommes du Tr^s Saint 
Sacrament etait fondde ^ Notro-Damc. A sa vue et sur 
1 impulsion de leur conseil de Paris, nos Conferences se 
piquent d*emulation, et, gr^ce a leurs efforts, nombre de 
Paroisses de Paris doivent d'etre dotees aujourd'hui 
d'une confrerie semblablc. Nos confr^.res y figurent en 
Sr^nd nombre. Puissions-nous constater bientOt que 
^ous y sont enrdles ! 

Les membres de la Conference de Manr^zc (Espagne) 
^nt adopte Tusage d'accompagner la sainte Ilostie 
^haque fois qu'on la porte ^Tun de leurs pauvres. Nos 
Confreres de Cuesnes (Belgique) font mieux encore ; ils 
apportent chez le malade qui va reccvoir le Saint 
Viatique quantite d'objets destines a parcr son lit et a 
transformer sa chambrette en chapelle. Ces preparatifs 



S60 VENDREDI, 27 /CILLET 

soulignent, aux yeux du mourant, rimportance de 
Facte qu'il va accomplir, et lui procurent, ainsi qu'aux 
assistants, de douces et saintes Amotions. 

II. — P61erinage8. — Les pMerinages eucharistiques 
n'ont pas trouv^ nos conKrences indiff6rentes. 

En 1890, nos confreres de Clermont se donnaient 
rendez-vous i Paray-le-Monial. L'an dernier, plusicurs 
membres de notre (Euvre ont pris part sous vos 
auspices, Eminence (1), k ce Congr^s de Jerusalem 
dont le souvenir est inseparable de celui de Tillustre 
L^gat qui a dirig^ ses travaux d'une main si sure, 
servi avec tant d'autoritd les inl^rdts de TEglise, et 
merveilleusement rehauss^, en Orient, le prestige de 
la France. Notre Bulletin relate le bonhcur qu'ont 
^prouvd nos d^l(5gu6s en retrouvant sur cette terre 
lointaine des confreres dont les coeurs battaient a 
Tunisson des leurs, et en assistant, le 21 mai, k une 
stance de la Conference de Saint-Vincent de Paul, 
installde dans ce berceau de la charite. II semblail, 
disait Tun d*eux, que nous retrouvions la France et 
notre bon saint Vincent de Paul que nous aimons 
tant. 

Enfin, dans une lettre adress^ele 15 avril dernier au 
Cardinal Archevfique de Paris, Sa Saintetd L^on XIII 
parle avec eldges des Conferences qui vont en p^lerinage 
a la basilique du Sacrd-Coeur de Montmartre avec les 
pauvres qu'elles soulagent. 

III. — Devotion au Sacr^-Coeur. — La devotion au 
Sacre-Coeur, n'est-ce pas la voie tracde par Jesus-Christ 

(1) Msr Langenieux, cardinal archev^que de Reims. 



ASSEMBLl^E GI^ERALE — RAPPORTS 561 

lui-m^me pour Ic salut.de la France? Et lorsque les 
simples fidMes Tembrassent avec foi et amour, la Soci^t^ 
de Saint- Vincent de Paul pouvait-ellc rester en arri^re? 
Son Conscil g^n^ral ne Ta pas pense. Le 5 f(5vrier 1872, il 
d^cidaitde la consacrer au Sacr(5-C(Bur. Puis, il invitait 
les Conferences k ajouter k la pri^re du commencement 
des stances, Tinvocation : Cor Jesu Sacratissimum, 
miserere nobis, Enfin, Fannie 1889 ay ant ramen^ le 200* 
anniversaire des principales r^vdlations faites par 
Notre Seigneur Jdsus-Christ k la bienheureuse Mar- 
guerite-Marie, il s'associa au redoublement de pi6t6 qui 
se manifestait de tons cdt^s, en renouvelant solennelle- 
Dientla consecration de la Socidtd de Saint- Vincent de 
Paul au Sacr(5-Coeur. L'actc contenant cette consecra- 
tion, signe de tons les membres du Conseil general, fut 
portd par eux, le 21 novembre, i la basilique de Mont- 
martre. 

Un grand nombre de Conferences suivirent cet 

exemple. Celle de Notre-Dame de Bon-Secours (Bel- 

gique) a reuni dans une grande fete visiteurs et visites, 

pourune consecration commune et solennelle au Sacre- 

(^ffiur. Obeissant k Tun de ces elans qui avaient illustre 

leChef d*un Etatvoisin, Garcia Moreno, Ic Conscil supe- 

rieur de Montevideo a consacre au Sacre-Coeur les dix- 

^cpt Conferences de la Republique de TUruguay. Plu- 

^'eurs Conferences se sont placees sous la protection du 

^^^'inCoBur, et en ont pris le titre. Quelques-unos, comme 

^lles de Mod^ne, propagent parmi les pauvros la devo- 

^'^u au Sacre-Cceur et remeltent une image, le reprdsen- 

^^^ty k chacune des families secouruos. Les Conferences 

^^ Buenos-Ayres honorent le Sacre-CiCcur en mettant 

^^U image k la place dhonneur dans leurs salles de 

^^Union. 




862 VRNDREDI, 27 JUILLET 

IV. — Messes. Communions. — Ce serait exc^er lo< 
limites de ce Rapport que d'^numdrer ici les diverses cir- 
constances qui portent nos Conferences k faire c<5l(5bror 
des messes ou k offrir des communions. Aucune oeuvrf* 
catholique ne neglige ces prdcieux canaux de la grkce, 
Qu'il suffise de signaler quelques rdcentes et particu- 
li^res applications de cette double devotion. 

Certaines Conferences d'Amdrique pdn^tr^es de cettc 
parole de Notre-Seigneur, qu'il est venu chercher non 
les justes, mais les pdcheurs, lui ont servi d'introduo- 
teurs dans le milieu le moins prddestino^^ cet honneur. 
je veux dire parmi les coupables qu'a fl(5tris la justice 
des hommes.La jeune Conference de Saint-Jean I'Evan- 
g(5liste, k San Jose (Amdrique centrale), a obtenu du 
President de la Rdpublique Tautorisation de faire dire 
la messc dans la prison. 

A Rio-de-Janeiro, c'cst dans la prison qu'onl 6[6 f^lfe 
les noces d'or ; les membres des Conferences y onton- 
dirent la messe avec les condamnds. Ce fut le point de 
depart d'une oeuvre nouvelle qui se repandit dans phi - 
sieurs autres villes et qui a dej^ realise de nombreuses 
conversions. 

A Olinda (Bresil), nos confreres ont prepare 
14 prisonniers k la communion. A San Salvador, c est a 
134 de ces malheurcux qu'ils ont menage lel&ienfait 
de la communion pascale. A Buenos-Ayres, chaque 
semaine, un confrere est designd pour faire la sainte 
communion afm d'appeler les benedictions de Dieu sur 
la Conference. La Conference de Saint- Jean-Baptisle, a 
Gand, fait le 30 novembre une communion generale 
k rintention des Ames du Purgatoire. Les membres de 
la Conference de Sainte-Elisabeth,ft Berlin, ont la loua- 
ble coutume de s'approcher de la Sainte Table avec 



i 



ASSEMBL^E GENERALE — RAPPORTS 563 

leurs prot^gfe. De mftme, la ConKrence dc Burtscheid 

(AUemagne) n'a pas cru poiivoir mieux cdlebrer le 25* 

Miniversaire de sa fondation qii'on rdunissant dans une 

communion g^n^rale ses membros actifs, scs membres 

honoraires et ses pauvres. Retraites, mosses et com- 

niiinions encommun, voili, lisons-nousdans im rapport 

deLorient, d'excellents moyens d'appeler Inattention de 

no8 pauvres sur la n^cessit^ de faire dans leur vie une 

place k la religion. N'est-ce pas pour s'6tre inspires de 

cette rfegle que les douze maisons de patronage, sou- 

lenues pkr la Soci^td de Saint- Vincent de Paul k Paris, 

out la joie d'enregistrcr cha^ue ann^e, pour Thonneur 

dc leur jeune clientele, environ 25,000 communions? 

V. — Adoration diurne. — Plus encore que la com- 
munion fr^quente, Tadoration du Saint Sacrement est 
facile k tous. La pratiquer, c'est comprendre combien il 
^st salutaire d'avoir avec Dieu de ces conversations 
iDtimes dans lesquelles nous lui exposons nos besoins, 
oos preoccupations, nos trislossos, et cherchons, avec 
*^ lumi^re de TAme, la paix du coBur. Ce sont ces entre- 
^>ens recueillis qui raniment notre foi, fortifient nos 
^pi^rances, rdchaufFent notre charite. Ajouterai-jo, 
^vec nos confreres du Chili, que plus seront nombreux 
'^s adorateurs de Notre-Seigneur dans lo Saint Sacre- 
'^ont de Tautel, plus s'accroitra aussi Ic nombrc des 
^^rviteurs des pauvres, car comment aimer le Sauveur 
^^ns aimer ceux qui furent ses amis do prc^di lection sur 
la terre ? 

Les Conferences de Paris so font representor, chaque 
^ois, par un de lours membres, a TAdoration diurne 
organis^e dans le sanctuaire do Montmartre. D'autres, 
plus zil^s, iiotamment ccUes de Nice, du Pensionnat 




564 VENDREDI, 27 /UILLET 

des Frferes k Drcux, les six Conferences de la R^p'w 
blique de Guatemala, se livrent h Tadoration quoti 
dienne. A Oran, h Costa-Rica, les confreres se relaiecmt 
k rtieure ou T^glise est habituellement d^serte, pou 
que Notre -Seigneur ne soit jamais priv^ d'hom 
mages. 

Dans certaines Conferences de Nimes ^et du diocisc, 
Notre-Seigneur est inscrit en t6te des families secou- 
rues, et, k chaque stance, le President d^signe k tour de 
rdle le membre qui sera appeld dans la semaine k fure 
cette visite k notre royal Pauvre dans son humble 
demeure du tabernacle. * 

Oserais-je suggdrer k ces oeuvres ind^pendantes la 
pcns^e de so faire agrdger k des centres eucharistiques, 
tels que Vlastitut des Pr^tres adorateurs et la congr^a- 
tion de V Adoration riparatrice ? Ce lien religieux les 
ferait participer aux mantes, priferes et penitences de ces 
congregations et en outre k de prdcieuses indulgences. 

VI. — Adoration nocturne. — Nee en 1848, 4 Paris, 
sous le regard de Notre-Dame des Victoires, TCEuvre de 
TAdoration nocturne, en completant Tadoration de jour 
■ parl'adoration de nuit, avait pour but de realiserlaper- 
petuite absolue de la pri^re devant le Tr^s Saint Sacre- 
ment expose. Elle trouva d§s le debut, parmi nos asso- 
cies, de devoues auxiliaires. En 1856, M. Baudon, pr^ 
sident general de la Societe, sans oser encore s'adresser 
aux Conferences elles-m^mes, invite les presidents a 
recruter parmi leurs confreres des cooperateurs indivi- 
duels k I'adoration de nuit. Gr4ce au concours de ccs 
derniers, TQEuvre rdussit, en 1860, a organiser uD^ 
troisi^me nuit d'adoration dans les paroisses de Pa^^^ 
qui n'avaient pu jusqu'alors en assurer que deux. 



i 



ASSRMBLEB GEIi^RAtE — RAPPORTS 565 

Bient6t, en i863, elle peut compter sur la particip»- 
tion collective des Conferences, qui se chargent, dans 
presque toutes les paroisses, le plus grand nombre 
d une nuit, quelques-unes de deux, les plus ardeates 
onfin, des trois nuits d'adoration. Les apprentis et 
ouvriers de nos patronages, en d^pit de leur jeunesse^ 
prennent courageusement leur part de ces saintes 
veilles dans ces chapelles de leurs oeuvres, que Ton a 
justement qualifi^es de « parvis des paroisses ». La 
Society de Saint- Vincent de Paul vient encore en aide k 
riEuvre de TAdoration nocturne, en lui procurant 
une partie des ressources pecuniaires qu'exige som 
modeste budget et en lui ouvrant, pour la publicatioR 
de ses avis et rapports, ainsi que pour les besoins de 
sa propagande, les colonnes de son Bulletin. Cette 
feuille mensuelle est traduite en sept langues diffdrentes 
et p^n^tre dans les pays les plus recul^s. L*alliance 
enlre les deux oeuvres est done solidement cimentee et 
bien propre k garantir refficacit^ de leurs efforts. 

Donnant Texemple, notre Conseil gdn^ral passe, cha- 
que ann6e, une nuit en adoration dans Tc^glise du Sacr6- 
tour a Montinartre, afin d'attirer les graces de Dieu 
sur la Soci^te. 

Parti de Paris, le mouvement ne tarda pas a s'etea- 
dreen France, puis a franchir nos fronti^res. Ce soot 
nos Conferences qui, a Lille, Caen, Saint-M4lo, Chalons, 
Toul, Lons-le-Saulnier, Valence, fondent TAdoration 
nocturne. A Limoges, Clermont-Ferrand, Montreal de 
lAude, Vannes, les adorateurs nocturnes ne sont autres 
que les confreres de Saint-Vincent de Paul. La Confe- 
rence de Tarbes, fa premiere, passe en corps, en pri^res^ 
devant le Saint Sacrement, la nuit du 31 d^cembre au 
1" Janvier. A nos portes, dans le Luxembourg, laCo»- 

37 



666 VENDRGDI, 27 JUILLET 

ference de Saint-Michel inaiigure rceuvre de radoration 
nocturne. 

Dans les deux Am^riques, rOJuvre poss&de peu do 
centres qui n'aient dt^ formes par nos Conferences on 
qui ne recrutent parmi elles leur principal contingent 
d'adorateurs. Dans le vaste empire du Br^sil, nos 
Conferences, aujourd'hui au nombre de plus de cent, 
ont contribue a r^tablissement de Tadoration nocturne, 
avec cette pensee sp^ciale de Topposer h la franc-nia- 
Qonnerie. II faut savoir qu*il y a vingt-cinq ans, dans a* 
pays, et nolamment k Rio-de-Janeiro, la secte r^gnait en 
souveraine, qu'elle avail envahi jusqu a certaines asso- 
ciations chretiennos, a qui elle avait impost sa tutello 
vexatoire, et quo par son influence le respect hiimain 
avait grandi a co point que raccomplissement du devoir 
pascal etait consider(^ comme le maximum de la d<?vo- 
lion permise, m^me pour les femmes. Aussi, pendant I»» 
reste de Tann^e, do memoire d*homme, personne no 
sV^tait pr^sente pour recevoir le corps de Notre-Seignciir 
dans les ^glises paroissiales. Je vous laisse k pensiT 
combien de prc^juge^s nos confr^res eurent k dissiper 
pour implanter dans le pays TOEuvre de TAdoration 
nocturne. Entre toutes, la Conference de Joazeiro >o 
signale par son zMe : avec ses HO membres, elle passe 
chaque semaino, en adoration, la nuit du samedi an 
dimanche. A Aracaty, pour grossir le nombre des a(ir»- 
rateurs, nos confreres s'adjoignent des personne> 
pieuses etrang^res a la Societe. Les conferences il«* 
Boston et de Baltimore considerent Tadoration nor- 
turne commo un des plus puissanls moyens de f^comi'i 
leurs charitablcs travaux. 

Au Canada, les It'vres et les copurs parlent notrelan- 
gue, et c'est a la fran(jaise que I'ojuvre est nee et a 



ASSEXBLl^E GInERALE — RAPPORTS 567 

grand!. Un membre de la Conference de Montreal ^tant 
venu h Paris pour affaires, en 1881, se rendit au Conseil 
general de nos Conferences. II eut la bonne fortune d'y 
rencontrerle ventre president de TCEuvre de T Adoration 
nocturne. Tons deux, attires Tun vers Tautre par la 
grAce de Dieu, se rapproch^rent et se comprirent si 
bien qu'en quittant Paris le confrere de Montreal etait 
un fervent ap6tre de Tadoration nocturne. On groupa 
autour de lui quelques hommes dou^s d'une grande 
bonne volonte, mais pour qui la lecture de Toffice en 
latin prdsentait de s^rieuses difficultes. Sans se laisser 
urr^ter par cet obstacle, chaque dimanche pendant plu- 
sienrs mois, ces neophytes se reunirent pour s'exercer 
ensemble, comme de simples ^coliers, k la recitation de 
roffice. Ce n'est qu'apr^s cet humble stage qu'ilsos^rent 
s avancer jusqu'aux pieds du Saint Sacrement expose. 
Apres trois ans d'existence. TQEuvre comptait dej^ 
872 associes, et, souvenir gracieux pour la m^re patrie, 
elle a tenu k contribuer genereusement aux frais du 
Congr^s eucharistique reuni en 1886, a Toulouse. 

Au Madure, dans Undo, les circonstances qui ont 
determine la fondation de l^QEuvre sont touchantes.Les 
premiers membres del'Adoration nocturne etablie dans 
la ville de Trichinopoly appartenaient k la Societe de . 
Saint-Vincent de Paul ; comme plusieurs de ces Chre- 
tiens, retenus par leurs travaux, ne pouvaient venir a 
temps pour faire leurvisite du soir au Saint Sacrement, 
lis s'agenouillaient exterieurement devant les portes 
fermeos de Teglise, baisaient los marches avec recueille- 
ment et donnaient des signes non equivoques de leur 
amour pour rH6te du tabernacle. Un P^re de la Compa- 
gnie de Jesus, qui, avant d'etre missionnaire, avait 
appartenu- en France a nos Conferences, vit dans ces 



S88 VENDRGDI, 27 JUILLET 

t^moignages do pi^te une indication providentielU 
organisa ['association. 

Dans ce pays barbarc, les adorateurs sont en but 
de redoutables persecutions. 11 en est k qui Ton arra 
leurs oulils, k qui Ton refuse tout travail, les r^uis 
pour ainsi dire a mourir de faim. D'autres ont subi 
tourmentscorporels les plus douloureux, etTon en 
qui ont eu les membres bruits par leurs parents pau 
Rien n'a c^branl^ leur fidelity, et loin de deserter Tadi 
tion nocturne mcnsuelle, ils y sont venus avec d'aut 
plus d'ardeur qu'ils y trouvaient la force de r&ister i 
cnnemis de leur foi. 

De lels fails portent en cux-m^mesleur enseignemc 
Si des homines, hier encore sauvages, aujourd'i 
^clair^s par TEvangile, n'hesitent pas a exposer h 
vie pour rester fiddles a la devotion au Saint Sac 
ment, que penser du peu que nous faisons pour Not 
Seigneur, qui, depuis noire enfance, nous a combi 
de ses graces d'^lite ? Loin de nous complaire dans 1 
r^sultats obtenus, disons-nous que les oBuvres euch 
risliques sont suscepiibles d'une extension prosq 
indefinie, etque rien n'est fait tant qu'il reste quolq 
chose a faire. II faut sans cesse progresser, sous peine 
voir decliner ses forces. « Qui n'avance pas, reculo 
disait saint Augustin. Ce que les plus actives de i 
Conferences ont realist, qui emp^che les autres de 1" 
trcprendre ? Dans une epoque troublee comme celle 
nous sonimes, c'est une obligation de conscience p< 
lout Chretien de se faire apotre. A plus forte raison 
devoir s'impose-t-il aux associations calholiques q 
comme la n6tre, poss^dent une organisation, Tunite 
vues, les entrainements d'une pieuse Emulation, b 
une force capable de d^cupler les Energies individuel 



i 



ASSEMBLE GEN^RALE — RAPPORTS 869 

k elles plus qu'4 toute autre a prendre rinitialive du 
pros^lytismc et k travailler k raccroissenient du r^seau 
eucharistique. Nous avons r^ussi jusqu'a present, k 
travers les mille assujettissemcnts de la vie, a trouver 
I'heure de la charity. Sachons desormais nous mieux 
manager celle de la pri^re, de Tadoration et de la com- 
munion frequente. Plus nous ferons r(^gner Jesus- 
Christ dans nos coeurs, plus nous deviendrons capables 
de le faire connaltre. 

S'il m'dtait permis, en terminant, de formuler un 
voeuqui serait en m^me temps unc pri6re, je dirais : 
« Dieu veuille qu'a Tavenir les Conferences de Saint- 
Vincent de Paul, de plus en plus convaincues de la 
n^cessit^ des oeuvres eucharistiques, ne consacrent pas 
moins de zMe k leur culte qu'elles n'en ddploient dans 
Taccoinplissement de leur mission de charity. » 



SITUATION AGTUELLE DES EOLISES UNIES ITORIEIIT 

En face du Schisnte et du Protestantisme 

Par le P. MICHEL, des Missions africaines. 



« ph ! combiea oous sont chores 
lea ^glises d^Orient ! Combiea nous 
admirons leurs uiuquet gloires! Gom- 
bien noas aerioas joyeux de ies voir 
respleodir de ieur premier eclat! » 
(LeoD XIII, 16 ami t879.) 



Dans une de ses pressantes invitations au Coogris 
de Jerusalem, le Comile permanent des oeuvres eucha- 
ristiques ins^rait un mot qui a sa place tout indiquee 
au commencement de ce modeste travail. II disait, en 
parlant de FOrient chr6tien, que « nous le connaissons 
bien pen et que souvent nous le connaissons bien mal ». 
Peu flatteuse pour notre sifecle, qui afBche si hautement 
la pretention de tout savoir, cette parole n'en reste pas 
moins Texpression la plus exacte de la v6rit6. 

L'Orient chretien est, en effet, bien peu connu en 
Europe, et trop souvent, h61as ! bien mal connu, mema 
de bon nombre de ceux qui ont conserv6 au fond de 
r^me un reste d'amour pour ces antiques Eglises, 
autrefois si florissantes, et maintenant si d6sol6es. De- 
puis que TOccident avait comme d^sappris le chemin 
de rOrient, Ies populations chr^tiennes de ces regions 
•6taient restdes dans une sorte d'isolement qui peu \ 
peu en avait amoindri le souvenir, lorsqu'il ne Tavait 
pas fait totalement disparaitre. 

II a fallu Ies pacifiques croisades qui , inaugur^es il 
y a quaranle ans par T^minent Prince de Tfiglise que 



ASSeMBL£E GRN^EULE — RAPPORTS 571 

<^6Ue assembl^e est fiere de voir k sa t^te, eatrainent k 
Jerusalem des pterins de plus en plus nombreux, pour 
raviver les souvenirs presque 6teints et pour faire re- 
AAitre des espSrances d^union Ik ou on paraissait ne 
plus rien atlendre. 

Le Congr^s de Jerusalem rendu possible, ainsi qu*on 
'a dil avec raison, par les pelerinages des ann^es pr6- 
c^dentes, a contribue plus que tout le reste k faire 
sorlir FOrient de son isolement s^culaire. II a fourni k 
i»es £glises unies, dont on savait k peine le nom et les 
bierarchies distinctes, une occasion unique de se mon- 
Irer au grand jour avec leur d6vouement absolu k la 
chaire de Pierre, avec leur foi toujours vivante en la 
divine Eucbaristie, avec leurs liturgies aussi anciennes 
qu'elles, avec leurs bcsoins comme avec leurs aspi- 
rations. 

En leur tendant une main francbement d^sint6ress6e» 

surtoul en se montrant respectueux, sans mesure, de 

leurs antiques usages liturgiques et disciplinaires, il a 

port6 aux pr6jug6s qui retiennent encore les non unis 

loin de Tunique bercail du Cbrist le coup le plus for- 

i^idable qui les ei^t jamais attcints : il a produit ainsi 

dans tout TOrient chretien un mouvement qui ne de- 

^ande qu'a 6tre continue, eclair6, dirige, seconde, pour 

^uiener a Tunion les Ames de bonne volont6 si nom- 

*>reuses dans tous les pays de rortliodoxie, et pour faire 

entrevoir Taurore du jour ou le scbisme cessera d'etre 

uner^alit^. 

Mais, s'il a projet^ sur TOrient tout enlier une 6cla- 

tante lumifere, le Congr^s de Jerusalem n'a pas eu dans 

noi contr^es d'Europe tout le retentissement qu'il m6- 

ritait ; il n'a pas excite au sein du catbolicisme cet ^lan 

^ea^reux qui doit entrainer vers TOrient les sympatbies 



872 VEXDREDI, 27 lUILLET 

et les secours dont il a besoin pour se relev<>r t*t 
pvmr revenir, selon le vceu tant de fois manifesto tie 
Lion XIII, k son antique splendour. L'Europe calho- 
lique n est pas encore assez eclairee sur la situation 
r^elle des figlises orientales pour en juger sainement, 
pour Ics estimer, pour les aimer et pour leur venir en 
aide autant qu'il serait n(3cessaire. Tant que la coonais- 
sance dc TOrienl ne sera pas rendue plus populaire, les 
resolutions acclam^es k Jerusalem n'entreront pas efli- 
cacement dans le domaine de la pratique. 

II appartient au present Congres de Reims de faire 
pour rOccident ce que le pr6c6dent a fait pour TOrient: 
y produire un mouvement de sympathie profonde et 
durable qui se traduise par des actes. II ne faillira pas 
k cette t&che, pas phis que celui de Jerusalem n a failii 
k la sienne, parce qu'il a Thonneur d'ob^ir a la meme 
direction, pleine de sagesse et de piite, qui a valu a 
Tassembl^e de Jerusalem ses succfes aussi remarquables 
ija'inesp^r^s. 

€oniribuer pour sa petite part k faire connaitre parrot 
nous rOrient chrelien, tel est aussi le but de c« rapport 
ssr la situation actuelle des figlises unies d'Orient en 
faoe du schisme et du protestantisme. Daigne la divine 
Victime de nos autels lui donner de I'att^indre aussi 
ploifiement que possible! 

I. — L*Orient catliolique pr^sente aux regards (l« 
Tobservateur une physionomie k part, que eeux-lk senls 
peuvent exaclea»ent saisir qui en ont 6ludi6 de pres Tor- 
ganisation. Que ses Eglises aient toujours conserve 
le lien dnnit^ ou qu'elles raient reoonstku^ aprfes des 
p^riodes plus ou moins long«es de separation, elles 
n'en reT^teat pas moins, tontes et chacune un caract^re 



ASSEMBLES OI^NERALG — RAPPORTS 573 

particulier, qui les distingue les unes des autres, aussi 
bien que de i'^glise latine. 

L*unile essenlielle telle que le divin Maitre Pa voulue 
pour son j^glise les relie enlre elles et avec Rome dans 
la m^me foi, dans le m^me amour et sous la meme 
autorit^ du Vicaire de J^sus-Christ ; mais elle laisse 
subsister des differences exterieurcs tellement sensibles, 
que, sans rien perdre de sa force, elle semble cepen- 
dant au premier coup d'oeil disparaltre devant les 
vari^tes multiples qui leur appartiennent en proprc. 

En dehors de 80,000 fidMes de rite latin r^pandus 
dans la Turquie d'Asie, TEgypte et la Perse, on compte 
aujourd*hui dans TOrient propremenl dit environ 650,000 
catholiques de rite oriental, repartis en sept £glises 
independantes les unes des autres au spirituel comme 
au temporel, ayaut chacune sa hi^rarchie particuliere, 
et caracl6ris4es surtout par la langue et les usages 
liturgiques transmis par les anc^tres ou imposes par les 
boulcversements religieux et politiques dont TOrient a 
ete le Ih^^tre. 

Quelques lignes oonsacr^es k chacune d'elles en feront 
connattre la situation actuelle dans Tordre de leur im- 
portance numerique. 

i' L'^giise maronite constitue le groupe le plus con- 
siderable de catholiques orientaux. Elle compte environ 
300,000 fiddles r6gis par un patriarche du titre d*An- 
tioche, dont la residence est au monastere de Kanobin, 
au Monl-Liban. Sa jnridiction s'^tend sur huit dioceses, 
donl quatre archev^ch^s et quatre 6v^ch6s. C'est la plus 
ancienne de toutes les ^glises unies d'Orient, h ne 
tcnir compte que de Torganisation actuelle. 

2* L'Eglise grecqne-'Unie occupe le second rang avec 
ses 120,000 ^mes r^parties en quatorze dioceses, dont 



574 VENDREDI, 27 JCILLET 

six archevech^s. EUe est goavern^e par ua patriarche 
6galement du litre d'Antioche, auquel Gr6goire XVI a 
uni eeux d*Alexandrie et de Jerusalem, at doal la resi- 
dence ordinaire est k Damas. 

3° Vient ensuite TEglise armenienne unie, qui compte 
environ 100,000 fiddles avec dix-huit archidioceses ou 
dioceses sous la d^pendance d'un patriarche du tilre de 
Cilicie, en residence k Constantinople. 

4*" Si Ton en croit certaines statistiques qui attribuenl 
50^000 ^mes k TJ^giise syrienne uniCj c'est k elle qu'il 
faudrait assigner le quatrifeme rang au point de vue de 
rimportanco num^rique. D'autres statistiques indiquenl 
seulement le nombre de 30,000 fidfeles pour cetle Eglise. 
Quoi qu'il en soit de ces chififres qui ne peuvent ^Irc 
d'ailleurs qu'approximalifs pour celle-ci comme pour 
les autres, Tfiglise syrienne unie est, elle aussi,gouver- 
nee par un patriarche du titre d'Antioche pour les 
Syriens unis, et par onze archeveques ou 6veques, ses 
suifragants. 

5* L'Eglise chaldeenne unie forme un groupe de 
33,000 catholiques divises en onze dioceses, dont cinq 
archevech^s. Elle est sous 1^ juridiction d*un patriarche 
du litre de Babylone, dont la residence est k Mossoul. 

G"" Moins importante que les autres, tant au point de 
vue (du nombre de ses membres qu'k celui de son orga- 
nisation, rfiglise copte unie, a pen pres exclusivemenl 
confin6e en Egyple, ne compte que 25,000 fidfeles sous 
la juridiction d'un vicaire apostolique de ce rite: la 
bi^rarchie propre aux autres J^glises orientales n y a 
pas encore et6 constituee. 

7"* L'Eglise unie d'Abyssinie, si elle dgale la pr^c^- 
dente pour le nombre de ses membres, est dans un ^tat 
d'organisation plus rudimentaire encore. Ses 25,000 



ASSEMBLEE GENERALE — RAPPORTS 575 

fideles soat sous la juridiclion d'un vicaire apostolique 
latin. 

Cette simple nomenclature est loin de donner une idSe 
tant soil peu complete des Eglises unies d'Orient : ii 
faudrait y joindre de nombreux details circonstanci^s 
sur leurs origines, leur formation, leur constitution, les 
differences plus ou moins considerables qui existent 
entre elles, etc. 

Ge travail a €16 fait dans un ouvrage r^cemment publie 
sous le tilre de I'Orient ei Rome (1). II suffit, au but de ce 
rapport d'avoir donn^ les quelques notions sommaires 
qui pr^cfedent, n^cessaires k Tintelligence de ce qui va 
suivre. Son cadre ne comporte pas de plus longs d6ve- 
loppements : il doit se borner, en effet, k decrire la 
situation actuelle des Eglises unies en face de celles qui 
ne le sont pas, comme en face du protestantisme qui ne 
recule devant aucun effort pour euvahir TOrient. 

II n'est pas question non plus des Eglises unies de 
rite oriental, ou plus exactement de rite grec, qui se 
trouvent plac^es en Europe ot dans une situation bien 
differente de celle des Eglises orientales propremcnt 
dites, auxquelles elles ne ressemblent que par le rite, 
mais sans rieu avoir de leur constitution hi^rarcliique 

et de leur autonomie civile. 

« 

II. — Parmi les sept figlises orientales dont il a 6t6 
fail mention, une seule, TEglise maronite, ne rencontre 
en face d'elle aucun dissident de m^me rite, qu'elle aurait 
mission de ramener k Tunit^ catholique. Tons les 
membres de cette nation sont, en effet, depuis de longs 

(1) Un vol. iQ-12, par le P. Michel, chez Vic et Amat, ^dit., 
ii, rue Cassette, Paris. 



576 YeNDREDI, 27 juillbt 

Slides, les (ils soumis du Vicaire de J^sas-Chrisl. Peut* 
itre mfeme I'onl-ils loujours et6, malgr6 quelques defec- 
tions particulieres que signale Fhistoire, mais qui ne 
semblent pas avoir atteinl le corps eotier de la nalion. 
Cest la gloire que s*aUribue Tl^glise marooite, une 
gloire dont eile a raison d*^tre fi^re et qui lui a valu les 
sympathies de TEurope calholique, surtout de la France, 
m^me au temps oii les autres populations unies de 
rOrient 6taient k peine connues. Mais ce glorieux privi- 
lege, qu'elle ne partage avec aucune autre des l^glises 
orient a les, lui impose des limites dont elle ne peut sor- 
tir. S'il lui est possible d'am^Iiorer sa situation int^- 
rieure en donnant un nouvel essor aux oeuvres catho- 
liques qui existent d6jk dans son sein, elle ne peut 
aspirer k prendre un developpement nouveau au detri- 
ment du schisme : il n'existe pas de maronites schisma- 
tiques, et les schismatiques des autres rites, lorsqu^ils 
reviennent k Tuniti, doivent, en rfegle gSn^rale, conser- 
ver le rite qu'ils ont profess^ jusqu'au moment de leur 
retour. Loin d'etre humiliante pour elle, cette impuis- 
sance Thonore et I'honorera toujours aux yeux des vrais 
enfanfs de T^^glise. 

Les six autres £glises orientales catholiques se 
trouvent, a cet ^gard, dans une situation bien differenie. 
Elles se sont toutes constitutes principalement au siecle 
4ernier, au detriment des h^r^sies et des schismes qui 
di^solaient et d^solent encore TOrient. L'Eglise grecque 
unie elle-m^me, bien qu*elle ait compt^ vingi-cinq pa- 
triarches catholiques depuis le schisme c^rulaire jusqu'a 
r^poque de sa reconstitution dans sa forme actuelle eu 
1723, et qu'elle ait toujours 6t6 representee par des 
iv^ques unis a la chaire de Pierre, n'est amvee au de- 
veloppement dont elle jouit que par suite des conqueles 



ASSEMBLEE GEN^ALB — RAPPORTS 877 

successives opdr^es sur les Orieniaux de m^me rite 
enlrain6s dans le schisme par Constantinople. Quant it 
TEglise arm^nienne catholique, elle s'esi form^e au d^* 
iriment des arm^nieiis gr^goriens ; la syrienne, au detri- 
ment des Jacobites de Syrie, comme la copte et Tabyssi- 
nienne au detriment des Jacobites d'^gypte et d'Abyssi- 
nie. de m^me que l*£glise chaid^enne unie s'est d^tacb^e 
du nestorianisme pour embrasser la foi de Rome. 

Toutefois, et c'est \k un fait important k constaler, 
toutes ces Eglises, en se d^tachant du schisme ou de 
I'h6r6»ie, n'ont rien abandonn^ des usages liturgiques et 
disciplinaires en vigueur dans les communions dissi* 
dcntes dont elies se s^paraient, quand ces usages 
n'etaient pas opposes a la profession sincere de la fdi 
oatholiqae ni k la dignity de la veritable llglise. Aussi 
ont-elles conserve en tout ce qui tient a Text^rieur du 
culte un si grand air de ressemblance avec les commu- 
naut^s dont elles se d^tachaient, que Toeil le plus exerd 
s y meprendrait et confondrait ais^ment leurs membres 
avec ceux de m^me rite qui sont resits dans leurs er- 
rears ou plut6t leurs prejug^s contre T^^lise romaine. 

Un vaste champ d'action est done ouvert devant les 
Eglises unieSy car elles sont encore la minorit^^ chacune 
en presence de T^glise non unie de m&me rite et de 
meme lang^e. Si, en effet, elles complent toutes en- 
semble, y compris T^glise maronite qui n'a pas de dissi- 
dents en face d*elle, 650,000 catholiques, les Eglises 
non unies comptent dans les m6mes contrees 7,600,000 
membres, c'est k dire plus de onze pour un de la popu- 
lation chr^tienne de TOricnt. Ce champ si vaste est 
aussi tr^s fertile et ne demande qu'a &tre cultiv^ poor 
produire des fruits en abondance. Les progr^s r^alis^ 
dans ce si^cle par les £gliscs unies sont la pour Tat tea- 



578 VENDREDI, 27 JUILLET 



ter. La population catholique s^est accrue dans de 
grandes proportions depuis quelques ann^es; elle a 
m^nie double pour certaines de ces ^glises; de nou- 
velles paroisses oni &i& fondles, de nouveaux dioceses 
ont 6i& cr^^s, et Ic mouvement de retour va s'acceUrant 
de jour en jour. 

II y a Ik un fait trop consolant pour ne pas essayer 
de 1e mettre en lumifere et d'en faire ressoiiir les causes. 

Les Eg-lises non unies ont done encore pour elles UDe 
^norme majority num^rique ; elles possfedent aussi des 
ressources mat^rielles bien autrement considerables 
que celles trfes restreintes dont peuvent disposer les 
communaut^s unies, par la raison toute naturelle qu'elles 
ont conserve les biens ecciesiastiques qu'elles po8s6- 
daient auparavant et dont les unis se trouvaient prives 
par cela seul qu'ils abandonnaient le schisme et I*he- 
risie; enfin, certaines d'entre elles peuvent complersur 
des influences ext6rieures d'une puissance inconk'S- 
table. Mais tous ces avantages, quelque pr^cieux qu'il^ 
soient, ne peuvent supplier Tesprit de prosSlytisme qui 
les animait a d'autres Ages, et qui aujourd'hui leur fait 
h pen pr^s completement defaut. Aprfes avoir ^16 en- 
vahissantes, elles se contentent aujourd'hui de garder 
les positions acquises; elles no les defendent meme que 
bien mollcmenl et se resignent sans peine a voir les 
riles unis gagncr chaque jour sur elles. D'ailleurs. Telat 
dans lequol se trouve generalement le clerge de cos 
mallieureuses Kglises ne lui permct guere d'opposer uue 
resistance serieuse aux efforts des catholiques. 

II n'en elail pas de meme au moment ou se sonl 
reconstituees les Eglises unies. La phase de leur resur- 
rection ne s'est pas ecoulee sans difficultes de [»lus dune 
sorte^ et m^me, pour plusieurs d'entre elles, sans perse- 



ASSEMBLEE GENERALS — RAPPORTS 579 

eutions ouvertes et quelquefois sanglantes. II ne 
pouvait en 6tre aulremeni, alors que depuis la prise de 
CoDstantinople par Mahomet II jusqu'au si^cle present, 
les patriarches grecs non unis de cetle capitale ^taient 
d'abord seuls, et plus tard avec le patriarche arm^nien 
gregorien de la m^me ville, les uniques chefs religieux, 
et, k beaucoup de tilres, civils de tous les chr^tiens de 
rEmpire. On conQoit que, placees sons une aulorite qui 
leur ^tait u^cessairement hostile, les Eglises catholiques 
de rOrient n'aient pu se conslituer qu'au prix de mille 
efforts et an milieu d*6preuves sans cesse renouvel6es. 

Aujourd*hui la situation a completement change de 
face. GrAce k Vappui des nations catholiques et princi- 
palement de la France, les figlises unies d'Orient sont 
desormais soustrailes k I'autorit^ des patriarches schis- 
maliques et jouissent, devant la Sublime- Porte, de la 
meme autonomic civile que les figlises grecque et 
arm^niennc non unies. Une p6riode de paix et de pros- 
peril6 s'est done ouverte pour elles ; elles en profitent 
pour prendre de jour en jour une nouvelle vigueur et 
une extension toujours croissanle, sans avoir a redouler 
de la part des non unis les hostilit^s d'autrefois. Les 
ancienncs animosit^s se sont apais^es, ou, si elles se 
produisent encore en certains lieux, elles ne sont plus 
le fait que de quelques partisans fanatiques de I'erreur, 
sans atteindre la masse de la population. 

La bonne harmonic qui regne entre les unis et les 
non unis est g6n6ralement si grande, que des Occiden- 
laux en paraissent scandalises et se prennent a douter, 
bien a tort cependant, de la sinc6rit6 des sentiments 
catholiques des unis. 

CVst que les Orientaux encore retenus loin de TEirlise, 
voyant leurs freres unis conserver les usages tradition- 



580 VCNDREDl, 27 JUIULET 

nels de leurs p^res communs dans la foi, comprenneot 
qu'il leur est possible de devenir catboliques sans re> 
nonccr k leurs liturgies antiques, sans rien perdre de It 
forme exlerieure de leurs Eglises, a laquelle ils tienoeot 
par dessus lout, et qui, pour le plus grand nombre 
d'entre eux constitue en fait toute la religion. 

II y a d'ailleurs^ entre les unis et leurs freres s^pard^ 
identity de langues, d'habitudes sociales, de race, son- 
vent mfeme fraternite de sang trfes rapproch6e, puisqu*il 
n'est pas rare de voir des membres d'une meme famille 
appartenir les uns k la religion catholique, les autres k 
la comniunaut6 non unie. Pour la tres grande-majorild 
des dissidents, il n'existe en r6alite aucune diSereDce 
s^rieuse, au point de vue religieux, entre eux el leurs 
freres catboliques. Ne connaissant leur religion que 
par ce que lour en revfele la calibration de la lilurgie, ; 
identique dans les deux communautes^ la foi est au food , 
la m^me. II ne pent gufere y avoir place, dans ces condi- j 
lions, lorsque la passion ne s'en m^le plus, pour des 
dissentiments serieux ; tout, au contraire, conduit commc 
naturellement a la concorde et la fait regner non seule- 
ment entre les simples particuliers, mais aussi entre les 
membres du clerge et les chefs cux-memes des Eglises 
orientales unies et non unies. 

Au moment meme ou se tenait le Congres de Jeru- 
salem, plus de trente villages grecs demandaient des 
pr^tres ct des 6coles catboliques pour rentrer en bloc 
dans le sein de TEglise. Les ISestoriens du Kurdistan 
el do la Perse continuent leurs demarches aupres des 
missionnaires pour preparer les voies a Tunion ; les 
Jacobites de la Syrie et de la Mesopotamie sont ebranl6s 
au point qu'un eminent eveque du rite syrieu uni pou- 
vait aflirmer naguere, qu'avec des ressources, il se fai- 



ASSEMBLEE GExNERALE — RAPPORTS 581 

salt fort de ramener en dix ans toute la Mesopotamic. 
Ce mouveiuent se dessine aussi de plus en plus chez 
les Arm6niens gr6goricns, chez les Copies d'Egypte et 
merae parmi les Abyssins. 

II n'est pas rare non plus de voir des parents non 
unis presenter eux-mfemes leurs enfants aux 6coles ca- 
tboliques, meme k celles qui ont pour but la formation 
An clerge, el demander avec instances qu'ils soient ele- 
ves en vue du sacerdoce catholiquc. Si on objccle que 
leurs enfants n'dtant pas catholiques ne peuvent etre 
admis dans un etablissement de celte nature, ils s'^- 
tonnenl et r^pondent sans h6siter : « Faites-en ce que 
vous voudrez, n*avons-nous pas les memes priferes, la 
meme messe, la meme religion? » 

Cos sentiments tr^s communs parmi les dissidents 
laiquos, sont partagds par beaucoup de memtres du 
clerge, surtout du clerg6 des campagnes, aussi pcu au 
couranl que Ic peuple des sublilit6s tli6ologiques mises 
en avant pour Mgilimer la division. Ils ne tiennent assez 
sou vent au schisme ou a rh6r6sie que par la difficult^ 
oil ils se trouveraient de se procurer les moyens de 
subsistance, s*ils faisaient retour k Tunit^. II n'exisle, 
en effet, jusqu'ici, aucune oeuvre deslin6e i recueillir 
ces pauvres pretres que les 6v6qucs unis, trop pauvres 
eux-memes, ne peuvent recevoir k leur charge. Les 
demandes d*union sont cependant tr^s nombreuses de 
leur part : un prfetre copte catholique, present au 
Congrfes de Jerusalem, assurail en avoir regu cinquante 
en une seule ann^e. 

Les choses ^tant ainsi, les pr^lats catholiques de 
rOrienl sont unanimement convaincus, el ils mani- 
festent hautement celte conviction, que Fheure marquee 
par la Providence pour le retour de ces contr6cs k 

38 






582 VENDREDI, 27 JUILLET 

Tunile calholique scmble fetrc venue, ou s'aunonce du 
moins commc prochaine. 

A celte conviction, bas6e sur des faits qui se renou- 
vcllent sans cesse un peu partout, et sur la connais- 
sancc approfondie qu'ils ont de T^tat des esprits au sein 
des figlisos non unics, Ics 6vequcs oricnlaux catholiques 
en ajoutcnl une autre tout aussi profonde ct tout aussi 
fondee. lis pensent done que la divine mis6ricorde qni 
semblc s'etendre enfin sur TOriont, veut se scrvir de 
Icurs communautes rospectivos commc d'un interm^- 
diaire lout naturcllcment design^, pour introduire les 
dissidents dans I'unique bercail du Cbrist. M^*" Azarian, 
patriarche ann^nion uni de Constantinople, manifeslail 
naguere cette conviction au Souverain Pontife et for- 
mulait devant lui, avec son entiere approbation, le pro- 
gramme suivant : « Travailler au retour de l^Orientfor 
les Orieniaux tniis, » Ce programme est celui de tons 
les eveques orientaux unis, et plus encore, s'il est pos- 
sible, de ceux d'entre eux dont les dioceses, de fonda- 
tion rocento, n*onl etc crees que dans le but d'ouvrir 
la porlc do TEgiisc calholique aux dissidents. 

Les liomnics los mieux placds pour juger de T^lat 
actuel de TOricnl chrelien n'hesilent pas ci embrasscr 
CO sentiment des preials orientaux. De nombreuses 
lettres de missionnaires de tous les ordres et congrega- 
tions qui ont des repr6sentants dans ces contrees Tal- 
tcslent avec evidence (1). 

Toulefois, les Eglises unies no peuvcnt suffire a ellcs 

seules, dans leur elal actuel, a Tceuvre si grando et si 

coiisolante du relour de FOrient. II y aurait meme lieu 

.d(> craindre, si on les abandonnail a Icurs seules forces, 

de voir des intluences exlerieures, toujours en 6vcil, 

(1) VOnent et Rome^ ch, xxii. 



▲SSEMBL^E GE?IEBALR — RAPPORTS 583 

assez puissanles pour enrayer le mouvemcnt et Tempe- 
cher d'aboulir, peut-fetre m^me pour porter atteinle i 
rintegritfi de quelqu'une d'entre elles. Deux choses leur 
manquent pour r^pondre i la vocation qu'elles se 
croient attribute par la Providence : les hommes et les 
ressources. 

On entend dire quelquefois qu'il n'y a pas proportion 
entre le nombre des evfeques catholiqucs de rite oriental 
et ceini des fidfelcs membres des £glises unies. II y 
aurail trop de pasteurs pour le troupeau. Cette sorte de 
critique ne saurait tomber ni sur TEglise unie d'Abys- 
5inie, ni sur celle des Coptcs, qui n'ont Tune et Tautre 
qu'un seul 6veque ; ellc n'atteint pas davantage TEIglise 
maronite, dont les diocfeses, peu nombreux d'ailleurs, 
comptent aulant et plus de fidMes que certains dioceses 
d'Europe, de lltalie, par exemple. Quant aux autres 
Eglises unies, la population catholique de leurs cir- 
conscriptions dioc6saines est, en g6n6ral, peu consi- 
derable ; mais on oublie que la plupart de ces dioceses 
OQl et6 fond6s en vue du retour k Tunit^ des nombreux 
dissidents au milieu desquels disparait le petit troupeau 
des catholiques. Ce sont, avant tout, des postes de mis- 
sions qu'il 6tait n6cessaire de crder, avec un 6vfeque 
pour chef, tant pour maintenir les fidfeles dans la foi que 
pour r^pondre aux demandes des non unis. Habitues 
k porter leurs affaires, mfeme civiles, devant leurs 
eveques, ceux-ci hesiteraient souvent k embrasser 
Tunion, si I'^glise catholique ne leur assurait pas le 
meme avantage. Loin done de regarder les diocfeses 
unis comme trop nombreux, il faudrait plutdt tendre k 
en augmenter le nombre et organiser partout la hi6rar- 
chie catholique en face de la hierarchic plus complete 
des £glises non unies. 



584 VENDREDI, 27 JUILLET 



Malheureusemcnt les Eglises unies ne disposent point 
d'un personnel assez nombrcux, ni suflisammcnt forme, 
soil pour satisfaire aux exigences des dioceses deja eta- 
blis, soil pour en cr6er de nouveaux; ce qui nuil consi- 
derablement h I'exlension qu'elles prendraient sans 
peine si celie p6nurie venait a fetre combine. 

Sans doute les missionnaires latins vieDDont au 
secours des Eglises unies avec un d^vouemenl au-dessus 
de lout 61oge, ct longtemps encore eel aide leur sera 
indispensable; mais oulre que ces missionnaires ne 
possfedent pas loujours les sympathies des Orienlaux, qui 
leur supposenl plus ou moins Tarriere-pens^e de lali- 
niser, ils ne peuvenl, malgre leur zfele, suppieer complc- 
temenl le clerg6 indigfene. II sera loujours vrai de dire 
avec un membre de la famille dominicaine, le R. P. 
Galland, missionnaire en M6sopotamie : « L'absencc 
« d'auxiliaires indigenes met en p6ril la perseverance 
« des convertis,. . . et arrfete mfeme k leur principe des 
c< conversions qui se r6aliseraient si nous avions, au 
« moment voulu, des pretres a ofifrir aux populations 
« qui sont prfetes k renlrer au bercail. » 

Travailler k former pour les Eglises unies ce clerge 
qui leur manque est done et restera longtemps encore 
Tceuvre la plus efficace que les missionnaires latins 
puissent accomplir en leur faveur, comme aussi le 
moyen le plus sur de faire disparaitre le schisme. 

Les ressources ne manquent pas moins quo les hom- 
mes aux figlises unies pour arriver progressivement a 
reconqu6rir TOrient au catholicisme. D'origine genera- 
lement recente, comptant fort peu de membres favorises 
des biens de la fortune, obligees cependant de se suffire 
k elies-m^mes sans le secours d'aucun budget, pea ou 
point secourues par les oBuvres de propagande catho- 



ASSEMBLRR GENERALS — RAPPORTS 58S 

lique, elles ne peuvent qu'& grand'peine soutenir et 
conserver les rares oeuvres existantes, loin de pouvoir 
songer ^ en cr6er de nouvelles. Aiissi sont-elles r^duiles, 
de ce chef, & repousser les demandes les plus urg-entes 
qui leur viennent de la part des non unis d6sireux 
denlrer dans leur sein ; leur influence en est consid^ra- 
blement amoindrie, et le schismp se maintient dans des 
centres d'oii il seralt banni, si une eglise et une 6cole 
cathoHques pouvaient y etre filablies. 

Du jourou rOccident, sur lequel elles comptent, aura 
procure aux £glises unies ce double element indispen- 
sable de succfes, elles auront acquis sur les non unis 
une superiority r^elle, et elles marcheront k grands pas 
vers le triomphe final. 

III. — Mais le schisme n'est plus d^sormais le seul 
adversaire qui se dresse en face des Jfiglises unies 
d'Orient. II s*en est pr^sent^ un autre qui, pour 6tre 
entre beaucoup plus tard en lice, n'en est que plus 
redoutable et plus difficile k vaincre. Ce n'est pas, 
comme le schisme, un enuemi domestique; il est venu 
du dehors et s'attaque au^si bien aux £glises non unies 
qu'a celles qui font partie de la grande famille catho- 
lique. Ce nouvel adversaire est le protestantisme : 
Anglais, Am6ricain, Allemand, arm^ de sa pr^tendue 
science et surtout de son or. 

II y a i peine un demi-sifecle que les agents de la 
Reforme ont fait pour la premiere fois leur apparition en 
Orient, et, d6ja, ils ont tout envalii. Avec un esprit de 
suite et une activity que T^tat actuel du proleslanlisme 
en Europe et en Am^rique semblent peu justifier, minis- 
ires et diaconesses ont plants leur tenle un peu partout. 
Uflgypte, la Palestine, la Syrie, la Mesopolamie, TAsie- 



586 VENDREDI, 27 JUILLET 

Mincure, TArm^nie, le Kurdistan et la Perse, toutes Je5 
regions occupies par les figlises de rile oriental, unies 
ou non unies, les ont vus se jeter sur elles et en pour- 
suivro la conquftte avec une t6nacit6 digne d'une meil- 
leure cause, et une ardour qui, loin de se ralentir, va 
toujours grandissant. 

QuelqueschiSresd'une douloureuso eloquence donne- 
ront une idee de Paction puissante qu'exerce aujourd'hui 
Ic protestantismc au sein des populations chr6liennesde 
rOrient. 

La mission cntretenue en Egypte par la societc 
americaine complait, a clle seule, en i892, 367 mcmbres 
actifs : ministres, diaconesses, niaitres et maitresscs 
indigfenes, repartis en H3 posies ; k la m^me 6poque, la 
Palestine etait sillonnee par 198 agenls de la R6foniic 
repandus un pen partout, dans les villes et les villages 
habites par les chrdtiens; il y en avait 530 dans la Syri^ 
septentrionale seulement, et un nombrc proportionnelle- 
ment aussi considerable dans le resle de celte proviao^ 
et dans les regions limitrophes. 

Voici ce qu'en ecrivait un missionnaire armenie*^ 
calholiqueen 1883: (^ Je ne croispasqu'ily ait une vill^- 
(( un village, un faul)ourg d'Armenions, de Jacobites i"**^ 
(* de JNcsloriens, dans Tetendue de la Mesopotamie, (1*^ 
(( Kurdistan, de TArmenie et de la Syrie, ou les evaf*" 
« g61isles prolestants n'aient mis le pied et gagn6 Ao^ 
« partisans a leur secte. » 

Celte veritable armee de predicants suit partout la 
memc tactique, et il faut avouer qu'elle a su choisir la 
mt'illeure, c'est a dire la plus propre a dechristianiser 
rOrienl. C'est a I'enfance qu*elle s'attaque de pr6Krence 
au moyen de scs ecoles ouvertes partout, et r^pandanl 
partout sur les jeunes ilmes, incapables de resister k sa 



ASSEMBLEE GENERALE — RAPPORTS 587 

funesle influence, le poison de l*erreur. Qu'on juge 
encore par quelques cliilTres du nombres des malheu- 
reux qui en subissent k peu pres irr^m^dlabiemenl les 
atleintes. 

Les 6coles americaines de TEgypte comptaient a elles 
seules, en 1892, une population scolaire de 2,581 en- 
fants des deux sexes ; celles de Palestine en avaient 
3,607; celles de la Syrie septenlrionale , 12,903. Les 
autres ecoles protestantes de TOrient sont